S’il est aussi pratiqué en salle dans une certaine mesure, l’athlétisme est avant tout un sport d’extérieur. Les conditions météorologiques influent inévitablement sur les performances. Quand elles sont bonnes, les concurrents vont plus vite, sautent plus loin ou plus haut, ils lancent plus fort. Avec une vingtaine de degrés en début de soirée, certes pas mal d’humidité mais pas de pluie et un vent plutôt arrangeant. On n’avait vraiment pas à se plaindre.

Des Français de partout, même dans une des courses B (elles étaient nombreuses, certaines selon des catégories d’âges, certaines nationales, d’autres avec des étrangers), le 100m masculin, où James Dasaolu a dû se sentir bien seul. Le Britannique a fait 10"11 (+0,4m/s) alors que tous les autres étaient relégués à 11"40 et plus, dont Stuart Dutamby (10"41, PB) et Mickaël Zeze (10"45). Autant vous dire qu’ils n’ont pas eu les honneurs de la télévision, tout comme Jeanine Assani-Issouf, qui s’est retirée du concours du triple saut après un seul essai. Comme d’habitude, Caterine Ibargüen a remporté la compétition avec 14m78 (sans vent) au dernier essai.

A défaut d’être extrêmement prestigieux, le 200m voyait s’affronter de bons outsiders pour un podium olympique. Christophe Lemaitre y faisait sa rentrée sur la distance cette saison. Le couloir 4 semblait assez favorable, surtout avec Ameer Webb, Alonso Edward et Trayvon Bromell devant lui. Son but avoué était à la fois de se tester et de réaliser les minima tout de suite pour être libéré de ce poids. L’ancien champion d’Europe et médaillé mondial de l’épreuve a bien couru, il est resté au contact dans le virage, sans toutefois se montrer assez fort pour contester la victoire à Webb (20"04, +0.6m/s), et a fini 4e en 20"27 juste derrière Aaron Brown (20"24) et Alonso Edward (20"25). Il a donc fait le gros du nécessaire pour s’aligner à Rio sur sa course fétiche.
A noter que Bromell, très parti vite, a complètement craqué. Sur 60 et 100m ça passe, il n’a probablement pas assez d’autonomie pour plus. Du moins pas en ce moment.

Rénelle Lamote entendait confirmer son excellente performance de Rabat dans une course encore plus relevée qu’au Maroc. Les organisateurs ont fait disputer une course à 12, plus un 800m B auquel en pris part plusieurs filles habituées à se frotter aux meilleures. Autrement dit, tout le monde était là… dont les "femmes" qui n’ont rien à faire là en raison d’une hyperandrogénie aux conséquences très avantageuses, comme je l’ai expliqué de façon argumentée et détaillée à l’occasion de l’épreuve marocaine.

Rénelle a décidé de se placer aux avant-postes, dans la position de la patronne. La situation est devenue assez étrange car le lièvre, pas dans le rythme annoncé (trop rapide), n’a pas été suivi par le peloton. D’où une utilité plutôt… limitée. Caster Semenya, 9 ou 10e à la cloche, a commencé à faire l’extérieur dans le virage puis a attendu les 270 derniers mètres pour doubler presque tout le monde grâce à une violente accélération en se décalant jusqu’au couloir 3. L’attaque de Francine Niyonsaba en tête de peloton a suffi à faire le ménage, Rénelle a tenté de s’accrocher, mais hormis Semenya, personne ne pouvait réellement suivre. Dans le virage, le duel africain (Burundi-Af Sud) et un duel européen (France-GB) ont été très bien négociés pas Nyonsaba et par Rénelle, qui ont baladé leur adversaire autant que possible jusqu’à l’entrée de la dernière ligne droite. Là, Semenya a détruit Niyonsaba, Lynsey Sharp a doublé Rénelle, dans le dur, qui n’a rien lâché jusqu’à la ligne malgré un trio de chasseresses qui lui soufflaient dans la nuque (dont Maryna Arzamasova).

Semenya a mis presque un intervalle de haies (10 mètres) à sa collègue de condition, égalant au passage sa MPM de Rabat (1’56"64). Son chrono est quasiment l’égal du record de France en ayant couru pendant maximum 270m, sans aucune fatigue… Les femmes étaient si loin qu’elles ont disparu de l’écran longtemps avant le passage de la ligne. Sharp est sortie de l’écran à 55m de la ligne, elle y est réapparue sur l’image fixe de la caméra placée au niveau de l’arrivée. Elles ont toutes eu besoin de se pencher en mettant les mains sur les genoux pour récupérer, pourtant elles ont toutes fini en plus de 1’59 (1’59"23 pour Rénelle, 4e, 2 dixièmes derrière Sharp).

