• ETAPE 19 : l’étape du Tour.

Etape_19.jpg D’Albertville à Saint-Gervais Mont Blanc (Le Bettex), 146km dans les Alpes.
Abandon : Tom Dumoulin (TGA), Daniel Navarro (COF).

Il s’agissait d’une étape courte, très difficile, avec 4 difficultés répertoriée plus une 5e, le Col de Tamié, généralement en 2e catégorie, sur les pentes duquel était donné le départ.

Thomas De Gendt (TLS) a immédiatement attaqué avec l’aide de Tony Gallopin, son équipier. On s’y attendait. 2 groupes de coureurs ont quitté le peloton par l’avant, énormément d’habitués étaient passés à l’offensive, à commencer par Rafal Majka (TNK), décidé à défendre son maillot à pois. Il n’y a pas eu de chasse, le peloton a choisi de laisser partir ceux qui le souhaitaient, il occupait toute la largeur de la chaussée avec Chris Froome (SKY) et Peter Sagan (TNK) en première ligne.

Fort logiquement le groupe de chasse a pu rattraper le premier, d’où la formation d’une échappée à 20 au sein de laquelle 4 équipes comptaient 2 éléments. Voici la liste des coureurs qui la composaient : Robert Kiserlovski et Rafal Majka (TNK), Marcus Burghardt et Amaël Moinard (BMC), Thomas De Gendt et Tony Gallopin (TLS), Eduardo Sepulveda et Vegard Breen (TVC), Alexis Vuillermoz (ALM), Alexey Lutsenko (AST), George Bennett (TLJ), Jarlinson Pantano (IAM), Pierre Rolland (CDT), Natnael Berhane (DDD), Laurens Ten Dam (TGA), Emanuel Buchmann (BOA), Rui Costa (LAM), Tony Martin (EQS), Daniel Navarro (COF) et Michael Matthews (OBE).

Le mieux classé étant Rolland, 16e à près de 23’, la seule raison pour laquelle le peloton aurait pu chasser était la volonté de ses membres de se disputer la victoire d’étape. L’écart était monté très facilement à 4’30 avant une scène surréaliste : 3 Astana sont sortis du peloton pour accélérer le rythme. Personne n’a voulu les suivre hormis Joaquim Rodriguez (KAT) ! Pendant quelques minutes, ils sont restés 30m devant tout le monde en attendant que ça bouge. Finalement, quelques hommes – dont un Movistar – ont décidé de lancer la bataille. Pour une fois, alors qu’un des coureurs français avait une chance de gagner l’étape, le peloton a envoyé du lourd à plus de 130km de l’arrivée. Manifestement, l’équipe de Fabio Aru avait pour intention de durcir la course assez tôt pour préparer une offensive construite (Katusha a aidé les Astana en insérant un de ses hommes dans le train kazakh). Il aura fallu attendre le dernier vendredi du Tour pour assister à ça.

A l’avant, l’entente était excellente, seul Lutsenko ne tournait pas. L’écart s’est ainsi stabilisé à 4’ ou un peu moins. Matthews a pris les points au sprint intermédiaire pour remonter dans le classement (il y a de l’argent à la clé).

Au pied du Col de la Forclaz de Montmin (1ère C.), les chances de l’échappée semblaient déjà nulles, l’écart se faisait raboter lentement mais sûrement par les équipiers d’Aru. Au lieu de servir au coup du jour à prendre le large, la vallée aura permis aux Astana à l’enterrer. L’avance du groupe de tête aurait fondu très rapidement sans le travail de Kiserlovski en fin d’ascension. Ce rythme a fait couiner Burghardt et Breen, légèrement décrochés. L’idée était bien sûr de permettre à Majka de prendre les points du classement de la montagne. De Gendt et Vuillermoz ont suivi, ils sont passés au sommet à 3 avec quelques secondes d’avance sur le reste de la troupe. Si le Belge a pris le maximum de points, la présence du Polonais dans ses roues anéantissait ses chances de s’emparer du maillot à pois, de plus en plus solidement accroché aux épaules de son concurrent.

