• ETAPE 4 : ce put*in de (petit) rien…

Etape_4.jpg De Saumur à Limoges, 237,5km.

Etrangement, personne n’a osé attaquer dès le premier kilomètre, chose pourtant devenue quasiment systématique sur le Tour. Est-ce si étrange compte tenu de l’extrême longueur de cette étape ? Il s’agit tout simplement de la plus longue en distance. Avec beaucoup de longues lignes droites vallonnées, la journée s’annonçait particulièrement peu enthousiasmante, voire pénible, sauf sur la fin, nettement plus accidentée, où on attendait une bataille plus intéressante.

Après une vingtaine de bornes un groupe de 7 s’est détaché avec Maciej Bodnar (TNK), Markel Irizar (TFS), Natnael Berhane (DDD), Andreas Schillinger (BOA), Thomas De Gendt (TLS), Julien Vermote (EQS) et Daryl Impey (OBE). Le peloton n’a pas laissé faire, il a fallu insister, Irizar et Schillinger sont parvenus à rester à l’avant, rejoints par Olivier Naesen (IAM) et Alexis Gougeard (ALM). Tout le monde a fini par se calmer, le coup du jour était désormais formé, ce quatuor a pu prendre le large.

Grâce à d’excellentes conditions de course (y compris du vent favorable pendant une grande partie de la journée), les hommes de tête auraient pu passer une belle journée sans avoir besoin de trop forcer. Ça s’est passé moins bien que prévu. S’ils ont longtemps eu 6’ de marge, leur décision de s’économiser a vite permis au peloton de réduire l’écart pour être en total contrôle. Un Tinkoff, un Lotto-Soudal, un Etixx-Quick Step et un Dimension Data tournaient pour faire le job. Ils l’ont trop bien fait. Revenus à 1’30 beaucoup trop loin de l’arrivée, ils ont calmé le jeu pour stabiliser l’écart à 2’.

Schillinger est le seul à avoir voulu disputer le sprint intermédiaire, les autres l’ont laissé faire. La bataille n’a pas été beaucoup plus féroce en tête de peloton, Peter Sagan (TNK) a facilement battu Mark Cavendish (DDD) et Marcel Kittel (EQS). La Côte de la Maison Neuve (4e catégorie) n’apportait pas plus d’intérêt à cette longue traversée monotone. Irizar n’a pas été concurrencé.

L’équipe Direct Energie a décidé de se joindre à la chasse à environ 40km de l’arrivée (avec notamment un gros travail de Thomas Voeckler) alors que l’écart était déjà passé sous la minute. Ça allait vite, les échappés devaient s’employer pour garder leur minute d’avance, Gougeard a lâché prise, laissant un trio se battre sur des routes de très bonne qualité mais pratiquement jamais plates. Ce trio a fini par être repris dans les 7 derniers kilomètres alors que le peloton se réduisait progressivement par l’arrière. Les Lotto-Soudal ont beaucoup travaillé pour André Greipel, les Tinkoff ont aussi fait en sorte de placer Sagan, favori dans un sprint en montée.

L’explication finale a eu lieu. Caché dans la roue de Sagan, Coquard a parfaitement manœuvré pour remonter tout le monde dans les 100 ou 200 derniers mètres. Comme à Angers, où il a fini 3e, il était le plus rapide dans cette fin de course. Seulement, cette fois, il était beaucoup mieux placé au moment de lancer réellement son sprint, ce qui lui a permis de griller Sagan et Kristoff, de revenir à hauteur de Kittel et de se battre avec ce dernier pour l’emporter. Ils étaient épaule contre épaule, limite en train de se pousser l’un l’autre sans qu’il y ait rien à redire (malgré la dangerosité de la situation). Encore une fois, ça s’est joué au lancer de vélo. Celui de Kittel est sans doute un peu plus grand, il a plus de poids pour le faire avancer au moment où il le jette, et était sans doute un peu moins déstabilisé par les coups d’épaule.

C’est vraiment terrible, on attend une victoire française dans un sprint final du Tour de France depuis 2006 (Jimmy Casper à Strasbourg lors de la 1ère étape), elle n’a jamais été aussi proche ! La victoire de Kittel est une réelle surprise, on ne l’attendait pas là, beaucoup prédisant qu’il ne puisse pas suivre avec toutes ces côtes.

La vidéo est aussi sur Vimeo.

Résumons.
Vainqueur d’étape : Marcel Kittel (EQS).
Jaune : Peter Sagan (TNK).
Vert : Mark Cavendish (DDD).
Pois : Jasper Stuyven (TFS).
Blanc : Julian Alaphillipe (EQS).
Combatif du jour : Olivier Naesen (IAM).

Pour l’anecdote, en 2012, Sébastien Turgot, membre d’Europcar (l’ancêtre de Direct Energie), avait pris la 2e place de Paris-Roubaix devant Alessandro Ballan. La photo était encore un cran au-dessus. Ils étaient quasiment impossibles à départager, ça s’est joué à 8 millièmes… de seconde. Mais c’était pour la 2e place.

Dès mercredi, le Tour va commencer à prendre de la hauteur avec une jolie étape de moyenne montagne dans le Massif central. Très favorable à une échappée, cette étape nous offrira-t-elle la première victoire française de cette édition ? Je verrais bien Gallopin ou Alaphillippe faire un joli coup… mais étant 2e au général, pas sûr que ce dernier obtienne un bon de sortie.