Il s’agissait d’un duel de gaucher pour le ceinture WBO des poids lourds-légers entre un Polonais, le tenant du titre, et un Ukrainien, le challenger. Le combat était organisé à Gdansk, dans une salle manifestement moderne remplie de 10000 supporters dont sans doute pas mal de célébrités locale. Commençons par les présentations.

D’un côté le local, Krzysztof Glowacki (30 ans), vainqueur de l’Allemand Marco Huck[1] l’an dernier au terme d’un duel épique (TKO au 11e) organisé dans le New Jersey. Il y est retourné en avril pour défendre son titre, conservé grâce à une victoire aux points. Auparavant, il avait toujours combattu à domicile – et toujours gagné – mais jamais avec une telle pression. Un championnat du monde à domicile quand 10000 personnes viennent vous soutenir, c’est autre chose. Jusqu’ici invaincu (26-0-0, 16 succès avant la limite), il faisait face à un véritable défi, son adversaire étant tout sauf un faire-valoir.

Oleksandr Usyk (29 ans) a presque un gabarit de poids lourd (beaucoup plus grand que Glowacki, avec une allonge supérieure, alors que les derniers adversaires du Polonais étaient bâtis comme ce dernier)… même si à côté de Klitschko, son promoteur, il a l’air d’un petit garçon. S’il ne comptait que 9 combats professionnels (9 victoires avant la limite en n’allant jamais au-delà du 9e round), il a décroché une ceinture intercontinentale dès son 5e. Surtout, il a derrière lui une expérience exceptionnelle dans les rangs amateurs : 317 combats, un titre mondial (2011), un titre olympique (2012), puis 8 matchs (8 victoires) en WSB entre son titre olympique et son passage chez les professionnels en novembre 2013. Chez les pros il s’agissait de son premier main event et seulement de sa 2e sortie hors d’Ukraine. Pour lui aussi on peut parler de gros défi, surtout qu’il n’avait pas boxé depuis décembre 2015 car son combat prévu en avril a dû être annulé, il était blessé.

Devant un public particulièrement supporter de son champion et plutôt hostile avec son adversaire, les 2 hommes ont envoyé du pâté. C’est resté super propre, l’arbitre n’a grosso modo rien eu à faire. Glowacki a rapidement été coupé à l’œil (2e), ce qui a offert à Usyk une cible sur laquelle il n’a pas hésité à frapper pour aggraver la blessure. Très bon techniquement, en particulier dans les déplacements, l’Ukrainien a impressionné. Dominateur en début de combat, il a aussi extrêmement bien fini. N’ayant jamais dépassé disputé une 10e reprise, on pouvait douter de sa capacité à tenir le choc jusqu’au bout, surtout contre un gars habitué à terminer très fort. S’il est allé au tapis en début de 12e round sans être compté (l’arbitre a estimé qu’il était tombé seul et non sur un coup, donc qu’il ne s’agissait pas d’un knock-down), ce qui a revigoré le public et les 2 boxeurs, Usyk a enchaîné derrière avec une sacrée classe, des enchaînements et une puissance de très haut niveau.

Il a fallu un moment pour avoir la décision. Un juge a vu beaucoup trop large en donnant 119-109, je suis d’accord avec les 2 autres (117-111). Usyk a été sacré champion du monde pro dès son 10e combat, chose rare, surtout en allant chercher le titre à l’extérieur. Il a de belles années devant lui dans une catégorie ne manque pas de très bons boxeurs… Il y a de quoi se régaler !

Dans le détail, je le voyais gagner clairement les rounds 1, 3, 6, 7, 10 (dominé au début il a su renverser la situation), 11 (énorme) et 12 (épique). Pour moi le Polonais a gagné le 5 (de peu) et le 9 (même si c’était un peu chacun son tour, la balance penchait en sa faveur). Les 3 autres étaient très équilibrés, impossible de trancher concernant le 2e, l’Ukrainien dominait le 4e mais le Polonais l’a bien conclu (la dernière impression fait souvent la différence), idem concernant le 8e avec un petit plus pour Glowacki. Donc 9 reprises à 3, 6 points d’écart.

