• ETAPE 12 : la mascarade du 14 juillet.

Etape_12.jpg De Montpellier au Mont Ventoux (seulement jusqu’au Chalet Reynard), 178km.
Non-partant : Jurgen Van den Broeck (KAT).
Abandon : Angélo Tulik (DEN).

Les organisateurs ont pris la bonne décision : il était totalement impossible d’envoyer les cyclistes, les équipes techniques et le public sur la partie la plus exposée du Ventoux. Le vent y soufflait beaucoup trop puissamment, tenir sur le vélo était impossible, les barrières ne tenaient pas en place. L’amputation des 6 derniers kilomètres a été entérinée après l’arrivée de l’étape de Montpellier. Seulement, il était impossible pendant la nuit de redescendre et de réinstaller ces barrières. Autre problème, le public était extrêmement nombreux, a fortiori en ce jour férié, mais n’a pas été refroidi par le vent. Au lieu de se répartir sur 15km, il était agglutiné sur 9km. D’où une densité dingue. Ce qui explique une fin d’étape hallucinante.

Mais avant d’en arriver là, il y avait du chemin. Assez pour que cette étape devienne déjà une honte. Même sans arriver à la station météo, une étape sur le Ventoux reste hyper prestigieuse. Comment les leaders ont-ils pu totalement se désintéresser de la victoire et laisser partir un groupe de 14 dès les premiers kilomètres sans JAMAIS s’atteler à limiter l’écart, même en mettant en tête de peloton quelques équipiers inutiles dans la montagne ? Leur laisser jusqu’à 19’ de marge est extrêmement irrespectueux envers le Tour de France et ses fans.

Au début, dans ce groupe, ils étaient 14, membres de 8 équipes différents : Bertjan Lindeman et Sep Vanmarcke (TLJ), Serge Pauwels et Daniel Teklehaimanot (DDD), André Greipel et Thomas De Gendt (TLS), Bryan Coquard et Sylvain Chavanel (DEN), Daniel Navarro et Cyril Lemoine (COF), Chris Anker Sørensen (FVC), Iljo Keisse (EQS), Stef Clement (IAM), ainsi que Paul Voss (BOA), qui s’est ensuite fait lâcher à cause d’une crevaison. Comme vous le constatez, il n’y avait que 3 Français dans ce groupe dont un sprinteur, un équipier présent pour son leader et un bon rouleur expérimenté dont les meilleures années sont passées depuis un moment. Autrement dit, on a très vite su que Moncoutié resterait le dernier Français vainqueur sur le Tour un 14 juillet. Un groupe formé par Diego Rosa (AST), Georg Preidler (TGA), Tom Jelte Slagter (CDT), Cyril Gautier (ALM) et Vegard Breen (FVC) – qui a ensuite récupéré Voss mais perdu Breen – est parti en chasse-patate. Ces hommes n’ont jamais pu revoir la tête de la course, où ça roulait vite, beaucoup plus que dans le peloton, où on regardait le paysage.

Et puis soudain, à 90 ou 95 bornes de l’arrivée, coup de bordure lancé par les Sky (même Chris Froome a roulé) et les Etixx-Quick Step !… Quand t’es pas foutu de faire la différence sur le Ventoux, tu essaies de la faire avant. Pas mal de coureurs ont été piégés, dont Warren Barguil (TGA), Louis Meintjes (LAM), Thibaut Pinot (FDJ) et Peter Sagan (TNK). Il restait à peine 50 éléments au sein du premier peloton. Etixx a insisté (pour Dan Martin), Trek a aussi participé (pour Bauke Mollema). Le rythme était désormais très soutenu.

Je vous passe le sprint intermédiaire remporté ni par Coquard, ni par Greipel (du coup je ne pige même pas pourquoi ces sprinteurs ont voulu prendre l’échappée), en revanche les changements de vélo de Fabio Aru (AST) doivent être mentionnés. Il a d’abord récupéré celui de Jakob Fuglsang et a perdu 2 équipiers au passage, puis il a pu obtenir son mulet un peu plus tard, et a récupéré son vélo d’origine bien après. A chaque fois il a dû se battre dans les voitures (en abusant de cette aide), parfois accompagné d’un de ses hommes. Le gros du peloton a longtemps navigué à 1’ ou 1’30 du peloton maillot jaune sans pouvoir s’en rapprocher malgré une grosse coalition d’équipes. Les leaders pouvaient compter sur leurs hommes pour rouler à fond, d’où une nette réduction de leur retard par rapport aux échappés. Avec encore plus de 10’ de marge à 50km du Chalet Reynard, ces derniers restaient dans une situation très confortable.

