Au triple saut, Teddy Tamgho a enfin pu disputer un concours à 6 sauts – même s’il en a mordu 3 – car, avouons-le, le plateau n’était pas dément[1]. Preuve en est qu’il a terminé 2e avec 16m80 (ça monte doucement, espérons les 17m05 pour bientôt) derrière Alexis Copello, qui n’a atterri qu’à 16m91.

Marie Gayot avait besoin de faire baisser le chrono sur 400m. Etre complètement à l’extérieur pouvait l’aider dans la mesure où ça l’obligeait à partir plus vite que d’habitude, mais complètement mangée par sa voisine de couloir après quelques dizaines de mètres, elle a pris très cher avant de débuter sa remontée habituelle. Partie de trop loin, elle s’est néanmoins battue pour finir le plus vite possible, se rapprochant de plus en plus du paquet. Ça n’a pas suffi, toutefois il y a du mieux, 52"21 (SB). Libania Grenot, la championne d’Europe en titre, a fini juste devant elle.

Stephenie Ann McPherson a remporté la course en 51"04, assez nettement la 2e. Pas terrible.

Le 100m masculin manquait de grosse tête d’affiche. On y trouvait essentiellement des outsiders au niveau mondial même si certains ont déjà été médaillés aux ChM. Andre De Grasse, Ameer Webb, Kim Collins, Michael Rodgers… et Christophe Lemaitre. Ce dernier a réussi un départ très correct, pas très bon par rapport à Collins qui en a réussi un super juste à côté de lui, et a fini 5e en 10"20, pas très loin des premiers puisque De Grasse s’est imposé en 10"07 (+0.6m/s). Il a réussi les minima sur 200m (à Rome), on aura aussi besoin de lui dans le relais, est-ce réellement nécessaire qu’il dispute aussi le 100m à Rio en n’ayant aucune chance de médaille ? J’en doute.
Notons aussi qu’Ameer Webb, impressionnant en ce début de saison (9"94 à Rome environ 1h30 après avoir été très bon sur 200m), a du mal à s’en remettre. Décevant à Birmingham, il a encore eu du mal avec un modeste 10"18.

De cette course, on retiendra surtout un drame. Le vétéran du sprint mondial était en tête environ jusqu’aux 70m avant de se blesser, peut-être d’une façon qui va mettre fin à sa carrière, certainement au moins d’une façon qui va le priver des JO. S’il s’agit d’un problème musculaire, le froid pourrait être en cause. De la façon dont il a réagi, on peut aussi imaginer une rupture ligamentaire ou tendineuse (genre tendon d’Achille).

Comme à Shanghai, Renaud Lavillenie a emmené Stanley Joseph dans ses valises. Le padawan s’est bien débrouillé… mais a bloqué après 5m55. Il a tout de même terminé 4e.

Renaud a débuté à 5m65… par un raté assez acrobatique et un peu flippant. Il lui aura fallu s’y prendre à 3 reprises pour franchir cette barre et éviter un zéro du plus mauvais effet (grâce à un beau saut). Pour la perche, les conditions étaient réellement mauvaises, tout le monde a souffert du vent et de la pluie tombée par moment. Passer 5m73 à l’arrache – en touchant la barre – au premier essai lui a permis de prendre la tête du concours, Shawn Barber lui a répondu au 2e essai de façon encore plus laide puisque tout son corps a léché la barre.

Etrangement, Pawel Wojciechowski a choisi de faire l’impasse à 5m73 pour passer directement de 5m65 à 5m80, comme si n’avoir eu besoin que d’une tentative à 5m65 avait une chance de lui assurer la victoire. Il s’est planté, d’où une 3e place.

Dans ces conditions, la clé était la capacité d’adaptation. Lavillenie est le seul à avoir su faire le job dans ces conditions. S’il est retombé sur la barre au 1er essai à 5m80, il est parvenu à passer l’obstacle grâce à un élan réduit et une plus petite perche. Barber a pris une claque en le voyant faire, il lui était désormais nécessaire de monter à 5m87, ce dont il n’était pas capable. Le concours était donc gagné pour le Français qui cette fois avait revêtu le survêtement de l’équipe de France de football, dont il partage l’équipementier (un bon coup de com’ à la veille de l’Euro)… C’est devenu une habitude, à Eugene il portait la tenue des Ducks de l’Oregon.

