Cette année, le Meeting Mohammed VI de Rabat est monté en gamme, il a intégré la Diamond League (à la place de New York). Il s’agit du premier de cette catégorie organisé en Afrique, mais aussi d’un de plus dans un pays francophone[1] (d’ailleurs je crois avoir entendu Patrick Montel jouer les speakers comme au Stade de France et à Monaco… ou alors il a un sosie vocal). Qui plus est, le Maroc n’est pas si loin de la France (le voyage est beaucoup plus court que pour aller à Doha, à Shanghai ou à Eugene). Les athlètes français ont su tirer profit de ces facteurs favorables, ils étaient relativement nombreux à disputer les courses au programme. Pour certains, ça s’est remarquablement passé. Ils ne s’attendaient pas eux-mêmes à être si performants. D’autres ont connu des moments plus agréables que dimanche.

Cette réunion a quelque peu été troublée par un vent tournant. Il soufflait assez fort, parfois de face dans la ligne d’arrivée, il pouvait aussi y être favorable. L’incidence sur les épreuves de plus d’un tour était réelle, on l’a bien compris lors de la tentative de record du monde du 5000m féminin.

Commençons par évoquer des courses ne comptant pas pour la Diamond League. C’était le cas du 1500m masculin et du 3000m steeple féminin.

Florian Carvalho en a profité pour réaliser les minima pour les Championnats d’Europe avec sa 6e place en 3’36"64. Semble-t-il de retour d’un stage très intense avec le groupe d’entraînement de Mahiedine Mekhissi-Benabbad, Morhad Amdouni a terminé 12e de ce 1500m en 3’39"32. Les Françaises engagées sur le steeple ont galéré, Ophélie Claude-Boxberger a fini 8e sur 9 en 9’58"49 et Maëva Danois dernière en 9’59"97. Heureusement, les épreuves organisées dans le cadre de la DL ont mieux réussi au clan tricolore. 3 des 4 éléments en recherche de minima olympiques ont atteint le niveau de performance requis pour prétendre se rendre à Rio.

Monté régulièrement sur des podiums en Diamond League, Pierre-Ambroise Bosse n’y avait encore jamais gagné. C’est chose faite. Ça devait finir par se produire car il est assez souvent invité dans ces grands meetings, ceci de façon très logique. Ses références chronométriques ou encore son statut de finaliste mondial s’accompagnent d’une personnalité particulière. PAB n’est pas du genre à se défiler, affronter les meilleurs le motive. C’est très appréciable à une époque où dans le sport de haut niveau la mode est à l’évitement. De peur d’être battus, les cadors refusent de se rencontrer sauf quand ils ne peuvent faire autrement. On le déplore régulièrement en boxe, en athlétisme, en natation, un peu en judo…

Le recordman de France de la discipline utilise ces courses de très haut niveau pour se jauger et tester des tas de stratégies différentes, généralement des très offensives ou très risquées… Par exemple suivre le lièvre parti très vite. Il s’est ainsi parfois retrouvé comme un c*n à servir de lièvre aux autres, se faisant doubler sur la fin (car grillé aux 700 ou 750m). Cette fois, opposé à des gars comme Nijel Amos, Marcin Lewandowski, Amel "bah voyons" Tuka ou encore Taoufik Makhloufi, soit le niveau d’une demi-finale olympique[2], il a adopté une nouvelle tactique : rester caché dans le peloton et attaquer aux 600m en posant une énorme mine. Tout le monde a été surpris, personne n’a pu le revoir avant la ligne d’arrivée tant l’écart créé grâce à cette accélération était conséquent. Sans être fabuleux, le temps (1’44"51 en relâchant dans les derniers mètres) est bon et lui permet de se débarrasser de la corvée qu’est la chasse aux minima. Il s’agit de sa première victoire en Diamond League,

Gagner en Diamond League, Rénelle Lamote l’a fait… dès sa première participation, c’était à Stockholm l’an dernier. Souvenirs...

Contrairement à PAB, elle est encore en train de traverser la période de sa carrière au cours de laquelle sa réputation internationale se construit. Il lui faut se faire un nom en profitant de ses apparitions dans les grands meetings et les différents championnats. Pour le moment, ses invitations dans des réunions de cette catégorie se comptent sur les doigts d’une main. Ça ne durera pas, très bientôt les organisateurs la voudront tous. Surtout si, comme je le pense, elle brille aux Championnats d’Europe puis aux JO. Le problème est qu’aux JO, la bataille sera extrêmement rude pour la place – aux mieux les 2 places – sur le podium que se disputeront les femmes en lice. J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer le fond de ma pensée à propos de Caster Semenya, récemment auteur de performances qui la trahissent. La facilité avec laquelle Semenya a gagné à Rabat est insultante. Ce n’est pas tout. A vrai dire, il y a eu 2 courses en une. Rénelle a remporté la course féminine en résistant de façon héroïque à Eunice Sum, Lynsey Sharp et Habitam Alemu entre le dernier virage et l’arrivée, Marina Aramazova étant reléguée à bonne distance du groupe. Elle a dû se décaler à l’extérieur pendant une grande partie des 300 derniers mètres pour se replacer et doubler, mue par la hargne qui la caractérise. Si ses jambes l’abandonnent, la tête prend le relais. Le coup de feu est pour elle le signal du début d’une guerre.

Mais loin devant, Semenya était à la lutte – amicale – avec Francine Niyonsaba avant de lâcher son adversaire sans aucune difficulté, sans fatigue. Une véritable promenade conclue en 1’56"64 (MPM). Niyonsaba a terminé en 1’57"74. Pour info, le record de France est de 1’56"53. En s’employant vraiment, Semenya pourrait taper dans les 1’51 ou 1’52 sans souci. Peut-être même moins avec un bon lièvre. Dois-je rappeler son 400m en 50"74 le même jour qu’un 800m en 1’58 et un 1500m en moins de 4’11 ?

Le seul avantage d’avoir de telles fusées dans la course est de créer un effet lièvre pour les autres, au moins en fin de course. C’est favorable aux records personnels. Rénelle ne s’attendait pas à battre le sien (d’un rien, 2 centièmes) et à réaliser le niveau de performance requis[3] pour s’inviter à Rio. Elle espérait y parvenir un peu plus tard, après quelques courses, son hiver ayant été pourri par un problème de cheville. Son chrono de 1’58"84 est excellent, pourtant à côté des 2 de devant, il semble ridicule.

