Lors de la première journée, Mélina Robert-Michon a pris la 3e place d’un concours du lancer du disque dominé par Sandra Perkovic[1] (68m57) devant Nadine Müller (65m31). Avec ses 63m69 (SB) au dernier essai (8cm de mieux qu’au 4e essai), notre ancienne vice-championne du monde semble confirmer une montée en puissance doublée d’une certaine régularité. C’est donc très positif.

En outre, Joe Kovacs a écrasé le concours du poids masculin en balançant toujours plus loin la boule métallique. S’il avait eu 10 essais au lieu de 6, il aurait pété un pare-brise sur le parking à l’autre bout du stade ! 20m41, puis 20m49, 21m26, 21m57, 21m 66 et même 22m13 (MPM) ! C’est 1m27 plus loin que le 2e du concours !

Pawel Fajdek a quant à lui battu le record de la Diamond League au lancer du marteau (80m28). Il ne s’agit toutefois pas de la MPM car il a déjà lancé plus loin à Halle et Ostrava la semaine dernière.

Samedi, c’est au javelot qu’un record a été battu, celui du meeting, doublé d’une MPM. L’Egyptien Ihab Abdelrahman a planté la pointe de son engin à 87m37.

Retour vendredi où Mo Farah a bouclé le 10000m en 26’53"71 (MPM) devant 13 Africains (Kenyans, Ethiopiens et Erythréens) toujours africains. On a eu droit à la même domination africaine sur 5000m féminin avec 7 Kenyanes dans le top 8 (victoire d’Hellen Obiri en 14’32, pas du tout au niveau d’Almaz Ayana, absente de cette course ne comptant pas pour la course aux diamants, comme le 10000m masculin d’ailleurs). La première concurrente d’un autre continent est 11e.

La seconde journée est télévisée dans le monde entier, le programme est donc beaucoup plus dense, on y trouve la plupart des épreuves estampillées Diamond League. J’en profite pour encourager la télé américaine a former un réalisateur compétent en vue des championnats du monde prévus à Eugene dans quelques années. Celui missionné pour officier lors de ce meeting est brillant. Seulement, il brille par son incompétence. Ses choix trahissent une méconnaissance de l’athlétisme assez déplorable et un sens de la logique bien à lui…

On s’en est notamment rendu compte avec le saut à la perche. Il faut en tenir une bonne couche pour diffuser seulement quelques essais, dans le désordre, en les envoyant n’importe quand, parfois en nous repassant un saut déjà vu – ou pire, un échec déjà vu – alors qu’il y a du direct à nous montrer. Effrayant !

Je vous rassure, ça n’a pas empêché Renaud Lavillenie de s’imposer. Il avait revêtu pour l’occasion la tenue des Ducks de l’Oregon (l’université locale), enfilée pour faire plaisir au public local… et à Nike son équipementier depuis des années, celui dont il a pris soin de montrer le logo en s’accrochant ses pompes au cou pendant qu’il fêtait son titre olympique sur la piste à Londres. Le Clermontois a passé 5m71 et 5m81 au 1er essai. Il a par la suite échoué 3 fois à 5m87. Pour être précis, il a d’abord tiré tout droit au 1er essai, est retombé sur la barre au 2e essai (la meilleure des 2 tentatives) et a pris la barre avec les genoux en montant lors de sa dernière chance. Toutefois, comme Shawn Barber n’a pas fait mieux (il a franchi toutes les barres à partir de 5m35 pour finir par 5m81 au 3e), Lavillenie a gagné aux essais. Sam Kendricks ? Pas mieux que 5m71.

Bien sûr, par rapport aux 6m05 passés ici l’an dernier (la MPM a tenu toute la saison), les 5m81 ne sont pas du plus bel effet, mais les 10 points pour la Diamond race ne se refusent pas !

Je vais expédier de suite les cas des autres Français présents. Pascal Martinot-Lagarde a décidé de participer au 110m haies[2] malgré de vives douleurs au dos (comme un coup de poignard à chaque franchissement). Ça s’est – logiquement – mal passé (6e en 13"55). Dommage, il marchait fort à l’entraînement avant ce retour du mal de dos. Un faux-départ l’a desservi, il était beaucoup mieux parti que la seconde fois et sentait moins la douleur grâce à la décharge d’adrénaline que lors du second départ.
Même à 100%, il n’aurait probablement pu rivaliser avec Omar McLeod actuellement très au-dessus du lot. Le Jamaïcain a gagné avec énorme avance et encore un très bon temps (13"06, +0.7m/s). Le 2e a fini à 32 centièmes !

