• ETAPE 5 : il suffit qu’d’une fois.

Etape_5.jpg Limoges-Le Lioran, 216km.

Sur un parcours pareil, particulièrement favorable aux échappés, les cartes promettaient d’être totalement rebattues. Victoire d’étape, maillot jaune, maillot à pois, maillot blanc, tout semblait ouvert ! D’où un nombre très important d’ambitieux. Les baroudeurs ont peu d’occasions de remporter des courses, ils étaient donc très chaud sur le coup, les candidats à l’échappée ne manquaient pas. C’est parti dans tous les sens. Jasper Stuyven (TFS) espérait s’accrocher à son maillot à pois, il a bataillé et réussi à passer en tête la première difficulté répertoriée du jour, la Côte de Saint-Léonard-de-Noblat (4e C.). Ses chances de le conserver à l’issue de l’étape étaient nulles.

Un groupe de 9 a ensuite réussi à se détacher avec 3 Français, à savoir Cyril Gautier (ALM), Florian Vachon (FVC) et Romain Sicard (DEN), 3 Belges en les personnes de Greg Van Avermaet (BMC), Serge Pauwels (DDD) et Thomas De Gendt (TLS), ainsi que 2 Polonais Bartosz Huzarski (BOA) et Rafal Majka (TNK), plus un Ukrainien Andriy Grivko (AST). Le peloton a laissé faire.

L’offensive de la plupart de ces hommes s’expliquait assez simplement par leur profil. En revanche, pour l’Astana, l’AG2R et le Tinkoff, cette présence ne tombait pas sous le sens. Majka a-t-il attaqué pour jouer le maillot à pois, à cause d’un changement de stratégie de son équipe dû à l’état préoccupant d'Alberto Contador, ou pour protéger le maillot jaune détenu par Peter Sagan ? Gautier n’avait-il pas plutôt intérêt à rester tranquillement dans le peloton pour être utile à Romain Bardet dans la véritable montagne (en partant en éclaireur) ? Même chose pour Grivko qui a Vincenzo Nibali et Fabio Aru dans son équipe ?

Le groupe s’est scindé en 2, un trio formé par Grivko, Van Avermaet et De Gendt s’est détaché en attaquant par surprise (Gautier était en train de se vider la vessie), il comptait un peu moins de 13’ d’avance sur le peloton et près de 2’ de marge par rapport au groupe de 6 au moment d’aborder les premières pentes de la Côte du Puy Saint-Mary (3e catégorie). Cette côte était la difficulté initiale de ces 80 derniers kilomètres très accidentés (5 difficultés répertoriées, toutes de 2e et de 3e C.).

Peu avant que les hommes de tête ne passent au sommet de la côte (avec un gros kilomètre d’avance sur les 6 poursuivants), une chute s’est produite dans le peloton. Difficile de savoir qui a chuté ou si quelqu’un s’est fait mal. Cet accrochage n’a pas eu d’influence sur l’attitude du peloton, mené par un Sky, qui continuait à laisser filer.

Une fois l’écart monté à 15’, la Movistar a mis un homme en tête du peloton pour limiter la casse. Comme il restait quelques points à prendre au sprint intermédiaire placé peu après la Côte du Puy Saint-Mary (sprint où Van Avermaet est passé en tête sans problème), il y a eu accélération, Bryan Coquard (DEN) a facilement battu Marcel Kittel (EQS)… mais pour 6 points.

La configuration de la course s’est figée un moment, les chasseurs ayant préféré s’entendre depuis le début sans trop se donner histoire de garder des forces pour la fin d’étape très difficile (rendue encore plus difficile par la chaleur), leur retard s’est stabilisé entre 2’30 et 3’. Le peloton restait beaucoup trop loin pour jouer la victoire, même s’il a gratté du temps sur les pentes du Col de Nerronne (3e catégorie).

Le trio de tête continuait à faire mieux que jeu égal avec ses 6 poursuivants, De Gendt a sprinté pour prendre les 2 points du col et se placer idéalement au classement du meilleur grimpeur avant le Pas de Peyrol (le col qui se situe juste sous le Puy Mary, un endroit magnifique dans un très beau coin de France où on fabrique un Fromage avec un grand F… et franchement le cantal, c’est meilleur vieux !). Pour la première fois lors de cette édition les coureurs ont affronté une difficulté de 2e catégorie Les chasseurs ne chassaient plus rien, ils sont passés environ 3’15 après leur proie désormais beaucoup trop loin.

L’accélération de plus en plus franche de la Movistar – qui a mis toute sa troupe en tête de peloton – s’est révélée trop franche pour les sprinteurs purs, ils peinaient à suivre, certains ont décroché pour former le gruppetto. L’écart s’est réduit très nettement à 10 grosses minutes. Tout semblait de nouveau possible. D’autant plus quand Grivko est soudain resté collé à la route sur une pente très dure, laissant partir le duo belge qui l’accompagnait.

