Indépendamment du score, cette rencontre a été un véritable régal. Si Rémy Vercoutre s’était montré plus efficace, plus en réussite ou mieux inspiré et avait encaissé seulement 3 buts au lieu de 6, hormis la différence de but, ça n’aurait rien changé. Le plaisir est venu du jeu, des intentions. La maîtrise parisienne n’a pas été totale et permanente, les Normands ont été dangereux plusieurs fois, principalement avec une tête de peu à côté de Damien Da Silva après un corner à la 9e et une autre d’Ivan Santini reprenant un très bon centre rentrant. Seul à 8m du but, le Croate n’a pu tromper Alphonse Aréola, auteur d’une super parade (75e). Les Caennais ont beaucoup tiré au but (13 fois mais une seule tentative cadrée), beaucoup centré, obtenu des CPA, pourtant le PSG a très nettement dominé, il ne s’est jamais fait très peur malgré quelques erreurs et moments chauds. L’efficacité offensive l’explique (ouverture du score dès la 12e minute, break réussi à la 23e), l’attitude l’explique plus encore. Quand on déploie un jeu porté sur l’attaque, on accepte forcément de parfois concéder ces situations, de subir des contres. On comprend aussi aisément qu’une équipe fessée à domicile puisse réagir et obtenir quelques temps forts. Reste à savoir endiguer ces vagues, bien défendre pendant ces moments plus difficiles pour les rendre anecdotiques. Les Parisiens ont fait le métier derrière, laissant très peu d’opportunités aux Caennais de centrer ou tirer librement. Evidemment, la démonstration a surtout été offensive.

Ne nous y trompons pas, le PSG n’a pas joué un football débridé, délirant ou désordonné. On est très loin du «hourra football», de l’attaque à tout va. Il s’agit au contraire de quelque-chose de très construit (souvent en partant de derrière avec une relance propre), de très pensé, avec des séquences de circulations du ballon parfois assez longue, seulement elles ont un objectif, celui de permettre la création de décalages, généralement sur les côtés, d’où sont venu plusieurs buts lors de cette rencontre avec d’ailleurs à la clé des passes décisives de Maxwell et de Thomas Meunier. Au lieu de possession pour la possession, on a vu de la possession pour travailler le bloc adverse. Rares ont été les passes inutiles loin du but à atteindre servant uniquement à priver l’autre formation de ballon. Surtout, il y avait beaucoup plus de rythme, plus de prise de risque dans les passes (nettement plus souvent vers l’avant que d’habitude). Quitte à perdre la gonfle, autant avoir essayé d’en faire quelque chose, non ? C’est ainsi qu’Adrien Rabiot a été omniprésent à la place habituellement occupée par Verratti. Ce choix d’Emery a eu énormément d’impact. Rabiot apporte une capacité à changer le rythme, à franchir des lignes ou encore à mettre de l’intensité que l’Italien ne montre que trop sporadiquement. Rabiot est un véritable milieu relayeur moderne, il sait se transformer en 6 et en 10 selon les situations. Quand il joue son jeu à lui au lieu de copier Verratti ou Thiago Motta, il est énorme. Or depuis le début de la saison on le voit de moins en moins souvent tomber dans ce travers d’imitation de ses coéquipiers italiens, il s’épanouit de nouveau en tant que Rabiot, ne fait plus la diva, ne se contente plus – sauf exceptions – de jouer à la baballe. Ça change tout. Avec la bonne attitude, présent pour les autres dans un jeu porté vers l’avant, il atteindra les sommets.

Rabiot est le symbole du jeu pratiqué par le PSG contre Caen, de l’esprit insufflé par l’entraîneur basque : on attaque jusqu’au bout, on ne gère pas en se contentant du minimum. C’est d’autant plus appréciable que cette rencontre était la 3e d’un enchaînement complètement dingue avec matchs le vendredi (réception de Sainté au retour de la trêve internationale), le mardi (Ligue des Champions contre Arsenal), le vendredi, puis de nouveau le mardi (Dijon viendra au Parc) et encore le vendredi (déplacement à Toulouse) avant d’avoir 4 jours pleins – alléluia ! – pour préparer le déplacement en Bulgarie.