Le problème est qu’elle ne se bat pas avec les mêmes armes. Une très courte recherche à propos de Niyonsaba – et Semenya, dont le cas est déjà connu de tous – suffit à comprendre la raison de la domination de ces athlètes présentant des caractéristiques physiques très masculines. Je suis incapable de dire si le cas est identique ou simplement approchant, il faudrait avoir accès au passeport biologique et au dossier médical… et être très calé pour être certain de tout comprendre. Néanmoins, j’ai pris le temps de m’intéresser plus en profondeur au sujet. Au moins, ce sera fait une bonne fois pour toute. Je sens en effet ce sujet devenir une sale "running blague" pendant plusieurs mois, voire années.

Le Tribunal Arbitral du Sport est le grand responsable de ce qui mérite réellement d’être qualifié de scandale. J’évoque ici sa décision gravissime de suspendre pendant 2 ans[4] le règlement de l’IAAF concernant les anomalies de productions hormonales chez les athlètes féminines, ce qu’on qualifie d’hyperandrogénie. Le seuil à partir duquel on jugeait le taux excessif avait été déterminé grâce aux données scientifiques tirées de la mise en place du passeport biologique aux ChM de Daegu. Avant cette décision du TAS, pour être autorisée à concourir en tant que femmes, chaque athlète dont les prélèvements faisaient apparaître des valeurs anormales voyait son cas évalué par une commission médicale et devaient si nécessaire se soumettre à un traitement pour retrouver un taux de testostérone correspondant à la norme féminine. L’objectif était alors de s’attaquer aux causes de l’hyperandrogénie. Parfois, un simple traitement pour réguler leur production d’hormones mâles pouvait s’avérer nécessaire, dans d’autres cas il fallait respecter un protocole similaire à celui suivi par un homme pour devenir physiquement une femme, à savoir de la chirurgie[5] accompagnée d’une hormonothérapie. D’après ce que j’ai pu lire, les cas d’hyperandrogénie sont de plusieurs types mais de 2 familles principales. Il faut savoir que les ovaires produisent de la testostérone mais évidemment dans des quantités bien moindres que des testicules. Dans le corps humain, d’autres tissus fabriquent aussi cette hormone (glandes surrénales, certains kystes, etc.). L’hyperandrogénie peut ainsi toucher des femmes ne présentant aucune particularité génétique majeure, c’est-à-dire ayant un caryotype XX, tout en possédant des organes génitaux féminins internes et externes normalement constitués. Le taux de testostérone monterait alors rarement à un niveau suffisant pour provoquer un réel avantage dans la pratique du sport de haut niveau, en revanche il provoque généralement une série de désagréments personnels.

Autrement dit, la situation de nature à réellement fausser les compétitions est une catégorie d’hyperandrogénie liée à un désordre du développement sexuel (DSD) bien particulier. La voici : un enfant nait avec un caryotype XY et des testicules internes mais à cause d’une anomalie au cours du développement embryonnaire puis fœtal, son sexe a l’apparence de celui d’une petite fille. Le nom donné à ce phénomène est le pseudohermaphrodisme masculin. Si personne ne s’en rend compte, chose compréhensible faute d’attributs visibles rendant évident qu’il s’agit d’un petit garçon, le bébé est déclaré en tant que fille. Cette détection est beaucoup plus difficile dans un pays pauvre, c’est pourquoi les cas recensés en athlétisme concernent pour la plupart des concurrentes venant de régions défavorisées (dans les pays développés, les cas sont nettement plus rares car bien souvent pris en charge sans attendre, même si ces opérations sont de plus en plus remise en cause). Le dossier à l’origine de la décision du TAS entre parfaitement dans ce cadre : une sprinteuse indienne, Dutee Sand, a refusé de se soumettre au traitement, arguant, grosso modo, qu’elle est naturellement faite ainsi. Selon elle, le règlement l’obligeant à suivre le protocole revêtait un caractère discriminant aux conséquences psychologique et physiques potentiellement dramatiques pour sa personne. A l’instar de Semenya et semble-t-il de Niyonsaba, son potentiel hors normes a été détecté bien avant sa particularité physique. Rappelons-le, le cas de Semenya a choqué le monde dès ses premiers coups d’éclat. Sa domination à Berlin en 2009 était aussi insolente que son allure était masculine (musculature de sprinteur US, absence de poitrine, faciès de bonhomme… en plus d’une voix très grave). Il y avait forcément anguille sous roche. En fait non, il manquait l’anguille, c’est ce qui lui valait de courir en tant que femme. La règlementation IAAF a été créée en réaction à cette affaire. Pour le moment le cas de l’Indienne est moins problématique car elle a manqué d’un rien la qualification olympique pour Rio, des performances sont nettement inférieures à celles des meilleures spécialistes mondiales (11"33 sur 100m à 20 ans… mais attention, sa petite taille n’est pas nécessairement un souci car elle est très puissante et pourrait beaucoup progresser). Sans doute l’anonymat relatif de Sand explique-t-il la faible publicité faite à cette décision aux conséquences tout sauf négligeables.

Sachez-le, depuis des années, on impose aux transsexuels[6] d’aller au bout du traitement médical et de le respecter entièrement pour que leur changement d’identité soit entériné officiellement. Ceci parait on ne peut plus logique à tout le monde, c’est un choix, celui de devenir physiquement une femme autant que faire se peut (l’ADN restera masculin, on ne peut créer d’ovaires et d’organes reproducteurs) pour être reconnu de tous en tant que femme, notamment par l’état civil. Ces personnes sont hommes sur le plan génétique et biologique, elles possédaient un service 3 pièces classique entre les jambes, ont été déclarées en conséquence à la mairie (ou l’équivalent selon le pays), ce qui les oblige à suivre un long processus médical et juridique pour mettre en adéquation ce qu’ils pensent être et ce qu’ils sont considérés être. Dans les cas de pseudohermaphrodisme masculin, les 3 pièces existent d’une certaine façon sans être identifiées à la naissance : on trouve un pénis généralement sous forme de clitoris (il semble là aussi y avoir des variantes, excusez-moi de ne pas avoir creusé le sujet sur ce point^^), les testicules ne sont pas descendus. Autrement dit, hormis l’apparence du sexe – souvent ambiguë – et une case cochée sur un document administratif, ces "femmes" ont à peu près tout d’un homme. Suffisant pour réellement être une femme ? Si la réponse est oui, ne devrait-on pas autoriser les transsexuels à arrêter leur traitement ? En toute logique une opération et un changement d’état civil devraient leur suffire ! Même en gardant d’une façon ou d’une autre leurs testicules. Et pourquoi ne se contenterait-on pas d’un simple changement d’état civil pour pousser le délire jusqu’au bout ? En allant dans le sens des lobbies LGBT, on finirait par aboutir à ça. On n’en est pas loin à cause du TAS.