La fin de ce col était difficile pour tout le monde, le peloton a peiné et a de nouveau perdu du temps. Les échappés avaient de nouveau 3’25 d’écart, et même un peu plus dans la descente, très technique et donc plutôt favorable à un petit groupe. Le trio de tête a ainsi pris le large sous l’impulsion de Majka, très offensif. En arrivant dans la nouvelle portion de vallée, 30 à 40 secondes séparaient les 3 hommes de leurs ex-compagnons. Ils n’ont pas insisté, préférant logiquement les laisser revenir pour éviter un épuisement inutile. Evidemment, Astana et Katusha en ont profité pour de nouveau s’approcher des fuyards avant un bref arrêt aux stands lors du ravitaillement.

A terme, il allait devenir impératif de relancer l’échappée en profitant du Col de la Forclaz de Queige (2e C.) ou de la Montée de Bisanne (hors catégorie), inédite sur le Tour, sans quoi la remise en route d’Astana allait la tuer à petit feu. Seul un groupe resserré et beaucoup plus efficace semblait en mesure de résister à ce retour. Dans un premier temps, ceux présents à l’avant afin d’aider un partenaire ont tout donné, à l’image de Burghardt. Le travail du Katusha en tête de peloton (Angel Vicioso) était moins efficace, du coup presque tout le monde a pu le réintégrer. Très visible, la différence de rythme s’est matérialisée au chronomètre avec un nouveau gain d’une grosse minute pour les échappés. Astana n’allait pas au bout de ses intentions en laissant faire Vicioso. Par conséquent l’écart a de nouveau dépassé les 4’ au sommet (où De Gendt a encore devancé Majka), le scenario de la fin d’étape restait complètement à écrire.

Astana a remis un sérieux coup de vis avant le début de la Montée de Bisanne alors qu’à l’avant, on commençait de nouveau à se regarder, à manger, à boire, ou même à satisfaire un besoin naturel. Adam Yates (OBE) a connu un souci mécanique qui lui a fait changer de vélo. Le porteur du maillot blanc a raccroché le peloton juste à temps car cette fois les Astana ne plaisantaient plus, Grivko a infligé au peloton une franche accélération. Tom Dumoulin et Daniel Teklehaimanot (DDD) ont alors été victimes d’un bel accrochage. Dumoulin est le favori pour le contre-la-montre des JO. Est ? Etait ? Blessé à l’avant-bras ou au poignet gauche, il a abandonné quelques minutes plus tard, en pleurs. En cas de fracture, ses rêves olympiques risquent de partir en fumée.

C’est que ça devenait vraiment nerveux ! En l’état, Vuillermoz ne pouvait remporter l’étape compte tenu de la maigreur de l’écart (passé nettement sous les 3’), AG2R a alors décidé de brièvement relayer Astana pour lancer la bagarre ou tester leurs adversaires. A l’avant aussi on a relancé, certains ont craqué, à commencer par Breen. On appelle ça la sélection naturelle… Il restait 2 grosses minutes d’écart. Des garçons en principe bons grimpeurs n’ont pas tenu le rythme. Kiserlovski a fait son job d’équipier en tête de ce groupe désormais composé de 14 hommes dont tous les Français mais plus De Gendt, qui de toute façon ne pouvait plus espérer reprendre le maillot à pois. Majka allait mathématiquement assurer sa victoire au classement de la montagne au terme de l’étape. Finalement, alors qu’il devait être très disputé et devait ainsi nous offrir un bel enjeu supplémentaire chaque jour, ce prix aura été facilement acquis par le champion de Pologne. Encore une raison de se lamenter de ce Tour foireux. Je la note pour le bilan de dimanche.

