Il faut féliciter le patron du meeting car il lui a fallu faire face à beaucoup de soucis. Le sponsor principal des dernières saisons s’étant désengagé, ce qui sauf revirement de situation signifie que l’an prochain au lieu du Stade de France il faudra se contenter de Charléty pour ce qui redevient de facto le "Meeting de Paris". Ça fait beaucoup moins d’argent pour faire venir les têtes d’affiche susceptibles de remplir les tribunes. Surtout, en raison de l’Euro, le stade n’était pas libre début juillet, date habituelle de la réunion, si bien qu’il a fallu trouver une autre date. Difficile de faire venir le public en août – qui plus est en pleine canicule – une semaine après la fin des JO et une semaine avant la rentrée scolaire. Les organisateurs ont eu trop peu de temps pour communiquer efficacement sur la présence des médaillés, il était impossible de faire venir les groupes qui seraient venus début juillet en fin de saison sportive et d’année scolaire, et énormément de spectateurs potentiels n’étaient simplement pas dans la région ou à peine rentrés. Avoir grosso modo 30000 personnes au stade est loin d’être ridicule à ce moment de la saison, même si à l’écran, on a tendance à retenir les tribunes à moitié vides plus qu’à moitié pleines.

Les conditions très chaudes étaient favorables à toutes les disciplines d’explosivité et de sprint. En principe, c’est plus problématique pour le demi-fond, mais pour ces disciplines le gros souci potentiel est le vent. Or il n’y en avait pas du tout. Tout le monde avait donc l’opportunité d’être performant, sauf si la fatigue due au voyage retour depuis le Brésil ou le manque de compétition pendant la période des JO produisaient ses effets.

Le meeting a débuté très fort avec le lancer du poids masculin. Ryan Crouser, le champion olympique, a été battu d’1 cm par Tom Walsh (22m00, record continental et du meeting), bronzé à Rio. Frédéric Dagée, un jeune Français dont le record est juste sous les 20m, a terminé dernier (17m70).

Mélina Robert-Michon a mené le concours du lancer du disque (64m24 au 4e essai) avant de se faire doubler par Sandra Perkovic (66m80 au 4e puis 67m62 pour finir). Notre vice-championne olympique a aussi amélioré au dernier jet (64m36). On a eu exactement le même podium qu’à Rio. Pauline Pousse disputait aussi le concours, elle en a pris la 8e place (56m65) en confirmant ses difficultés récurrentes après un très bon début de saison.

Le triple saut masculin manquait de têtes d’affiche. On a eu droit à un concours de niveau super décevant, bien inférieur à un championnat de France. Chris Carter a gagné avec une marque à 16m92, Benjamin Compaoré a terminé 6e (16m59), Harold Correa 9e (16m36), ils n’ont eu que 3 essais chacun.

Le 400m haies mettait notamment en confrontation 4 finalistes des Jeux olympiques dont le champion et le bronzé. Le Kenyan Nicholas Bett a 48"01 est venu doubler tout ce monde en finissant fort sur le plat. Kerron Clement (le médaillé d’or) a pris la 2e place, une bonne opération concernant la diamond race. Quant à Mamadou Kassé Hanne, il a fini 7e en 49"46.  

Le 400m féminin était un peu moins relevé. Floria Gueï et Marie Gayot étaient opposées à 3 finalistes (4e, 6e et 7e) mais aucune médaillée olympique (hors relais). Natasha Hastings et Stephenie Ann McPherson ont pris de l’avance rapidement et couru au coude à coude avant que la Jamaïcaine ne craque dans les derniers mètres. La 4e des JO a gagné en 50"06. Gueï a pris la 5e place en 51"16 (dans ses temps habituels de la saison), Gayot a eu beaucoup plus de mal, elle a fini dernière en plus de 53".

    Le 800m masculin réunissait un super plateau malgré l’absence de Rudisha et du Ricain surprise de la finale olympique. Les 6 autres finalistes étaient présents ainsi que 2 des 3 premiers piégés en tiers de finale, sans oublier l’excédent de Kenyans (aux JO, ils ne pouvaient être plus de 3). Outre Pierre-Ambroise Bosse, un autre Français participait à cette course à 12, Samir Dahmani.