Cette réunion à Gdansk s’est terminée en fin de soirée. Dans la nuit, il y en avait une très grosse aux Etats-Unis. Il fallait veiller très tard, ne jamais se coucher ou se réveiller très tôt pour assister au duel entre Saul "Canelo" Alvarez et le Britannique Liam Smith (invaincu) à Arlington, dans le stade des Dallas Cowboys, l’AT&T Stadium, une enceinte gigantesque connue pour disposer des plus grands écrans géants au monde. Le but ? Faire un maximum de blé avec de très grosses recettes en PPV sur HBO et battre un record de spectateurs pour de la boxe.

Cette date est très importante pour les boxeurs mexicains car il s’agit du jour de l’indépendance de leur pays. Sur le calendrier de la boxe, 2 cases sont cochées et objet de convoitises, celle-ci et le week-end du 5 mai.

Le jeune Diego De La Hoya (22 ans) a ouvert la soirée (15-0-0, 9 avant la limite). Peut-être a-t-il du talent, mais il est vraiment pistonné par son cousin, Oscar De La Hoya, l’homme à qui on doit le manque de burnes de "Canelo". Il ne veut pas le faire affronter Gennady Golovkin, car sa star montée en épingle depuis déjà un bout de temps pour en faire un produit marketing vendeur de PPV risquerait fort de se faire cartonner. Il ne faut pas envoyer à l’abattoir la poule aux œufs d’or, même si tous les fans de boxe du monde entier réclament ce duel.

Luis Orlando Del Valle (de Porto-Rico) a offert une belle résistance, on a vu de très belles séries de coups, ça allait hyper vite, chose assez normale chez des poids plumes. Mais bon, on ne va pas se mentir, il a été choisi parce qu’il est moins fort que le petit cousin du patron qui organisait la soirée, donc le jeune Diego a pris le dessus. C’était en 10 rounds, De La Hoya en a gagné 9 ou 10 selon les juges, ce qui lui fait une 16e victoire. Sans grand intérêt…

A vrai dire, étant complètement cramé, j’ai manqué la suite…

L’affrontement entre Joseph Diaz Jr et Andrew Cancio (poids plumes) était un combat prévu en 10 reprises, ça s’est terminé en 9. Celui opposant Gabriel Rosado et Willie Monroe Jr (poids moyens) s’est achevé au terme des 12 rounds, Monroe a gagné à l’unanimité (118-110, 117-111, 116-112). Rien de bien fameux manifestement. J’aurais pu trouver ça en replay mais je me suis contenté du main event.

Smith-Alvarez était un championnat du monde des poids super-welters, autrement dit le Mexicain a dû descendre de catégorie pour prendre la ceinture WBO du Britannique. Encore invaincu (23-1-1, 13 succès avant la limite dont les 8 derniers), Liam Smith avait toujours combattu devant son public, encore jamais à l’extérieur, il lui fallait pas mal de courage – ou un beau chèque – pour aller affronter "Canelo" de l’autre côté de l’Atlantique. Saul Alvarez (47-1-1, 36 victoires avant la limite) a déjà détenu des titres mondiaux chez les super-welters (celles de la WBC puis de la WBA, perdues contre Mayweather), il est ensuite passé chez les poids moyens, y a remporté la ceinture WBC mais celle-ci lui a été retirée suite à son refus d’affronter Golovkin. En général quand on monte on ne redescend pas de catégorie, mais comme le Kazakh est champion unifié WBA, WBC, IBF et IBO, il ne restait que Billy Joe Saunders (champion WBO)… ou redescendre en super-welters (ou mi-moyens, c’est la même chose) pour trouver un adversaire à sa mesure. Habitué à boxer en catch weight, à savoir en imposant une limite de 155 livres au lieu de la limite normale des poids moyens, la solution la plus simple ne lui posait aucun problème. Surtout depuis son ablation des cojones