Adam Yates donnait des signes de fébrilité en occupant les dernières places d’un peloton déjà bien réduit, sans équipier à ses côtés. Pourtant le rythme imposé par Astana n’était pas fou. Dan Martin (EQS) a lui aussi commencé à peiner. Ou peut-être a-t-il rétrogradé pour aller chercher une tenue appropriée pour affronter l’orage annoncé.

Le changement de température et l’arrivée des premières gouttes de pluie (alors qu’il faisait chaud un peu plus tôt) pouvaient fortement influencer la fin d’étape, surtout avec une longue descente à négocier. Ça n’a pas manqué ! Majka a accéléré en fin d’ascension pour s’octroyer 25 nouveaux points au classement de la montagne. Personne ne pouvait plus lui piquer ses pois, mais pour ce qui est de la victoire d’étape, ses chances semblaient désormais nulles. Le peloton a basculé au sommet avec à peine 1’40 de retard. Rolland et Costa ont tenté de repartir en profitant de la traversée des Saisies. Mort pour mort, autant tenter le coup ! Mais quand rien ne va… Rolland a dérapé de l’avant dans la descente humide, il a glissé sur plusieurs mètres en finissant dans la terre. Il s’est encore pris très cher sur le côté gauche et ne s’est pas relevé de suite, au moins aussi atteint moralement que physiquement. Il est reparti après le passage du peloton. Cette mésaventure rappelle celle d’Alaphilippe sur la route de Culoz, il était en tête dans une descente, le mauvais sort a mis fin à ses espoirs. Au regard de la fin d’étape, on se dit que la victoire était à sa portée.

Rui Costa restait seul en tête sous la pluie, il prenait de gros risques dans cette descente, contrairement au groupe de chasse, où on n’osait pas. Lutsenko s’est même relevé pour attendre le peloton et faire son job d’équipier avec le reste de la formation Astana. Seul, le Portugais a creusé l’écart.

Sébastien Reichenbach et Steve Morabito (FDJ) ont à leur tour chuté – ensemble – dans cette descente vraiment dangereuse. Richie Porte (BMC) a été retardé dans la foulée, probablement sur chute, a minima en raison d’une erreur de trajectoire, ce qui a fait ralentir l’avant du peloton où ses hommes ont essayé de casser le rythme. Les Astana n’étaient pas d’accord pour arrêter leur chasse, la bataille était lancée, ils n’avaient aucune raison de l’attendre. Ceci dit, si la même chose était arrivée à Froome, tout le monde se serait couché. Les 3 BMC ont donc décroché pour ramener leur leader, une mission très difficile.

Orica-Bikeexchange a envoyé Daryl Impey pour en remettre une couche en tête du groupe maillot jaune. Sur le point d’être repris par le peloton des leaders, Navarro est reparti seul chasser Rui Costa. C’était cuit. Les autres ont tous été avalés par ce groupe lancé à fond que Porte a rejoint au prix d’un très gros effort derrière les voitures. L’Espagnol aura juste résisté un peu plus longtemps.

Il restait 22km, les routes empruntées étaient celles du contre-la-montre de Megève mais dans l’autre sens, l’homme de tête possédait 1’ d’avance, la victoire d’étape allait donc sans doute ENFIN être disputée par les leaders, avec des bonifications à la clé. Le rythme faiblissait légèrement, Mikaël Cherel (ALM) s’est alors porté en tête de peloton pour relancer l’allure et mettre la pression sur les moins bons descendeurs du groupe de tête dans la Côte de Domancy. Il s’est même retrouvé seul alors que Bauke Mollema (TFS), un temps dans sa roue, a glissé. Le Néerlandais est alors reparti en dernière position du groupe. Avec la pluie, l’exercice était super dangereux, Sepulveda a emmené Navarro (blessé au genou, abandon) et Bennett dans sa chute, Mollema a été retardé puis a de nouveau évité le pire un peu plus tard en faisant un tout-droit dans un autre virage ?

