• ETAPE 3 : une variante dans l’ennui.

Etape_3.jpg De Granville à Angers, 223km de plat.

Pauvre Armindo Fonseca (FVC) ! Sur une étape comme celle-ci, sorte de très longue ligne droite orientée plein sud avec quasiment aucune difficulté (hormis une côte de 4e catégorie), il était logique qu’un groupe de quelques coureurs s’échappe rapidement, passe la journée devant et se fasse reprendre à quelques kilomètres de l’arrivée avant un sprint massif. Prendre l’initiative n’avait rien d’illogique de la part d’un coureur de Fortunéo, il s’attendait certainement à être suivi ou rejoint par 2 à 7 coureurs d’autres équipes. Pas de chance, personne n’a eu les c*uilles d’y aller, tout le monde a préféré rester au chaud dans le peloton. Fonseca s’est donc retrouvé seul en éclaireur avec jusqu’à 11’ d’avance sur 197 coureurs bien contents de pouvoir passer un après-midi très calme. Très lente, absolument pas nerveuse, cette journée était sans doute la plus tranquille des 3 prochaines semaines.

Fonseca est rennais, c’est un supporter du Stade Rennais, il a traversé son département seul en tête et pensait sans doute s’être assuré l’obtention du dossard rouge. Il s’est fait son petit plaisir. Par contre, pour les téléspectateurs, quel ennui !

Soudain, à près de 90 bornes de l’arrivée, Thomas Voeckler (DEN) est parti seul en contre-attaque. Il avait environ 5’30 de retard par rapport à Fonseca, le coup était a priori insensé, mais pas forcément idiot, car l’homme de tête et le peloton roulaient à toute petite allure. Du coup il était possible de revenir à l’avant en fournissant un effort assez intense pendant seulement quelques minutes. Averti par sa voiture, Fonseca ne pouvait voir que d’un bon œil l’arrivée de renfort, il a donc attendu en ralentissant encore un peu plus. Voeckler a ainsi pu combler son retard en moins de 10 kilomètres. Cette initiative permettait en outre de montrer le maillot du nouveau sponsor tout en rompant la monotonie (traduction : faire le spectacle). Un autre motif plus personnel a aussi motivé l’ancien champion de France, qui souhaitait rendre hommage à un jeune coureur angevin de Vendée-U, le centre de formation de Direct Energie, décédé dans un accident en mars.

Encore 82km à rouler, approximativement 6’ de marge, ça ne pouvait pas le faire. D’autant que les Tinkoff ont pris les choses en main pour prendre le contrôle. Aidés par un Etixx-Quick Step et des Lotto-Soudal, ils ont très rapidement réduit l’écart à moins de 4’ puis 3’ et même 2’ en mettant le peloton en file indienne. Ça revenait trop vite.

Approcher du sprint intermédiaire n’a pas aidé le duo de tête (Voeckler a laissé passer Fonseca, c’est normal après un tel effort), car ceci cause mécaniquement une accélération supplémentaire du peloton. Il restait à peine 1’ d’écart quand Marcel Kittel (EQS) a franchi la ligne devant Alexander Kristoff (KAT) et Peter Sagan (TNK).

Sur de longues lignes droites, les échappés sont restés en joue à une trentaine de secondes du peloton. A un peu moins de 30km de l’arrivée, Voeckler a lancé la véritable bataille pour rester le plus longtemps possible en tête. On peut difficilement trouver plus expérimenté que lui, il sait gérer ce genre de coups. Profitant de routes plus favorables car tournantes et abritées, en particulier pendant de traversées de village, le duo – surtout Voeckler – a pu tout envoyer pour reprendre 1’ de marge et prolonger sa présence à l’avant. Dès le début ils savaient leur aventure vouée à l’échec sauf circonstances de course totalement imprévisibles… qui se produisent une fois de temps en temps. Il faut juste avoir tenté sa chance le jour où ça se passe. Ce n’était pas aujourd’hui.

L’aventure a pris fin à 8 gros kilomètres de la ligne. Le peloton est resté lancé à grande vitesse et donc très nerveux sur des routes parsemées d’ilots directionnels, de virages et de ralentisseurs. Hormis un tout-droit sans grande conséquence, il n’y a pas eu de souci, aucune cassure n’a piégé un homme ambitieux pour le général.

Le sprint disputé en faux-plat montant était idéal pour André Greipel (TLS), pourtant l’Allemand s’est fait remonter et griller par Mark Cavendish (DDD), aussi puissant que samedi, beaucoup plus puissant que ces dernières saisons. Il a fallu recourir à la photo, les coureurs n’étant pas sûrs du nom du vainqueur (l’Allemand a levé le bras un instant mais a jeté son vélo trop tôt). La photo est dingue, il y a un boyau ! Le Britannique a ainsi remporté son 28e succès sur le Tour, ce qui lui a permis d’égaler Bernard Hinault. Seul Eddy Merckx a plus gagné sur le Tour.

Bryan Coquard (DEN) a pris la 3e place devant Peter Sagan, c'est lui qui a terminé le plus fort, malheureusement il partait de trop loin. Christophe Laporte (COF) a fini 8e. Les classements n’ont pas évolué hormis celui par points, Cavendish en ayant repris la tête. Il portait déjà le maillot vert par intérim, mardi il l’aura pour de bon.

Signalons enfin que l’initiative de Voeckler pour sauver la course d’un ennui total de 220 bornes et son activité dans le duo de fuyards du jour lui ont valu le prix du combatif du jour. C’est discutable. Surtout après avoir entendu les explications du président du jury chargé de l’attribuer : Fonseca ne se serait pas assez employé dans l’échappée, se contentant de rouler à 33km devant le peloton.

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Résumons.
Vainqueur d’étape : Peter Sagan (TNK).
Jaune : Peter Sagan (TNK).
Vert : Mark Cavendish (DDD).
Pois : Jasper Stuyven (TFS).
Blanc : Julian Alaphillipe (EQS).
Combatif du jour : Thomas Voeckler (DEN).

Mardi l’étape part de Saumur, on risque d’encore mariner un certain temps avant de voir de la bagarre, le parcours est plutôt vallonné (avec beaucoup de faux-plats) mais surtout très long, ça devrait encore se terminé au sprint, il faudra avoir de la puissance car les 500 derniers mètres sont pentus. En résumé, demain, sur le papier, c’est pour Sagan. Sur le vélo, ça reste à déterminer.