En quête de pois, De Gendt a pris le point à la Côte de Gordes (4e C.). Il a remis ça peu après au Col des Trois Termes (3e C.). Pendant ce temps, la BMC puis Sky ont pris le relais d’Etixx et de Trek en tête de peloton. Simon Gerrans (OBE) est à son tour venu se joindre à la fête – fête gâchée – en menant le groupe maillot jaune qui a alors avalé les chasseurs de patate un à un. Il restait environ 8’ à reprendre en 38km, de fortes rafales de vent défavorable malmenaient les coureurs, un tout petit doute restait permis concernant l’issue de la course. Il s’est envolé quand Gerrans a chuté dans la descente du Col des Trois Termes, embarquant les 2 ou 3 Sky présents dans ses roues. Chris Froome était sur le point de perdre Wouter Poels, Luke Rowe et Ian Stannard d’un coup. Le maillot jaune s’est alors placé en tête de peloton pour…le faire s’arrêter. Tout le monde a accepté de couper son effort pour attendre les hommes de Froome, qui s’est même permis à mettre pied à terre pour uriner. Qu’on n’attaque pas sur chute, OK. Qu’on attende le maillot jaune s’il est victime d’un incident ou accident, on peut l’admettre à la limite, mais dans certaines circonstances seulement. Si maintenant on attend les équipiers du maillot jaune alors que la course est lancée, où va le cyclisme ? On touche le fond ! Quelle est la prochaine étape ? Que les autres leaders d’équipes s’occupent de son ravitaillement s’il n’a plus d’équipier ? Remarquez, quand on voit comment roule Richie Porte (BMC)… Le garçon a oublié qu’il a changé d’équipe et ne bosse plus pour Froome…
Notons que cette chute n’était pas la première de l’étape, Angélo Tulik (DEN) a dû abandonner beaucoup plus tôt suite à une gamelle (très mauvaise nouvelle pour Coquard).

Forcément, l’écart est remonté à 9 puis 10’, le gros du peloton a fait la jonction, les coups de bordure n’auront donc servi à rien, hormis à fatiguer – plus ou moins – ceux qui ne pouvaient se permettre de se laisser piéger ou vivaient mal d’être à l’arrière. Au sein de ce nouveau gros peloton, pas de Pinot (ni de Sagan), en grandes difficultés. Moi qui espérais le voir partir dans l’échappée du matin pour aller gagner sur le Ventoux et prendre une grosse option sur le maillot à pois… Il n’y est plus du tout, on le dit malade, je ne suis pas sûr qu’il finisse le Tour. Maintenant, si quelqu’un peut m’expliquer ce que faisait la FDJ en tête de peloton sachant son leader dans les choux…

Il était désormais écrit que la victoire d’étape se jouerait entre les hommes de tête, probablement entre Pauwels, De Gendt et Navarro. Coquard a été distancé à 30 bornes de l’arrivée. Normal, c’est un sprinteur. Greipel a ensuite attaqué seul à 14km du sommet. Normal, c’est un… mais non, pas normal du tout, c’est un sprinteur, un lourd en plus ! En réalité, il semblait préparer le terrain pour De Gendt. Cette initiative a obligé Lemoine à bosser pour ramener le groupe. A peine repris, l’Allemand a craqué. Keisse, Sørensen et Lemoine ont suivi. La première accélération impulsée par De Gendt a fait coincer Vanmarcke. D’abord bloqué derrière Clement, Chavanel s’est employé à revenir au train, sans grand succès malgré une belle résistance. Le ménage s’est poursuivi, Teklehaimanot est passé à son tour par la fenêtre. Lindeman y a eu droit à également. Plus que 3, exactement comme prévu.

Chavanel a bien amorti les accélérations, il revenait sur le trio quand De Gendt en a remis une… Avant de payer cet effort. Pauwels et Navarro ont lâché le Lotto-Soudal. Pauwels a même tenté de lourder aussi l’Espagnol. Surprise, De Gendt est revenu ! Il a même placé un nouveau contre auquel Navarro n’a pu répondre. Pauwels s’est accroché. Revenu en douceur, il a tout de même eu du mal à suivre… avant de mettre ses dernières forces dans une nouvelle accélération. Peut-être était-ce plus du bluff qu’autre chose, car il semblait déjà à bout de lui-même. Le duo belge allait se disputer la victoire, ça ne faisait désormais aucun doute. Le retour improbable de Navarro avant le dernier kilomètre a pourtant créé une nouvelle incertitude. De courte durée. De Gendt était le plus fort, il s’est finalement imposé sans résistance devant Pauwels, Navarro, Clement et Chavanel… tout en prenant le maillot à pois grâce au 50pts attribués au sommet.