L’événement qui a permis à la course de renaître s’est produit à cet instant : Froome a glissé sur une bande blanche alors que Bardet avait attaqué dans la descente pour rejoindre Cherel et jour à fond ses 2 cartes maîtresses, à savoir ses qualités de descendeur et sa parfaite connaissance du terrain. Bien rappé suite à cette lourde chute sur l’épaule qui a provoqué celle de Vincenzo Nibali (AST), Froome a pu récupérer le vélo de Geraint Thomas, qui est à peu près à ses dimensions, mais qui reste différent du sien (il n’avait ni ses plateaux de forme plus ou moins ovale, ni le système qui lui donne en temps réel ses données physiques et physiologiques). Notons bien que si Froome avait été moins bien entouré par son équipe, il aurait pu se retrouver en grosse galère. Peut-être aurait-il lâché 2’ de plus le temps de pouvoir réparer ou obtenir un autre vélo. On l’a vu choisir le vélo de Thomas, probablement parce que c’est prévu ainsi. Faute de temps mort pour effectuer un nouvel échange, Le maillot jaune a dû finir l’étape avec.

Rui Costa restait seul en tête avec environ 1’ de marge. Une fois que Bardet a rejoint Cherel, ce dernier a tout donné pour l’emmener au pied de l’ultime ascension vers le Bettex avec le plus d’avance possible. Bardet s’est fait une grosse frayeur en manquant de peu d’accrocher une voiture garée sur le bord de la route dans une longue ligne droite. Derrière, c’est bien simple, il y en avait PARTOUT. Tout le monde se courait après dans la pagaille, Sky n’était évidemment pas là pour verrouiller la course puisqu’il fallait ramener le patron vers le groupe des Astana (jonction effectuée sur le plat).

Cherel s’est écarté dès le pied de la montée vers l’arrivée, son leader comptait 45" de retard sur Costa et 1’ sur le peloton mené par Astana. Seulement il n’en savait rien car il avait retiré l’oreillette depuis un moment. Bardet était lancé vers l’exploit. En cas de réussite de son grand numéro, la victoire d’étape et le podium au général lui étaient promis. En cas d’échec, on ne retiendrait qu’un coup de panache mal récompensé. A vrai dire, il avait beaucoup plus à gagner qu’à perdre, néanmoins il fallait oser. Personne d’autre n’a osé. A défaut d’indications, y compris provenant de l’ardoisier, Bardet est monté en se fiant à ses sensations et à sa connaissance de la route. Il savait où accélérer, où mesurer son effort. Une fois revenu sur le Portugais, on l’a senti gêné d’avoir un morpion dans la roue, car à vrai dire, l’objectif premier était devenu la victoire d’étape. Il voulait revivre cette sensation déjà connue l’an passé sur le Tour. En outre, il lui fallait éviter de reproduire l’erreur commise sur le dernier Dauphiné Libéré où, voulant jouer sur les 2 tableaux (général et gain de l’étape), il s’était fait battre par Thibaut Pinot à Méribel.

Bardet a fait peur à beaucoup de monde. Il se retournait beaucoup, donnait l’impression de piocher, d’être incapable de larguer son passager indésirable qui a rejeté l’unique demande de relais adressée par le Français. Le rythme baissait, sa marge est passée sous la minute, elle n’était plus que de 40" à 4km de l’arrivée, s’amenuisait toujours un peu plus. En réalité l’attitude du leader d’AG2R s’explique par l’absence de tout renseignement sur sa situation, on l’a su ensuite. En attendant on tremblait, on vibrait, or c’est exactement ce qu’on espérait depuis 3 semaines. Vibrer !

Diego Rosa (AST) avait remis un coup de vis dans le peloton dans l’ascension, Froome trainait alors à l’arrière du groupe avec ses 3 lieutenants. Il a fini par retrouver sa place normale, ça sentait mauvais pour Bardet à cause du travail du futur employé du Britannique chez Sky. Etrangement, Aru n’était plus dans sa roue, pourtant Rosa roulait toujours, comme s’il anticipait l’exécution de son contrat qui ne doit débuter qu’en 2017… Quand il a arrêté ses c*nneries, un BMC s’est mis à la barre pour Porte. Au moment où l’Australien n’a plus eu personne pour l’aider, il a accéléré. Dan Martin a tenté y contre sans provoquer la réaction des Sky. C’est devenu assez fou, exactement ce qu’on aime.

