• ETAPE 7 : titre de l’étape.

Etape_7.jpg De L’Isle-Jourdain au Lac de Payolle, 163km avec arrivée dans les Pyrénées.

Les 2 premiers tiers de l’étape devaient permettre à une échappée de se former et de prendre de l’avance avant l’élévation de la route jusqu’au Col d’Aspin (1ère catégorie), la grande difficulté du jour placée quelques kilomètres avant l’arrivée. Cette étape courte disputée dans des conditions relativement chaudes (plus sur le plat qu’en altitude) pouvait faire de la casse car elle s’annonçait très rapide.

Fort logiquement, les attaques n’ont pas tardé. Un groupe de 12 a tenté de prendre le large sans obtenir de bon de sortie du peloton. Il a été repris. On y trouvait notamment Mark Cavendish (DDD) et Peter Sagan (TNK), mais aussi de bons grimpeurs à l’image de Nicolas Edet (COF), Jarlinson Pantano (IAM), ou encore Luis Leon Sanchez (AST), Gorka Izagirre (MOV) et Rui Costa (LAM), mais aussi Ramunas Navardauskas (CDT), Jérémy Roy (FDJ), Cesare Benedetti (BOA), Geoffrey Soupe (autre COF) et Chris Anker Sorensen (FVC).

On a alors assisté à de nombreuses contre-attaques impliquant parfois des membres de la première échappée. Même Greg Van Avermaet (BMC) a bougé malgré son statut de maillot jaune, histoire d’éviter à ses équipiers de travailler et protéger ainsi ses leaders. Le peloton s’est même scindé en 2. C’était n’importe quoi. Une ligne de coureurs a finalement décidé de se mettre devant le peloton sur toute la largeur de la route pour bloquer le peloton et laisser partir, ceci malgré la présence d’énormément de monde à l’avant… dont Vincenzo Nibali (AST), mais surtout le maillot jaune. Après une cinquantaine de bornes, c’était plié. D’autant plus qu’avec vent de face, il n’était plus possible de ressortir.

29 coureurs se trouvaient dans ce premier groupe, représentant 20 formations sur 22 (FDJ et Tinkoff n’ont pu y mettre personne), dont 2 avec 3 éléments, à savoir Cannondale (Alex Howes, Matti Breschel et Sebastian Langeveld) et Cofidis (Daniel Navarro, Borut Bozic et Luis Angel Mate), 5 avec 2 hommes (Sébastien Chavanel et Antoine Duchesne pour Direct Energie, Vincenzo Nibali et Alexey Lutsenko pour Astana, Fabian Cancellara et Jasper Stuyven pour Trek, Alexis Vuillermoz et Jan Bakelants pour AG2R, Kristijan Durasek et Tsgabu Grmay pour Lampre). Les autres membres du groupe étaient Pierre-Luc Périchon (FTV), Stephen Cummings (DDD), Gorka Izagirre (MOV), Vasil Kiryienka (SKY), Paul Martens (TLJ), Olivier Naesen (IAM), Simon Geschke (TGA), Paul Voss (BOA), Jürgen Roelandts (LTS), Daryl Impey (OBE), Tony Martin (EQS), Angel Vicioso (KAT), et bien sûr Greg Van Avermaet (BMC).

Forcément, la Sky a dû rouler pour limiter l’écart. Comme il continuait à s’agrandir, un FDJ a aussi été envoyé à l’avant du peloton. Si Jérémy Roy avait pris la première échappée comme prévu au briefing, aucun FDJ n’a pu intégrer le groupe de 29, du coup Roy a dû s’y coller pour faire le tempo. Tout seul, ça ne servait à rien, il s’est donc vite ravisé. La Sky a vite repris les choses en main avec l’aide d’un Movistar. Devant, on roulait très vite, l’écart a approché des 6 minutes sans les atteindre.

Parmi les 29, certains sont de bons (Navarro) ou très bons grimpeurs (Nibali) qui ont volontairement perdu du temps lors des étapes précédentes afin de s’acheter un ticket de sorti. On y trouvait seulement 3 Français, Vuillermoz semblant être le mieux à même de briller. A condition, bien sûr, que l’échappée puisse aller au bout (et qu’il ressorte dans le bon coup, car ça ne pouvait rester un coup à 29). Compte tenu de l’attitude du peloton, le doute était permis.