En effet, si le règlement de l’IAFF dit qu’il faut être une femme pour concourir chez les femmes et un homme pour concourir chez les hommes, il perd tout son sens du fait de l’absence de définition de ce que sont un homme et une femme. Actuellement, la ligne de démarcation se résume à regarder les papiers d’identité, même s’ils consacrent une fiction juridique sans rapport avec la réalité biologique. J’en viens à douter qu’une fraude manifeste – celle dite du slip habité – puisse être sujette à sanction. On peut avoir la carrure, la musculature, les capacités physiques, la pomme d’Adam, la pilosité ou encore la voix d’un homme, avoir des testicules, produire autant de testostérone qu’un homme… et écraser les compétitions féminines en toute quiétude. Pourquoi ? Ce n’est même pas une histoire abracadabrantesque d’éthique ou de droits humains, officiellement, cet attentat du TAS contre l’équité est motivé par l’absence de preuve scientifique de l’avantage créé par la testostérone endogène.

Comment peut-on douter des effets de cette hormone ?

A force de chercher, j’ai trouvé une réponse à cette question qui paraissait en être dépourvue. En réalité, il est indéniable que la testostérone a des effets "dopants"[7] sur le corps humain. Mais une variété de pseudohermaphrodisme masculin a aussi pour nom le syndrome d’insensibilité aux androgènes. Si l’insensibilité est complète, peu importe le taux de testostérone endogène, elle n’a en principe pas d’effet sur le corps, incapable de la reconnaitre faute de récepteurs fonctionnels. Ça lui fait autant d’effet que 5 stripteaseuses magnifiques pourraient en faire à un aveugle ne soupçonnant pas que des bombasses gesticulent devant lui. Seulement, les sujets atteints de ce syndrome sont sensibles aux hormones femelles, ce qui leur fait développer des caractères sexuels secondaires féminins (développement de la poitrine, des hanches, etc.)… s’ils en ont suffisamment. S’ils n’en ont pas assez, ça leur fait un corps de gamine, en prenant la pilule ça peut déclencher la transformation physique en véritable femme. Or il suffit d’ouvrir les yeux pour le constater, il ne s’agit pas ici de cas de syndrome d’insensibilité complète aux androgènes. Visuellement, on a affaire à des bonshommes.

Comme Semenya et d’autres, Niyonsaba bénéficiait d’un taux de testostérone endogène très supérieur à la norme et devait par conséquent se soumettre au traitement[8]. Depuis que le TAS les a libéré(e?)s de cette contrainte, leurs performances sont redevenues monstrueuses. Sans forcer, Semenya – dont le corps s’est développé depuis toujours comme celui d’un garçon puis d’un homme – a retrouvé un niveau au moins équivalent à celui de 2009. Ses records sur 800m et 1500m datent de cette époque, en poussant les machines à fond ils exploseraient aujourd’hui. L’ablation des testicules a en principe été effectuée, mais l’hormonothérapie était la principale raison de son entrée dans le rang. Sa domination surnaturelle avait pris fin. Au lieu de valoir 1’56 en footing sur 800m, elle valait plutôt 1’59. Dès lors, comment nier le lien entre l’hormone et les capacités physiques ? Entre la mise en lumière du problème en 2009 avec le cas Semenya et cet acte terrible de violence infligé par le TAS aux filles dont le niveau a pour seul cause le travail à l’entraînement, plusieurs de ces athlètes pas réellement à leur place ont été opérées. Désormais, elles sont libres de concourir sans le traitement permettant de réguler leurs taux hormonaux. D’où la présence, dans les mêmes courses, de 3 types principaux de concurrentes : les tricheuses, les avantagées et les victimes.

  • Les tricheuses.

Une femme qui prend de la testostérone exogène est dopée, suspendue et vouée aux gémonies de façon totalement évidente et méritée… Son tort ? Que le produit ne soit pas endogène. Si on détecte de la testostérone exogène, il y a forcément eu tricherie par apport dans le corps d’une substance interdite n’ayant aucune raison de s’y trouver. Si elle est endogène, donc fabriquée par le corps de la personne chez qui on en décèle un taux résolument anormal, on ferme les yeux. Le TAS préfère se voiler la face. En exigeant des preuves scientifiques formelles et totalement irréfutables de la capacité du corps d’une petite poignée d’athlètes – ça doit en concerner en tout entre 10 et 20 sur des milliers – à utiliser la testostérone produite naturellement, il a ouvert la voie à de graves dérives. La portée de cette décision est infiniment trop large, a fortiori quand on prend conscience du caractère hyper spécifique de chaque cas. Une nouvelle fois, cette instance a agi avec légèreté, de façon totalement inconséquente. Sa décision touche directement ou indirectement toutes les athlètes se présentant comme femmes.

Les tricheurs y trouveront une source d’inspiration, une sorte de manuel expliquant comment tricher sans crainte dans le sport féminin. Première méthode, chercher et utiliser le perturbateur ou le stimulateur endocrinien susceptible de pousser votre corps à produire cette hormone qui devrait s’y trouver en faible quantité. Peut-être est-il possible de se prélever sa propre testostérone pour se la réinjecter sur le modèle de l’autotransfusion, cette piste mériterait d’être explorée. Même pas besoin d’expliquer l’anomalie provoquée, vous aurez fraudé en toute impunité[9]. On peut même imaginer pire, des mutilations de petits garçons pour fabriquer des "femmes" pleines de testostérone naturelle. Vous remarquerez que le sport féminin est depuis toujours la cible majeure des systèmes de dopage étatique. Demandez-vous pourquoi… Certains pays ne reculent devant rien. Faut-il rappeler que l’Espagne a envoyé de faux déficients intellectuels au tournoi de basket des Jeux Paralympiques de Sydney, causant l’exclusion du sport adapté lors des éditions suivantes ? En pratique, déterminer ce qu’est une femme s’avère parfois encore plus difficile que de détecter d’une déficience intellectuelle simulée.

