• ETAPE 10 : Orica a trouvé la solution.

Etape_1.jpg D’Escaldes-Engordany à Revel, 197km.
Abandons : Sebastian Langeveld (CDT).

Après une journée de repos en Principauté d’Andorre, le peloton reprenait sa route directement dans les pentes du Port d’Envalira (1ère C.). Difficile de se remettre dans le rythme de cette façon ! Forcément, on s’attendait à des attaques, ne serait-ce que pour aller chercher les points au sommet. On a donc notamment vu Thibaut Pinot (FDJ) tenter sa chance, mais il n’était pas le seul à avoir cette idée. Rafal Majka (TNK) le marquait à la culotte, il a donc préféré ne pas insister. Omniprésent, Peter Sagan a vu sa première tentative à 4 échouer, il est reparti dans un groupe de 8, beaucoup sont revenus, c’est alors que Rui Costa (LAM) a essayé seul, provoquant un contre de… Sagan, encore lui, accompagné de plusieurs autres coureurs. Le Portugais est passé au sommet avec une trentaine de secondes d’avance sur Samuel Dumoulin (ALM), Vincenzo Nibali (AST), Tsgabu Grmay (LAM), Stephen Cummings (DDD) et Gorka Izagirre (MOV). Aucun n’était dangereux pour Pinot, assuré de conserver son maillot à pois.

L’absence presque totale de visibilité rendait la descente très compliquée. Sans surprise, réputés très bons dans cet exercice, Nibali et Sagan y ont rejoint l’homme de tête, comme Michael Matthews (OBE) par la suite, puis Cummings, Dumoulin et Izagirre ont fait de même en compagnie de Mikel Landa (Sky) et Damiano Caruso (BMC). Ces 9 hommes peinaient à creuser l’écart, le peloton ne semblait pas prêt à laisser faire, il se maintenait à 30 secondes en raison de multiples relances. Edvald Boasson Hagen (DDD), Tony Gallopin (TLS), Daryl Impey et Luke Durbridge (OBE) sont parvenus à s’en extraire pour rejoindre les hommes de tête avec l’aide de Greg Van Avermaet (BMC) et de Sylvain Chavanel (DEN). Finalement, alors que Sagan et Dumoulin étaient repartis en duo, le peloton s’est relevé. Les 15 hommes présents à l’avant ont pu se regrouper et commencer une collaboration totale. Tout le monde roulait, l’avance est vite montée à 3’.

Pendant tout ce début d’étape extrêmement rapide et mouvementé, beaucoup ont galéré à l’arrière du peloton, notamment Pierre Rolland (CDT), mal remis de l’accident subi dans la descente vers Bagnères-de-Luchon, dont un équipier a abandonné. Sebastian Langeveld est seulement le 6e à avoir mis la flèche depuis le début du Tour. Plusieurs sprinteurs importants étaient lâchés, ce qui pouvait expliquer pourquoi Katusha a décidé de rouler en tête du peloton. Limiter le retard et empêcher ces sprinteurs de revenir afin de favoriser les chances d’Alexander Kristoff de l’emporter… Une stratégie logique. Etrangement, la formation russe a décidé de couper son effort. Dès lors, les retardataires ont pu tous réintégrer le peloton, l’avance des échappés est montée à 6’. Puis, surprise, retour des Katusha à l’avant ! Mais sous la pluie et avec le vent de face, l’idée de rouler en attendant qu’une autre équipe vienne aider risquait de coûter trop d’énergie pour rien. Katusha a donc de nouveau coupé son effort. L’écart a vite augmenté pour atteindre 7’ à 90km de l’arrivée.

