Notons que dans le pré-meeting, Mickaël-Meba Zeze a pris la 2e place d’un 200m U23 en 20"88 (+0.1m/s). Je le signale car cette soirée manquait terriblement de Français. A priori, ils devaient être… 3.

Au saut en longueur féminin, la championne olympique a encore été nulle, comme à Lausanne et à Paris. Tianna Bartoletta en est restée à 6m51 alors que les 2 autres médaillées de Rio ont bataillé pour la victoire Brittney Reese l’a emporté (6m95 au 4e essai) devant Ivana Spanovic (6m93), facile vainqueur de la diamond race. La Serbe a été battue en finale aux JO, pourtant elle a réussi une saison assez hallucinante de régularité en multipliant les sauts à plus de 6m90. A Rio, ses 7m08 n’ont pas suffi, elle était dégoûtée de ne prendre que le bronze. La longueur féminine est actuellement dans une période faste. Dommage qu’Eloyse Lesueur n’ait pu monter dans le train à cause de la blessure au genou subie l’an dernier et dont elle tente toujours de se remettre.

Le concours du lancer du disque féminin a connu le même dénouement qu’aux JO et qu’au meeting de Paris : victoire de Sandra Perkovic (68m44 au dernier jet mais n’importe laquelle de ses 4 marques lui offrait la victoire) devant Mélina Robert-Michon (63m91 au 5e essai) et Denia Caballero (62m89 au 2e). Evidemment, le classement de la diamond race est le même. 80pts pour la Croate (grand chelem), 28 pour sa dauphine. La Française aurait un meilleur total si elle avait fait la tournée des meetings au lieu de faire l’impasse sur certains pour mieux préparer Rio. Son choix s’est avéré fort pertinent.

Comme prévu, Ruth Beitia a remporté à la fois le concours de saut en hauteur et le classement final de la discipline (avec beaucoup de marge). Mais sincèrement, 1m96 pour remporter facilement une épreuve de Diamond League, c’est flippant ! Le niveau de la hauteur féminine est bidon actuellement ! MPM à 2m01, que 2 sauts réussis à 2 mètres cette saison, c’est du jamais vu au XXIe siècle ! Comment l’expliquer ? C’est assez simple… Depuis quelques années, les Russes dominaient et tiraient tout le monde vers le haut. Seulement on sait désormais que certaines étaient chargées et toutes ont été écartées des compétitions cette saison. S’y ajoutent les soucis physiques connus par Vlasic au cours de sa carrière. Des filles capables de sauter tous les ans des barres à plus de 2m04 (jusqu’à 2m07, voire 2m08) et de s’attaquer au record du monde, il n’y en a plus. Mais entre 1m94 et 2m04, n’existe-t-il pas un juste milieu ? Au très haut niveau international ça devrait tout le temps se jouer à 2m00.

Par contre, au lancer du poids, on retrouve des perfs du passé. C’est même plutôt inquiétant de mon point de vue. Tom Walsh a amélioré de 20cm le record d’Océanie établi samedi dernier au Stade de France. Ses 22m20 lui ont permis de s’imposer devant Ryan Crouser (22m00) et Joe Kovacks (21m20), soit le podium olympique dans le désordre. Le Néo-Zélandais a par la même occasion fait un casse à la joaillerie en chopant les diamants au grand dam des Américains.

Malgré sa victoire à Oslo, Hagos Gebrihwet n’avait en principe aucune chance de remporter la diamond race sur le 5000m[1] car Muktar Edris et Yomif Kejelcha disposaient d’une avance trop confortable (Mo Farah a manifestement d’autres objectifs, il n’est pas venu, ses apparitions en Diamond League ont été sur des distances toujours différentes, du 1500m au 10000m, pas toujours des épreuves dans le programme DL). Vainqueur à Shanghai et à Eugene, Edris partait avec un capital de 30pts, il lui suffisait presque de gérer. Seulement, il a explosé en vol, comme Kejelcha dans une légèrement moindre mesure, et n’a donc pu que constater les dégâts au terme d’une course étrange, longtemps très tactique pour les cadors qui ont laissé partir un trio super loin devant (on y retrouvait les lièvres et Evan Jager, le spécialiste du steeple) en continuant à s’observer pour n’accélérer qu’à environ 500m de l’arrivée, ce qui a suffi à combler les 70m de retard sur Jager, qui a fini 3e. Gebrhiwet est parti comme une balle et a gagné juste sous les 13’15, soit environ 27"5 plus lentement que son record (mais avec un dernier tour en environ 55"), alors que ses compatriotes, déjà auteurs de performances sous les 12’55 au cours de leur carrière, ont sombré. Edris a fini 10e en 13’23, Kejelcha – auteur d’un record du monde juniors du 3000m samedi à Paris – a mis 3 grosses secondes de moins, mais ça ne l’a classé que 7e. Ils n’ont donc pris aucun point, contrairement à Gebrihwet, dont le 2nd succès de la saison a rapporté gros : 20pts et les diamants (finalement 35pts contre 30 à Edris).

