Abandons : par dizaines (j’exagère à peine).

Que retiendra-t-on de cette course féminine, si ce n’est une hécatombe à partir du dernier virage avant d’entamer l’ultime tour sur le circuit des Champs-Elysées ? On a assisté à une série de chutes, notamment dans la descente, et pas de la petite chute, de véritables carambolages à pleine vitesse avec à chaque fois plusieurs filles restées au sol, certaines devant être évacuées en ambulance. Un vrai carnage ! Contrairement à l’an dernier où il pleuvait, les conditions ne semblaient pas particulièrement accidentogènes. La bonne nouvelle est que pour une fois Pauline Ferrand-Prevot a fini la course sans manger les pavés (contrairement aux 2 précédentes éditions). Audrey Cordon, l’autre sélectionnée française pour les JO n’a pas connu la même réussite. Espérons que ce soit superficiel.

La course s’est néanmoins terminée comme prévu, c’est-à-dire au sprint. La victoire est revenue à une Australienne, Chloe Hosking, devant une Finlandaise, Lotta Lepistö, et la célèbre Marianne Vos, pour qui Pauline a bossé pendant de nombreux kilomètres. A noter la 5e place de Roxane Fournier et la 6e de Pascale Jeuland.

Le cyclisme féminin, c'est aussi ça... :inlove:

  • ETAPE 21 : le Gorille des Champs.

Etape_21.jpg Chantilly à Paris Champs-Elysées, 113km.
Abandon : Tony Martin (EQS).

Le nombre de 174 coureurs classés à l’arrivée d’un Tour de France constitue un nouveau record. Ils étaient 175 avant l’abandon de Tony Martin, qui avait mal au genou. On n’a rien vu, c’est plus qu’étrange, il a arrêté dans les rues de Paris. Toujours est-il qu’après Dumoulin, un autre favori pour le titre olympique du contre-la-montre a quitté le Tour blessé.

Comme d’habitude, il a fallu se farcir une longue parade très chiante. C’est beaucoup mieux quand ça passe près de chez moi…

Les Sky ont laissé Joaquim Rodriguez (KAT) entrer le premier sur les Champs car il s’agissait de son dernier Tour (il termine 7e). Les premières attaques ont été immédiatement lancées. Du classique en somme. Direct Energie a lancé la chasse, fournissant probablement trop d’efforts trop tôt (même si un Lotto-Soudal et un Etixx-Quick Step ont aussi participé à la chasse). Le premier groupe de tête comprenait Mickaël Cherel (ALM), Jérémy Roy (FDJ) et Brice Feillu (FVC), mais aussi Marcus Burghardt (BMC), Lawson Craddock (CDT), Jan Barta (BOA), Daniel Teklehaimanot (DDD) et Rui Costa (LAM). Ils étaient 8 environ 20 secondes devant le peloton.

A un peu plus de 36km de l’arrivée, Marcel Kittel (EQS) a connu un problème mécanique très coûteux en temps. Il est reparti avec énormément de retard (environ 1’) et ne pouvait même plus compter sur l’aide de Tony Martin pour le ramener. Pour lui, remporter l’étape devenait impossible. Il était fou de colère, on l’a vu jeter sa roue, frapper sur son guidon… Personne ne l’a attendu, il a roulé seul derrière sa voiture… qui lui a permis de raccrocher la queue du peloton à 4 tours de l’arrivée (environ 28km). Un peu plus tard, Dan Martin (EQS) a subi le même sort que son sprinteur.

Entre-temps, Marcus Burghardt a été lâché sur souci matériel. Il restait plus de 32km et 25" de marge pour ce groupe désormais de 7, toujours chassé par Direct Energie. Cet écart s’est provisoirement réduit sous l’impulsion de l’équipe française relayée par un homme d’André Greipel (TLS).

A environ 20 bornes de l’arrivée, Wouter Peols et Luke Rowe (SKY) sont sortis à 2 du peloton pour rejoindre le groupe de tête. La contre-attaque de Tekhlehaimanot a duré pendant quelques minutes. Cherel et Alexey Lutsenko (AST), sortis du peloton, ont rejoint l’Erythréen. Le Kazakh a continué seul. Mais c’était peine perdue, il partait de trop loin. Malgré le renfort de Greg Van Avermaet (BMC), c’était cuit. La constitution de ce duo a encouragé encore un peu plus de mouvement. Les équipes de sprinteurs – toujours Direct Energie en tête – n’avaient aucun intention de laisser faire.