Pendant cette phase de la course, ça a explosé de partout. Sicard et Vachon ont craqué, laissant les chasseurs à 4, mais c’est surtout en queue de peloton que les pentes – et le train de Movistar – ont fait des dégâts. Tony Gallopin (TLS) ou encore Brice Feillu (FVL), Arthur Vichot (FDJ) ou encore Jérôme Coppel (IAM) et Daniel Navarro (COF) sont passés par la fenêtre. Victime d’une chute ces derniers jours, Arnold Jeannesson (COF) a tenu un peu plus longtemps. Tom Dumoulin (TGA) a craqué à son tour, comme Jakob Fuglsang (AST). Peter Sagan s’est accroché, c’était trop dur pour lui. Quelques instants plus tard, grosse surprise, Vincenzo Nibali a connu une surchauffe, il n’avançait plus.

Emmenés par Pauwels et Majka, les chasseurs ont commencé à doucement combler leur retard. Super grimpeur, le Polonais de Tinkoff a mis un bon coup d’accélérateur, il a presque lâché les 3 autres au sommet où, un peu plus tôt, De Gendt s’était emparé du maillot à pois (au moins virtuellement).

Movistar envoyait du très lourd, Alexis Vuillermoz (ALM), Rui Costa (LAM) ou encore Eduardo Sepulveda (FVC) ont craqué dans le dernier kilomètre, beaucoup d’équipiers ont sauté. En plus de la difficulté d’encaisser les premières pentes du Tour, la chaleur explique pourquoi le serrage de vis des hommes de Nairo Quintana a fait un si grand ménage.

La paire belge a abordé le Col du Perthus (2e C.) avec 3’ d’avance sur le quatuor et moins de 7’ sur le peloton. Sur ces pentes, Van Avermaet a choisi de repartir seul. Il a fait tapis : soit il empochait la victoire d’étape et revêtait le maillot jaune (voire le maillot à pois)… soit il perdait tout. Attention, il était conscient d’avoir une très bonne main, ou en l’occurrence, de très bonnes jambes. Le quatuor ne pouvait plus revenir, d’autant qu’il s’est transformé en un duo polonais Huzarski étant le seul à pouvoir suivre le rythme de Majka, un rythme à peu près identique à celui de l’homme de tête.

Heureusement pour Van Avermaet, les dégâts provoqués dans le peloton ont aussi concerné les hommes de la Movistar qui ont longtemps roulé. Une fois leur travail effectué, ils ont décroché. Du coup le train s’est un peu réduit, assez pour lui permettre de stabiliser son avance à 6’ à 15km de l’arrivée. Sauf explosion en vol, c’était plié pour la victoire d’étape. Les Sky ont à leur tour pris les choses en main, toutefois, au lieu de chercher à en faire encore exploser quelques-uns, la formation britannique a simplement contrôlé sans chercher à réduire l’écart. La stratégie de Sky était claire : faire en sorte que la BMC prenne le maillot jaune avec suffisamment d’avance, histoire d’obliger cette équipe à travailler ces prochains jours afin de le protéger. Pendant ce temps, les hommes de Chris Froome pourront s’économiser.

La chaussée détériorée par endroits créait un risque de chute dans la descente du Perthus, heureusement tout s’est bien passé. Dès lors, il ne restait plus qu’à franchir le Col de Font de Cère (3e C.) et à dévaler une dernière portion en descente. Même si sa 2e victoire sur le Tour (après celle de l’an dernier) était déjà assurée, Van Avermaet est resté au taquet jusqu’à la ligne d’arrivée pour gratter un maximum de secondes, chacune pouvant être décisive pour conserver plus longtemps le premier maillot jaune de sa carrière.

De Gendt n’a pas tout perdu, il a fini 2e, maillot à pois et combatif du jour. Majka a pu conserver la 3e place, mais Huzarski s’est fait griller in extremis par Joaquim Rodriguez (KAT), arrivé 3 secondes avant les leaders. En effet, le peloton a fini très fort suite à l’attaque de Romain Bardet (ALM) à 3 gros kilomètres de l’arrivée. Seuls Alejandro Valverde, Nairo Quintana (MOV) et Thibaut Pinot (FDJ) ont réagi immédiatement. Il s’agissait d’attaquer juste avant la descente. Forcément, la plupart des favoris sont revenus, mais Contador y a encore laissé des plumes (33 secondes par rapport à presque tous les leaders).

Les Français attendus pour le général – soit à terme (Pinot, Bardet, Barguil, Rolland), soit à ce stade de la course (Alaphilippe) – ont quasiment tous répondu présent, même si certains étaient à la limite par moments, en particulier Alaphilippe, désormais 2e au général à 5’11 de Van Avermaet.

Cette journée a confirmé que Nibali, Navarro, Rui Costa et Ten Dam ne joueront pas le général cette année, car ils ont fini dans un groupe à plus de 8’30 des leaders. Sagan et Gallopin ont terminé encore beaucoup plus tard. Sepulveda (à 3’10 des cadors) fait aussi partie des perdants du jour.

La vidéo est aussi sur Vimeo.

Résumons.
Vainqueur d’étape : Greg Van Avermaet (BMC).
Jaune : Greg Van Avermaet (BMC).
Vert : Peter Sagan (TNK).
Pois : Thomas De Gendt (TLS).
Blanc : Julian Alaphilippe (EQS).
Combatif du jour : Thomas De Gendt (TLS).

Jeudi c’est sprint. Mettre une côte de 3e catégorie à 50 bornes de l’arrivée avant une fin d’étape toute plate, en général, ça ne sert à rien.