Cette étape qui aurait pu convenir aux sprinteurs qui savent passer les bosses est devenue une étape de transition pour baroudeurs. Sur les 15 hommes de tête, on trouvait 9 anciens vainqueurs d’étapes, dont aucun parmi les 3 membres d’Orica-Bikeexchange (Durbridge, Impey, Matthews), dont le surnombre pouvait être un gros avantage. Néanmoins, avec 2 Dimension Data (Cummings et Boasson Hagen) et 2 BMC (Van Avermaet et Caruso), il allait falloir la jouer fine. Parmi les 8 autres (Chavanel, Dumoulin, Landa, Nibali, Costa, Izagirre, Gallopin et Sagan), beaucoup avaient le profil pour remporter l’étape. Il était impossible de désigner un favori tant cette échappée comptait de puncheurs/sprinteurs/rouleurs. Tous les scenarii semblaient possibles avec une côte de 3e catégorie (la Côte de Saint-Ferréol) située à quelques kilomètres de l’arrivée.

Evidemment, l’insistance de Sagan s’expliquait par sa volonté d’aller chercher le maillot vert. Il comptait le faire dès le sprint intermédiaire avant de tenter de remporter l’étape, ce qui s’annonçait difficile en raison de l’énorme pancarte accrochée sur son dos. Personne n’a envie de finir avec lui au sprint dans un petit groupe, ou alors seulement après l’avoir obligé à s’épuiser au préalable. Sagan a pris quelques mètres d’avance puis a regardé derrière lui pour s’assurer de l’absence de concurrence… 20 points en poche, le maillot vert de nouveau virtuellement sur le dos. Opération réussie !

Après les Katusha, les IAM ont fait le travail en tête de peloton, contribuant à combler une petite partie de l’écart. Avec seulement 2 coureurs à la planche, cette initiative était vouée à l’échec. Après le sprint intermédiaire, ils ont décidé de s’y coller plus sérieusement en tournant avec toute l’équipe en tête de peloton. Pour quelle raison ? Que Direct Energie envoie Thomas Voeckler rouler à un peu plus de 50km de Revel était plus logique dans la mesure où Chavanel n’était pas un des candidats les plus sérieux à la victoire en cas de succès de l’échappée (ça lui permettait aussi de s’économiser à l’avant), contrairement à Bryan Coquard en cas d’arrivée au sprint. A ce stade de la course, tout semblait encore possible sur le principe. Un peu plus de 5’ à reprendre en 50 bornes, c’était jouable. En pratique, c’était déjà mort depuis très longtemps, depuis que la Katusha a coupé son effort une première fois. Les hommes présents dans l’échappée étaient beaucoup trop forts, il ne fallait pas leur laisser plus de 3’ ! Sans surprise, l’écart a très peu décru car les gros rouleurs présents à l’avant envoyaient du lourd. Les Direct Energie ont réessayé de créer de l’incertitude avec cette fois plusieurs coureurs en tête de peloton, ils n’avaient pourtant plus aucune chance de revenir (4’30 à 31km). Avec 15 hommes – dont beaucoup de très forts – à aller chercher, il aurait fallu une énorme coalition d’équipes de sprinteurs pour espérer provoquer un sprint massif. Dimension Data et Lotto-Soudal avaient du monde devant, Tinkoff et Orica avaient leur sprinteur dans l’échappée, il ne restait qu’Etixx, Direct Energie (sans Chavanel, son meilleur rouleur) et Katusha, voire Lotto-Jumbo, Trek et IAM dans une moindre mesure, pour éventuellement rouler. En cas d’improbable regroupement, leurs chances de l’emporter seraient restées mesurées,

A l’avant, la bataille pour la victoire d’étape a été lancée à 25 bornes de l’arrivée par… Sagan, très habile pour profiter du vent de côté. Il a su mettre les autres dans le vent pour provoquer des cassures. Malheureusement, Chavanel et Gallopin ont été piégés avec Cummings, Costa, Caruso et Izagirre. Nibali et Landa ont subi le même sort quelques centaines de mètres plus loin. Les 3 Orica, Boasson Hagen, Dumoulin, Sagan et Van Avermaet restaient en lice pour la victoire. Paradoxalement, le super coup tactique de Sagan a aussi été le pire, celui qui l’a mis en position très inconfortable.