  • Les avantagées.

Techniquement, il ne s’agit pas de dopage puisqu’aucune méthode interdite ni produit prohibé n’est utilisé pour améliorer les performances. Les effets de la testostérone sont connus, ce produit permettant d’être plus fort physiquement, de moins ressentir la fatigue et indirectement de mieux récupérer. Certaines hyperandrogynes en ont dans le corps dans des quantités comparables à celles trouvables chez des dopées. Seulement, on ne peut pas encore affirmer scientifiquement que leur corps en fait le même usage que celui d’une femme ordinaire s’injectant de la testostérone exogène. Une observation empirique suffit pourtant à acquérir cette certitude : chez certains sujets, la présence excessive de cette hormone endogène produit les mêmes effets qu’une prise de sa version synthétique.

On veut nous vendre que cette production de testostérone serait une sorte de prédisposition naturelle. Désolé, je n’achète pas. Du moins pas dans les cas comme celui de Semenya, car cette prétendue prédisposition ne résulterait alors pas de caractéristiques génétiques dont la nature peut doter une femme, mais soit de l’absence de détection à la naissance d’un problème de différenciation sexuelle résultant d’une anomalie hormonale subie pendant le développement de l’embryon, soit d’un choix discutable de ne pas le traiter médicalement, voire de le traiter à l’envers (par exemple en décidant de féminiser encore plus l’extérieur sans procéder à l’ablation des testicules), le tout ayant conduit à déclarer un enfant biologiquement mâle en tant qu’individu femelle. Où est le talent naturel dans cette histoire ? Parlons plutôt d’un "concours de circonstances". L’argument peut en revanche s’entendre concernant une femme ayant tout d’une femme hormis le taux de testostérone trop élevé, à condition que celui-ci ne soit boosté ni par un problème de santé imposant des soins, ni par un facteur environnemental, ni par une stimulation volontaire qualifiable de procédé dopant.

A moitié traitée, l’hyperandrogénie peut à l’évidence générer un avantage indu. Il fausse la compétition d’une façon particulièrement visible. On ne demandait pas au TAS de statuer de façon générale concernant la distinction homme/femme mais juste de laisser l’IAAF continuer à agir au cas par cas pour préserver l’intégrité des compétitions féminines. Nier cet avantage grossier en se réfugiant derrière une pseudo-absence de preuve scientifique est une insulte faite à l’éthique, à l’équité et plus généralement aux sportives du monde entier.

  • Les victimes.

Pense-t-on au sort des femmes qui triment à l’entraînement pendant des années en respectant scrupuleusement toutes les règles les plus contraignantes concernant la localisation et la prise de médicaments, quitte à s’interdire d’en prendre même en étant malade, de peur de commettre une erreur et de s’exposer à des accusations de dopage ? Pas une seule seconde ! L’écart de niveau généré par la testostérone est tel que battre ces hyperandrogynes libérées de toute contrainte sans recourir à des méthodes interdites relève de la mission impossible. Les filles honnêtes en sont réduites à espérer une autodestruction (énorme erreur stratégique, faute cause de disqualification, chute, méforme, maladie ou blessure) de ces phénomènes. Je me sens mal pour elles en regardant ces courses. J’ai l’impression d’être transposé à une époque à laquelle j’ai eu la chance d’échapper, celle de la domination de la RDA avec des sportives surchargées. Toutefois on pourrait comparer cette situation à celle du cyclisme masculin jusqu’à des temps assez récents où globalement on retrouve une course entre être humains. Tout le monde savait – ou au moins s’en doutait fortement – sans pouvoir le prouver. Avec Semenya, on franchit plusieurs paliers dans le vice et le dégoût. Au départ de la course les filles savent n’avoir aucune chance de triompher, seulement au lieu de penser qu’un jour la vérité finira par éclater, elles sont déjà au courant de la vérité et n’ont aucun espoir d’être un jour récompensées de leurs efforts. Du moins tant que le TAS se plaira à trahir une donnée essentielle de ton sport : les épreuves féminines sont réservées aux femmes. Décourageant !

Le pire dans cette décision est la reconnaissance par le TAS de la nécessité de protéger l’intégrité et l’équité des compétitions… pour mieux réduire l’édifice en miettes dans la foulée. Ces gratte-papier dépourvus de bon sens devraient un instant se mettre à la place des victimes de leur sentence. Quelle meilleure méthode peut-on imaginer pour tuer l’athlétisme ? Une course comme celle de Rénelle devrait être une formidable promotion pour sa discipline. On la voit se sortir les tripes de façon admirable pour battre un lot entier d’excellentes spécialistes de la discipline tout en améliorant son record personnel, obtenant ainsi son billet pour les Jeux Olympiques. Mais à l’arrivée, elle termine 3e, condamnée par la présence de 2 concurrentes hors-catégorie. Allez expliquer à une gamine que si elle se met à l’athlétisme, même avec beaucoup de talent et énormément de travail la victoire lui sera interdite parce qu’elle est née sans le moindre testicule. Des courses de ce "genre" sont de nature à totalement décrédibiliser ce sport, à lui donner une image détestable. Ce spectacle est désastreux. Semenya détruit tout le monde en courant à l’économie car remporter un 800m entre 1’50 et 1’52 avec 90 mètres d’avance aurait du mal à passer (oui, le record du monde actuel est de 1’53"28, il date de 1983, ce qui en fait le plus vieux de l’athlétisme, et personne ne doute que Jarmila Kratochvilova était chargée). Si vous voulez faire rêver – et s’identifier – les gamines, convaincre leurs parents de les inscrire à l’athlé, attirer les spectateurs et sponsors, par pitié, ne leur montrez pas ça !