Le 800m, chez les femmes, c’est frustration garantie en raison de l’impossibilité de battre les phénomènes paranormaux. Il ne s’agit pas seulement d’un sentiment d’impuissance, c’est réellement de l’impuissance. Que voulez-vous faire ?

Sur 5000m, c’est différent, actuellement une Ethiopienne est au-dessus du lot, seulement elle ne se cache pas, elle envoie tout ce qu’elle peut en cherchant le meilleur chrono possible. En outre, contrairement à Caster Semenya, si vous rencontrez Almaz Ayana pour la première fois sans jamais avoir entendu parler d’elles, vous lui direz tout naturellement «bonjour madame», pas «bonjour monsieur». Ça rend ses performances beaucoup plus crédibles.

Comme à Rabat, la championne du monde en titre a échoué de peu dans sa quête de record du monde (14’11"15 par Tirunesh Dibaba il y a 8 ans presque jour pour jour). Encore une fois, elle a dû courir seule pendant plus de la moitié de la course faute de lièvre capable de l’emmener assez loin. 14’12"59 reste une performance extraordinaire, "seulement" suffisante pour améliorer sa MPM, le record du meeting, et de 3 dixièmes la 2e performance mondiale de tous les temps que détenait Meseret Defar, le tout en repoussant Mercy Cherono à plus de 21 secondes.

Attendu au départ du 110m haies, Garfield Darien a laissé sa place à un autre. Cette course aurait dû être une première répétition des Championnats de France car Pascal Martinot-Lagarde, Dimitri Bascou et Willem Belocian y participaient. Hormis Bascou, pour qui l’étape de la réalisation des minima a été franchie à Doha, les Français ont tous connu des soucis physiques ces derniers temps. On attendait en particulier PML, auteur de sa vraie rentrée après avoir disputé la course à Eugene avec des douleurs au dos trop handicapante. Libéré de ces maux, il s’est beaucoup mieux débrouillé et aurait dû remporter la course. Si Bascou a bien jailli des starting-blocks, tout est vite parti en sucette avec des fautes techniques dont une dès la première haie. Il a fini par tomber. PML confirmait quant à lui ses propres dires concernant sa forme à l’entraînement, on l’a vu partir devant en réussissant une belle démonstration… avant une faute à la 7e haie. Le déséquilibre lui a alors fait perdre le rythme, permettant à Orlando Ortega de le doubler. Le Cubain naturalisé par l’Espagne s’est imposé en 13"22 (+0,6m/s). Avec 13"29, PML a réalisé la performance requise pour aller à Rio, mais dans la discipline la plus dense de l’athlétisme français, l’étape des France risque d’être décisive quand, ailleurs, elle sera une simple formalité. Reste à savoir si d’autres réussiront les 13"35 exigées, car si le potentiel est indéniablement présent, parvenir à l’exprimer n’est pas toujours facile. Belocian revient de blessure, sa 5e place en 13"73 pour Belocian est un pas supplémentaire dans la bonne direction, il ne faut pas précipiter les choses.

Sur 1500m, il faut courir moins de 3’35 pour aller à Rio. Florian Carvalho et Mohrad Amdouni sont sur la bonne vie, ils s’en approchent. Auteur d’une super remontée à partir du dernier virage, Carvalho a échoué à 39 centièmes du chrono demandé (8e), Amdouni l’a suivi (10e en 3’35"58), malheureusement ils ont eu un peu de mal à finir. Même en l’absence d’Asbel Kiprop le plateau était très relevé, il manquait toutefois la star kényane pour aspirer encore un peu plus tout le monde, car si la course a débuté sur des bases rapides, la perspective d’avoir une chance de gagner a incité les favoris à rester prudents. Ils ont préféré la jouer tactique plutôt que de suivre les lièvres. Pour les Français, c’était presque le rythme idéal, le souci étant la densité du peloton, elle les obligeait à faire l’extérieur.

Elijah Manangoi a tiré profit de la situation pour s’imposer en passant juste sous les 3’34.

Il n’était point question de course aux minima sur 3000m steeple. Mahiedine Mekhissi-Benabbad vient en effet de réussir les siens lors d’un meeting à Montbéliard, loin de l’armada kényane. On peut parler de soulagement. Libéré de cette mission, il va pouvoir se préparer pour les Championnats d’Europe et surtout les JO. Forcément, il n’était pas à Rome, contrairement à Yoann Kowal, déjà sous les 8’22 à Rabat. Sans surprise, les Kényans sont partis loin devant. Conseslus Kipruto a envoyé du lourd, Jairus Birech restait dans ses pointes… avant de s’étaler à environ 330m de l’arrivée en essayant de résister à l’accélération de Kipruto. Ce dernier l’a finalement emporté en 8’01"41 (MPM), avec une énorme marge par rapport à la concurrence. Il aurait pu aller plus vite sans sentir ce concurrent accroché à son short pendant si longtemps (cette présence l’empêchait de tout donner, il n’avait pas envie de servir de lièvre pour se faire griller au sprint)… et s’il avait une bonne technique de franchissement. Techniquement, c’est faible.