Cette fois, pas question de se reposer à 2-0. Tout le monde était décidé à se faire plaisir, notamment un homme clé de la seconde période, Jean-Kévin Augustin, entré à la 61e minute à la place d’Angel Di Maria. Il a enfin eu sa chance et a parfaitement su la saisir, permettant ainsi d’entretenir l’allant offensif jusqu’au coup de sifflet final. A l’arrivée, 20 frappes dont 8 cadrées, des buts de près, des buts sur des frappes de loin, un penalty obtenu par Lucas grâce à une accélération individuelle (37e). Varié, construit (5 passes décisives sur 5 buts dans le jeu), créatif, avec de très bons enchaînements, mais surtout avec du mouvement, des courses, des appels, une bonne utilisation de la profondeur comme de la largeur, un bon pressing haut permettant de vite récupérer le ballon et d’enchaîner (par exemple dans le cas du péno, Lucas a lui-même intercepté le ballon, est parti au but, Syam Ben Youssef a commis la faute en tentant de rectifier son erreur)… Vous en aviez rêvé, le PSG l’a fait. Désormais, il faudra reproduire ce football maîtrisé. Depuis l’apparition des statistiques à tout va, on a tendance à nous parler de maîtrise quand une équipe fait 800 passes dans un match, même s’il s’agit de 90% de passes à 2 mètres dans son camp. La maîtrise, ce n’est absolument pas ça, c’est savoir rester serein en permanence, ne pas tomber dans la précipitation, et surtout être très bon dans la gestion du tempo, varier de façon pertinente entre les phases de temporisation et les accélérations, le tout avec beaucoup de justesse technique. Si en prime vous parvenez à maintenir une pression permanente sur l’équipe adverse en ne lui offrant presque jamais de répit, vous avez déjà bien avancé sur le chemin qui mène à la victoire.

Sans Bernard Fa (pas retenu dans le groupe), Aurier (au repos à cause de sa cheville) ni Kurzawa, Emery a choisi de confirmer certains joueur en équipe première. Aréola est donc resté le gardien, Krychowiak le n°6, Rabiot et Matuidi sont restés dans l’équipe première, tout comme les 3 joueurs offensifs. Le onze de départ avait belle allure malgré la présence de stars sur le banc : Aréola – Meunier, Marquinhos, Kimpembe, Maxwell – Rabiot, Krychowiak, Matuidi (C) - Lucas, Cavani, Di Maria. Sur le banc on trouvait Trapp, Thiago Silva, Motta, Verratti, Pastore, Augustin, et Jesé. J’aurais voulu voir Javier jouer mais je me suis contenté de cette révolution consistant à avoir 3 titulaires formés au club et de finir avec 4 Titis ensemble sur le terrain, chose rare depuis quelques années.

Les occasions parisiennes n’ont pas manqué, Cavani en a eu 2 (4e, 10e) avant d’en convertir une première (12e). Il a profité au 2nd poteau d’un bon mouvement côté gauche (Di Maria lance Maxwell qui centre), Lucas a manqué la reprise au premier poteau, la reprise du gauche de Cavani n’était pas forcément de grande qualité, il a eu de la réussite (poteau rentrant). Matuidi a ensuite réclamé un péno pour une double main évidente non sifflée par M. Turpin (16e), une question d’interprétation, le geste semblant plus maladroit qu’intentionnel. Il n’a pas hésité à sanctionner Ben Youssef (péno et jaune) pour la faute sur Lucas, trop rapide pour lui. Cavani a tiré croisé au sol juste assez fort pour battre Vercoutre, parti du bon côté (23e). Le ballon a été volé sur l’engagement, Rabiot a fini par une frappe cadrée (24e), l’arrêt était facile, contrairement à la parade sur une mine de Lucas concluant une démonstration collective et individuelle (30e). Di Maria a bien failli alourdir le score en attrapant la lucarne opposée sur un enroulé du gauche, c’est passé tout près (31e). Un défenseur a retardé l’échéance en repoussant devant sa ligne un lob de Lucas (34e), mais personne n’a rien pu faire pour empêcher le triplé de Cavani concluant sensiblement la même action que pour le premier but mais en coupant cette fois au 1er poteau sur le centre de Maxwell (38e). L’Uruguayen n’a pas manqué l’opportunité de réaliser un quadruplé lors du temps additionnel (46e) en surprenant les défenseurs pour finir en une touche de balle une action construite en une touche (super déviation de Lucas – assez chanceuse – suivie par Meunier qui sent Cavani sans contrôle).

Cavani a donc mis 4 buts en 34’ (après avoir manqué ses 2 premières occasions, il est vrai pas très faciles à convertir), tous sans contrôle. Il a bien terminé le travail de ses collègues. C’est ce qu’on lui demande. Perso, j’aurais préféré un doublé contre Caen après un doublé contre Arsenal plutôt que de le voir – presque – tout rater contre les Gunners avant de réussir ce carnage à Caen. Une petite alerte musculaire a conduit à sa sortie à la mi-temps par précaution, Jesé l’a suppléé avec de la bonne volonté mais sans réussite. L’Espagnol manque de repères et de rythme.

Patrice Garande a tenté de relancer son équipe en effectuant 2 changements avant la reprise du jeu, ça n’a rien changé même si le PSG s’est montré moins dangereux pendant un temps en raison de la difficulté à trouver Jesé, Caen offrant aussi un peu plus de répondant. L’entrée d’Augustin a fait énormément de bien car il y avait de nouveau un véritable avant-centre capable d’utiliser la profondeur comme de décrocher pour aller jouer en appui ou aller gratter des ballons. Jesé a eu beaucoup moins de mal à gauche.