Quelques dizaines de mètres plus haut, Rui Costa avait fini par craquer. Il restait 3 gros kilomètres, Bardet a trouvé un second souffle, la victoire d’étape lui devenait promise. Les autres leaders n’allaient pas plus vite que lui. Ils étaient tous dans le rouge et se marquaient à la culotte. Quand Porte a voulu contrer, Quintana (MOV) y est allé, ça s’est calmé, Porte a encore accéléré le train, Rodriguez a contré, ramenant le groupe sur Martin. Yates peinait à suivre, il a craqué, Mollema était loin, à l’agonie. Un Sky a alors voulu retrouver son rôle habituel, Froome est venu en tête pour lui parler et lui demander de calmer le jeu. Plus personne n’osait y allait, Yates a donc pu recoller. Porte – suivi par Quintana – a de nouveau essayé, les Sky ont voulu les faire rentrer dans le rang. C’est reparti par à-coups successifs, notamment d’Aru. Yates s’accrochait à un élastique qui ne demandait qu’à péter. Le spectacle était magique, jouissif, d’autant plus que grâce à ces atermoiements, l’avance de Bardet s’est de nouveau accrue. L’incapacité des Sky à imposer leur dictature a permis cette baston. D’où vient cette incapacité ? Des difficultés de Froome. Il ne pouvait aller plus vite. Jour sans ? Problèmes liés au fait d’être sur le vélo d’un autre ? Le fait est qu’il était en galère.

Quand Rui Costa a été repris, Aru a insisté, il en a remis une couche, Alejandro Valverde a joué son rôle d’équipier pour Quintana, Yates faisait toujours l’élastique, celui-ci a fini par claquer. Froome ne pouvait plus suivre, il a coincé, comme Porte ! Les dernières centaines de mètres extrêmement difficiles ont accentué les défaillances. On a vu Bardet arriver en pensant plus à fêter sa victoire qu’à gratter un maximum de secondes. Il a savouré, a levé le poing. Les 10 secondes de bonifications ont compensé le temps perdu ainsi.

Les différents leaders ont franchi la ligne au compte-gouttes. Rodriguez a emmené Valverde et Louis Meintjes (LAM), ce trio a fini à 23". Quintana a craqué au bout du bout et a lâché 3" supplémentaires. Juste après le Colombien sont arrivés Aru et Dan Martin (+28"). Frome peut encore remercier Poels qui lui a permis de franchir la ligne seulement 36" après le vainqueur. Porte a pris une claque, il est arrivé au ralenti à 53", 3 de mieux que Yates. Notons la bonne perf de Warren Barguil (TGA), qui a lâché beaucoup plus tard que d’habitude (14e à 1’17). C’est bien mieux que Kreuziger (TNK), relégué à près de 2’ de Bardet, et surtout que Mollema, qui a explosé en vol après ses chutes : 23e à 4’26 !

Au général, presque tout est chamboulé, hormis concernant la 1ère place. Froome a même augmenté son avance par rapport à son dauphin… car il a changé de dauphin. Le 2e et le 3e du classement général en début d’étape ont coincé. Bardet est passé du 5e au 2e rang à 4’11 (impossible à rattraper samedi sauf accident), Quintana est un 3e aux allures d’intrus tant son Tour est raté jusqu’ici, et il peut même ravir à Bardet la 2e place car 16" les séparent. Yates reste en embuscade à 4’46, Porte est 5e à 5’17, puis on trouve Aru et Valverde à respectivement 6’ et 6’20 de Froome, donc à 1’30 ou 2’ du podium. 8e et 9e à 7’02 et 7’10, Meintjes et Martin pourraient tenter quelque chose samedi. Mollema, j’y crois moins, il est retombé au 10e rang et a pris un trop gros coup au moral. Je vois même Rodriguez l’attaquer pour entrer dans le top 10. Kreuziger est 12e à 2’ du top 10, seul un coup parti de loin pourrait le replacer.