Le lièvre est parti loin devant tout le monde, passant en 50"07 à mi-course, mais a continué jusqu’aux 600m alors que Boris Berian s’est arrêté à la cloche. Bosse est resté placé assez idéalement alors qu’Ayanleh Souleiman menait ce qu’on peut qualifier d’attaque par l’avant. Ils ont craqué. Ça allait très vite (il y a eu 3 PB et 4 SB dans cette course), il fallait être très fort pour tenir et monstrueux pour résister à la remontée improbable d’Alfred Kipketer. Battre son record cette façon… Wahou  ! 1’42"87, c’est du très haut niveau. Avec son très très gros finish – il a doublé tout le monde dans la dernière ligne droite – il a fait la misère à Taoufik Makhloufi, 2e en moins de 1’43 (et très très très très en forme depuis quelques temps). Jonathan Kitilit et Ferguson Rotich ont suivi. Ce dernier est toujours en tête de la diamond race et possède 6pts d’avance sur PAB. Le trublion coureur – dans pas mal de sens du terme – a fini 6e (1’43"58) mais espère profiter de la finale (ou les points sont doublés) pour griller le Kenyan fan de Manchester United (Ferguson, ça vient de là). La bonne surprise est venue de Dahmani, certes 9e derrière les 2 Polonais, mais qui a explosé son record : 1’44"07 ! Quasiment 1" ½ de moins qu’à Monaco ! 

Pour l’interview, PAB a ramené son chat devenu une superstar sur internet depuis qu’il lui s’est adressé à lui en direct à la télé quelques minutes après la finale olympique… Ce mec est fou !

Il faisait un peu chaud pour un 3000m steeple féminin. Ophélie Claude-Boxberger a été invitée, mais tous les yeux n’étaient tournés que vers une jeune femme titrée aux JO en dominant largement la concurrence. On attendait d’elle quelque chose qui n’était encore jamais arrivé au Stade de France : un record du monde.

Ruth Jebet a fini par battre… pardon, pulvériser ce record. Elle l’avait déjà approché de près à Eugene puis à Rio, celle fois, elle a tout fait péter : 8’52"78, soit 6"03 de moins que celui que détenait une Russe très louche depuis 8 ans ! Cette discipline est encore jeune chez les femmes, donc il n’est pas étonnant que ce record ait été battu, mais 6 secondes, c’est énorme. Officiellement, la Kényane naturalisée par le Bahreïn a 19 ans (il s’agit donc aussi d’un record du monde U20). Sans surprise, de nombreux PB, SB et même un autre record d’Océanie ont été battus lors de cette course. La Française n’a pas terminé.

Le 200m féminin promettait avec Dafne Schippers – large favorite – contre Marie-Josée Ta Lou. Malheureusement l’Ivoirienne s’est blessée après un mauvais départ. La Batave a facilement dominé cette course sans vent (22"13). Desiree Henry a battu son record pour prendre la 2e place (22"46). Brigitte Ntiamoah n’a pas profité de son couloir (le 1), elle a fini bien après tout le monde (23"69).    

Faith Kipyegon a mangé Genzebe Dibaba à Rio en finale du 1500m, cette fois elle a été surprise par Laura Muir, auteur d’une super performance (3’55"22, record du meeting, de Grande-Bretagne, et surtout MPM). La championne olympique a pris la 2e place. Là aussi, on a eu 7 records personnels et 3 records de la saison. Le demi-fond était vraiment à la fête lors de cette soirée !

Il n’y avait pas que des courses, on a aussi assisté à des concours. La qualité n’a pas toujours été au rendez-vous, mais en saut à la perche, les spectateurs en ont eu pour leur argent !

Pouvoir retrouver le public français a fait beaucoup de bien à Renaud Lavillenie. Il avait à cœur de remporter le concours malgré la fatigue accumulée au Brésil (a fortiori avec l’agitation qui a suivi son concours), dans l’avion pour rentrer mardi à Paris, puis celui pour aller à Lausanne, puis le concours en Suisse jeudi et le retour à Paris. Son entrée à 5m61 s’est bien passée, comme son 2e saut (5m71). Stanley Joseph était déjà éliminé depuis un moment (il n’a sauté que 5m36).

Malgré des échecs précoces, Sam Kendricks – vainqueur à Lausanne – a pris la tête du concours en franchissant 5m81 au premier essai. Clairement dans le dur physiquement, Lavillenie manquait de vitesse, néanmoins il s’est dépouillé pour passer au 3e essai – avec de la marge – afin de rester en vie dans ce concours auquel il tenait vraiment (sa famille et M. Pokora étaient venus y assister). On a vraiment vu un super duel avec énormément de sportivité. Le Français est allé au bout de lui-même pour franchir 5m87 au 2e essai alors que Kendricks, qui avait manqué ses 2 premières tentatives, l’encourageait au moment de sa prise d’élan. L’Américain n’a pu renverser une nouvelle fois la vapeur. Lavillenie a donc remporté le concours. Pour le public, il a essayé de sauter plus haut après s’être mis des poches de glaces pour récupérer du mieux possible dans cette chaleur harassante. Contre toute attente, il a effacé 5m93 du premier coup (en touchant). La barre à 6m00 était trop haute pour ses moyens du jour. Pourtant il a bien cru réussir son 2e essai, la barre a hésité avant de choir. Il est sur le point de remporter la Diamond League pour la 7e fois en 7 éditions. Bien entendu, personne n’a fait mieux, les suivants vont la remporter pour la 5e fois.

