Etape_17.jpg De Berne à Finhaut-Emosson, 184,5km en Suisse.
Non-partants : Mark Cavendish (DDD), Rohan Dennis (BMC).
Abandons : Gorka Izagirre (MOV), Borut Bozic (COF).

Le peloton a repris la route près une journée de repos à Berne. 2 hommes ont décidé de ne pas repartir, chacun pour la même raison, préparer les JO. Rohan Dennis pour préparer le contre-la-montre, Mark Cavendish pour éviter de s’épuiser en montagnes et se réadapter à la piste. Le Britannique n’avait paraît-il pas réellement envie de quitter le Tour, il espérait décrocher un dernier succès sur les Champs Elysées, le staff de son équipe nationale a dû insister, ce qui expliquerait pourquoi il a annoncé sa décision seulement mardi soir au lieu de 24h plus tôt.

Malgré une arrivée inédite, cette étape offrait un parcours extrêmement classique dans sa conception : d’abord une longue portion favorable à la création et au développement d’une échappée, puis un enchaînement de difficultés avec arrivée au sommet. C’était un peu dans l’esprit de l’étape du Mont Ventoux… en encore beaucoup plus dur.

Forcément, le peloton était très nerveux, les premiers aventuriers ont mis le feu dès le départ réel. Une chute s’est alors produite, impliquant Warren Barguil (TGA), Borut Bozic et Gorka Izagirre, contraint à l’abandon sur blessure (clavicule cassée).

Lister les tentatives d’échappées est impossible tant elles ont pullulé. Aucune ne parvenait à prospérer, la meute revenait très vite et une autre prenait forme. Près de 52km ont été parcourus au cours de la première heure de course. Pourtant il s’agissait la plupart du temps de faux-plats montants. Notons tous de même que Pierre Rolland (CDT) ou encore Warren Barguil – malgré sa chute – ont essayé à un moment ou un autre de prendre le large.

La Côte de Saanenmöser (3ème C.) se prêtait bien à la formation du coup du jour. Rafal Majka est évidemment parti chercher 2 points supplémentaire pour conserver son maillot à pois, il y est allé avec Peter Sagan, son partenaire chez Tinkoff. Le groupe a commencé à réellement se détacher pour de bon, Tony Gallopin (TLS), Brice Feillu (FVC), Tanel Kangert (AST), Stef Clement et Jarlinson Pantano (IAM), Domenico Pozzovivo (ALM), Steve Morabito (FDJ), Ilnur Zakarin (KAT) et Kristijan Durasek (LAM) ont réussi le premier challenge du jour, celui consistant à attraper l’échappée au long court. Les places étaient chères. Il aura fallu environ 75km pour en arriver là.

Une contre-attaque est partie en chasse-patate pour tenter de les rejoindre. On y trouvait Alexey Lutsenko (AST), Greg Van Avermaet (BMC), Alberto Losada (KAT), Rui Costa (LAM), Thomas Voeckler (DEN) Ruben Plaza (OBE) et – encore – Julian Alaphilippe (EQS). Si le peloton a laissé filer, le groupe de tête n’a pas laissé revenir, les intercalés devaient donc impérativement réagir avant qu’il ne soit trop tard. Van Avermaet, Voeckler et Lutsenko ont successivement lâché leurs partenaires pour combler cet écart, ils ont réussi dans la descente du Col des Mosses (3e C.) au prix d’un gros effort.

Est-il nécessaire de signaler que Majka a pris tous les points pour le classement de la montagne ? Est-il nécessaire de dire que malgré son incapacité à revenir, Alaphilippe a poursuivi son effort au lieu de se relever comme Rui Costa pour réessayer un autre jour ? Est-il nécessaire d’expliquer que les Sky ont imprimé un rythme peu soutenu en tête de peloton, histoire de s’assurer d’être toujours présents en grand nombre en fin d’étape… alors que pour avoir une chance de les attaquer il faut essayer d’isoler Chris Froome ? Les autres équipes ont décidées à ne rien tenter, même pas de gagner l’étape autrement qu’en envoyant un gars dans l’échappée…

Le rythme du peloton n’était pas fou, ce qui n’a pas empêché des chutes. Tsgabu Grmay (LAM) est tombée dans une montée, semble-t-il à cause d’une musette. Plus tard Shane Archbold (BOA) s’est éclaté dans une descente en allant droit dans un mur, vélo cassé. Déjà allé au sol en début d’étape, Borut Bozic y est retourné. C’était trop, il a abandonné. Archbold a fini l’étape malgré une fracture du bassin !

Peter Sagan a coupé son effort après le sprint intermédiaire où il a évidemment pris les points même si ça ne lui sert plus à rien. Sa présence à l’avant était en réalité motivée par celle de Majka, il a servi d’équipier modèle au Polonais en bossant beaucoup au sein de l’échappée.