Le génie auteur du nouveau règlement des concours en Diamond League mériterait des claques. Prenez 8 inscrits, retirez-en un qui déclare forfait, puis un qui stoppe son concours après 1 essai. Ça vous fait un concours à 6. C’est vite géré, pas de problème, 37 essais, on a pour moins d’une heure. Mais non, avec ce règlement stupide, on ne garde que les 4 meilleurs après 3 tentatives, les autres peuvent se rhabiller. C’est le cas au triple saut. Teddy Tamgho, resté bloqué à 16m51 au premier essai, a donc fait le voyage pour 9 bons. Autant que de fuseaux horaires d’écart entre la France et la côte ouest des Etats-Unis. Avec ce règlement à la c*n, on a économisé 6 essais. Youpi. Heureusement que Will Claye et Christian Taylor ont assuré le spectacle avec respectivement 17m56 (+0.8m/s) et une réponse à 17m76 (+0.8, MPM), chacun au dernier essai.

Plutôt que de suivre l’ordre chronologique, je vais aborder les autres épreuves par catégories. Le demi-fond et le fond d’abord car il s’agit de l’ADN du Prefontaine Classic, puis le sprint, car je veux terminer par LA course du meeting.

Les records d’Asie, d’Afrique, et d’Amérique – en plus de ceux du meeting et de la Diamond League – ont tous été battus pulvérisés lors d’un 3000m steeple conclu par un très gros finish. Ruth Jebet a miraculeusement résisté à un retour impressionnant. Agée officiellement de 19 ans, la Kenyane naturalisée par le Bahreïn détient désormais la 2e performance jamais enregistrée par une femme dans cette épreuve. Elle a même réussi à vaincre d’un souffle la barrière des 9’. Un souffle ? A peine : 8’59"97 ! Hyvin Kiyeng Jepkemoi, son ancienne compatriote, a le droit d’être frustrée : son nouveau record d’Afrique est de 9’00"01 ! Non seulement elle a été battue à la photo malgré son sprint fou, mais en plus elle a échoué juste au-dessus de ce chrono symbolique. Emma Coburn, 3e en 9’10"76, a aussi battu son record continental… sans être sur la même planète.

La discipline est encore assez jeune pour les femmes, elles ont une marge de progression considérable, des courses comme celle-ci sont donc dans l’ordre des choses.

Le plateau du 800m masculin ne manquait pas de densité, en revanche il manquait un Bosse (PAB) et un roi (Rudisha). Le lièvre est parti loin devant, 50"42 à la cloche. Il y a eu bagarre dans le paquet, Adam Kszczot a dû passer à l’extérieur. Champion du monde en salle à Portland il y a quelques semaines, Boris Berian s’est une nouvelle fois montré le plus fort dans l’Oregon. Il a dominé la concurrence en 1’44"20. Il était devant, il est resté devant. Ferguson Rotich a pris la 2e place. Me fais-je des idées ou l’anomalie Amel Tuka rentre dans le rang ? Si je voulais faire du mauvais esprit, je dirais qu’il essaie de se faire oublier par peur du gendarme…

Bernard Lagat devait mettre fin à sa carrière au terme du 5000m. Il n’est pas allé au bout, abandonnant bien avant. Geoffrey Kamworor a bousculé du monde, il me semble même avoir fait tomber le lièvre. On a eu droit à une magnifique baston à la cloche. La victoire allait se jouer à 4, la lutte a ensuite concerné 2 hommes. Kamworor s’est trop usé en faisant le train, c’est pourquoi il a été battu au sprint par Muktar Edris, auteur d’une nouvelle MPM en 12’59"43. Rien ne vaut la confrontation directe ! L’Ethiopien a dominé le Kenyan mais celui-ci a battu son PB en passant pour la première fois sous les 13’ (de 2 centièmes).

Il était difficile de sentir venir la performance de Faith Kipyegon sur 1500m. Les temps de passage laissaient difficilement présager une victoire en 3’56"40 (MPM, record du meeting et surtout record national). Quel dernier tour ! Elle a largué Dawit Seyaum (3’58"10), la 3e a fini en plus de 4e en 4’01"5…

Ce gros finish à la mode kenyane a aussi permis à Asbel Kiprop de détruire la concurrence lors du Mile. Son attaque à 250m de l’arrivée a fait de gros dégâts même si Abdelaati Iguider a bien limité la casse. Kiprop s’est imposé en 3’51"54 (MPM).

Ce Mile ne comptait pas pour la Diamond race, le 400m masculin non plus. Malgré tout, le plateau était très beau, il manquait essentiellement Van Niekerk. On a eu un très beau duel entre Kirani James et LaShawn Merritt, mais dernier a probablement un peu trop calqué sa course sur celle de son voisin de couloir au lieu de chercher à le distancer. Le Grenadin a mieux terminé. Son chrono est bon (44"22) sans être fou.

