• ETAPE 16 : leçon – de très mauvaise – tactique.

Etape_16.jpg De Moirans-en-Montagne à Berne, 209km entre la France et la Suisse, mais sans montagne.

Après quelques kilomètres très calmes, les Etixx-Quick Step ont tenté un coup assez fou, une attaque à 2 : Tony Martin et Julian Alaphilippe sont partis ensemble à l’avant à près de 200 bornes de l’arrivée. On les imaginait attendre du renfort, mais ça ne s’est pas passé ainsi. Le peloton n’était pas enclin à les laisser prendre la fuite, les nombreuses relances et le travail de certaines équipes de sprinteurs faisaient plafonner l’écart sous la minute. La situation était appelée à évoluer.

Bertjan Lindeman (TLJ) a essayé de les rejoindre en solitaire. Echec. Pierre-Luc Périchon (FVC) a essayé à son tour. Echec. Timo Roosen (TLJ) a aussi tenté le coup, rejoint par Lawson Craddock (CDT), Nicolas Edet (COF) et Vegard Breen (FVC). Echec. Pourtant le peloton avait fini par laisser filer, offrant 5’ de marge au duo. Fallait-il laisser revenir le quatuor intercalé pour faire l’étape à 6 ? Oui, évidemment, cette décision était dictée par le bon sens. Manifestement, Tony Martin se sentait très bien et n’a pas voulu que ça revienne. Il a envoyé du pâté quasiment sans être relayé par son acolyte. C’était assez impressionnant ! Débile mais impressionnant. Alaphilippe avait même du mal à suivre par moment. Incapable de revenir, les chasseurs de patates ont fini par se relever à plus de 100km de l’arrivée. Les équipes Katusha, Direct Energie, BMC – équipe officiellement américaine mais en réalité suisse, dont le proprio est aussi celui du club de foot et du stade à côté duquel était jugée l’arrivée – et Cofidis – probablement pour faire payer aux Etixx leur refus de laisser revenir Edet – ont toutes bossé en tête de peloton pour limiter l’écart. Avec le renfort d’un Tinkoff et d’un Fortunéo, le peloton a rapidement fait fondre l’écart, passé de 6’ à 3’ avant de se stabiliser un moment… puis de se réduire inexorablement. La fin d’étape n’était a priori pas favorable aux véritables sprinteurs, néanmoins les ardeurs de ces derniers ne s’en trouvaient pas refroidies. Le duo d’Etixx-Quick Step allait droit au fiasco, Alaphilippe s’épuisait pour rien…

Après avoir tracé leur route sur de très longues lignes droites avec vent défavorable sur une bonne partie d’entre elles, ils ont emprunté des routes un peu différentes, mais peu importe, ils étaient au bout. Il faisait très chaud, le rythme est resté hyper soutenu toute la journée, ceux qui espéraient une étape tranquille ont été déçus ! Alaphilippe s’est garé à environ 25km de l’arrivée, Martin a continué seul pendant encore quelques kilomètres. Tout ceci n’avait aucun sens.

Sincèrement, je n’ai pas compris la tactique d’Etixx-Quick Step, ou plutôt de Martin, qui a refusé de suivre la consigne de son directeur sportif. Pourquoi refuser du renfort afin de se taper un énorme effort individuel en se mettant plusieurs équipes à dos ? Connaissant la crainte qu’il inspire au sein d’un peloton qui n’allait pas le laisser faire, avoir l’opportunité de s’économiser un tant soit peu dans les roues de compagnons de route paraissait indispensable. En laissant revenir les 4 hommes, ils auraient gardé leur supériorité numérique et aurait eu avec Alaphilippe le gars le mieux placé pour l’emporter. A vrai dire, je ne comprends pas pourquoi Alaphilippe a été lancé dans cette galère, surtout que la fin d’étape pouvait lui permettre de l’emporter à la pédale. Il s’est fait piéger par son équipier, s’est cramé pour rien… Qu’il ait été frustré par l’étape de la veille est compréhensible, qu’il veuille attaquer le lendemain et se grille de cette façon est contrariant. Peut-être Marin visait-il le prix de combatif du jour… Le jury l’a co-attribué de façon exceptionnelle aux 2 partenaires (qui ont fini à plus de 12’ devant la voiture-balai). Pour ne rien arranger, Marcel Kittel a coincé bien avant le final, la formation belge a donc complètement raté sa journée.

Peu avant la jonction, Alexey Lutsenko (AST) a tenté une brève contre-attaque. Rui Costa (LAM) s’y est essayé à son tour à 20 gros kilomètres de l’arrivée. Sa marge a approché des 20 secondes sur des routes très vallonnées où certains sprinteurs ont coincé. Le train organisé par les équipes de sprinteurs (dont la BMC pour Greg Van Avermaet) ne lui a laissé aucune chance, même s’ils lui ont laissé croire longtemps qu’il pouvait y arriver. Il s’est relevé à moins de 5km de la ligne. Les formations suisses (IAM et BMC) ont montré le maillot en tête de peloton, d’autres équipes ont pris le relais pour préparer un sprint massif. Tout le monde s’attendait à une initiative de Fabian Cancellara (TFS), qui habite à 4km du site de l’arrivée, mais on en a vu d’autres essayer à sa place sur le passage pavé où Bryan Coquard (DEN) a été lâché. Sep Vanmarcke (TLJ) et Ramunas Navardauskas (CDT) ont bien tenté de s’extraire du peloton sur leur terrain favori, ça n’a pas fonctionné. Warren Barguil (TGA) a fourni un gros effort en tête, il avait Peter Sagan (TNK) dans la roue. Il ne restait pas grand monde au sein du groupe de tête. Alejandro Valverde (MOV) a lancé ce sprint en montée. Ça s’est fini à plusieurs de front, Alexander Kristoff (KAT) a bien cru l’emporter mais la photo-finish a révélé autre chose : Sagan l’a emporté d’un boyau car il a su lancer son vélo au bon moment, contrairement à Kristoff, qui l’a lancé après la ligne… Il n’avait pas vu la ligne.

3e succès de Sagan cette année, toujours pas de victoire française… Chaque jour qui passe, ce Tour devient un peu plus déprimant. Il n’y a même pas de tricolore dans le top 10 du jour puisque Sondre Enger (IAM) a pris la 3e place devant John Degenkolb (TGA) et Michael Matthews (OBE). On a finalement retrouvé Cancellara… 6e du sprint. 13e, Romain Bardet (ALM) est le premier Français du jour…

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Résumons.
Vainqueur d’étape : Sagan (TNK).
Jaune : Froome (SKY).
Vert : Sagan (TNK), qui ne peut plus le perdre qu’en abandonnant.
Pois : Majka (TNK).
Blanc : Yates (OBE).
Combatifs du jour : T. Martin et Alaphilippe (EQS).

Le peloton va désormais se reposer pendant une journée avant d’enchaîner les étapes dans les Alpes. Au moins, demain, on ne risque pas de s’ennuyer en regardant le Tour à la télé…