Avec plus de 13’ d’avance en faveur de l’échappée au pied du Col de la Forclaz (1ère C.), la victoire d’étape allait évidemment se disputer entre ses membres. Gallopin a tenté une initiative individuelle sur ses pentes, rejoint par Lutsenko. Les autres ne semblaient pas enclins à réagir, ressentant sans doute la nécessité de conserver leur énergie pour plus tard, car par cette chaleur écrasante, mieux valait limiter au maximum les efforts violents et prématurés.

Le ménage s’est fait naturellement dans cette ascension, ceux qui voulaient simplement terminer l’étape dans les délais ont décroché pour former le gruppetto. Le train imprimé par Sky était un peu plus élevé, l’avance des hommes de tête se réduisait donc petit à petit. Movistar a alors décidé d’enfin agir en envoyant Winner Anacona (MOV) accélérer fortement le tempo. Sans surprise, Barguil n’a pu suivre, tout comme Wilco Keldeman (TLJ). L’équipier de Nairo Quintana et d’Alejandro Valverde n’aura pas servi à grand-chose, il a vite rendu leur place habituelle aux Sky.

Gallopin et Lutsenko n’ont jamais pris le large, ils ont craqué l’un après l’autre et ont décroché comme Van Avermaet avant eux. Le groupe a poursuivi son chemin, mené par Clement pendant quasiment toute l’ascension malgré l’apparent manque de fraîcheur de Pantano, pour qui il bossait. Au moment où Lutsenko passait par la fenêtre, son équipe se mettait à agir en tête de peloton. L’accélération d’Astana a fait exploser en vol Tejay Van Garderen (BMC), dont la place dans le top 10 au général ne pouvait pas tenir. Le co-leader de l’équipe helvético-américain était bon pour se manger un énorme éclat, certainement supérieur à 15’. Pierre Rolland a lâché l’affaire un peu plus tard, ce n’était pas bien grave. Froome était alors toujours entouré de 5 équipiers… Que voulez-vous faire contre ça ? Geraint Thomas a tenu jusqu’à 1km du sommet.

Majka a évidemment pris 10 nouveau points au sommet, Voekler faisait bonne impression, il est resté dans la roue du Polonais, je l’imaginais avoir anticipé une possible attaque dans la descente, pourtant il n’a pas suivi Pantano et Majka, qui ont essayé. La descente était courte et rapide, on enchaînait immédiatement avec la dernière ascension, si bien qu’y gagner 15 secondes de marge pouvait s’avérer décisif. Le duo en a pris le double… Mauvais en descente, ou du moins incapable de se libérer depuis sa grave chute lors du Giro, Zakarin s’est retrouvé relégué à une trentaine de secondes, il a alors voulu repartir seul à la poursuite des 2 hommes. D’autres ont essayé de réagir en ordre dispersé. Feillu a fait mine de craquer pour en mettre une, il s’est mis en chasse à son tour. Très fort, le Russe a assez facilement opéré la jonction avec les hommes de tête. Sauf surprise, la victoire allait revenir à un des 3. Ils étaient déjà ensemble en tête dimanche sur la route de Culoz. Cette fois, Zakarin ne voulait pas laisser passer sa chance, sa contre-attaque violente a laissé sur place un Majka à court d’énergie. Pantano avait encore du jus, ou au moins du mental, il y est allé une première fois. La nouvelle attaque du Russe a eu raison du Colombien, qui espérait décrocher un 2nd succès sur ce Tour le jour de sa fête nationale.

Cette fois, c’était a priori plié pour a victoire d’étape, sauf incident ou panne physique soudaine dans cette ascension très difficile (hors-catégorie). Pantano n’abandonnait pas, l’expérience ayant prouvé l’intérêt de ne rien lâcher jusqu’au bout. Hormis concernant les places d’honneur, rien n’a changé : Pantano 2e, Majka 3e (il s’est accroché à sa 3e place, ça reste une bonne opération au classement de la montagne), Durasek 4e, Feillu 5e, Voeckler 6e. La performance des 2 anciens vainqueurs d’étapes français est honorable, mais le temps passer et aucun membre du peloton tricolore ne semble en mesure d’en gagner une. Ça craint !

Intéressons-nous désormais à l’autre course dans la course, celle pour le classement général.

Après avoir mis le feu dans le Col de la Forclaz, Astana a continué sur sa lancée. Ça explosait de partout… sauf dans les rangs de la Sky, puisque Wouter Poels, Sergio Henaro et Mikel Nieve soutenaient toujours leur patron. Nibali s’est garé après avoir rempli son rôle d’équipier. Fabio Aru n’avait plus qu’un homme à lui dans ce groupe maillot jaune composé d’une quinzaine d’hommes. Quand on pense que Diego Rosa (AST) a signé chez Sky pour la saison prochaine, ça fait peur… Ceci dit, il a dû se garer à son tour, laissant Aru seul. L’Italien a alors dû rentrer dans le rang sans avoir attaqué. Tout ça pour ça ! Vraiment, le sens de la stratégie de certaines formations (en particulier Movistar, Astana et Etixx) me fait rêver ! Mettre ses hommes à la barre jusqu’à tous les faire sauter un à un… pour ne tenter aucune attaque. Dans un monde parallèle, c’est probablement du génie !

