On a vu. Une démonstration. Mais surtout une démonstration de ce que veut faire le nouvel entraîneur parisien. Au-delà du résultat, les préceptes de jeu – dont on a déjà eu un bon aperçu lors de la tournée de préparation – me plaisent énormément. Ce que je détestais depuis plusieurs saisons semble avoir disparu en l’espace d’un demi-été. Alléluia !

La compo de départ était à la fois étrange par certains aspects et logique par d’autres. Il manquait beaucoup de monde (Thiago Silva, Marquinhos, Cavani, Rabiot, Krychowiak, Matuidi même s’il était sur le banc, etc.), d’où la présence sur le terrain de Benjamin Stambouli ou encore d’Hatem Ben Arfa, aligné en pointe. Emery a mis en place un véritable 4-2-3-1, son organisation préférée.

Trapp titulaire, c’est de malheureusement de la politique. Débuter avec Aurier, David Luiz et Kimpembe était de l’ordre de l’évidence. Sur le côté gauche, il a choisi Kurzawa, ce qui s’explique par ce qu’il demande à ses latéraux. Thiago Motta et Stambouli dans l’axe, il pouvait difficilement faire autrement. La ligne de 3 offensifs m’a beaucoup plu : Pastore en n°10, Di Maria à gauche (alléluia !!), Lucas à droite. N’étant pas fan des faux-pieds, je ne peux que m’en réjouir. Bernard Fa en pointe… C’est une idée assez étrange, mais à ce poste, il manque un véritable titulaire devant Cavani, alors sans l’Uruguayen… J’aurais bien aimé voir Augustin, je ne doute pas qu’il ait sa chance bientôt. Avec un avant-centre qui n’en est pas réellement un, l’équipe était dépourvue de référence offensive, ce qui modifiait les fondamentaux du 4-2-3-1 (il a eu beaucoup de mal à se positionner). On a néanmoins pu apprécier l’ensemble des grandes lignes du nouveau jeu parisien.

La désignation d’un arbitre autrichien pour officier s’explique sans doute par la volonté de la LFP de proposer un match de fous. L’arbitre s’appelle M. Harkam… On a assisté à une rencontre à sens unique. Si on excepte le début de match catastrophique de Trapp (dès la 4e minute un tir facile à bloquer repoussé droit sur Fékir, heureusement HJ, puis 4 dégagements au pied abominables avant la 12e minute), ça s’est remarquablement bien passé pour ce PSG très différent de celui de la saison passée.

La volonté des Parisiens de mettre du rythme et d’aller très vite vers l’avant avec des courses ou combinaisons a tout de suite sauté aux yeux. L’important n’est pas d’avoir le ballon mais de vite le récupérer pour enchaîner très rapidement vers le but adverse. Multiplier les passes dans son camp sans chercher à avancer est sans intérêt, car ces passes ont pour unique but de garder le ballon afin que les adversaires ne l’aient pas. N’en déplaise aux fans de Laurent Blanc, le football, ce n’est pas ça. Ce jeu lénifiant que j’ai passé mon temps à dénoncer est l’opposé de celui prôné par Emery, dont l’objectif est de marquer des buts.

Désormais, on ne perd pas de temps, on ne casse plus le rythme en multipliant les passes en arrière, on attaque dès que possible. La sortie de balle est très importante et se fait toujours proprement en passes courtes, néanmoins il y a 2 différences : d’une part on cherche à rendre le ballon exploitable sans attendre le replacement de la défense adverse, d’autre part on prend un peu moins de prise de risques. C’est moins jusqu’au-boutiste dans la mesure où si jouer long s’impose pour éloigner le danger, on n’hésite plus à le faire. Depuis 3 ans, on avait l’impression qu’encaisser un BALC en faisant n’importe quoi derrière était plus honorable que de dégager en tribune. Sirigu a d’ailleurs été voué aux gémonies parce qu’il n’était pas d’accord avec ce principe stupide.

