• ETAPE 18 : Froome… et les autres.

Etape_18.jpg De Sallanches à Megève, contre-la-montre individuel de 17km.
Non-partants : Fabian Cancellara (TFS), qui a mis la flèche après les étapes en Suisse afin de préparer les JO, Shane Archbold (BOA) à cause d’une fracture du bassin.

Il s’agissait d’un profil très particulier pour un clm : 4km de plat dans une forte chaleur, puis un grosse montée (la Côte de Domancy) suivie par du faux-plat montant et la Côte de Chozeaux (il faisait de moins en moins chaud au fil de l’ascension) avant de basculer dans la courte descende vers l’arrivée. Soit une alternance de pentes raides et moins raides sans avoir le temps de se mettre en jambes ou la possibilité de temporiser. Ce parcours aurait parfaitement convenu à Thibaut Pinot. Arf. Fallait-il choisir un vélo traditionnel, un vélo de chrono, une roue lenticulaire ? Beaucoup ont opté pour des roues classiques et un vélo normal avec parfois l’ajout d’un guidon de triathlète. En réalité, tout dépendait du style du coureur, s’il a pour habitude de monter en danseuse, un vélo de clm était contre-indiqué.

Pour réussir ce clm court et par conséquent intense, la clé était de bien gérer son effort afin de ne pas se cramer dans une des parties les plus difficiles, mais aussi pour garder de la lucidité, sans quoi le risque était de finir dans le décor en fin d’étape. Une série de virages compliqués à quelques centaines de mètres de l’arrivée a ainsi été le théâtre de plusieurs chutes dont une assez magnifique : Olivier Naesen (IAM) a carrément fait une sorte de soleil par-dessus la barrière. Jérémy Roy (FDJ) et Alexis Gougeard (ALM) ont volé moins haut.

Comme à chaque fois, tout le monde n’a pas fait le chrono à fond. A vrai dire, hormis ceux qui ont des ambitions concernant l’étape, concernant le général, ou encore ceux chargés de prendre des repères pour donner des indications à leur leader, très peu de coureurs s’emploient à 100% dans ce genre d’étapes. Exemple : ayant abandonné toute chance de bien figurer au classement général, Tejay Van Garderen (BMC) a fait de la récupération active.

Romain Sicard (DEN) a un temps pointé à la première place avant d’être assez nettement battu par Jérôme Coppel (IAM), qui a confirmé ses bonnes dispositions en clm. Dommage qu’il n’y ait pas de place pour lui aux JO. Ion Izagirre (MOV) a amélioré ce temps de référence de 12", néanmoins il restait encore beaucoup de concurrents au départ, dont les plus forts.

Si Thomas De Gendt (TLS) s’est installé en tête pour une seconde, mais sa première place provisoire n’allait pas survivre à l’arrivée de l’homme fort des chronos. Même s’il ne peut être qualifié de grimpeur, Tom Dumoulin (TGA) n’est pas mauvais dans cet exercice, bien au contraire, il l’a démontré en remportant une étape de montagne. Le Néerlandais a quasiment tout fait assis sur sa selle (très haute) en gardant sa position sur son vélo spécifique avec le guidon de triathlète. Il n’avait pas besoin de se mettre en danseuse pour relancer. Impressionnant ! Ce Dumoulin tourne les pédales comme une machine. 41 secondes de mieux que le Belge ! Pas facile d’aller le chercher.

Intéressons-nous désormais aux 12 derniers partants, les 12 en lice pour finir dans le top 10. Les résultats ont de nouveau démontré que le niveau des leaders est très homogène cette année. Le maillot jaune a gagné assez nettement, battant de 33" le meilleur des 11 concurrents condamnés à se partager les places d’honneur. Le moins bon a perdu 1’28 par rapport au Britannique. Autrement dit, les 11 ont fini en 55". Sur ce parcours, certes court, c’est peu.

Joaquim Rodriguez (KAT) a fait dans l’originalité en changeant de vélo afin d’avoir une monture légère pour grimper. Il s’est relativement bien débrouillé, prenant la 4e place provisoire dans un classement figé depuis un long moment.

Roman Kreuziger (TNK) avait besoin de reprendre du temps pour espérer intégrer le top 10, il en a perdu sur la plupart de ses adversaires, assez peu malgré une des moins bonnes performances du groupe des 11.

Louis Meintjes (LAM) a bien limité les dégâts. Son temps est proche de celui de Rodriguez, meilleur que celui de plusieurs "gros", signe qu’il est en très bonne forme en cette dernière partie du Tour.

Dan Martin (EQS) est 18e de l’étape mais… dernier des 12 qui visent le top 10. Il a donc perdu une place au classement et a surtout une marge plus importante à combler pour espérer remonter sérieusement au général. On l’a déjà vu assez offensif, s’il lui reste du jus il pourrait être un des animateurs des dernières étapes de montagne.

Fabio Aru (AST) a été très bon, il n’a été battu que de 12 secondes par Dumoulin et donc de 33 par Froome. Le jeune Italien a eu du mal à se mettre en route lors de ce Tour, sa forme semble ascendante, il est passé 7e au général mais est à plus d’1 minute du 6e. Va-t-il tout tenter ces 2 prochains jours où se contenter d’espérer des défaillances pour intégrer le top 5 ?