Dès lors qu’elle se présentait au départ, rien ne pouvait priver Dafne Schippers de la victoire finale en diamond race sur 200m. Elle restait en effet sur 3 succès à Oslo (en 21"93, alors record de la DL), à Londres puis à Paris. Seule Tori Bowie est parvenue à la battre… à l’exception des JO. D’habitude, quand la Batave part bien, il est impossible de la vaincre. Or cette fois, son départ a été excellent, son virage tout autant, elle jouissait d’une avance non négligeable à la sortie du virage, pourtant Elaine Thompson, déjà son bourreau à Rio… est venue la sauter sur la ligne et même lui piquer son record de la Diamond League, s’imposant en 21"85 (+0.2m/s), 1 centième devant elle (sur la photo-finish la différence est assez nette, ça se joue au cassé). Allyson Felix est la seule à avoir pu à peu près suivre le rythme, elle est 3e en 22"02, la 4e est à une grosse demi-seconde du duo de tête.

A choisir, Schippers aurait très certainement échangé ses diamants contre quelques grammes d’or. Elle a pris de l’argent aux JO, de l’argent sur les meetings, mais l’argent ne fait pas son bonheur…

Le 1500m féminin est une des épreuves les plus relevées de l’athlétisme féminin actuel. Peut-être est-ce la conséquence du record du monde battu l’an dernier par Genzebe Dibaba à Monaco, un record qu’on croyait impossible à établir tant le précédent était douteux. Cette saison, on a très peu vu l’Ethiopienne en meetings, au contraire de Faith Kipyegon, qui a commencé par la totale à Shanghai (record national, MPM et record du meeting), puis a recommencé à Eugene, a ensuite établi la MPM sur le Mile à Oslo (ça comptait pour la diamond race du 1500m). Elle jouissait donc d’une très confortable avance au classement, 30pts contre seulement 8 pour Laura Muir, 2e à Oslo et 5e à Stockholm, où Kipyegon n’a pas fait le déplacement. La Kenyane n’a pas non plus fait le déplacement à Londres, où Muir a établi un record de Grande-Bretagne (et du meeting'') avant de répéter la chose à Paris la semaine passée en battant la MPM de Kipyegon (2e), qui, entre-temps, a décroché le titre aux JO (Muir se loupant en finale, 7e).

Avant cette finale, Kipyegon menait 36pts à 28. Il lui fallait en principe faire du marquage individuel sur Muir obligée de l’emporter si la championne olympique ne passait pas complètement à côté de sa course. C’est parti vite comme prévu avec la Britannique 2e dans la foulée du lièvre et la Kenyane en 3e position, mais une concurrente est venue se placer à la corde et a commencé à balader la championne olympique. Quand la hase s’est écartée, Muir a voulu prendre en charge le train. Etrangement, son adversaire directe a choisi de ne pas la laisser faire et a attaqué pour mener. Il restait 500m, c’était un peu présomptueux. Pour que ça fonctionne, il fallait qu’elle prenne le large, seulement Muir s’est accrochée comme 5 autres filles. Il y a alors eu grosse baston dans la dernière ligne droite, la Britannique a été grillée sur la ligne par Shannon Rowbury (3’57"78) et ne s’imaginait sans doute pas que Kipyegon était restée collée au tartan en fin de course. 12 points pour la 2e place contre 0 pour la 7e (il me semble que terminer 5e suffisait à Kipyegon pour conserver la tête de la diamond race grâce à ses 3 succès à 2). Résultat final, Muir a remporté le classement avec 40pts contre 36. Un dénouement assez fou.