Dans les grandes lignes, les idées de jeu qui transpirent de la prestation du PSG sont celles-ci :
-beaucoup d’engagement physique et de pressing pour récupérer le ballon,
-jeu rapide vers l’avant sans temporiser dès la récupération du ballon (dans tous les sports de ballon le jeu en transition est fondamental car il est beaucoup plus facile de prendre à défaut une équipe désorganisée défensivement car en configuration d’attaque que de devoir soi-même créer le déséquilibre alors qu’elle est en place) ;
-excellente utilisation de la profondeur (elle n’est plus seulement exploitée en dernier recours après 52 passes stériles entre défenseurs et milieux défensifs) grâce à des passes courtes comme des passes longues et surtout à beaucoup d’appels de joueurs lancés entre les lignes ;
-importance extrême donnée au jeu sur les côtés avec notamment des latéraux ayant le rôle d’ailiers, donc très avancés et souvent appelés à prendre la profondeur, ce qui fait reculer le n°6 en position de libéro alors que les défenseurs centraux s’écartent énormément (ce passage à 3 défenseurs centraux une fois en possession du ballon est une des caractéristiques du Barça depuis des années) ;
-récurrence des renversements de jeu pour créer des décalages sur les ailes (des tas d’occasions en ont résulté, dont 2 – voire 3 – converties en buts).

En appliquant ces principes de jeu face à une équipe aussi présomptueuse que l’OL, qui a voulu jouer haut en oubliant les bases (ni agressivité, ni concentration), le PSG s’est montré dangereux quasiment à chaque fois qu’il a attaqué. Ça allait beaucoup trop vite pour les Lyonnais car par rapport à ce que faisaient les Parisiens il y a encore quelques semaines, le nombre de touches de balle par joueur avant de la transmettre a aussi fondamentalement changé. Désormais, la norme est inférieure à 2 de moyenne. Dès lors que ces passes en 1 ou 2 touches sont réalisées avec confiance, maîtrise et précision (y compris dans le jeu long), c’est un cauchemar pour les adversaires.

Le PSG menait 4-0 à la 55e minute. Le score aurait pu être infiniment plus lourd avant la réduction de l’écart en toute fin de rencontre pour finir sur un 4-1 presque généreux pour l’OL.

9e : attaque rapide, Bernard Fa est trouvé dans l’axe, il peut renverser pour Kurzawa, totalement seul sur son aile, Rafael est à au moins 5 mètres et laisse donc centrer pour Pastore, libre au 2nd poteau pour une reprise du plat du pied (1-0 sur la 1ère occasion).
13e : super interception de Kimpembe dans sa surface, bonne sortie de balle rapide, Motta lance Di Maria parti en profondeur qui enchaîne sans contrôle une frappe du milieu du terrain assez tendue repoussée in extremis par Anthony Lopes, que l’Argentin avait vu avancé. En le lobant plus, le ballon finissait au fond.
14e : Cornet part en profondeur le long de la touche suite au dégagement de la tête d’un de ses coéquipiers, David Luiz défend mal, il le laisse centrer pour Lacazette mal marqué au 2nd poteau par Kurzawa. L’attaquant voir sa volée moyennement réussie frapper l’extérieur du poteau.
19e : touche côté gauche à 40m du but donnée – à tort – à Kurzawa après un bon pressing parisien, Kurzawa la joue vite (alors que Rafael est en train de contester) pour lancer Di Maria, auteur d’un appel tranchant sur la gauche. Ce dernier sert de suite Pastore parti en profondeur sur la gauche de la surface, centre au sol devant le but, Lucas vient du côté droit et se jette au 1er poteau au milieu de défenseurs assez peu réactifs, voire amorphes, et parvient à tacler le ballon dans le but (à moins que ce ne soit un csc, c’est assez difficile à dire). 3 occasions, 2 buts (2-0).
23e : Pastore récupère le ballon au milieu et renverse immédiatement pour Kurzawa d’une passe de l’extérieur du pied, talonnade dans la course pour Di Maria, encore lancé vers la surface lyonnaise, petit lob depuis la gauche de la surface… sur la barre.
31e : CF direct tiré plat du pied et flottant par David Luiz, le ballon retombe bien, Lopes repousse difficilement à cause du rebond.
34e : Stambouli renverse pour Kuzawa parti sur son aile près de la touche, il sert Di Maria sur le côté gauche de la surface d’une passe au sol, ce dernier centre pour Bernard Fa au point de penalty, contrôle et demi-volée du gauche en lucarne. Que du propre, 3-0.
43e : Pastore presse Lopes, qui au lieu de dégager sert un coéquipier pressé qui lui remet, le gardien rate alors totalement son dégagement en faisant une véritable passe à Di Maria qui s’emmène le ballon sur la gauche de la surface en l’éliminant, mais l’ancien du Real tente un centre devant le but au lieu d’un tir à angle fermé ou d’un service un peu en retrait vers Pastore, ce qui permet à Nkoulou de dégager à l’arrache.