Quelle solution ?
Cette distinction hommes/femmes reste indispensable. Elle doit impérativement rester binaire, sinon on ne s’en sortira jamais. On le voit en athlé handisport, où on a bien du mal à préserver une réelle équité entre les concurrents regroupés dans la même catégorie. En effet, au sein d’une même classe de handicap, aucun n’en souffre exactement de façon identique, le degré varie d’un individu à l’autre, chaque cas est particulier. Imaginez si on doit se mettre à classer les athlètes avec une ou plusieurs catégories intersexuées ! Depuis sa naissance, l’Humanité existe et se perpétue selon un système homme+femme, n’en déplaise à certaines associations militantes habituées à présenter les choses comme ça les arrange, quitte à se contredire. D’un côté ce lobby veut nous convaincre de l’existence d’un genre intermédiaire, de l’autre il veut nous faire passer ses membres pour des femmes à part entière. D’après ces gens, la décision du TAS aurait ainsi permis de consacrer le droit à la différence. Cette présentation est mensongère et omet volontairement l’essentiel, à savoir sa conséquence, faire énormément de victimes au profit d’un tout petit nombre.

Si les dirigeants du sport international avaient des c*uilles (^^), ils auraient déjà osé adopter des règlements très fermes plutôt que de chercher à ménager toutes les susceptibilités. A vrai dire, certains l’ont fait de façon particulièrement abrupte, sans aucune précaution ni subtilité, donnant parfois lieu à des situations assez violentes. On se tromperait en cherchant à définir clairement et de façon aussi rigide qu’absolue ce qu’est un homme et ce qu’est une femme. La mission est beaucoup trop difficile, probablement impossible. Il faut donc régler le problème autrement, ce qui nécessiterait une énorme dose de courage. En réalité, il faut se montrer à la fois moins ambitieux, plus pragmatique et plus indépendant. Une notion clé reste à crée, il s’agit de "l’identité sexuelle sportive", ou "sexe sportif". Elle doit s’affranchir à la fois de l’état civil et du ressenti de la personne pour se définir uniquement par des critères objectifs en rapport avec des données biologiques. En sport, la distinction homme/femme est celle du sexe biologique, physiologique, pas du "genre", une notion de "genre" dont on nous rebat les oreilles ces dernières années, qui prend en compte la psyché. Bien sûr, ça choquerait beaucoup de monde, certains se complairaient en esclandres en invoquant les droits humains fondamentaux. Et alors ? Au pire, si "l’identité sexuelle sportive" choque, on peut lui trouver un autre nom à condition de ne pas dénaturer sa substance.

En sport, on connaît déjà une notion particulière bâtie sur le même modèle, avec des règles différentes selon les sports et… particulièrement arbitraires. Il s’agit de la nationalité sportive. Ainsi, certaines fédérations internationales permettent ou non de changer de nationalité sportive – selon tout un tas de critères, de délais de carence, etc. – et même de représenter un pays dont on n’est pas ressortissant. Parfois le lieu de résidence suffit. Effectuer un choix purement opportuniste sans aucun rapport avec un sentiment d’appartenance est évidemment permis. C’est bien la preuve que le sport peut s’affranchir de l’état civil et du ressenti. Les fédérations adoptent leurs propres règlements définissant les conditions d’accès à leurs compétitions, pourquoi n’en serait-il pas de même concernant le sexe ? L’IAAF a pour devoir de protéger le droit des femmes à disputer des compétitions équitables. Elle doit donc au plus vite réinstaurer un règlement empêchant les abus qui leur nuisent aussi gravement qu’en l’espèce.

Définir le sexe uniquement en fonction d’un taux de testostérone semblerait particulièrement bancal. C’est en revanche un très bon indice pour détecter les cas à surveiller, voire à instruire. Si ce taux était retenu comme seul critère, il suffirait d’être en-dessous du seuil pour être reconnu femme. Pour les cas de dépassement, il faudrait soit abolir la catégorie hommes, remplacée par une catégorie open (ouverte à toute personne ne pouvant concourir en tant que femme), soit établir aussi un taux définissant ce qu’est un homme[10], quitte à laisser de côté les individus entre deux, ceux-ci ne correspondant à aucune des 2 catégories. Si ces derniers souhaitent participer à des compétitions, ils auraient alors la possibilité de régulariser leur situation grâce au traitement médical adéquat. Le problème viendrait alors de la détermination du (ou des) seuil(s), totalement impossible sans créer d’évidentes injustices tant le taux peut naturellement varier d’un individu à l’autre. Il faut donc se contenter de l’utiliser comme indicateur.

Une telle règlementation laissant du monde sur le côté serait l’assurance de se faire accuser de discrimination, surtout s’agissant d’un sujet si sensible que l’identité sexuelle. Pour autant, il faut se garder de chercher à trouver absolument une place à chacun. Est-ce si terrible ? Une personne âgée de plus de 20 ans a-t-elle le droit de participer à un championnat U19 ? Une personne non-handicapée a-t-elle le droit de disputer une compétition handisport[11] ? Un international américain a-t-il le droit de participer aux championnats d’Europe d’athlétisme ? Dans ces exemples, on peut systématiquement qualifier l’interdiction de discriminatoire… mais elle est à chaque fois aisée à justifier car relevant du bon sens. Pour les mêmes raisons, fermer l’accès aux épreuves féminines aux individus qui ne sont pas ou sont seulement en partie des femmes sur le plan biologique devrait couler de source. Les hasards de la vie ne nous permettent pas de toujours faire ce qu’on aimerait, même si parfois on pense avoir le niveau et ou la légitimité pour.

S’insurge-t-on de l’instauration en gymnastique d’un âge minimum pour participer aux JO ? Non, car il a pour but de protéger les jeunes filles. Dans ce sport où les carrières sont souvent très courtes et susceptibles de s’achever avant l’âge de 19 ans, les conséquences de cette limite d’âge (16 ans) peuvent s’avérer terribles. Une jeune fille surdouée peut ainsi être condamnée à regarder les JO à la télé car elle est née 1 ou 2 jours trop tard. Est-ce arbitraire et injuste ? Oui. Est-ce malheureux ? Oui. Est-ce nécessaire ? Aussi. Si une jeune se jugeant victime de ce règlement attaquait devant le TAS en voulant remettre en cause l’âge choisi, que décideraient les juges ? En effet, pourquoi 16 ans et pas 14 ou 15 ? D’autant qu’on ne peut pas toujours vérifier la réalité de l’âge annoncé, il y a régulièrement des fraudes. La fédération internationale de gymnastique ne pourrait ni apporter d’étude démontrant la pertinence du choix de l’âge de 16 ans comme limite, ni l’efficacité de sa mesure pour protéger les très jeunes, ni qu’avoir 15 ans procurerait un avantage par rapport à une fille plus âgée. Mine de rien, on dispose d’infiniment plus de certitudes concernant l’hyperandrogénie. Le règlement IAAF n’avait pas été édicté en jetant des dés ! Au lieu de statuer sur l’absence de certitude d’effet de la testostérone endogène, il fallait conclure qu’en l’absence de certitude concernant son absence d’effet, le règlement était maintenu jusqu’à l’obtention d’une étude indépendante permettant de statuer en toute connaissance de cause. Ces juges du TAS sont idiots, ils auraient dû comprendre que si cette hormone n’a pas d’effet chez ces sujets, l’inhiber ne changera rien, alors que si elle produit les effets habituellement observés, la laisser agir faussera les compétitions. L’intérêt général devait primer sur l’intérêt particulier d’une poignée d’individus soupçonnés de bénéficier d’avantages indus.