Le 400m féminin a aussi accouché d’un beau duel avec des perfs de haut niveau mais pas monstrueuses. Shaunae Miller a gagné en 50"15 devant Francena McCorory (50"23).

English Gardner (10"81) s’est imposé sur un 100m lui non plus pas pris en compte dans la course aux diamants. 4 Américaines étaient présentes, ainsi que Shelly-Ann Fraser-Pryce, mais la Jamaïcaine a terminé dernière en 11"18 malgré un vent favorable aux performances (+1,5m/s).

Nike a des moyens et a pu s’offrir des grands noms pour son 100m masculin. Pas nécessairement des types honnêtes. Au départ on trouvait en effet Justin Gatlin, Asafa Powell, Tyson Gay (barbu) et Michael Rodgers en plus de Femi Ogunode (détenteur de la MPM), Andre De Grasse, Ameer Webb (surprenant sur 200m à Doha) et Su Bingtian. Les 4 premiers cités ont pris les 4 premières places. Ils ont déjà tous été suspendus pour dopage. Presque tout est dit, sinon qu’après un faux-départ dû à une chute dans les starting-blocks du Nigérian devenu Qatarien. Il n’a pas été éliminé. Parti comme une balle, Gatlin n’a pas augmenté son avance après la première partie de la course. Lors des 60 ou 70 derniers mètres, il n’a pu que la maintenir. Les temps sont relativement médiocres compte tenu du vent très favorable (+2,6m/s). La nouvelle arnaque du siècle (après GrosBras) a seulement claqué un 9"88. Les 3 suivants ont fini entre 9"94 et 9"99.

Le 200m féminin et 100m haies étaient presque un teaser des trials lors desquels seulement 3 filles sur une dizaine de candidates crédibles obtiendront leur place dans l’équipe US pour les JO. On retrouvait à chaque fois 6 Américaines et 2 étrangères. Dans les 2 cas, l’une d’elles a gagné.

Tori Bowie a débuté son demi-tour de piste par un virage impressionnant. Ensuite, elle n’a pas faibli, parvenant même à maintenir l’écart par rapport à Dafne Schippers, auteur d’une énorme ligne droite. L’impression est un peu trompeuse car Elaine Thompson a peiné à suivre le rythme jusqu’au bout, ça donne l’impression d’une Batave encore plus rapide qu’en réalité. Les enseignements principaux de cette course sont que Bowie peut rivaliser avec les 2 ACNI[3] dont les performances aux ChM de Pékin ont généré d’énormes doutes, et que si Schippers prend du retard au départ puis dans la mise en action, elle ne domine pas. Le vent était juste à la limite (+1,9m/s), une MPM (21"99) est plutôt logique, on pouvait même s’attendre à mieux, surtout de la Néerlandaise (22"11) et de la Jamaïcaine (22"16).

Rendez-vous compte que ces fameux trials (les sélections US), vont mettre fin au rêve olympique de 3 à 7 filles qui brigueraient le titre national dans à peu près tous les autres pays et seraient en mesure de viser le podium olympique en cas de qualification… Lors de cette course, elles sont 5 à avoir réalisé les minima français. Et sur l’ensemble de la saison, on en aura au moins une douzaine en moins de 12"85. Peut-être même une quinzaine. En revanche, pour revoir une performance supérieure et surtout plus impressionnante que la démonstration hallucinante de Kendra Harrison : 12"24 (+0,7m/s) !!! Son départ était pourtant quelconque, mais quelle fluidité ! Quelle propreté technique ! Et surtout quelle vitesse entre les haies ! Il faut absolument le voir pour le croire. Là aussi, on retrouve la complète : record meeting, record de la Diamond League, record national et continental, MPM. Il s’agit de la 2e meilleure perf de tous les temps derrière le record du monde de Yordanka Donkova, athlète bulgare des années Ben Johnson. Comparer physiquement Donkova et Harrison, c’est comme comparer un bœuf élevé industriellement à grand renfort d’hormones et fin prêt à être transformé en hamburgers… avec une pouliche de 3 mois qui gambade dans son pré. Autrement dit, dans un cas un test de féminité semblerait une perte de temps, dans l’autre, on se demande où ce bonhomme a caché le matos.