Intéressons-nous désormais à la bataille pour le général.

L’équipe Trek a accéléré pour faire le ménage dans le peloton à l’approche du Ventoux. Pierre Rolland (CDT) a alors tenté une offensive… de très courte durée en raison du durcissement progressif de la course par la formation Sky et de son niveau physique actuel. Personne n’osait attaquer, les hommes de Froome verrouillaient le portail.

Jarlinson Pantano (IAM) a voulu essayer quand même, provoquant le début du grand show, que dis-je, du blockbuster de la Movistar ! Alejandro Valverde a contré, ce qui annonçait une attaque de Nairo Quintana. L’Espagnol n’était qu’à 1’13 au général, pourtant personne n’a réagi. Surprenant ? Pas tant que ça… Froome était encore beaucoup trop entouré par son équipe (2 lieutenants et un soldat) pour ressentir le moindre danger. Valverde s’est fait reprendre bien avant que son compère colombien n’ait eu le temps de bouger une oreille. Quand il l’a fait, assez tôt dans l’ascension, il a connu le même sort. Poels a ramené le peloton sans aucune difficulté.

La Movistar est réputée pour ses merveilles stratégiques. Encore une fois, elle a vendu du rêve avec ses attaques absolument pas tranchantes mais surtout calamiteusement mal préparées. Ni Valverde ni Quintana n’avait les moyens de briller sur le Ventoux, pourtant ils ont tenté très tôt et très mal en se cramant. Dans les Pyrénées, ils ont fait preuve d’un attentisme permanent, mais le jour où ils n’ont pas les jambes, ils attaquent dès le bas du Ventoux. Magique !

Malgré tout, ces accélérations auront fait craquer Pierre Rolland (sans surprise), mais aussi Dan Martin, qui était 3e au général et pointe désormais au 9e rang. Roman Kreuziger (TNK) a aussi lâché prise, ce qui l’a fait sortir du top 10. On sentait Warren Barguil et Sébastien Reichenbach dans le dur, néanmoins ils s’accrochaient.

Manquant terriblement de lucidité, Quintana a essayé de façon assez pathétique de planter une nouvelle banderille. Si Froome ne semblait pas aérien, son train restait très solide pour contrôler la course, même sans aller très vite. Du coup il ne se passait pratiquement rien. Quand Joaquim Rodriguez (KAT) a bougé, Alejandro Valverde y est allé, Wouter Poels et Sergio Henao ont ramené le groupe. Quel spectacle affligeant ! Faute de véritable baston, Martin parvenait à bien limiter la casse. En étant lâché si tôt, il aurait dû prendre un éclat de 4 minutes, il n’en a pas concédé la moitié.

Etrangement, Froome naviguait en milieu, voire en fin de premier groupe au lieu de rester dans la roue d’Henao. Il semblait à la peine (moins que Reichenbach et Barguil, décrochés pour de bon). Il s’agissait en réalité de cinéma. Seulement à moitié de cinéma. Porte le connait par cœur, il l’a suivi de près lorsqu’il s’est replacé… et n’a donc absolument pas été surpris quand le maillot jaune a attaqué sur la gauche de la route en se servant de ses 2 hommes pour empêcher ses adversaires de lui sauter sur le porte-bagages. Il fallait contourner Henao et Poels pour y aller. Porte et Quintana l’ont fait. Le sprint de Froome était trop violent pour le petit Colombien vite repris par le groupe de Romain Bardet (ALM). Parti seul en contre, Mollema a pu faire la jonction. Il apparaissait en grande forme. Ne nous y trompons pas, il ne serait jamais revenu sur un duo Porte-Froome très performant. En outre, le groupe de chasse désormais mené par Valverde – qui a ensuite craqué, cuit – pour Quintana perdait peu de temps, il naviguait à environ 25 secondes du trio.

L’improbable s’est alors produit sans qu’on n’y comprenne rien en direct.