Premier round totalement à sens unique. Smith a servi de sac de frappe, il n’a rien tenté. Le 2e était parti pour être sa copie, toutefois le Britannique a réagi, il a répondu – pas assez pour gagner la reprise – et a même très légèrement coupé "Canelo" à l’œil. Le 3e a débuté en bagarre, Alvarez s’est énervé et a commencé à faire mal en frappant très fort. Ebranlé, Smith a tenté de bien refermer sa garde pour protéger son visage et de rendre quelques coups puissants. Lors des 15 dernières secondes on a assisté à un bel échange. Le 4e a débuté mollement puis s’est animé, ça devenait même pas mal du tout car violent et équilibré avant un coup un peu bas – rien de bien terrible – qui a cassé le rythme. Ensuite seul le Mexicain a vraiment envoyé du pâté, son adversaire s’est contenté de 2 ou 3 bons enchaînements dans les cordes. Il n’y avait pas photo, à aucun moment Smith n’a donné l’impression de pouvoir réellement faire mal. Le 5e a pris des allures de dialogue de brutes. Chacun a avancé tour à tour ses arguments à coups de séries. Smith a eu le dernier mot, il m’a semblé plus convainquant même s’il a fini avec l’œil droit dans un sale état. On l’a vu faire un geste de provocation au moment du retour dans les coins. Le 6e m’a semblé à l’avantage du Britannique concernant le volume de coups portés, seulement l’impression donnée lui était défavorable, il avait beau taper, ça semblait n’avoir aucun effet alors que chaque coup reçu le secouait. Cette puissance a envoyé une première fois Smith au sol lors du 7e round en enchaînant 3 crochets : droit à la tête, gauche au corps, droit à la tête. Malgré tout, il n’a pas lâché l’affaire, il est reparti au charbon, tentant de retourner la situation en donnant tout ce qu’il avait. Dans l’ensemble, ce combat est resté très propre jusqu’à la 6e reprise, on n’assistait à aucun accrochage. A partir de ce knock-down on en a vu quelques-uns. Rien de dramatique concernant la qualité du spectacle. La première moitié du 8e a été à sens unique, puis Smith a réussi un bon travail dans les cordes sur une belle séquence, il a tenté de refaire de même à une quarantaine de secondes de la fin mais l’a payé car cette fois Alvarez a réagi et l’a contraint à mettre un genou au sol suite à un énième coup au corps (encore son crochet gauche). Ça sentait la fin, le Britannique a laissé tout ce qui lui restait, il a encore frappé autant et aussi fort qu’il le pouvait, seulement la différence de niveau était trop importante, tout comme la fatigue accumulée. Le roux mexicain a résisté à une nouvelle grosse séquence dans les cordes, voire 2, avant de se faire encore sécher par un énorme crochet gauche au foie. Cette fois, Smith n’a pu que se roule sur le sol, impossible de se relever pour continuer le combat. Il restait une trentaine de secondes avant la cloche indiquant la fin du 9e round.

Compte tenu de tous les coups qu’il a su passer, si Smith avait la puissance d’un Golovkin, il aurait fait de gros dégâts. La différence s’est en effet faite à ce niveau, le Britannique ne faisait pas assez mal quand il frappait alors que le travail au corps d’Alvarez a fini par payer. Ses 2 KD et le KO sont tous venus de crochets du gauche au corps.

Je ne me suis même pas emm*rdé à écouter l’interview sur le ring à la fin du combat car ayant perdu ses c*uilles, retirées par son promoteur, n’ayant plus aucune crédibilité depuis son refus d’affronter GGG alors qu’il nous assurait ne pas avoir peur et être prêt pour le duel le plus attendu des amateurs de boxe du monde entier, ses promesses ou annonces n’ont de toute façon aucune valeur.

Nonobstant ce problème de castration, on a eu droit à un spectacle plutôt intéressant. A Gdansk comme à Dallas, on a vu de la boxe propre avec des tenants du titre vaillants qui n’ont pas eu peur du risque de perdre leur ceinture contre plus forts qu’eux. A vaincre sans péril... Vous savez ce qu’on dit. J’ajoute qu’une défaite peut être beaucoup plus honorable qu’une victoire. Celle de Smith en est l’illustration parfaite.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo avec toujours le même mot de passes (boxe) :
-Glowacki vs Usyk partie 1 (présentation/entrées/hymnes), partie 2, partie 3 et partie 4 ;
-Alvarez vs Smith partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4.

Note

[1] De son véritable nom Muamer Hukic, il est né en Serbie et boxe sous pseudo.