A 5m87 il est retombé sur la barre avant de 2 fois taper avec les genoux en montant. Les limites de son matériel étaient atteintes, il ne pouvait aller beaucoup plus haut avec cette perche et cet élan. Etre resté bloqué à 5m80 doit lui plaire modérément, avoir gagné une nouvelle fois en Diamond League doit le réjouir, car au fond, l’important, c’est les 10 points et de dominer ses adversaires. Psychologiquement, ça ne peut que lui faire du bien et leur faire du mal.

Il manquait Ruth Jebet pour avoir un 3000m steeple féminin de feu, du coup Hyvin Kiyeng Jepkemoi a remporté la course sans difficulté en courant près de 10" moins vite qu’à Eugene (9’09"57). Une Française a participé à cette course, Claire Perraux en a pris la 9e place (9’55"77).

Muktar Edris a été battu par Hagos Gebrhiwet sur 5000m, il avait gagné à Shanghai et à Eugene en passant sous les 13’. Cette fois ça s’est joué aux alentours de 13’08.

Asbel Kiprop est au-dessus du lot sur 1500m, il l’est aussi sur le Mile. Celui d’Oslo a été monté de façon à ce qu’il brille. On lui a fourni 2 lièvres, il était le seul à les suivre, une énorme avance s’est creusée, puis un premier lièvre qui décroche, le second en a remis une couche, Kiprop a décidé de ne plus suivre pour se contenter de gérer la fin de course. Les autres ont abandonné l’idée de lui jouer la victoire dès qu’ils ont appris sa présence, d’où une véritable guerre entre eux loin derrière le Kenyan, puis de moins en moins loin dans la mesure où il finissait tranquillement. Il nous a fait une MPM (3’51"48) en footing. Dans cette bataille de vaincus, Elijah Manangoi a devancé Taoufik Makhloufi et Nick Willis.

Le Mile féminin s’est avéré un peu plus disputé que prévu. Faith Kipyegon a peiné à décrocher Laura Muir, la seule en mesure de la suivre. 4’18"63 (MPM explosée). D’habitude la Kenyane défonce ses adversaires grâce à un dernier tour très rapide, cette fois elle a eu du mal.

Au-dessus et entre les haies, rien de fantastique. Le 400m haies masculin a été remporté dans un temps à peu près correct pour la saison mais historiquement nul par un Cubain naturalisé par la Turquie – pays qui multiplie les naturalisations de complaisance dans tout un tas de sports, choisissant d’acheter ses médailles olympiques – portant le nom de Yasmani Copello (48"79). Le niveau de cette discipline est devenu aussi médiocre que celui du 100m haies est relevé actuellement. En l’absence de Kendra Harrison la victoire est revenue à Brianna Rollins (12"56, -0.4m/s), qui en a profité pour prendre la tête de la diamond race.

La réunion aura surtout été marquée par le 200m féminin. Il s’agissait d’un duel entre Dafne Schippers et Elaine Thompson, deux femmes entourées de figurantes (sans vouloir leur faire offense).

Pour une fois la Batave a réussi son départ, elle a pris énormément d’avance grâce à un virage impressionnant qui a tué ses adversaires psychologiquement. Quand Schippers réussit son départ elle est extrêmement difficile à battre, car son point fort est le placement technique et la solidité dans la seconde partie de course beaucoup plus que la mise en action. Une fois l’avance creusée, impossible de la revoir, elle a poussé jusqu’au bout en restant bien droite et bien gainée. Le chrono est descendu : 21.93 (+0,7m/s), record du meeting (qui avait 22 ans), MPM et record de la DL. Surtout, elle a détruit Thompson, 2e en 22"64, soit suuuuuuper loin. La Jamaïcaine a-t-elle pâti du froid ? A-t-elle pris un coup au moral appelé à avoir des séquelles ?

J’en termine avec les concours.
-La perf du jour est la MPM de Thomas Röhler au javelot (89m30).
-Joe Kovacs a encore remporté un concours du poids en lançant à plus de 22m (22m01). Il lui a fallu attendre le 5e essai pour dépasser les 21m.
-Sandra Perkovic a gagné au disque avec un jet à 67m10.
-Ivana Spanovic a largement dominé le saut en longueur (6m94).
-Ruth Beitia a gagné à la hauteur, mais 1m90, c’est faible. Quand on pense qu’il y a quelques saisons les concours se gagnaient rarement sous les 2m voire 2m05…

Prochaine étape de la DL à Stockholm la semaine prochaine. Entre-temps aura lieu un autre meeting du circuit français.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : 400m féminin, 100m masculin, saut à la perche masculin et 200m féminin.

Note

[1] Il y avait tout de même Craddock et Evora.