L’écart s’est stabilisé sous les 5’, puis s’est lentement réduit à 4’, notamment sur les pentes relativement douces de la Côte de Capvern (4e C.). Nibali a attaqué juste ce qu’il fallait pour aller chercher l’unique point attribué au sommet. Manifestement, il vise le maillot à pois.

Peu après cette accélération ponctuelle, Nibali a déclenché la bataille pour relancer cette échappée en péril. Il était temps car Movistar et Sky accéléraient encore le rythme, ce qui condamnait les hommes de tête à moins de très vite réagir. Duchesne (qui souffrait pourtant d’un problème intestinal quelques minutes plus tôt), Breschel et Navarro ont tenté de repartir alors que Kiryienka lâchait l’affaire à la demande de sa voiture afin de retrouver sa place dans le train de Sky.

Suite à une succession de contre-attaques, Cummings a pu s’extraire en solitaire du groupe de chasse pour rejoindre le trio. Il a su prendre cette initiative à temps. Toutes ces relances ont permis de faire de nouveau croître la marge par rapport au peloton, néanmoins l’épilogue de l’étape restait complètement à écrire. Un groupe maillot jaune – rejoint par Nibali – s’est intercalé mais ne parvenait pas à faire la jonction, notamment à cause du Britannique. Il faisait déjà très forte impression au sein de ce quatuor. Voyant ces chasseurs se rapprocher de trop près, Cummings est reparti (un peu avant le sprint intermédiaire, où il est passé en tête). Navarro a tenté de le rejoindre mais sur du plat, difficile pour un homme seul de rivaliser avec ce spécialiste de la poursuite sur piste (qui n’a pas apprécié sa non-sélection pour les JO).

A 25km de l’arrivée Cummings possédait 5’ d’avance par rapport au peloton. Il a entamé seul l’ascension du Col d’Aspin (1er catégorie) avec une trentaine de secondes de marge sur ses premiers poursuivants. Nibali n’a pas tardé à accélérer pour faire le ménage. Seuls Howes, Navarro, Impey et Van Avermaet ont pu suivre. La victoire semblait désormais promise à un de ces 5 hommes. Howes a craqué au bout de quelques centaines de mètres, incapable de résister au rythme imposé par l’Italien, lequel en a remis des couches pour essayer de lâcher les autres suceurs de roue. Le maillot jaune a fini par coincer.

A l’avant du peloton, une nouvelle équipe a décidé d’imprimer son train : la FDJ. L’écart s’est réduit, mais trop peu pour espérer jouer la gagne. Ce rythme a essentiellement eu pour effet de faire craquer les non-grimpeurs. Warren Barguil (TGA) a même pu se permettre de tenter une attaque. Sans insister.

Très fort, Cummings est parvenu à augmenter son avance par rapport à Nibali, qui aura multiplié les à-coups pour tenter de faire exploser Impey et Navarro (qui a fini par rouler lui aussi). Le Britannique a même fait jeu égal avec le peloton. A se demander si la FDJ n’aurait pas roulé de façon à réduire le rythme lors d’un jour sans de Thibaut Pinot. Cette hypothèse a pris du corps quand elle a arrêté de rouler. Pinot s’est alors fait lâcher par le peloton. Pendant ce temps, Domenico Pozzovivo (ALM) tentait une contre-attaque (pour servir d’appui à Romain Bardet qui espérait attaquer pour faire la descente à fond), tout comme Pantano, déjà présent en début d’étape. Le groupe des leaders n’avançait pas super vite, au point d’être emmené par Tony Martin. Cette surchauffe de Pinot ne s’explique même pas par une chaleur écrasante, car il faisait environ 25°C. Il a juste explosé en vol lors de cette ascension.