Brianna Rollins était à son niveau jusqu’à la 4e haie, elle a sauvé sa 2e place (12"53) en conservant 2 centièmes de marge par rapport à Jasmin Stowers. Si seulement une Française pouvait passer sous les 12"6 cette saison…

La semaine prochaine a lieu l’étape de Rome, le Golden Gala, où plusieurs Français viseront les minima. Un membre prometteur mais néanmoins déjà éminent de l’équipe de France a déjà fait le travail, ce week-end lors du mythique meeting de Götzis, un des hauts lieux des épreuves combinées.

Kevin Mayer était nerveux et pas très confiant après sa mésaventure à Florence, où il avait prévu de se débarrasser des minima. Obligé d’arrêter en milieu de première journée à cause d’un souci physique, il avait sans doute peur qu’un nouveau pépin vienne l’empêcher de terminer son décathlon. En cas d’échec ou d’impossibilité de terminer, il n’aurait plus eu qu’une opportunité – voire 2 en cas d’abandon précoce – pour atteindre les 8300pts exigés par la fédération française. On ne peut pas faire un décathlon toutes les semaines, même pas un tous les mois, c’est beaucoup trop exigeant physiquement.

Tout a bien débuté avec un record personnel sur 100m, 10"92 presque sans vent (il a déjà fait mieux une fois hors déca). Ses 7m32 (-0,2m/s) à la longueur laissent une bonne marge de progression puisqu’il a fait 7m65 à Zürich il y a 2 ans. Les 15m22 au 3e essai au poids (il a gagné 81cm par rapport à sa meilleure marque précédente) ont fait du bien, même si son PB est encore meilleur (15m97 en salle et 15m41 en extérieur). En revanche, il y a eu accident à la fois au saut en hauteur (2m00 alors qu’il a déjà sauté 2m09 et 2m10, même si ça commence à remonter) et au 400m (50"07, une grosse seconde moins vite que son niveau habituel, sans même évoquer son PB de 48"66).

Compte tenu de ce dont il est capable lors de la 2nde journée, avec 4186 pts à l’issue de la première, les minima ne devaient pas poser de problème.

Après 9 épreuves, il était dans les clous pour battre le record de France, seulement il lui aurait fallu plus de fraîcheur. Lors de journée de dimanche son 110m haies a été excellent avec un record personnel (14"06 contre 14"21, qui plus est avec 0,6m/s de vent défavorable), puis un autre carrément pulvérisé au lancer du disque réalisé dès le premier essai (48m99 contre 47m60 auparavant). L’interminable concours du saut à la perche – auquel la pluie a tenté de s’inviter – lui a coûté beaucoup de points, il est entré en lice à 5m00, bien après tout le monde, puis a fait une nouvelle impasse. Malheureusement incapable de passer 5m20, une barre qu’il franchit régulièrement (record à 5m35), il a dû se rattraper de cette grosse contre-performance (5m00, pour lui, c’est nul) au lancer du javelot. Avec 65m77 au 3e essai (5m de plus qu’au 2e essai et très près de son PB de 66m09), il s’est complètement relancé.

Pour les minima, il suffisait de 4’59 sur le 1500m. Il fallait 4’23 pour un record personnel, 4’16 pour un record de France. Entre 2010 et 2012, il était régulier sous les 4’20, depuis, c’est un peu moins bien chaque année, probablement parce qu’en travaillant les autres épreuves il gagne en explosivité et perd un peu en résistance pour le demi-fond. Son record de 4’18"04 commence à dater (2012), il était à 4’22 l’année suivante, 4’24 lors des ChE de Zürich, à peine moins de 4’30 l’an dernier en ayant peu couru, ce qui n’est donc pas très révélateur, il a cette fois dû se contenter de 4’35"45, pour un total de 8446pts.

Il n’est pas très loin du vainqueur, Damian Warner, auteur de la MPM (8523pts, 2 de plus que le record personnel du Français), ceci malgré plusieurs grosses contreperformances. Il reste une énorme marge de progression si son corps le lui permet. Le podium olympique est réellement à sa portée.

En revanche, difficile d’être confiant pour Antoinette Nana-Djimou qui a galéré du début à la fin de son heptathlon. 13e avec 6104pts et plusieurs gros ratés (en particulier 1m68 à la hauteur, 5m93 à la longueur, 48m13 au jav, 2’25"80 au 800m), c’est inquiétant. Seul le poids (15m60, PB) est bon.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : lancer du disque F, saut à la perche H, 110m haies, triple saut H, 3000m steeple F, 800m H, 5000m H, 1500m F, Mile H, 400m masculin, 400m féminin, 100m féminin, 100m masculin, 200m féminin, 100m haies et K. Mayer à Götzis.

Notes

[1] Déjà suspendue 2 ans pour dopage, je le rappelle à chaque fois.

[2] Hors programme de la Ligue de Diamants.

[3] Athlètes Courants Non Identifiés.