Soudain, à l’écran, ce groupe de chasse est apparu bloqué par la foule à environ 1,5km de l’arrivée. L’évacuation de ses membres à travers ce goulot d’étranglement a permis de faire apparaître la probable raison du problème : Porte était arrêté sur la chaussée en train de réparer son vélo. Le problème de circulation venait de lui. Ou pas.

La moto image a suivi ce groupe jusqu’à rattraper… Froome, à pied, en train de courir sans vélo. Du jamais vu. Il ne s’agissait pas d’un triathlon mais bien d’une épreuve cycliste, qui plus est d’une étape du Tour de France sur le Ventoux. On a mémoire de beaucoup d’images folles dans le Tour de France, par exemple GrosBras faire du cyclocross à travers un champ, Sepulveda faire 100m dans la voiture d’une autre équipe pour rattraper sa propre voiture, on a assisté à toutes les chutes possibles – y compris des inimaginables – ou encore des gars se tromper de route, mais on n’avait encore jamais vu un coureur courir sans vélo ! Qu’il s’agisse du maillot jaune rendait la scène encore plus hallucinante. Finalement, sans emprunter la partie lunaire du Ventoux, on a assisté à quelque chose de lunaire. La scène était rendue encore plus cocasse par la dégaine du Britannique. Avec ses mollets inexistants qui lui font des jambes aussi épaisses que des allumettes, il court comme un échassier. On aurait dit un héron en panique poursuivi par un crocodile.

Cette scène drôlissime a permis de comprendre qu’un accrochage s’était produit. Il a fallu quelques minutes à la production pour récupérer les images. Entre-temps le sketch s’est poursuivi. Froome a couru au moins sur 100m en voyant pas mal de concurrents le passer. La moto Mavic n’ayant que des roues, il a dû attendre la voiture Mavic qui lui a prêté le plus grand des 3 vélos dont elle disposait. Pas de chance, si ce vélo était jaune, donc assorti à son maillot, les pédales ne correspondaient pas à ses chaussures, il galérait à rouler avec. Finalement, sa voiture a pu lui donner un vélo adéquat à 400m de l’arrivée. En réalité, voici ce qui s’est produit. Pour les raisons évoquées précédemment, le public était trop dense. Un bouchon s’est formé, la moto image qui devançait le trio a dû piler pour éviter un accident grave. Malheureusement, Porte n’a pu éviter la collision, il s’est encastré dans l’arrière de cette moto, Froome et Mollema ont percuté l’Australien, tout le monde s’est retrouvé en tas dans un millefeuille de vélos et de cyclistes. S’ils ont pu se relever, seul Mollema a réussi à repartir sans trop de dégâts. Porte a mis plus de temps à cause d’un problème mécanique, Froome s’est retrouvé avec un vélo cassé car la moto qui les suivait a roulé sur le sien. Il a d’abord essayé de courir avec sa monture détruite puis a décidé de la laisser sur le côté pour continuer à pied. A-t-il complètement paniqué ou suivi des indications (oreillette, commissaire, dépanneur de Mavic ou autre) l’enjoignant de courir pour atteindre une zone barrièrée où il serait plus facile pour sa voiture d’intervenir ? Une chose est certaine, il savait sa voiture bloquée derrière Henao et Poels, lâchés au moment de son attaque. Donc loin. Il allait sans doute perdre gros. En effet, le maillot jaune a franchi la ligne 1’40 après Mollema.

A l’origine, le classement de l’étape mettait le Néerlandais 10e à 5’05 du vainqueur, 19 secondes devant Aru, Bardet, Meintjes, Rodriguez et bien sûr Yates (OBE), nouveau maillot jaune avec 9 secondes d’avance sur Mollema. Valverde et Quintana n’ont même pas pu accrocher ce quintette qui avait pourtant été ralenti par le bouchon, ils ont concédé 7 secondes à ces hommes. Van Garderen (BMC) a eu besoin de 5" supplémentaires pour en finir. Porte était classé à 6’01 du vainqueur, dont à 56" de Mollema. Ça aurait pu être pire, la crevaison subie en début de Tour s’est avérée beaucoup plus coûteuse pour l’Australien. Malgré l’accident, il a battu Martin, Barguil et Reichenbach, classé dans le même temps à 6’30 (à 1’25 du Néerlandais). Froome et Henao étaient classés 24e et 25e à 6’45.