Lacazette (mauvais et averti) est sorti à la mi-temps, remplacé par Valbuena. Sans effet.

48e : Lucas est lancé en direction du but par une lumineuse ouverture en profondeur de Pastore sur CF (un CF joué vite pour surprendre la défense), Morel couvre le Brésilien qui se présente seul face à Lopes mais manque son lob de volée, ce qui permet au gardien de capter le ballon.
50e : trouvé dans le dos de la défense en 2 touches par Di Maria, Pastore se retrouve dans une position improbable derrière la défense lyonnaise, qui a laissé 3 Parisiens totalement libre face à Lopes à cause du non-alignement de Rafael. Probablement surpris de ne pas être HJ, le génie argentin tente un petit lob près du gardien au lieu de finir plus facilement ou de faire une petite passe à Fa qui n’aurait eu qu’à pousser le ballon au fond… même le ballon finit sur le toit de la cage.
54e : Pastore joue vite un CF sur la ligne médiane en effectuant une transversale pour lancer directement Kurzawa en profondeur dans le dos de Rafael. Frappe croisée, but, trop facile (4-0).
62e : David Luiz adresse une longue ouverture très précise vers Di Maria encore parti en profondeur un peu sur la gauche, "El Fideo" résiste au défenseur et croise un peu trop sa frappe.
   87e : après avoir cadré 2 ou 3 tirs pas réellement dangereux, l’OL réduit l’écart au bout d’une longue action conclue par un renversement de Valbuena pour Jallet dont le centre de volée trouve la tête de Tolisso, qui semblait nettement HJ mais ne l’était pas (en réalité sur le même ligne que Maxwell et le ballon). Tolisso était tout seul, tête décroisée, but (4-1).

C’est du jeu très simple, pas pompeux, mais hyper efficace. On ne se regarde plus jouer, on joue ! Par contre, la défense de l’OL fait vraiment flipper. Entre les risques grotesques dans la relance, les alignements plus que foireux, le retard permanent, le manque d’attention et de réactivité, les fautes grossières (dont une de Yanga-Mbiwa qui aurait dû lui valoir un rouge direct au bout d’une demi-heure pour avoir volontairement et salement découpé Lucas, lequel s’était emmené le ballon de façon à l’éliminer et à se présenter seul face à Lopes), le manque de communication… Affligeant ! On n’en trouvait pas un pour rattraper l’autre ! C’est un problème de qualités individuelles. Nkoulou est hyper surcoté, Yanga-Mbiwa n’en parlons même pas, mais alors Rafael, c’est carrément incroyable. Si en attaque, il s’en sort à peu près quand il est face à un adversaire comme Kurzawa, derrière, j’ai rarement vu si faible. A contretemps en permanence, jamais placé correctement, aussi agressif qu’une sardine sur son barbecue. Jallet l’a remplacé à la 65e, je ne serais pas étonné qu’il retrouve bientôt sa place de titulaire. En réalité, dans les rangs lyonnais, hormis Cornet (et Jallet), personne n’a évité le naufrage. Bruno Génésio s’est complètement trompé en essayant d’appliquer la tactique qui fonctionnait contre l’ancien PSG. Son bloc beaucoup trop avancé a offert des espaces énormes aux Parisiens. Sa stratégie était suicidaire à moins d’avoir un quatuor de cadors en défense.