Malgré un énorme faux-départ sur 400m (c’est rare), Hudson-Smith a été autorisé à courir… il s’est blessé. Bralton Taplin est revenu comme une balle sur LaShawn Merritt mais l’Américain est parvenu à résister au Grenadin pour remporter la course (44"64) et officialiser sa domination sur la course aux diams. 50pts (4 victoires en 4 participations)… Seul Van Niekerk pouvait sérieusement espérer l’empêcher de remporter la diamond race mais il n’est pas venu (il a remporté les deux 400m de DL auxquels il a pris par cette saison). Dommage de ne pas assister aux meilleures confrontations possibles…

Le 800m mètres plus ou moins féminin offrait un gros pseudo-suspense avec seulement 2 points d’avance pour Caster Semenya sur Francine Niyonsaba. Il n’y a pas eu photo, Semenya a résisté facilement à l’attaque, le trio attendu a pris le large, 1’56"44 pour Semenya, Niyonsaba 2e, Wambui 3e, soit le podium olympique. J’ai mal pour l’athlé en voyant ça… 10 sous les 2’, mais 3 totalement hors de portées des concurrentes biologiquement femmes.

Kendra Harrison avait déjà l’assurance de remporter la diamond race du 100m haies, il lui suffisait de s’aligner à Zürich pour rendre la chose officielle et d’assurer sa qualification pour les prochains championnats du monde. Mine de rien, elle a tout gagné cette saison sauf… les trials US, ce qui a eu pour effet de la priver des JO et du titre olympique qui lui était promis. Pour une fois, elle a eu beaucoup de mal à se détacher mais ne s’est pas désunie, ce qui lui a permis de l’emporter en 12"63, une perf très modeste la concernant, bien loin du record du monde établi à Londres.

La curiosité du 100m masculin était la présence d’Omar McLeod, le champion olympique du 110m haies. Son seul autre 100m de la saison s’est soldé par un 9"99 qui faisait de lui le premier hurdleur à être passé sous les 10" au 100m et sous les 13" sur 110m haies. En fait, je me demande si la réelle curiosité n’était pas plutôt que Ben Youssef Meïté soit en tête de la diamond race… Cette saison, les cadors n’ont pas joué le jeu. Gatlin a remporté les 2 premières courses puis a disparu. Ils étaient 24 à avoir pris au moins un point (donc à avoir fini dans le top 6 d’une des courses prises en compte), dont des mecs totalement improbables devant leur place à la faiblesse du plateau de certaines réunions. Asafa Powell était peu en vue avant cette fin de saison (victoire à Lausanne mais hors DL), il a remporté une nouvelle course sous les 10" (9"94, +0.4) et en a même profité pour remporter les pierres avec seulement 26pts, un total minable (jusqu’ici, il n’avait que les 6 points d’une 2e place à Eugene). Meïté a dû se contenter de la 3e place à la photo, ce qui le fait finir avec 24 unités. La prime s’est envolée parce qu’il n’a pas cassé sur la ligne. Est-ce un syndrome ivoirien ? Marie-Josée Ta Lou a loupé une médaille olympique pour avoir commis la même erreur… Il est urgent que l’IAAF réagisse. On n’a par exemple pas vu Bolt une seule fois sur 100m cette saison en Diamond League !

Kerron Clement et Javier Culson se disputaient la victoire finale sur 400m haies. Les 50 derniers mètres du champion olympique lui ont permis de griller 3 adversaires et de faire coup double (le chrono est très moyen, 48"72). Il a terminé très fort alors que d’autres craquaient, dont le Portoricain.

La discipline la plus décevante de l’année ? Le triple saut masculin. Hormis la finale des JO, un peu sortie du lot même si en réalité il n’y a pas eu de suspense, il ne s’est rien passé de la saison. Christian Taylor étant privé de Teddy Tamgho et de Pedro Pablo Pichardo, blessés, il n’avait personne pour le pousser dans ses retranchements. Cette fois encore il a gagné (17m80 au 5e essai avec la planche absolument parfaite, un atterrissage à environ 18m20 mais ça semble avoir trainé derrière, le coude semble-t-il, d’où pas mal de centimètres perdus et un simple record du meeting), ça n’a pas fait un pli, Troy Doris a fini par atteindre les 17m (17m01 au 6e essai) mais par rapport aux combats à plus de 18m auxquels on assistait ces 2 ou 3 dernières années, finir la saison avec une MPM à 17m86 est bien moisi. En 2015, cette MPM n’aurait pas figuré dans le top 10 de la saison (et difficilement dans le top 25 ou 30 en prenant en compte les grands sauts dans les concours de folie terminés à plus de 17m95).