En évoquant une incertitude concernant l’effet de la testostérone endogène, la décision remet indirectement en cause la séparation hommes/femmes… qu’elle juge pourtant légitime. Si on considère comme femmes des athlètes ayant un caryotype XY et si les hormones mâles n’ont pas d’influence, comment explique-t-on l’écart de niveau entre les performances des deux sexes ? Il existe bien, on l’observe depuis toujours, les chronos et les mesures confirment sa réalité. Quel est le facteur décisif si le facteur n’est ni génétique, ni endocrinien ? L’aspect psychologique ? Pourquoi entrerait-il en compte dans ce contexte ? Prenez des vrais jumeaux, élevez-en un comme une fille et un comme un garçon, faites en sorte que l’un soit convaincu d’être un garçon et l’autre d’être une fille, faites-les courir un 800m, vous n’aurez pas 15 secondes d’écart à l’arrivée juste parce que dans la tête, ils sont convaincus d’être différents. Avoir été élevé comme une fille et se croire depuis toujours de sexe féminin n’a jamais suffi à transformer biologiquement un garçon en femme.

De mon point de vue, pour la déterminer, on devrait commencer par un critère basique, le caryotype : pour concourir en tant que femme, votre ADN doit être marqué sexuellement XX[12], s’il est XY, on a en principe affaire à un homme.

Ça, c’est la base. Ensuite viennent les nuances
En pratique, dans les cas d’inadéquation du phénotype avec le caryotype, on va rechercher le gène SRY, car son dysfonctionnement ou sa mutation peut compliquer la donne. Toujours est-il que si génétiquement vous êtes un homme, vous êtes en droit de courir chez les femmes si et seulement si votre chromosome Y est le seul vestige de votre condition masculine soit révolue, soit jamais réellement obtenue faute de détection de l’anomalie à la naissance, ou encore si vous êtes née femme en raison du syndrome d’insensibilité complète aux androgènes. Pour rappel, ce syndrome est extrêmement rare, sa manifestation ne fait pas de vous un athlète de haut niveau, ou du moins pas une armoire à glace comme Semenya, ce serait même plutôt l’inverse. Déterminer l’identité sexuelle sportive dans ces situations particulières – dont le caractère particulier est détectable notamment grâce à la mesure du taux de testostérone endogène – suppose donc un examen individualisé par une commission spécialisée et, le cas échéant, les traitements déjà évoqués. En outre, cette commission médicale aurait à étudier les cas de femmes répondant au critère de base (XX) qui présentent un taux d’hormones masculines hors-norme, ceci afin d’en comprendre l’origine. Dans l’hypothèse où le caractère totalement naturel – et ne résultant pas d’une pathologie nécessitant des soins – de ce phénomène serait retenu, les défenseurs de la thèse du talent inné gagneraient un certain crédit.

Cette façon de procéder correspond grosso modo à l’option retenue par l’IAAF, du moins dans l’idée de faire du cas par cas. Offrir l’opportunité de se mettre en accord physiologiquement avec la condition revendiquée était un bon compromis entre les intérêts des différentes parties. A chacun ensuite d’assumer la décision prise. En cas de refus, à moins d’apporter la preuve d’une erreur de la commission médicale, le recours devant le TAS devrait être jugé irrecevable. La motivation du refus est compréhensible, l’athlète mise devant cette situation est choquée et voudrait ne rien changer à sa vie, pouvoir conserver ce qu’elle prenait pour un don incroyable devant lui permettre de s’en sortir. Malheureusement pour elle, il n’existe aucun droit inaliénable à disputer des compétitions sportives de l’IAAF.

Je ne leur jette pas la pierre. Psychologiquement, le diagnostic est certainement très dur à encaisser, il provoque nécessairement une souffrance, une remise en question personnelle terrible. Vous avez toujours cru être une fille, et un jour, on vous apprend que vous avec un chromosome Y et que vous ne pourrez jamais enfanter. Toutes vos certitudes sont détruites, votre identité part en lambeaux. Pour peu que le médecin vous l’apprenne sans ménagement ou que vous passiez soudain pour une bête de foire et/ou une tricheuse aux yeux du monde entier… Outch ! Je ne souhaiterais pas ça à mon pire ennemi (ou plutôt à ma pire ennemie) ! Le déni semble être une réaction assez naturelle pour se protéger d’une telle déflagration. Doit-on pour autant leur épargner ce traumatisme ? Malheureusement, on ne peut en faire l’économie dans la mesure où leur condition a des répercussions qui dépassent le simple cadre privé. Il touche leur concurrentes, leur discipline, etc. Décider de fermer les yeux serait un mal encore supérieur. En revanche, la décision d’en faire la publicité ou de garder leur situation médicale secrète doit leur revenir. Leur choix – suivre le traitement pour reprendre la compétition ou au contraire l’abandonner – concerne leur seule personne. Les autres athlètes ont besoin d’être au courant d’une seule chose : l’IAAF fait le nécessaire pour préserver l’équité et l’intégrité de la compétition à laquelle elles prennent part. Or dans l’état actuel des choses, le TAS ne permet pas à la fédération internationale de faire son travail. La situation est en train de pourrir, ceci au détriment de tout le monde.