JKA s’est vite signalé avec une super action en solo conclue par une frappe contrée in extremis (64e), Meunier a à peine trop croisé sa frappe sur un service en profondeur de Rabiot (66e), Lucas a marqué le 5e d’un tir lointain sur une remise d’Augustin (67e). Vercoutre a pu le détourner sans le repousser. Dans la foulée, Motta a remplacé Matuidi en même temps que le dernier changement caennais. Lors de ces 20 grosses minutes, on a vu un truc totalement fou et impensable : Motta a couru, il est même allé presser le gardien adverse. Les vertus de la concurrence ?

Jesé a manqué de peu le cadre sur un service d’un Augustin très altruiste car il aurait pu conclure lui-même une super action collective (69e). Le meilleur buteur du dernier Euro U19 a été récompensé en marquant au moment où Caen tentait de sauver l’honneur. Un nouvel enchaînement très rapide suite à une récupération de balle lui a en effet permis de planter le 6e. Ce but doit beaucoup à Rabiot, auteur d’une super remontée de balle avec un une-deux avant de la glisser à con confère Titi (tout en se prenant un coup). Un contrôle, une mine de loin avec un effet un peu extérieur, JKA a inscrit là le 2e but de sa carrière en L1, son 1er de la saison pour sa première apparition avec les pros (78e). Il s’en est fallu de peu qu’il n’inscrive ensuite le 6e sur un centre de Lucas (83e). Le PSG a continué à attaquer dès que possible, mais avec moins de réussite. On en est donc resté là, à 6-0 pour les visiteurs. Le nouveau maillot blanc a bien été étrenné.

On a vu ce qu’est le foot selon Emery, ça va vite vers l’avant, ça utilise bien les côtés, on continue à attaquer tout le temps, on presse fort, on ose beaucoup de choses, donc frapper de loin, etc. J’en redemande !

Aréola : hormis une sortie dans le vide sur un centre dégagé devant lui par un défenseur dont il n’avait pas prévu l’intervention, il a été excellent, que ce soit sur les sorties aérienne, le jeu au pied et bien sûr en réussissant une grosse parade la seule fois où Caen a cadré.
Maxwell : à 70 ans il sera toujours capable de délivrer des centres parfaits, ses montées sont systématiquement d’une pertinence et d’une efficacité remarquables. C’est d’autant plus le cas quand il est peu inquiété derrière comme lors de cette soirée.
Meunier : pas mal du tout, mieux défensivement que lors de ses précédentes sorties, intéressant offensivement avec notamment une passe décisive à la clé.
Marquinhos : solide et discret, on l’a peu vu.
Kimpembe : aussi très propre dans l’ensemble, même s’il a commis quelques fautes et pris un jaune évitable en commettant une boulette de déconcentration. Erreur de jeunesse.
Krychowiak : 2e titularisation consécutive, il s’est bien fondu dans le collectif, l’intégration se fait enfin.
Matuidi : toujours hyper actif notamment dans le pressing, sans pourtant être très en vue offensivement par rapport à ses habitudes. Il a pris quelques coups.
Rabiot : énorme, il a joué 6, 8 et 10, a fini avec une passe décisive, ça aurait pu faire beaucoup plus dans il étant tranchant et inspiré. Il a survolé la rencontre de tout son talent.
Lucas : très bon match, très actif et beaucoup plus efficace que d’habitude, il a fini par marquer après avoir obtenu un péno, a été impliqué sur le 4e but, s’est procuré de grosses occasions, en a procuré aux autres. Je me demandais ce qu’il pouvait donner en travaillant avec un véritable entraîneur compétent, je ne suis pas déçu du tout, il progresse à vue d’œil depuis la reprise.
Di Maria : certes à l’origine de 2 buts et de plusieurs grosses occasions, mais je l’ai trouvé un peu brouillon.
Cavani : enfin efficace ! Et bien sûr, toujours en devant finir en 1 touche. C’est la différence que je fais entre un buteur et un attaquant, le premier est là pour finir en 1 ou 2 touche(s) de balle, l’attaquant a besoin de beaucoup plus toucher le ballon (aussi dans la construction).

Augustin : ou l’art de savoir se faire remarquer. On lui a donné une demi-heure de jeu, une passe décisive et un but, un bilan qui aurait même pu être doublé. Des déplacements très intelligents, de la puissance, de la vitesse, du travail défensif… Difficile de mieux réussir son entrée !
Jesé : beaucoup de mal à se mettre dans le rythme et à se comprendre avec ses coéquipiers, mieux une fois passé à gauche, mais en mal d’efficacité.
Motta : on l’a vu courir ! Perdre sa place, ça donne ça…

Prochain match dès mardi contre Dijon, j’espère voir un Javier Pastore titulaire avec pourquoi pas Augustin. Et pourquoi pas une nouvelle partie de plaisir à la clé ?



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : 1ère période et 2nde période.