Dans le peloton, désormais mené par les équipes des leaders afin de les protéger, le vent a eu le même effet. Des cassures ont retardé bon nombre de coureurs. La chasse a alors définitivement pris fin, tout le monde a pu le réintégrer.

Comme Matthews ne roulait plus, l’entente cordiale s’est progressivement délitée. Dumoulin a levé le pied, imité par Boasson Hagen. Le dernier Français a de nouveau passé quelques relais, mais plus très francs. Avec désormais 6’ de marge à 15km de l’arrivée et un groupe de chasse démobilisé trop loin pour revenir, obliger les Orica à faire seuls le travail semblait être l’attitude la plus pertinente. Les 4 hommes sans équipier ne l’ont pas tout de suite adoptée, pendant longtemps ils ont juste sauté des relais et peu appuyé les leurs, hormis Sagan, qui a fourni beaucoup d’efforts non nécessaires en continuant à rouler avec Durbridge à peu près jusqu’aux 10 derniers kilomètres. Durbridge a alors dû faire le travail seul aux abords de la Côte de Saint-Ferréol. Il s’est dévoué pour favoriser les desseins de sa formation.

Durbridge a fini par se garer, les autres se regardaient, Impey a attaqué dans la côté, Dumoulin a sauté dans la roue, il était impossible de créer un écart, tout le monde se méfiait de tout le monde, les 4 hommes isolés avaient autant intérêt à finir au sprint que Matthews, même si l’Australien est un véritable sprinteur. Sagan a ramené tout le monde lors de la 2e attaque d’Impey, les 6 hommes ont basculé ensemble au sommet de la côte.

Dès lors, on se serait cru devant du cyclisme sur piste avec Sagan en tête roulant sur le côté gauche de la route pour regarder de l’autre côté, parfois la même chose du côté droit, le tout en plaçant quelques accélérations de temps en temps… Il a encore roulé en tête dans la descente en mettant la pression à ses adversaires tout en essayant de les dissuader de bouger une oreille. Boasson Hagen a pourtant tenté de partir seul dans la descente, c’était peine perdu avec Sagan dans ce groupe. Impey a réessayé un peu plus tard, il a été repris à cause de… Sagan, qui a ensuite anticipé une autre accélération pour la tuer dans l’œuf. Cette fois le vent était défavorable, donc peu propice aux initiatives individuelles, ça n’a plus trop bougé. Restait à savoir si ses efforts pour cadenasser la course n’allaient pas se payer au sprint.

Impey a mené pour préparer le sprint de Matthews, qui restait dans la roue de Sagan. Van Avermaet a lancé de loin, Dumoulin s’est fait enfermer, Matthews – jusqu’ici spécialiste des chutes sur le Tour – a tiré les marrons du feu sans aucune difficulté, décrochant sa première victoire sur le Tour avec un vélo d’avance sur Sagan (qui a retrouvé sa 2e place habituelle), suivi de Boasson Hagen, Van Avermaet et Dumoulin.

Coup parfait pour Orica, qui a parfaitement su tirer profit de son surnombre. Joli coup pour Sagan dans l’optique du maillot vert malgré sa nouvelle place d’honneur (il en a encore trop fait mais était obligé d’en faire beaucoup). Le prix de la combativité lui est revenu. Ça s’imposait !

Le peloton a fini tranquille, plus de 9’30 après le vainqueur. D’où aucun changement notable au général.

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Résumons.
Vainqueur d’étape : Matthews (OBE).
Jaune : Froome (SKY).
Vert : Sagan (TNK).
Pois : Pinot (FDJ).
Blanc : Yates (OBE).
Combatif du jour : Sagan (TNK).

Demain, entre Carcassonne-Montpellier, c’est presque tout plat. Sauf incroyable surprise, il s’agira d’une étape de transition laxative avec sprint massif à l’arrivée. A moins que le vent ne vienne bouleverser la donne. Espérons une victoire de Coquard, parce que ça devient inquiétant pour les coureurs français…