Côté PSG, Trapp s’est montré très inquiétant, j’espère qu’Emery le remettra vite à sa place (sur le banc). La défense centrale a été solide (malgré pas mal de petites erreurs de David Luiz), Kimpembe étant même franchement impressionnant. Sa progression en l’espace de quelques semaines est bluffante, il fait montre cet été d’une sérénité et d’une efficacité improbables. Depuis ses débuts professionnels on le voyait parfois prometteur, mais commettant souvent des erreurs. Il affichait la fiabilité d’un jeune à qui un prêt aurait fait beaucoup de bien. En ce moment, on dirait un taulier de 28 ans qui a 70 matchs de LdC et 60 sélections pour une grosse nation ! Aurier, qui a fini en défense centrale après le classique d’Emery, le double changement de latéraux (Maxwell à la place de Kurzawa, Meunier à celle d’Aurier mais en faisant sortir David Luiz), a été plutôt solide mais a manqué d’efficacité offensive. Il aurait certainement bénéficié de la présence d’un véritable avant-centre car trouver Ben Arfa était compliqué.

Le cas Kurzawa est particulier. On l’a énormément vu en attaque face à un courant d’air (Rafael) avec un très bon bilan (passeur décisif, buteur, impliqué sur pas mal d’actions). Seulement, derrière… C’est toujours aussi faible. Dans ce système, face à des équipes pas très fortes, ça passe, car d’autres vont souvent compenser. Contre des joueurs de très haut niveau, s’il faut défendre bas, je m’inquiète. On l’a plusieurs fois vu lâcher le marquage (dans le jeu à la 14e, sur CPA à la 33e), laisser son adversaire direct centrer dangereusement sans chercher à le gêner (41e, 65e), perdre des ballons très bêtement aux 25m (7e, 40e, heureusement que Kimpembe est venu faire le ménage dans la surface), mais aussi se faire mal en allant se cogner tout seul dans Cornet hors du jeu (71e), ou encore commettre une faute grossière juste avant de sortir.

Obliger de se plier aux consignes du nouvel entraîneur et privé de Verratti une grande partie de la rencontre, Thiago Motta a fait preuve de son vice habituel mais a dû beaucoup plus jouer vers l’avant qu’à ses habitudes, régulièrement avec succès. Je demande à voir ce que ça donnera contre des équipes plus rapides et plus agressives. J’ai trouvé Stambouli très intéressant, comme en préparation. Après une année en partie perdue à Tottenham et une de réadaptation en tant que remplaçant à Paris, peut-être le reverra-t-on bientôt à son meilleur niveau. L’école Patrice Evra en plus efficace devant…

Lucas s’est monté intéressant par moments – surtout en première période – grâce à ses accélérations et a même marqué un but. Dans l’ensemble, il a tout de même pâti de la comparaison avec Di Maria, son pendant à gauche. "El Fideo" n’a pas fait semblant. Particulièrement en jambes, très inspiré, il aurait pu être encore plus décisif. Sa prestation n’est pas bien payée avec une seule passe décisive. J’espère ne le voir que milieu offensif gauche cette saison, c’est DE LOIN dans ce rôle qu’il est le meilleur. A sa sortie (67e), Pastore a pris sa place à gauche et Verratti est passé n°10 (en version un peu moins offensive que l’homme du match). Je suis impatient de savoir s’il s’agit d’un choix purement conjoncturel ou si ça correspond à l’utilisation qu’Emery compte en faire.

Je ne pense pas le doute permis concernant Bernard Fa, perdu en pointe, même s’il a marqué. Pas vraiment dans le rythme des autres, il a peiné à se positionner, a souvent péché par manque de simplicité et de spontanéité (sauf sur son but), s’est trompé sans ses choix.

Je termine par le meilleur : Javier Pastore. Son premier match officiel avec le n°10 s’est soldé par un but et 2 passes décisives. Pas seulement… Il a été énormissime dans tous les domaines. Marquer, faire marquer, créer, descendre pour aller chercher le ballon, accélérer et orienter le jeu, être présent du départ à l’arrivée des actions en passant par la construction, presser, revenir défendre… Il a TOUT fait sans compter ses efforts. Hormis le lob manqué à la 50e, il n’y a quasiment rien à jeter. Hormis sporadiquement, il n’a pu occuper pour de bon son rôle naturel de n°10 depuis le départ de Kombouaré.

Cette saison commence déjà à me plaire !