Le saut en longueur féminin a été bien plus vite plié. Incapable d’enchaîner après son titre olympique, Tianna Bartoletta s’est encore complètement ratée, comme à Lausanne : un seul essai validé, 6m28… Ce serait mauvais en heptathlon ! Lors de ce concours, on a revu Eloyse Lesueur. Malheureusement, elle se cherche toujours depuis son retour de blessure. 6e avec 6m38 et donc seulement 3 sauts. Je ne sais pas si ça va beaucoup l’aider à retrouver son niveau. Pendant ce temps, Ivana Spanovic a seulement eu besoin d’un saut mesuré (le 2e) pour remporter le concours (6m90). Elle avait de la marge au point d’avoir pu se retirer après cet essai.

Autre concours, le saut en hauteur féminin. Invitée, Marine Vallet n’a pu s’élever à plus d’1m75. Elle n’a donc pas réellement été en confrontation avec les meilleures, dont Ruth Beitia, médaillée d’or à Rio, qui a gagné en franchissant la barre à 1m98 (égalant son SB) avant de tenter d’établir une nouvelle MPM à 2m02. Sans succès.

Kevin Mayer a évidemment pris la dernière place du lancer du javelot. Malade, il a dû se contenter de 60m11… contre 65m04 aux JO lors de son décathlon. En réalité, il a surtout participé pour le tour d’honneur ! Champion olympique de la spécialité, Thomas Röhler a terminé 3e assez loin du vainqueur, le Tchèque Jakub Vadlejch (88m02, PB).

Retour sur la piste.

Le 100m haies pouvait nous offrir une nouvelle perf de très très haut niveau. Sandra Gomis et Cindy Billaud couraient aux 2 extrémités, Kendra Harrison était au milieu 2 jours après avoir retrouvé la compétition après l’interruption pour cause de non-qualification aux JO. Quand elle court, on ne voit qu’elle. La concurrence a encore pris une fessée (12"44, +0.2m/s). Quel dommage qu’elle ait manqué Rio ! Elle espérait faire mieux mais n’a pas réussi la course parfaite avec quelques haies touchées. Elle se sent capable d’améliorer son record du monde et même de casser la barrière des 12"… Il y a encore quelques semaines, personne n’aurait pris au sérieux cette ambition. Désormais, difficile de lui rire au nez.
  Billaud a pris la 6e place (13"02), Gomis la dernière (13"18).   

Faute de 3000m steeple, Mahiedine Mekhissi-Benabbad et Yoann Kowal ont participé au 3000m plat en compagnie de… Bouabdellah Tahri. Sans surprise, on n’a pas vu les Français à l’avant parmi les spécialistes. Abdelaati Iguider pensait gagner mais Yomif Kejelcha a comblé l’écart pour exploser la MPM en 7’28"19, une énorme perf de plus (qui est aussi un record du monde U20). Le Marocain a tout de même battu son PB en 7’30, comme beaucoup d’autres participants à la course. Kowal s’est accroché comme il a pu et a eu du mal à terminer (7’45 et quelques), MMB a fini en footing car il était cuit (il galère à récupérer du décalage horaire et a très peu dormi ces derniers jours), Bob a abandonné.

Le meeting se terminait par le 100m auquel aurait dû participer Christophe Lemaitre, mais, malade, le médaillé de bronze du 200m olympique a déclaré forfait. Jimmy Vicaut restait en lice face à quelques bons clients tous à sa portée quand il est en forme. Churandy Martina devait être le client le plus sérieux après son gros coup à Lausanne sur le demi-tour de piste. Un an et quelques semaines après avoir égalé le record d’Europe sur cette piste, Jimmy n’espérait pas réellement claquer une nouvelle perf pour un peu oublier sa déception relative de Rio, mais son mauvais départ n’a pas été suivi d’une course de qualité. Il manquait de jus. Ben Youssef Méïté a gagné en 9"96 (record national égalé), Jimmy a fini 5e en 10"12… et a donc décidé d’arrêter sa saison.

Pour la plupart des Français il reste quelques beaux meetings d’athlétisme (Zürich, Bruxelles mais aussi Berlin) et le DécaNations, voire Talence pour les épreuves combinées. Jusqu’ici, j’ai réussi à traiter toutes les Diamond League de la saison. Si l’IAAF a quelques diams en trop, elle a le droit de m’en envoyer quelques-uns pour me remercier… (^^)



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : lancer du disque F, 400m haies H, 400m F, 800m H, l’itw de PAB avec son chat, 3000m steeple F, 200m F, 1500m F, saut à la perche H, 100m haies, 3000m H et 100m H.