Battue par Hyvin Kiyeng à Eugene et absente à Oslo (puis Londres), Ruth Jebet possédait seulement 4 unités d’avance à la diamond race du 3000m steeple, qu’elle domine outrageusement avec notamment ce record du monde atomisé la semaine passée au Stade de France. Elle ne pouvait reproduire cet exploit en l’espace de quelques jours mais a tout de même facilement remporté cette finale en gagnant (9’07"00, record du meeting) en mettant plus de 3 secondes à Kiyeng et plus de 10 à la 3e. Il n’a donc pas eu photo. Lors de l’élection de l’athlète de l’année, elle ne devrait pas être loin.

Ihab Abdelrahman a été pris par la patrouille cette année. Avant l’annonce de sa suspension provisoire, il a remporté 2 des 4 premières étapes de la Diamond League au lancer du javelot. On lui a laissé les 25 points acquis ce qui a de fait coûté à ses adversaires, en particulier Thomas Röhler, qui en cas de déclassement de l’Egyptien aurait pris 2 points de plus à Eugene et 4 de plus à Stockholm alors que Jakub Vadlejch, vainqueur des 2 derniers meetings (Londres et Paris) n’aurait pris que 2 points supplémentaires (1 à Eugene, 1 à Oslo). L’Allemand aurait ainsi été vainqueur de 3 épreuves et on se serait retrouvé dans une situation encore plus folle. Röhler a pris la tête de cette finale dès le 1er jet (86m56), mais Vadlejch l’a doublé au 4e (87m28). L’Allemand n’est pas parvenu à reprendre la main et s’est finalement retrouvé planté : 50pts pour Vadlejch, 46 pour Röhler. En rectifiant les totaux si on avait effacé les résultats du tricheur, ça faisait 52 pour le Tchèque, 52 pour l’Allemand, 3 victoires chacun. Aurait-on départagé les 2 hommes en favorisant la victoire lors de la finale ?

La conclusion de cette soirée était un 4x100m féminin avec pas mal de stars. Les Jamaïcaines ‘font Thompson et Campbell-Brown) ont largement dominé la concurrence (41"65). Les Etats-Unis avaient une très grosse équipe, mais Allyson Felix a encore manqué son passage de témoin… Y’a pas eu gêne cette fois ? Non, mais une blessure où une crampe (elle a tout de même fini pour que l’équipe puisse terminer).

Ce n’est pas tout, car j’ai décidé de conserver le meilleur pour la fin. Le concours de saut à la perche offrait une revanche des JO avec les 3 médaillés de Rio.

Stanley Joseph s’est fait éliminer dès la barre à 5m62, il a passé 5m52, soit son niveau de la 2nde moitié de la saison après avoir été très bon jusqu’aux ChF. Un peu dans le même cas (bon il y a quelques mois mais dans le dur depuis, Shawn Barber a quant à lui carrément déclaré forfait, il ne figure donc pas au classement final de la diamond race.

Passé au 2e essai à 5m62 et 5m84, Renaud Lavillenie était alors en 2e position entre Sam Kendricks (3e essai à 5m78 mais premier à 5m84) et Thiago Braz (5m84 au 3e essai avant de se retirer, il avait déjà sauté 7 fois). Le Français semble avoir changé de perche pour son 1er essai à 5m90.

Kendricks a encore renforcé sa position en passant le premier à 5m90 (2e essai) en effleurant la barre. Lavillenie lui a immédiatement répondu pour encore améliorer la qualité de ce concours. Ayant chacun franchi la dernière barre au 2e essai et manqué autant de sauts précédemment (2), les 2 hommes étaient à égalité en tête du concours.

Ensuite, plutôt que de tenter 5m96, ils ont tous les 2 fait l’impasse pour s’attaquer à une barre à 6m01. Sans succès. Ils ont chacun remporté le meeting ex-aequo.

Même s’il compte 3 victoires en Diamond League cette saison, Kendricks a été battu par le Français au classement final (72pts à 50), plus régulier (5 victoires, 2 fois 2e). Lavillenie est le seul athlète lauréat 7 fois de la diamond race… en 7 éditions. Malheureusement, ça s’est moins bien passé en championnats cet été.

Et voici le podium des vainqueurs de la diamond race.

Vendredi prochain à Bruxelles, 2nde partie des finales. Pierre-Ambroise Bosse tentera de décrocher les diamants sur 800m. Pour en faire un collier pour son chat ?



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : lancer du disque F, 5000m H, 200m F, 1500m F, 400m H, 800m + ou - F, 100m haies, 100m H, triple saut H, 4x100m F, saut à la perche H et podium final de la diamond race.

Note

[1] A Paris il s’agissait d’un 3000m mais il était comptabilisé avec le 5000m.