Le règlement est très clair : dans les étapes avec arrivée en plaine, un coureur retardé par une chute ou un problème mécanique survenu dans les 3 derniers kilomètres conserve son classement réel mais se voit attribuer le temps correspondant à son placement avant l’incident (en fonction des relevés effectués aux 3km). En revanche, dans les étapes avec arrivée au sommet, le temps comptabilisé est le temps réel, il n’est pas possible de rectifier. C’est parfaitement logique, car en appliquant cette règle qui revient à neutraliser les 3 derniers kilomètres de l’étape, on tuerait tout l’intérêt des arrivées au sommet où ça se joue souvent… dans les 3 derniers kilomètres.

Dès l’arrivée, Dave Brailsford – le patron de Sky et grand manitou du cyclisme anglais – est allé pratiquer un lobbying intensif auprès des commissaires de l’UCI pour obtenir une décision inédite, l’application de cette règle des 3 derniers kilomètres dans une arrivée au sommet. Il est anglais, son coureur aussi, il est porteur du maillot jaune, c’est donc en quelques sorte la vitrine du cyclisme, le président de l’UCI est anglais… De là à évoquer des connivences et des arrangements, il n’y a qu’un pas. J’ai très envie de faire ce pas. Avouez que la décision est troublante. Froome et Porte ont hérité du même temps que Mollema. Cette sentence parfaitement contre legem mérite d’être qualifiée de scandale pur et simple.

Le pauvre Froome a été victime d’un accident dont ni lui, ni Mollema, ni Porte n’est responsable. Ils ont heurté une moto elle-même hors de cause, puis son vélo a été cassé par une autre moto pas plus coupable. Ça s’appelle un incident de course. Cet incident résulte d’une accumulation de circonstances défavorables : le vent qui a obligé à raccourcir l’ascension et empêché de placer des barrières là où s’est produit l’accrochage, cette amputation a provoqué une densification du public, provoquant des problèmes de circulation pour les coureurs, les motos et les voitures. Il s’agit là des causes de l’accident.

L’ampleur de la perte de temps de Froome par rapport à Mollema ne s’explique pas par l’accident dont ils étaient tous les 2 protagonistes. La réalité est que le Batave a été un peu plus chanceux, son vélo ne s’est pas fait fracasser. Un bris de matériel, y compris de cette nature, peut se résoudre en quelques secondes… si votre voiture est à proximité ou si un équipier est présent et vous passe son vélo le temps que vous puissiez en récupérer un nouveau. Si Froome, Porte et Mollema avaient pris plus d’avance, on aurait autorisé leurs directeurs sportifs à remonter pour se placer derrière eux, même si en l’occurrence ils auraient eu du mal à doubler à cause de cette densité de public. Avoir lâché Henao – qui a hérité de la voiture Sky – est aussi une des raisons de sa galère. Il a l’équipe la plus puissante, des équipiers qui pourraient jouer le top 5 du Tour s’ils étaient à leur compte, mais dans le Ventoux il se retrouve plus seul que Quintana et Porte. A qui la faute ?

Cet accident n’est rien d’autre qu’un aléa de la course. Si Mollema s’était retrouvé dans la situation de Froome et Froome dans celle de Mollema, la même décision aurait-elle été rendue ? Permettez-moi d’avoir la certitude que non.
Si Froome avait pu remonter sur son vélo et finir dans le groupe de Yates et Bardet, aurait-on travesti le classement ? J’en doute très fortement.
Si Froome avait gardé le maillot pour une seconde en conservant les temps réels, lui aurait-on offert un si gros cadeau ? Je ne le pense pas.
Si Mollema avait aussi connu un problème mécanique à cause de la chute et n’avait pas terminé devant le groupe des leaders, quel temps aurait-on crédité à Froome et Porte ?
Quid si l’incident s’était produit à 5km de l’arrivée, voir encore plus bas ?

On a compté le temps réel pour les autres coureurs, y compris les leaders ralentis par le bouchon. Autrement dit, ce ralentissement a été considéré comme un fait de course ordinaire ne méritant pas de réajustement chronométrique. Alors pourquoi avoir fait du cyclisme-fiction pour 2 hommes en considérant qu’ils auraient forcément fini avec Mollema ? Qui peut affirmer que le Néerlandais ne leur en aurait pas mis une à la flamme rouge ? En vertu de quoi a-t-on considéré que dans le cas de Froome et Porte, ce fait de course ordinaire pour les autres revêtait un caractère extraordinaire de nature à réinventer le règlement ?