D’une part l’athlétisme s’en trouve décrédibilisé en ces temps déjà particulièrement troublés par les affaires de dopage.
D’autre part ces ACNI[13] sont l’objet de moqueries ou encore pire, de traitements hyper dégradants (insultes, etc.) liés au fait qu’on les perçoit comme des tricheuses et/ou des anomalies, pour ne pas dire des monstres. Je ne suis pas sûr que les victoires, la "gloire" et le price money suffisent à compenser à moyen et long termes les dommages subis.
Enfin, les autres athlètes ne peuvent que subir, sans aucun recours, il leur faut se convaincre que cette injustice n’en est pas une. Et bien sûr la fermer. Oser dire le fond de leur pensée exposerait à de vives critiques celles qui s’y aventureraient. Les groupes de pression qui œuvrent pour imposer la présence de ces "femmes" aux capacités masculines ne reculent devant rien. Souvenez-vous par exemple des attaques venues d’Afrique du Sud accusant de racisme quiconque doutait de Semenya.

Au mieux, protester peut vous faire gagner… une réputation de mauvaise perdante et/ou de ségrégationniste. Il vous arrive la même chose quand vous exprimez un avis défavorable quant à la participation d’athlètes amputés montés sur lames à des épreuves d’athlétisme classique. En réalité, on parle de sports différents. On pourrait presque en dire autant des épreuves de sprint opposant des T43 (Marlou Van Rhijn, Oscar Pistorius) et des T44 (Marie-Amélie Le Fur), car au-dessus de 100m, l’effet ressort procure un trop gros avantage aux doubles lames (T43) par rapport à ceux qui ont une jambe valide et une lame (T44). Après le cas Pistorius, admis de façon scandaleuse aux JO de Londres faute d’étude prouvant avec certitude qu’il tirait un avantage de sa situation, on risque d’avoir le même problème avec Markus Rehm, un T44 allemand qui saute plus loin que les valides. On attend ces prochains jours les résultats d’études censées dire s’il est ou non aidé par sa prothèse pour aller loin, et donc si sa participation aux JO de Rio sera autorisée. Parfois, le test visuel est plus efficace que toutes les études scientifiques. L’effet ressort de la lame est clairement incomparable avec les propriétés biomécaniques d’une jambe, d’une cheville et d’un pied. Pouvoir faire un 400m en 45"… en negative split, sur 2 jambes, ça n’existe pas. Si la prise d’appel avec la lame ou avait le pied revenait au même, pourquoi Rehm a-t-il absolument besoin de prendre appui sur sa prothèse hyper spécifique de très haute technologie pour y parvenir ? Marie-Amélie Le Fur saute nettement plus loin depuis qu’elle a changé sa technique de saut pour faire de même. Hasard ? Non. Les lames répondent moins bien à la mise en action, ensuite, elles renvoient beaucoup mieux l’énergie. Essayez de pousser une voiture à l’arrêt (sur une route plate), vous remarquerez qu’il faut y aller très fort pour la mettre en mouvement, ensuite ça roule sans grande difficulté. Les lois de la physique sont ce qu’elles sont, différentes entre un objet et un corps humain. Rehm se trouve ainsi désavantagé pendant sa course d’élan puis avantagé lors de l’appel (et peut-être plus léger mais moins équilibré lors de la suspension). L’avantage et le désavantage se compensent-ils exactement ? Certainement pas. Or pour autoriser Rehm à participer aux compétitions valides, il faudrait la certitude que sa prothèse – un élément technologique – ne l’aide pas plus qu’elle le dessert. Ce n’est simplement pas la même discipline.

On nous demande de respecter la différence sans la stigmatiser. Encore faut-il la reconnaître. Il existe en droit un principe fondamental, celui d’égalité devant la loi, selon lequel chaque personne se trouvant dans une situation identique doit être traitée de façon égale. Quand il s’agit de pratiquer l’athlétisme, une personne amputée sous le ou les genou(x)[14] est-elle dans la même situation qu’un "valide" dont les articulations encaissent les chocs et dont les mollets sentent monter le lactique ? Si la réponse est oui, les compétitions handisports ont-elles encore une raison d’être ? Acceptons-y tout le monde ! Ce raisonnement vaut aussi pour les épreuves féminines. En sport, la distinction entre hommes et femmes se justifie car pour courir vite, sauter loin ou haut ou encore pour lancer loin, être une femme est une forme de handicap (au sens médical du terme, à savoir «désavantage physique», sans connotation négative). Les hommes sont avantagés biologiquement/physiquement[15]. Seules 2 femmes très douteuses sont passées sous 1’54 sur 800m, le record masculin est inférieur à 1’41. Il n’y a pas photo. En observant sa façon de courir et son état de fraîcheur à l’arrivée, il est évident que Semenya peut faire 1’53 assez facilement en partant à la cloche pour faire 400m sans relâcher son effort. Normal ? J’ai comme un doute…

A propos de Rénelle Lamote, un pilier de bar pourrait vous dire «elle a eu des couilles la petite d’attaquer comme ça et de sacrées tripes pour s’accrocher jusqu’au bout». On pourrait dire de même de certaines de ses concurrentes, mais il ne s’agirait pas alors d’une simple expression. Par pitié, respectons le droit des femmes à n’affronter que des femmes, mettons fin à cette running blague ! Les plaisanteries les plus courtes ne sont pas toujours les meilleures, mais celle-ci s’éternise beaucoup trop.

Sans doute aurais-je pu faire plus concis, mais ce sujet est trop sérieux, j’y ai donc passé du temps. Je pense avoir relativement bien expliqué la situation. Je vais donc pouvoir revenir au sujet principal du jour.

Lors de ce meeting, on attendait aussi beaucoup le retour à la compétition de Mahiedine Mekhissi-Benabbad, dont le dernier 3000m steeple datait de septembre 2014 ! Il a dû être opéré une première fois puis une seconde, d’où de longs mois passés à ronger son frein en rééducation. Le choix de revenir directement dans une course de très haut niveau était discutable, reprendre par un 1500m moins exposé et moins relevé était une option pertinente, mais il l’a senti autrement. Ayant annoncé ne chercher que les minima (8’22) car se sachant encore loin de son meilleur niveau, celui de son record d’Europe (juste au-dessus des 8’), on n’imaginait pas le voir à l’avant du peloton. Rapidement, on ne l’a même plus vu à l’arrière, car ayant de très mauvaises sensations depuis l’échauffement, il a préféré abandonner, chose très rare le concernant, mais aussi très sage. La plus mauvaise nouvelle est qu’il va devoir trouver une autre course pour réaliser la performance requise pour disputer ses 3e JO. D’où un programme modifié et un peu de stress dont il aurait aimé faire l’économie.

