Les supporters français qui ont traversé la frontière en ont aussi eu pour leur argent, car 11 athlètes tricolores étaient engagés. Le premier en lice était Samir Dahmani, engagé dans un 800m B dans le pré-programme. Il en a pris la 2e place en 1’45"90 derrière un Kenyan.

Commençons par des concours qui ont débuté assez tôt. Piotr Malachowski a confirmé son statut de patron de la diamond race du lancer du disque. A l’image de Valerie Adams, le Polonais s’est fait battre mais à tout de même obtenu le bibelot (et la prime de 40000$). Le vainqueur du jouer est le Suédois Daniel Stähl.

Pas de surprise au triple saut féminin, Caterine Ibargüen (14m66) a encore gagné, comme à chaque fois cette saison… hormis à Birmingham. 76 points sur 80 au maximum, c’est plutôt correct, non ? Seule Sandra Perkovic a fait mieux (80pts au disque).

Eilidh Doyle (ex-Eilidh Child) était la favorite pour remporter la diamond race du 400m haies, malheureusement pour elle Cassandra Tate a fait un casse en remportant la course tout en battant son record de la saison. Seulement 5e, la Britannique a été doublée par l’Américaine dans la course à la prime (50pts contre 40).

Ce n’était pas non plus joué d’avance concernant le 100m féminin, Dafne Schippers avait encore une chance d’aller chercher Elaine Thompson. Encore fallait-il pouvoir la battre. Pourtant 2e avec un chrono loin d’être ridicule (10"97, +0.6m/s) et nettement devant les autres, la Batave a pris une bran-bran. La double championne olympique de Rio a encore outrageusement dominé en égalant le record du meeting (10"72). N’a-t-il pas été réalisé par Marion Jones ? C’est "marrant", elle me fait penser à l’Américaine déchue…

Floria Gueï a disputé le 400m que je n’aurais jamais voulu voir. Caster Semenya a fait 300m de footing, quasiment avec le frein à main, avant d’accélérer et de manger tout le monde jusqu’à s’imposer en 50"40 en doublant tout le monde dans les dernier mètres. Exploser son record perso en courant 100m sur 400… 3e à la photo, Stephenie Ann McPherson (39pts contre 32 pour Natasha Hastings, seulement 5e de la course) n’aurait jamais remporté la diamond race si Semenya n’avait pas disputé que le 800m cette saison dans les grands meetings (et au JO).
Dans le dur en cette fin de saison, Floria a fini 8e sur 9 en 52"01.  

En l’absence d’Omar McLeod, qui avait pourtant encore mathématiquement un coup à jouer, la logique voulait qu’Orlando Ortega – assuré de remporter la diamond race – remporte le 110m haies devant 2 ou 3 des 4 Français au départ. Dimitri Bascou, Pascal Martinot-Largarde, Wilhem Belocian et Aurel Manga ont sans surprise été dominés par l’ancien Cubain. Ce dernier a dû sortir le grand jeu pour dominer PML sur la fin de la course. Le néo-Espagnol vice-champion olympique s’est imposé en 13"08 devant le recordman de France (13"12, SB), le recordman du monde juniors (13"32) et le champion d’Europe (13"37 en ayant coupé avant la fin peut-être à cause de la douleur à la cuisse dont il avait senti les prémices il y a quelques jours). Manga a pris la dernière place en 13"64.  

Il était très peu probable qu’Almaz Ayana se fasse piquer la victoire finale du 5000m, elle disposait d’une avance très confortable sur Hellen Obiri. La Kenyane s’est accrochée aussi longtemps que possible… jusqu’au moment inévitable où la nouvelle recordwoman du monde du 10000m est partie seule pour battre le record du meeting (14’18"89). Derrière, énormément de filles ont battu leur chrono de référence, on a même eu un record d’Amérique (Shannon Rowbury). 
A noter que pendant cette course on a vu un truc improbable, le Chinois Gao Xinglong (sauteur en longueur) trainait sur la piste et a gêné sciemment le 2 ou 3e peloton. Le gars se fait percuter par des concurrentes, il ne réagit même pas en sautant du côté de la lice où il n’aurait jeté personne… Assez honteux, non ?

Elijah Manangoi et Asbel Kiprop n’étaient séparés que par 6pts au classement de la diamond race du 1500m. Les lièvres ont fait leur travail, Taoufik Makhloufi les suivait, Kiprop est resté en 5 ou 6e position jusqu’à environ 130m de l’arrivée. Son accélération n’a pas suffi pour déborder Timothy Cheruiyot (3’31"34, PB) et Abdelaati Iguider, mais comme Manangoi a fini très très loin (10e), celle nouvelle défaite du grand Kenyan longtemps imbattable ne lui a posé aucun souci.