Les commissaires ne se rendent pas compte des conséquences de leur décision. Elle crée un dangereux précédent qui ouvre la voie à un tas de dérives, y compris à des actes de tricherie. Par exemple, si Quintana veut reprendre du temps à Froome, il a intérêt à envoyer tout ce qu’il a sur une attaque à 3km du sommet pour prendre 20 secondes d’avance avant qu’un supporter colombien déguisé en Allemand ou en Anglais ne le fasse tomber volontairement à 2km de l’arrivée. Peu importe s’il finit à 8’, on devrait alors lui donner ses 20 secondes d’avance même s’il ne lui restait pas assez d’essence pour faire 10 mètres de plus, ayant volontairement épuisé son énergie pour créer l’écart en sachant que pour lui l’ascension serait raccourcie. (Bien sûr, je donne cet exemple avec un Movistar car ils sont beaucoup trop bêtes pour créer un plan machiavélique de cette nature.)

Je vous l’accorde, je vais loin, mais dans un monde où la tricherie a longtemps été une pratique généralisée, où certains vont jusqu’à créer des moteurs et des roues qui permettent au vélo d’avancer tout seul, rien n’est à exclure. En pratique, un coureur pragmatique pourrait très bien tirer profit de cette jurisprudence pour éviter de perdre du temps à l’arrivée. Si à 2km du sommet il se sent au bord de la rupture, il guerre l’arrivée d’une moto ou d’une voiture, fait un petit écart pour provoquer un accrochage (en évitant de tomber si possible), peste contre le véhicule, simule un ennui mécanique qui le retarde nettement. Une fois la ligne d’arrivée franchie, une petite gueulante, il envoie son directeur sportif réclamer qu’on lui attribue le temps du groupe dont il faisait partie, rappelle cette jurisprudence Froome, les commissaires n’ont pas alors d’autre choix que d’accéder à sa demande. Voici comment ne pas perdre de temps sur vos adversaires directs quand vous êtes bouilli à 2 bornes de l’arrivée au sommet.

Ne nous y trompons pas, si l’un ou l’autre avait simplement crevé ou connu un saut de chaîne au lieu de l’incident, on lui aurait compté son véritable temps. Cet accident est et reste un simple coup de malchance, sa nature ne change ni en raison de son caractère spectaculaire et inhabituel, ni en raison de l’identité des protagonistes. Il n’existait AUCUNE raison objective pour en faire un traitement particulier. Seul un acte de malveillance avéré pourrait justifier une mesure d’exception de la sorte.

Le rôle des commissaires n’est pas de dire qui était le plus fort et qui aurait mérité de finir avec qui, mais de faire appliquer les règlements UCI. Le public l’a bien compris, d’où les sifflets à l’encontre de la décision quand Froome est allé récupérer le maillot jaune qu’il devait perdre – provisoirement – à l’issue de l’étape (et d’une longue attente). Que le staff de Sky essaie de plaider sa cause et d’user de son influence n’est pas choquant en soi. Que son argumentaire trouve un écho favorable auprès des responsables l’est en revanche particulièrement. Bientôt on va essayer de nous faire croire que le public, les motos, la météo, la route et la chance sont des éléments extérieurs au cyclisme, dont les interférences avec concurrents doivent être rectifiées par les commissaires !

Alors que Froome et Porte peinaient à creuser l’écart, signe qu’ils n’étaient pas vraiment au-dessus du lot (d’où le retour de Mollema à leur niveau), alors qu’ils ont franchi la ligne bien après les différents leaders d’équipes… ils ont repris du temps à tout le monde – sauf Mollema – au général ! Chacun a dû se farcir 9 gros kilomètres d’une ascension extrêmement difficile, sauf eux deux, qui grâce à leur accident ont eu le privilège de bénéficier d’une neutralisation de fait des 1500 à 2000 derniers mètres de pente.

Bravo à tous, vous avez saccagé un monument.

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Résumons.
Vainqueur d’étape : De Gendt (TLS).
Jaune : Froome (SKY).
Vert : Sagan (TNK).
Pois : De Gendt (TLS).
Blanc : Yates (OBE).
Combatif du jour : De Gendt (TLS).

Désormais, si les 9 premiers sont classés en moins de 2’, le 2e (Yates) est à 47" de Froome. Suivent Qunitana et Mollema à 54 et 56". Bardet est 5e à 1’15. Le contre-la-montre individuel de demain risque de grandement renforcer la position de Froome. Le Tour devrait donc être plié demain soir, sauf fait de course défavorable. Remarquez, même dans ces circonstances l’UCI lui permettrait de s’en tirer avec le maillot jaune…