Lui aussi au départ, Yoann Kowal a en revanche réussi à s’accrocher pour finir 5e (premier non-kenyan) en 8’18"48. Il lui suffira donc de se présenter aux championnats de France pour composter son billet pour Rio, où il devrait pouvoir viser une bonne place de finaliste dans la mesure où le nombre de Kenyans sera limité. Malheureusement pour lui, viser plus haut semble impossible, d’autant qu’un homme se détache déjà en ce début de saison. Conseslus Kipruto a impressionné, il coupé son effort longtemps avant la fin… mais pas assez longtemps pour manquer la MPM. 8’02"77 en saluant la foule à 150m de la ligne d’arrivée et en décélérant bien avant de la franchir, c’est flippant !

Le grand exploit du jour était espéré sur 5000m. Almaz Ayana devait s’y attaquer au record du monde. Les lièvres engagés par les organisateurs ont tenu trop peu de temps, l’Ethiopienne s’est retrouvée après 4 tours, son accélération n’a pas suffi. Le vent rendait ce contre-la-montre trop difficile. L’avantage d’avoir des lièvres est aussi d’avoir un coupe-vent. Néanmoins, la performance est de très grande valeur, 14’16"31 (5e meilleure perf mondiale de tous les temps), on devrait donc bientôt la voir se battre de nouveau contre le chrono. Avec des conditions plus favorables et de meilleurs lièvres, le record pourrait bien se faire raboter.

Je termine avec le meeting de Rabat en mentionnant d’autres résultats.
-Valerie Adams a remporté le concours du poids (19m68), elle semble enfin se rapprocher de son véritable niveau.
-Caterine Ibargüen a encore gagné au triple saut (14m51).
-David Oliver a remporté le 110m haies en 13"12 (+1,4m/s).
-Alonso Edward s’est imposé sur 200m en 20"07 mais avec un vent beaucoup trop favorable.
-Rushwai Samaai (Sud-Af) a dominé le concours de saut en longueur en sautant 8m38 (+0.8). Fabrice Lapierre (Australien) s’en est approché avec un saut à 8m36 (+5,2^^, planche parfaite).

Et ailleurs…

L’exploit français de la semaine est peut-être le record de France du lancer du javelot établi par Mathilde Andraud à Halle. Avec 63m54 (au premier essai), elle se qualifie pour Rio en explosant de plus d’1 mètre la précédente meilleure marque française vieille de presque 13 ans. Elle sera la première lanceuse de javelot tricolore au JO depuis une éternité. Toutefois, elle n’a pas remporté le concours et aurait aussi été battue à Rabat, il ne faut pas croire que ça fasse d’elle une prétendante au podium olympique ou même européen. L’important est qu’à 27 ans, elle poursuive la progression observée ces dernières saisons, une qualification en finale à Rio serait déjà top. L’an dernier aux ChM la 12e est passée avec 62m21, lors des ChM précédents et des JO de Londres c’était un peu plus de 60m, et même un peu moins en 2011.

Pour finir, un autre athlète français a franchi la première étape vers Rio, peut-être la principale, celle des minima, il s’agit d’Harold Correa auteur d’une marque à 17m08 au triple saut lors des interclubs. On demandait 17m05. Toutefois, dans la mesure où Benjamin Compaoré a déjà fait le nécessaire, on attend encore Teddy Tamgho, d’autres en sont aussi capables. On pourrait donc avoir plus de 3 garçons à départager.

Le prochain meeting DL aura lieu à Eugene la semaine prochaine. On y attend du beau monde.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : 800m H ; 800m F de Stockholm 2015 ; 800m F (enfin…) ; 3000m steeple H et 5000m F.

Notes

[1] Avec Paris, Monaco, Lausanne et Bruxelles.

[2] Il faudrait Rudisha, Aman, Kszczot (absent car il a oublié son passeport), Rotich et Souleiman pour que le niveau soit celui d’une finale olympique.

[3] C’est le jargon de la fédé pour désigner les minima.

[4] Avant de l’annuler en 2017.

[5] Ablation les testicules, transformation du pénis et du scrotum en vagin. Dans les cas résultant d’un désordre de développement sexuel de l’embryon donnant une apparence plus ou moins féminine, en plus de retirer les testicules il s’agit souvent de réduire le clitoris hypertrophié (qui est en réalité un pénis sous-développé) et de créer un vagin ou d’améliorer celui qui existe. Du moins c’est le principe, mais difficile de faire une généralité, chaque cas est particulier, les nuances sont nombreuses.

[6] Ça vaut dans les 2 sens, d’homme vers femme et de femme vers homme, mais dans la mesure où une femme qui devient un homme ne pourra pas rivaliser sportivement avec les hommes qui ont toujours été des hommes, ou du moins pas au très haut niveau, mettons de côté la seconde hypothèse.

[7] Dopants dans le sens où elle permet d’améliorer les performances par ses effets sur le développement musculaire et le seuil de résistance à la fatigue, mais aussi parce qu’elle est psychostimulante. Pas réellement dopantedans le sens où si elle est naturellement présente dans l’organisme, il n’y a pas de démarche visant à tricher.

[8] Le traitement endocrinien concernait les 2 athlètes en question, je ne sais pas si l’opération aussi.

[9] Sauf bien sûr si ce stimulateur est lui-même détectable et interdit ou si vous vous faites griller seringue en main.

[10] En pratique ça n’a pas grand intérêt.

[11] Hors gardien de cécifoot et guide en athlétisme ou en tandem, évidemment.

[12] Il existe bien un syndrome du mâle XX mais hyper rare et dont les conséquences ne sont a priori pas d’une grande aide pour le sport de haut niveau. L’apparence étant masculine, les cas non identifiés à la naissance entreront dans la catégorie de garçons. Ils ont un taux de testostérone anormalement bas.

[13] Athlètes Courants Non Identifiés.

[14] Les amputés tibiaux n’ont pas de genou(x), ça change encore plus la donne.

[15] Bien sûr, tous les hommes n’ont pas des capacités physiques supérieures à toutes les femmes, mais l’écart de niveau entre les plus forts de chaque sexe est criant, et si on comparait l’homme moyen et la femme moyenne, le constat serait le même.