Kowal a décroché une très belle 4e place en 8’17"83.

Je vais finir par le sprint.

Pourtant très en retard à cause d’une première partie de 100m trop moyenne, Elaine Thompson a corrigé le problème en terminant de façon hallucinante, s’imposant en 10"87 (+0,8m/s). English Gardner n’a pas compris ce qui lui arrivait, elle était confortablement en tête, une fusée est passée à sa droite. Ceci dit, il faudrait analyser plus précisément la vidéo pour être certain que l’impression est juste. Si ses adversaires ont faibli imperceptiblement, ce qui paraît être une fin de course monstrueuse – qui ne serait pas étonnante de la part d’une spécialiste du 200m – pourrait en réalité n’être que très bonne.

Le 100m féminin comptait pour la Diamond League, pas le 100m masculin. Néanmoins, à mes yeux, il comptait beaucoup plus et pourrait avoir des répercussions assez réjouissantes pour Jimmy Vicaut, dont la 3e place en 9"99 est porteuse de grands espoirs (c’est sa première rentrée sous les 10", il a évidemment les minima olympiques en poche). Il débutait sa saison sur la distance après un 200m relativement décevant aux interclubs dans des conditions pourries. Pour cette première, il se retrouvait à côté de Justin Gatlin et de Femi Ogunode (toujours détenteur de la MPM). L’homme qui court plus vite après qu’avant ses 4 ans de suspension pour dopage a encore sorti un énorme départ. La bonne nouvelle est que Jimmy a pu s’y accrocher au lieu de prendre un éclat d’entrée. Il est même revenu sur le Ricain. Son placement technique moins bon lors des dernières foulées l’a empêché de rester à la baston jusqu’au bout. Du coup, Gatlin a gagné en 9"93 (+1.0m/s) sans être souverain. Rien à voir avec le cavalier seul habituel la saison dernière. Il éclatait tout le monde en passant rarement au-dessus de 9"80. Le plus étonnant est de le voir hyper crispé, son manque terrible de relâchement saute aux yeux.

Si Jimmy a fini 3e et non 2e, c’est en raison du très gros retour d’Ameer Webb au couloir l’extérieur (9"94, première fois pour lui sous les 10"). Ce garçon encore très peu connu il a doublé 200m et 100m lors du meeting, il avait déjà surpris tout le monde à Doha, être en si grande forme dès le début de la saison, rester à ce niveau jusqu’aux trials et enchaîner avec les JO est presque impossible. Il me semble prêt trop tôt.

Ce meeting se termine traditionnellement par des 4x100m. Un relais français composé de Stuart Dutamby, Marvin René, Michael Zeze et Jimmy Vicaut a pris part à cette course remportée en 38"44 par les Pays-Bas de Churandy Martina devant l’Italie (38"81). Jimmy a échoué tout près de l’Italien (38"87) malgré un retour fou. Il partait de trop loin, ses coéquipiers l’ont lancé avec trop de retard. (Sur la vidéo, difficile de se faire une idée précise de la qualité des transmissions.)

Signalons également…
-La victoire nette de Wayde Van Niekerk sur 400m en 44"19 sans une adversité fabuleuse.
-Les 2m33 de Bohdan Bondarenko à la hauteur.
-Le succès de Greg Rutherford à la longueur (8m31).
-Robert Urbanek a dominé le lancer du disque (65m00), Robert Harting a pris la 3e place (63m96), Piotr Malachowski a seulement fini 6e (son avance à la diamond race a fondu).
-Janeive Russel a établi une nouvelle MPM du 400m haies féminin (53"96).
-Les 2 Grecques ont pris les 2 premières places au saut à la perche féminin avec une barre à 4m75, mais Ekaterini Stefanifi – qui se fait appeler Katerina – a dominé Kiriakopoulou (alias "Le Bonhomme") aux essais.
-Valerie Adams retrouve petit à petit un niveau digne d’elle au lancer du poids. Elle a enchaîné une nouvelle victoire en DL avec 5 marques à 19m46 et plus, la meilleure étant 19m69.
-Sunette Viljoen s’est imposée au javelot pour… 3 centimètres. 61m95 est une perf assez modeste à ce niveau.

La prochaine étape de la DL est programmée dès dimanche à Birmingham.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : 200m H, 800m F, 5000m F, 110m haies, 1500m H, 3000m steeple H, 100m F, 100m H et 4x100m H.