Alors que IAM mettait en route pour son sprinteur, celui-ci a crevé. Les Suisses ont néanmoins poursuivi leur effort. De nouvelles initiatives de l’autre côté de la route ont obligé les Direct Energie à réagir. Toutes les équipes de sprinteurs étaient désormais à l’avant, il ne restait plus que 5km, on tournait autour de l’Arc de Triomphe. Un IAM (Reto Hollenstein) s’est mangé une belle gamelle tout seul, ce qui a provoqué une petite cassure dans laquelle a été pris Chris Froome (SKY), le maillot jaune, qui naviguait en fin de peloton.

Poissard jusqu’au bout, Bryan Coquard (DEN) a subi une crevaison à 3,5km de l’arrivée, au moment de la chute… Sa première crevaison du Tour, après 3520km. Horrible pour le jeune Français qui espérait tant de cette étape après sa 2e place l’an dernier et avait fait bosser son équipe pendant 70 bornes !

André Greipel s’est imposé comme en 2015, sauvant son Tour complètement raté. Peter Sagan (TNK) a tenté de le remonter, c’était trop tard (il doit en être à une vingtaine de deuxièmes places sur le Tour depuis le début de sa carrière). Alexander Kristoff (KAT) avait lancé le sprint, il s’est pris un courant d’air allemand. Christophe Laporte (COF) a terminé 8e, c’est son 6e top 10 en 21 étapes. Si seulement il avait pu servir de lanceur à Nacer Bouhanni… Arf.

Froome a fini en parade avec ses hommes, tous bras dessus-bras dessous. On ne leur a pas décompté de temps même s’il ne s’agissait pas d’une perte de temps due à un problème mécanique ou une chute. Il est vrai que ça n’aurait rien changé, le Britannique aurait tout de même remporté son 3e Tour devant Romain Bardet (ALM) et Nairo Quintana (MOV).

Voici la fin de l’étape du jour.

Allons-y avec le palmarès. Commençons par les classements annexes.

Le maillot vert : Peter Sagan (TNK).
Son 5e en 5 participations. Il est imbattable grâce à sa capacité à être présent à l’arrivée des sprints massifs mais aussi des étapes pour baroudeurs et pour puncheurs, mais aussi d’aller chercher les points des sprints intermédiaires des étapes de montagne.

Le maillot à pois : Rafal Majka (TNK).
Les chutes et l’abandon de Contador ont libéré le Polonais. Il a pu attaquer dans quasiment toutes les étapes où il y avait de gros points à faire. Le retrait de Thibaut Pinot (FDJ) a privé le Tour du seul homme qui pouvait contester la victoire de Majka (qui n’a remporté aucune étape). C’est dommage, une belle baston pour ce maillot aurait pu animer les étapes. Les points sont doublés lors des arrivées au sommet, mais cette règle censée permettre aux leaders de jouer aussi le maillot est contre-productive dès lors que le peloton laisser les échappés se battre pour la victoire d’étape. Le nombre de coureurs susceptibles de le remporter se résume alors à quelques aventuriers récurrents, certains n’étant même pas de véritables grimpeurs à l’image de Thomas De Gendt (TLS).

Le maillot blanc : Adam Yates (OBE).
Yates est la petite surprise du Tour. Meintjes termine à seulement 2’16 (le suivant est à plus de 40’) mais n’a jamais réellement disputé le maillot au Britannique. Le problème de ce prix est d’être simplement un sous-classement effectué à partir d’un autre beaucoup plus important, il ne fait que très exceptionnellement l’objet d’une lutte réelle.

Le classement par équipes : Movistar.
8’14 devant Sky, 48’ devant BMC… En pratique, ça peut sauver le Tour d’une équipe mais tout le monde s’en fout. Si on a une fois de temps en temps un coup tactique pour essayer de faire un coup à ce classement en envoyant 3 gars dans l’échappée, c’est le bout du monde. On observe ce phénomène tous les 2 ou 3 ans lors de certaines étapes seulement et uniquement si plusieurs facteurs sont réunis, à savoir avoir un classement serré et qu’une équipe n’ait pas besoin de privilégier la défense d’une place au général individuel.