Alejandro Valverde (MOV) aurait pu faire un mieux, on le connaissait meilleur rouleur et grimpeur que ça. L’âge avançant, les Tour aussi, le produits n’étant probablement plus les mêmes, il a beaucoup plus de mal. En perdant 1’18 par rapport à Froome, il a continué sa lente descente au classement.

Richie Porte (BMC) a battu Dumoulin au premier point de chronométrage intermédiaire (ce qui lui a permis d’obtenir le prix Bernard Hinault décerné pour l’ascension la plus rapide de la Côte de Domancy… à égalité avec Froome), mais ça ne signifiait rien. Souvenons-nous que lors du premier clm, l’Australien était parti fort avant d’exploser en vol. Cette fois, au 2e chrono, il était repassé derrière pour 9". Il n’a pas assez bien géré son effort, ce qui l’a empêché de prendre la tête. Il a même été battu par Aru de quelques dixièmes de seconde. Par rapport à tous les autres, il a repris du temps, l’opération est donc bonne.

Romain Bardet (ALM) a semblé avoir du mal à gérer les parties très roulantes, néanmoins il a évité la catastrophe dans la partie intermédiaire. Il a en réalité remarquablement géré son effort, ce qui lui a permis de finir à seulement 21" de Dumoulin et de rester devant Porte au général pour 3 secondes. Notons qu’il va disputer le clm des JO tout comme Alaphilippe. Evidemment, ce chrono de fin de Tour donne toujours des résultats particuliers relatifs aux enjeux pour chacun, celui-ci avait en plus un profil favorable au Français, mais pour lui prendre la 5e place à 9" d’Aru et Porte, 42 par rapport à Froome, repousser l’ensemble des autres adversaires, c’est une véritable victoire !

Nairo Quintana (MOV) confirme que s’il n’est pas totalement à la rue, il est dans l’entrée, voire sous le porche. Certains connaissent un jour sans sur le Tour, il connait un Tour sans. Ceci dit, il a mieux fini qu’on pouvait l’imaginer, lâchant 1’10 à Froome. Le vieux Rodriguez et le jeune Meintjes l’ont battu. Sa 4e place tient toujours mais est en grand danger.

Adam Yates (OBE) a eu du mal dans la partie intermédiaire, il était à peu près dans les temps de Bardet au 2e chrono. A l’arrivée, il a concédé 41" au leader d’AG2R. Le Tour pourrait bien être un peu trop long pour le 2e Britannique, je ne serais pas étonné de le voir sortir du podium.

Bauke Mollema (TFS) a opté pour le matériel de clm, y compris la roue lenticulaire, pourtant il a perdu toute son avance sur Yates dès le 1er chrono. Néanmoins, au terme des 17km, il n’a lâché que 2 secondes à Yates… en ayant réalisé une des pires performances du lot. Le Batave a déjà fait le coup de s’effondrer en 3e semaine après s’être maintenu longtemps sur le podium. A-t-il progressé ?

Chris Froome (SKY) n’a pas réussi un gros début de course. Lui aussi a peut-être payé son choix de matériel (même choix que Mollema). Ou peut-être a-t-il décidé d’en garder sur le plat pour tout envoyer à partir de la première côte, car au fur et à mesure de la montée, il a s’est de mieux en mieux comporté pour finalement prendre la tête avec une belle marge. Grand favori pour remporter cette étape, le Britannique a gagné en sprintant jusqu’au bout. 21" d’avance sur Dumoulin en ayant pourtant débuté mollement… Il était injouable aujourd’hui.

Je récapitule le classement des gros lors de cette étape.
1. Froome.
3. Aru à 33".
4. Porte à 33".
5. Bardet à 42".
8. Rodriguez à 1’05.
9. Meintjes à 1’08.
10. Quintana à 1’10.
12. Valverde à 1’18.
13. Kreuziger à 1’20.
16. Yates à 1’23.
17. Mollema à 1’25.
18. D. Martin à 1’28.

Au général, ça donne un classement très resserré entre le 2e et le 5e (1’08 d’écart), le 12e est à 8’23.
1. Froome
2. Mollema à 3’52
3. Yates à 4’16
4. Quintana à 4’37
5. Bardet à 4’57
6. Porte à 5’00
7. Aru à 6’08
8. Valverde à 6’37
9. Meintjes à 7’15
10. Martin à 7’18
11. Rodriguez à 8’11
12. Kreuziger à 8’23.

La vidéo est aussi sur Vimeo.

Résumons.
Vainqueur d’étape : Froome (SKY).
Jaune : Froome (SKY).
Vert : Sagan (TNK).
Pois : Majka (TNK).
Blanc : Yates (OBE).

Au niveau du suspense et de la baston pour gratter des places, il y a vraiment de quoi faire, tant grâce à ces écarts très réduits que grâce au terrain de jeu préparé par les organisateurs. Malheureusement, malgré la marge assez considérable dont bénéficie Froome, j’ai bien peur que la Sky ne continue à tout verrouiller et nous prive du spectacle attendu.