Alejandro Valverde a accéléré quelques centaines de mètres plus loin, Roman Kreuziger (TNK) et Henao ont craqué, mais Poels et Nieve étaient toujours là pour faire rentrer l’Espagnol dans le rang. L’attaque suivante, œuvre de Dan Martin (EQS), était plutôt tranchante. Sky a simplement imprimé son train pour revenir. En réalité, si Valverde a attaqué un peu plus tôt, c’est qu’il se savait sur le point de sauter. Il est d’ailleurs assez rapidement passé par la fenêtre. Le vétéran espagnol était 5e au général, Romain Bardet (ALM) avait là l’opportunité de gratter une place au général.

Voilà… Encore une fois, tout le monde s’est couché devant les Sky, pour isoler Froome il était impératif de s’y prendre beaucoup plus tôt, en durcissant la course dès le début de l’étape pour fatiguer ses hommes avant de les obliger à s’employer dès la première grosse difficulté pour les empêcher d’imposer leur loin par la suite. Le problème est qu’en n’isolant pas le maillot jaune, on permet à son équipe de verrouiller la course, ce qui empêche les autres leaders de s’attaquer entre eux. Le suspense concernant le maillot jaune est inexistant, chose devenue habituelle sur le Tour, mais cette domination de la formation britannique nous prive aussi de la baston pour le podium. Richie Porte (BMC) a tout de même tenté sa chance à environ 2 bornes du sommet, faisant exploser le petit groupe. Froome a tenté de revenir avec un partenaire, mais Dan Martin et Joaquim Rodriguez (KAT) ont craqué. Bauke Mollema (TFS) a coincé à son tour, provoquant la réaction de Froome : le maillot jaune a attaqué en personne, suivi par Quintana. Monstrueux, Poels est revenu à l’avant pour emmener son leader ! Hallucinant ce Peols ! Puis Froome est reparti seul rejoindre Porte. Quintana ne pouvait pas suivre. Heureusement pour lui, il ne restait qu’1 km. Bardet se contentait de limiter la casse en restant avec Adam Yates (OBE) et Louis Meintjes (LAM). Ce trio a pu reprendre Aru et Quintana. Mollema bataillait toujours derrière.

Les réflexes d’équipier de Porte ont refait surface : l’Australien a roulé avec Froome dans la roue… Cependant, l’écart plafonnait, ne dépassant pas quelques secondes. Yates menait les poursuivants à un rythme trop soutenu pour Quintana. Voyant le leader de Movistar décrocher, Bardet a accéléré. D’où un ordre d’arrivée au compte-gouttes.

Froome n’a pas cherché à larguer Porte, il a fini dans sa roue à 7’59 du vainqueur, soit un écart très important compte tenu de celui constaté au pied de la dernière ascension, mais aussi au pied de la précédente. Ceci illustre la lenteur relative des trains d’Astana puis de la Sky et enfin de Porte. Ils ne sont pas allés beaucoup plus vite que Zakarin. Ayant tenté une dernière fois à quelques dizaines de mètre de la ligne en étant suivi seulement par Bardet, Yates a fini à seulement 8" du duo, Bardet à 11", Aru et Meintjes ont concédé 8" supplémentaires. Quintana a pris un éclat un peu plus significatif, 28" par rapport à Froome et Porte. Ça reste très peu. Mollema a fini avec Poels à 40" du patron, le tarif est de 47" pour Martin, il s’élève à 1’12 pour Rodriguez, 1’39 pour Kreuziger et Reichanbach, 2’01 pour Valverde – qui pour une fois a joué son rôle d’équipier – et environ 18’ pour Van Garderen (qui a plongé au 17e rang au général).

Les écarts entre les grands leaders sont assez réduits, voire à peine symboliques. Comment voulez-vous les creuser en attaquant à 2km de l’arrivée ? La Sky décide de la course parce qu’on la laisse faire. En mettant le feu beaucoup plus tôt, disons à 6 ou 7km du sommet de l’arrivée au barrage du Lac d’Emosson, les moins forts auraient tous pris cher, à commencer par Quintana, qu’on aurait vu à la dérive au lieu de simplement le voir finir dans le dur. Il aurait pu lâcher 2’.

On se retrouve quasiment avec un statu quo, hormis grâce aux défaillances. Van Garderen a explosé, Valverde a réussi à se maintenir dans le top 7, Mollema est toujours 2e devant Yates, Quintana est en embuscade au pied du podium, Bardet est 5 à 1’22 du podium, talonné par Porte.

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Résumons.
Vainqueur d’étape : Zakarin (KAT).
Jaune : Froome (SKY).
Vert : Sagan (TNK).
Pois : Majka (TNK).
Blanc : Yates (OBE).
Combatif du jour : Pantano (IAM).

Entre Mollema (2e à 2’27) et Maintjes (10e à 6’07), tout semblerait possible dans un Tour de France moins cadenassé. Fort heureusement, la Sky n’aura aucune influence sur l’attitude des autres coureurs lors du contre-la-montre de demain. Peut-être s’agira-t-il donc de la seule opportunité de réellement faire évoluer ce classement.