Le Super-combatif du Tour : Peter Sagan (TNK).
Le problème avec ces prix de la combativité est la subjectivité totale dans leur attribution. On ne comprend pas toujours, néanmoins il est très disputé. On a même compris en fin de Tour que si certains se battaient pour être tous les jours présents à l’avant, c’était plus dans l’espoir de remporter ce prix que dans le but de remporter l’étape. Au final, félicitons-nous qu’ait été récompensé celui qui a le plus animé le Tour en jouant tantôt la victoire d’étape, le maillot vert ou son rôle d’équipier. Sagan n’a pas cherché ce prix, il l’a obtenu.

Le classement général : Chris Froome (SKY).
Who else ? J’ai déjà suffisamment évoqué le classement général hier à l’issue de la 20e étape, je vous y renvoie.
Quelques remarques supplémentaires me semblent nécessaires.
-Bardet est le 3e Français sur le podium final du Tour lors des 3 dernières éditions. Auparavant, on a attendu 17 ans sans en voir un seul.
-Quintana a fini 3e en étant passé totalement à côté. Finir 3e en étant aussi transparent pendant 2 semaines relève de l’exploit.
-8e de l’épreuve, Meintjes est le premier coureur africain à finir dans le top 10 du Tour… si on excepte Froome, qui est kényan mais représente le Royaume-Uni depuis quelques années.

Le podium, ça vous dit ? On voit même Laura Flessel remettre le drapeau français à Teddy Riner avec interview des porte-drapeaux de l’EdF à Londres et à Rio.

Qui a réussi son Tour ?
-Froome et la Sky, c’est une évidence.
-Sagan (3 victoires d’étapes plus 5 podiums d’étapes, le maillot vert, le prix de Super-combatif, et ses premiers jours en jaune), et par extension Tinkoff, formation qui s’arrêtera à la fin de l’année mais aura obtenu 3 succès et 2 maillots distinctifs malgré l’abandon de Contador.
-Bardet mais pas vraiment AG2R, qui n’a pas su l’épauler suffisamment en montagne.
-Les coureurs britanniques, ils ont en effet décroché 7 victoires (Cavendish 4 et son premier maillot jaune, Froome 2, Cummings 1), le maillot jaune et le maillot blanc.
-Dimension Data s’en sort très bien (5 victoires) grâce à ses 2 Rosbifs.
-Tom Dumoulin (TGA) grâce à ses 2 succès… mais l’ensemble est terni par sa chute et sa blessure.
-Jarlinson Pantano (IAM), une fois victorieux, 2 fois 2e, qui s’est fait un nom.
-Ceux qui ont remporté une étape (Kittel, Griepel, Zakarin, I. Izagirre, De Gendt, Matthews, Van Avermaet) ainsi que Majka, 2e fois vainqueur du classement de la montagne et Yates (maillot blanc).

Qui a raté son Tour ?
-Les équipes françaises dont Direct Energie à cause d’un mélange d’insuffisance de puissance collective et de malchance de Coquard, FDJ à cause de l’état de santé de Pinot, Cofidis faute de pouvoir réorienter efficacement son plan de bataille suite au forfait de Bouhanni.
-Presque l’intégralité du peloton français car hormis Bardet, aucun n’a pu ou su tirer son épingle du jeu. Un gars comme Pierre Rolland (CDT) a été hyper malchanceux, Julian Alaphilippe a alterné poisse et erreurs tactiques, Warren Barguil (TGA) a probablement payé le grave accident de la circulation subi il y a quelques mois à l’entraînement, des garçons comme Tony Gallopin (TLS) étaient moins bien, les Chavanel et autres Voeckler arrivent au bout de l’aventure… Tout ceci est d’autant plus regrettable que dans l’ensemble, la saison réalisée jusqu’alors par les cyclistes français est remarquable.
-Les Italiens n’ont AUCUNE victoire. Les Espagnols en ont obtenu une de justesse.
-Quintana est 3e, il a remporté le classement par équipes avec Movistar, mais il est passé complètement à côté. Il est en train de se faire tatouer «loser» sur le front…
  -L’UCI, dont la lutte contre la tricherie mécanique a des allures de farce et dont les commissaires ont osé réécrire les règles à leur sauce lors de l’étape du Ventoux, ceci afin de protéger Froome.
-Les organisateurs, dont le parcours pensé pour préserver le suspense le plus longtemps possible s’est avéré avoir été mal pensé. Les arrivées en descente pour empêcher à Froome d’assommer tout le monde ont surtout provoqué un blocage de la course, personne n’osant bouger… sauf Froome. La multiplication des étapes très longues et sans surprise sur un parcours sans aucun intérêt destinées à se terminer par un sprint massif a marqué ce Tour du sceau de l’ennui.