Même sans Bolt ni Ricain, le 200m masculin avait plutôt de la gueule. Alonso Edward ne pouvait être rejoint à la diamond race. Hormis Hortelano (absent suite à un accident de la circulation), les meilleurs Européens étaient tous présents, dont Christophe Lemaitre. Auteur d’un mauvais virage, le Français n’a jamais pu remonter, il a fini 4e (20"16). La victoire est revenue à l’autre non-Européen de la course, Julian Forte (19"97, +0.8m/s), vainqueur d’Adam Gemili à la photo-finish…. Ils ont terminé dans le même centième, chacun en battant son record personnel. Décidemment, Gemili et les photos… Churandy Martina a pris la 3e place, 1 centième derrière…

Le plateau du 3000m steeple masculin pouvait difficilement être plus relevé. Côté français, on retrouvait Yoann Kowal et Mahiedine Mekhissi-Benabbad, respectivement 5e et 3e aux JO et déjà sur le podium des ChE. L’homme de tête s’est ramassé à plus de 4 tours de l’arrivée en tentant de franchir une barrière. Le duo Conseslus Kipruto-Evan Jager a alors pris le large sans être suivis. Les Français sont restés très calmes dans le peloton, MMB a accéléré progressivement pour tenter de revenir sur le 3e alors qu’à l’avant le duo se livrait à une belle baston. Auteur de plusieurs attaques infructueuses, Jager s’est trouvé incapable de doubler le Kenyan solidement accroché à la corde. Kipruto a gagné (8’03"74) avec une marge très réduite sur l’Américain (8’04"01, SB). MMB a fini par obtenir ce qu’il cherchait, la 3e place. Il a très bien géré son effort, comme en témoigne le chrono (8’08"15, SB). Le podium de la course est donc le même qu’aux JO. Yoann Kowal a terminé 8e (8’16"21).
Evidemment, Kipruto a remporté la diamond race, c’était déjà certain avant la course.

La course la plus attendue de l’année – j’exagère à peine – était le 800m masculin. Pierre-Ambroise Bosse y jouait la victoire finale en diamond race contre Ferguson Rotich et espérait bien devenir le 4e athlète français a décrocher ce trophée après Teddy Tamgho, Pascal Martinot-Lagarde et bien sûr Renaud Lavillenie.

PAB s’est rabattu dans le peloton, à la corde, assez loin de la tête, avec son adversaire principal juste derrière lui. Voyant qu’une petite porte s’ouvrait à la corde, le Français a tenté de l’emprunté juste avant la cloche. Malheureusement, il a été coupé dans son élan car ça s’est refermé avant qu’il ne passe. Il a donc accéléré pour rien et a dépensé de l’énergie pour rien. Il a alors tenté de s’accrocher, s’est battu jusqu’au bout mais décidément, rien n’allait. Tactiquement, il a raté son coup, contrairement à Adam Kszczot, vainqueur de la course (1’44"36). Seulement 6e (même si dans le gros paquet, à moins de 3 dixièmes du Polonais), PAB repart une main devant, une main derrière. Il risque même de se faire engueuler par son chat. Le trophée est reparti dans la valide de Rotich.

La soirée se terminait par un 400m spécial Borlée. Les 3 frères étaient tous au départ. Aucun n’a gagné, ils ont terminé 2, 3 et 4e derrière Lugelin Santos. Mame-Ibra Anne a pris la 6e place (45"96). 

Parmi les épreuves spéciales pour le public belge, il faut évidemment citer le saut en hauteur féminin. Nafissatou Thiam, championne olympique de l’heptathlon en passant 1m98 à la hauteur (ce qui lui aurait fait décrocher le jackpot en finale de l’épreuve individuelle), a remporté ce petit concours à 6 concurrentes en franchissant la barre à 1m93.     Parallèlement se tenait un autre concours de la hauteur, celui-ci comptant pour la diamond race. Erik Kynard a dominé Mutaz Essa Barshim aux essais (2m32 pour les 3 premiers) et lui a au passage piqué le trophée en forme de diamant.

C’est allé beaucoup plus haut au saut à la perche féminin, où Sandi Morris a réussi une énorme performance : 5m00 (MPM, record national, du meeting et de la Diamond League) au terme d’un concours improbable. Entrée à 4m52 avec un échec, puis elle est passée au 2e essai, a enchaîné 4m58 et 4m64. Elle a conservé la tête du concours en étant la seule à sauter 4m70 avec succès, mais Stefanidi s’est installée à la première place grâce à une réussite immédiate à 4m76. Ayant échoué, Morris a fait l’impasse. Ensuite… De la folie : 4m82 au 1er essai, 4m88 aussi, 4m94 également, et 5m00 au 2e. Elle a franchi 7 barres sur un total de 12 essais avant d’en rajouter 3 en tentant le record du monde (5m07). Elle a dû finir épuisée.

Si c’est allé très haut à la perche, c’est allé très loin au saut en longueur masculin. Luvo Manyonga, qui ne comptait aucun point à la diamond race, a sauté 4 fois à plus de 8m20 : 8m24, 8m26, 8m28 et… 8m48 au 5e essai (PB). Le vice-champion olympique sud-africain (et champion du monde juniors 2010) a une histoire très particulière puisqu’en 2012 il a été sanction pour dopage suite à un contrôle positif en compétition. Pour sa défense, il a reconnu être devenu accroc à une drogue qui circule dans son township, une sorte de cristal de méthamphétamine. Il a complètement disparu des radars pendant 4 ans et n’a repris l’entraînement à temps plein qu’il y a 1 an. Et le gars sort des perfs folles depuis son retour à la compétition en mars. Comment ne pas se poser de questions ?
Pour info, Fabrice Lapierre a remporté le prix en prenant la 2e place.

La Diamond League reviendra l’an dernier, en attendant il reste quelques meetings, les vacances, puis la saison hivernale en salle et l’an prochain une grosse saison nous attend encore avec les ChM à Londres.



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