Voici ce que j’appelle une grande étape du Tour de France. ENFIN du cyclisme comme la France l’aime ! Que les leaders se disputent la victoire d’étape au sommet pour la première fois de cette édition n’est pas révélateur d’une chose : on a ENFIN eu droit à une vraie course. Il faut en remercier les Astana et les Katusha, s’ils n’avaient décidé de réagir suffisamment tôt pour donner au peloton une chance de reprendre les échappés, il se serait passé la même chose que d’habitude, à savoir… quasiment rien.

Autre raison de cette résurrection, la pluie. Le Ciel a aidé en humidifiant la descente dans laquelle le niveau technique, le degré de lucidité et la confiance en soi de chacun ont pu être testés. L’attaque du duo Cherel-Bardet a poussé les autres à la faute. Dans le cyclisme aseptisé dont on a souvent l’occasion de se plaindre (à chaque chute ou ennui mécanique tout le monde s’arrête si Froome le décide), quel plaisir d’assister à ça ! Provoquer des erreurs et des chutes en sortant les autres de leur zone de confort, c’est aussi du vélo !

L’opportunisme et la réactivité des AG2R sont aussi pour beaucoup dans la tournure prise par la course. Bardet nous a fait du cyclisme à l’ancienne, sans oreillette, en écoutant son instinct, en envoyant un éclaireur pour le récupérer un peu plus loin. On ne voit plus ça de nos jours. En réalité, Cherel – auteur d’un Tour médiocre jusqu’ici – a proposé à son pote de tenter le coup contre l’avis de son directeur sportif qui préférait que ses coureurs ne prennent aucun risque dans la descente. En outre, bien reconnaître le parcours, ça aide ! A défaut de renseignements concernant les écarts, Bardet savait parfaitement quoi faire dans l’ultime ascension, escaladée à son propre rythme. Sans doute pas au courant de l’implosion de Mollema, il avait une seule certitude : après cette étape, il ne lui en restait qu’une pour tenter de monter sur le podium ou gagner quelque chose. Il a donc joué sa carte à fond en se lançant sans retenue dans un grand numéro. Qui ne tente rien n’a rien, et parfois qui tente obtient. La récompense obtenue n’est que justice.

Désormais, il lui reste une étape à tenir. L’arrivée au terme d’une descente très difficile lui est favorable, pas assez pour espérer remporter le Tour, à moins que Froome n’aille au tas ou n’implose suite aux douleurs nées de sa chute du jour. Ce scénario est très hauteur improbable. Quintana et Yates restent très proches au classement, seul Yates semble capable de l’embêter dans une descente, mais pas assez pour lui reprendre plus de 30 secondes. Cette 2e place devrait tenir, sauf défaillance de Bardet ou grosse baston lancée de loin par… Par qui ? A vrai dire, je ne vois pas qui pourrait tenter et réussir une grande offensive lors de l’ultime étape de montagne. Quintana affiche ses limites jour après jour, Yates commence à coincer depuis 2 ou 3 jours, Porte et Aru se montrent ambitieux sans avoir les moyens de leurs ambitions. Surtout, le Français termine frais, c’est le plus fort du lot, peut-être même plus que Froome après cette chute (sur le podium, il portait une poche de glace au genou).

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Résumons.
Vainqueur d’étape : Bardet (ALM).
Jaune : Froome (SKY).
Vert : Sagan (TNK).
Pois : Majka (TNK).
Blanc : Yates (OBE).
Combatif du jour : Costa (LAM)… Je l’aurais donné à Bardet.

Allez, pour demain, vous me mettrez une petite victoire d’Alaphilippe.