Comment éviter de revoir un Tour aussi soporifique ? J’ai bien quelques pistes, dont certaines inspirées par des débats entendus par-ci par-là.

1. Avoir 1 coureur de moins par équipe, voire 2, et en contrepartie plus d’équipes. Ça permettrait d’avoir une meilleure répartition des hommes forts, certains gros équipiers deviendraient des leaders, il y aurait forcément plus de candidats au top 10 donc plus d’offensives car plus de monde obligé de tenter des coups, mais aussi moins d’hommes autour d’un leader comme Froome pour cadenasser la course. Sur le plat, les équipes de sprinteurs auraient moins de forces vives pour se contrôler les échappées. Christian Prudhomme y est favorable, peu de dirigeants de formations professionnelles le sont. Ce sera très difficile à imposer.

2. Remettre des bonifications en temps… pendant les étapes. Cette règle encouragerait peut-être les offensives de loin, des prises d’initiatives différentes de celles actuelles. Si vous avez besoin de reprendre 20 secondes à un adversaire pour gagner une place au général et qu’il y en a 10 à prendre au sommet de la 2e des 4 ascensions du jour, vous aurez tout intérêt à attaquer plutôt que d’attendre la fin d’étape où vos chances de gratter des secondes seront faibles.

3. Travailler sur un parcours qui permette d’ajouter beaucoup d’incertitude à la course. Le coup du contre-la-montre en côte en fin de Tour est excellent, seulement il faut pousser le concept en ajoutant pas mal de kilomètres et en le plaçant le dernier vendredi (mieux vaut réserver les week-ends pour des étapes en ligne) avec une ultime arrivée en altitude le lendemain. Se contenter d’attendre le plus tard possible pour bouger ne serait plus une tactique viable, plus personne ne pourrait se cacher et les chances de voir les plus forts monter sur le podium seraient accrues.

4. Organiser le dernier jour une poursuite avec départ en fonction du retard au général. Après le temps du 30e ou 40e, on lance tout le monde ensemble dans la vague (le peloton). Comme ça le premier qui passe la ligne remporte le Tour… OK, en pratique, ce serait compliqué à organiser, mais ça aurait de la gueule, non ? De plus, ça éviterait d’avoir un clm supplémentaire car en pratique cette épreuve mettrait déjà en exergue les qualités de rouleur de chacun, avec un vrai suspense supplémentaire et la possibilité d’assister à tout un tas de retournements de situation. Bien sûr, si les écarts sont minimes, il y aurait des stratégies, des alliances de circonstances pour rouler à 2 ou à 3 afin de rattraper le gars mieux classé qu’eux au général. En outre, le leader ne pourrait se contenter d’un écart minimal, il serait obligé de tenter de gagner un maximum de temps en prévision de cette ultime poursuite.

Christian, si tu me lis…

Le Tour est fini, il est temps de recharger les batteries pour les JO… Mais pas les batteries des moteurs électriques des vélos ! On n’en a trouvé aucune et perso, je n’ai pas vu la moindre performance d’allure inhumaine en 3 semaines. Le seul truc inhumain de ce Tour était de regarder toutes les étapes en entier sans s’endormir…

Pour finir, je vous propose le clip/rétro du Tour. Enjoy.




Les vidéos sont aussi sur Vimeo : fin de La Course féminine, fin de la 21e étape, podium final et le clip rétrospectif du Tour.