De même, si Niballi ne parvenait pas à reprendre du temps, c’est simplement qu’il n’avait pas le niveau. Navarro l’a attaqué, Impey aussi l’a lâché… Il ne feignait donc pas sa faiblesse lors des étapes précédentes. Impey et Navarro ont passé ensemble le sommet d’Aspin au moment où Julian Alaphilippe (EQS) s’échappait en tête d’un peloton désormais mené par Sky. Le porteur du maillot Blanc avait l’air bien, il a pourtant été repris au cause du train enfin rapide imposé par les hommes de Chris Froome. Il n’y aura pas eu de bagarre sur l’Aspin, même si tout à la fin, alors que Barguil se faisait lâcher d’autres ont attaqué pour partir devant dans la descente et essayer de voler quelques secondes au peloton. Signalons qu’ayant basculé 5e, Van Avermaet a pris la tête du classement des grimpeurs, même si très franchement, il s’en foutait.

C’est ainsi que Stephen Cummings a remporté une nouvelle étape sur le Tour après celle de l’an dernier à Mende. Il n’a pas été que très fort, il a aussi été très intelligent pour attaquer où contre-attaquer à chaque fois dans le bon timing. Impey a battu Navarro au sprint pour la 2e place (à 1’04 du vainqueur). Nibali a échoué à une décevante 4e place alors que la logique en faisait le favori. En terminant 5e à 2’57, Van Avermaet a augmenté son avance au général.

Le principal rebondissement de cette étape aura été l’effondrement de l’arche indiquant la flamme rouge juste avant le passage du peloton (un problème provoqué par un spectateur, pas forcément de façon volontaire, c’est difficile à dire). Adam Yates (OBE) s’y est fait surprendre et a manifestement chuté lourdement alors qu’il avait fait la descente à fond un peu devant le peloton. L’image est folle, l’arche s’est vraiment écroulée sur lui !

Suite à cette mésaventure, beaucoup ont fini en récupération active après être passés entre le reste de l’arche (en-dessous) et la barrière, certains étaient tout de même en panique. A l’évidence, les commissaires allaient tenir compte de cet incident pour calculer le classement général. Ils l’ont fait en utilisant les relevés aux 3km. Il a fallu vérifier coureur par coureur, ce qui a duré des plombes.

Le classement définitif est tombé longtemps après l’arrivée et a permis à Adam Yates de gagner les quelques secondes qu’il tentait de gratter au classement général. Par conséquent, il a volé le maillot blanc à Alaphilippe pour… 1 seconde ! On lui a en effet compté les 7 secondes d’avance dont il bénéficiait à 3 bornes de la ligne.

Cette drôle de d’affaire a pour conséquence la publication d’un classement officiel de l’étape assez… particulier. L’ordre réel d’arrivée a été conservé mais les écarts ont été pris à 3km. Si on établissait le classement selon le temps concédé au général, il serait très différent. Par exemple le 21e a perdu 18 secondes de plus que le 22e, ou encore le 28e en a lâché 32 de plus que celui qu’il devance au classement. Les cadors ont pour la plupart concédé 3’37 au vainqueur (hors bonifications).

Pinot a pris très cher, 6’41 par rapport à Cummings. Terrible pour la FDJ qui a loupé l’échappée et a vu son leader exploser alors que rien ne le laissait réellement présager (malgré une mauvaise journée dans le Massif central). Au général, il est à plus de 3’ des cadors, ça ne se rattrapera pas. Je le verrais bien partir à l’aventure dès demain pour se tester et prendre des points pour jouer plus tard le maillot à pois. Sky, BMC et Movistar ne le laisseront sans doute pas prendre beaucoup de marge afin d’éviter de le remettre en course au général, du coup il serait bon – dans tous les cas – de finir l’étape en se relevant pour lâcher volontairement 10 minutes de plus pour être libre d’attaquer les jours suivants.

L’avance supplémentaire prise par Van Avermaet est minime et importe peu, il devrait sauter dès samedi.

Dernière interrogation… Nibali a été désigné combatif du jour. Pourquoi ?

Résumons.
Vainqueur d’étape : Cummings (DDD).
Jaune : Van Avermaet (BMC).
Vert : Cavendish (DDD).
Pois : Van Avermaer (BMC).
Blanc : Yates (OBE).
Combatif du jour : Nibali (AST).

Il ne s’est rien passé au Col d’Aspin. Le Tour commence bientôt, c’est promis… mais peut-être pas demain, car demain, l’arrivée est encore après une descente.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : résumé de la 7e étape et Yates se mange l'arche de la flamme rouge.