Côté parisien, on a beaucoup insisté sur la recherche de profondeur. On en a abusé. En réalité, les meneurs de jeu étaient Thiago Silva et Marquinhos… Il est vrai que les espaces laissés dans leur dos par les Lillois – malgré ce bloc défensif à 9 éléments – rendaient cette tactique assez fructueuse. Di Maria était censé jouer à droite et Lucas à gauche. En réalité, Di Maria a passé la majorité de son temps dans l’axe, multipliant les appels en profondeur. Lucas est beaucoup plus souvent parti de l’aile gauche pour rentrer vers l’axe. Il est nettement moins à l’aise sur ce côté, même s’il a réussi sa première période (pendant laquelle il a pris pas mal de libertés quant à son positionnement).

Outre le cruel manque d’efficacité offensive, le PSG a peiné à cause de la faillite de ses latéraux (Meunier dans une bien moindre mesure que Kurzawa) et d’un milieu à l’apport très insuffisant (raison pour laquelle il a si souvent été sauté). Les Parisiens ont failli rentrer chez eux avec un seul point faute d’avoir réussi le break. Si Sankharé, seul au 2nde poteau, n’avait été surpris que le ballon lui arrive suite au centre tendu d’Eder, il poussait le ballon au fond, égalisait à 1-1 (82e). On se serait alors dirigé vers un hold-up façon PSG-ASSE. Et dans ce cas, la prestation de Cavani aurait fait grand bruit. L’Uruguayen a un don : ses buts ont le même effet qu’un neuralyzer dans Men In Black, ils provoquent une amnésie, on peut alors faire avaler n’importe quelle version des faits aux témoins. Même s’il a tout raté dans un match, ce qui s’est passé en l’occurrence, on peut le faire passer pour un génie. Contre le LOSC, il a tout gâché, tout foiré, sauf une occasion, ce qui a fait de lui un formidable buteur grâce auquel le PSG a gagné 1-0. Etrangement, cette occasion convertie est à peu près la plus difficile qu’il ait eu à négocier. Les plus faciles ont été des désastres. Il a eu un flash de génie, les mémoires ont été effacées en un instant. Pas la mienne…

Pour être honnête, le LOSC a débuté avec un état d’esprit plutôt conquérant pour une équipe composée d’autant de défenseurs. L’agressivité ne manquait pas, Corchia et Palmieri évoluaient et pressaient haut, le PSG avait bien du mal à sortir pour porter le danger dans le camp adverse. Les Dogues ont obtenu des CPA, ont créé du danger grâce à ces CPA, puis sont rentrés dans le rang au bout de quoi ? Un quart d’heure ? 20 minutes ? Ensuite, le PSG a nettement dominé en créant toutefois beaucoup trop peu de danger. Le ballon circulait surtout derrière, les changements de rythme manquaient terriblement. Trop de joueurs marchaient. Du coup, cette domination restait très peu productive. Ça se résumait à de la possession stérile interrompue par les ouvertures en profondeur plus ou moins précises, et de temps en temps un décalage ou un débordement suivi d’un centre. En outre, la gonfle a trop souvent été perdue bêtement.

Une seule action collective réellement construite a donné lieu à une occasion franche. Par «action collective réellement construite» j’entends une attaque placée avec du mouvement entre les lignes, des démarquages, des passes pour finalement créer un décalage et une position de tir. Elle a eu lieu à la 42e minute. Cavani a complètement raté la cible, pourtant idéalement servi par Di Maria après un bon travail de Lucas. Auparavant, Di Maria avait buté sur Enyeama à angle fermé en profitant d’une ouverture en profondeur de Thiago Silva. Cavani a suivi mais mal négocié la situation (17e). Di Maria a de nouveau tiré sur le gardien 5 minutes plus tard (22e), gâchant la super passe de volée de Lucas (le ballon tournait derrière sans perspective, Thiago Silva a balancé devant, Matuidi s’est arraché pour récupérer le ballon et le transmettre à Lucas), mais a bien cru ouvrir le score dans la foulée (environ 30 secondes après ce duel perdu). Comment en vouloir à l’arbitre assistant de M. Bastien d’avoir signalé une main qui en direct semblait indiscutable ? Au départ, Verratti joue en profondeur, les défenseurs se trouent, Di Maria hérite alors du ballon plein axe mais voit Enyeama sortir rapidement vers lui. Dans l’impossibilité de s’emmener la gonfle pour l’éliminer, il tente un pointu sans contrôle. Grâce à 2 contres favorables sur le gardien puis la poitrine de l’Argentin, le ballon finit se diriger vers la cage, permettant à Di Maria de l’y pousser. Seulement, au milieu de tout ça, il semble avoir touché son bras ou son avant-bras. Au ralenti, vu sous différents angles, la seule certitude est l’existence d’un mouvement de bras qui peut être jugé naturel… ou non. Impossible de dire s’il y a bien eu contact, et si oui, d’en déterminer le caractère intentionnel. D’où énormément de contestations, de palabres, de pressions des 2 côtés pour tenter d’influencer les arbitres, lesquels ont pris le temps de discuter entre eux. Dans le doute, la première impression doit prévaloir, raison pour laquelle vous ne me verrez pas évoquer d’erreur d’arbitrage dans ces circonstances.

Les autres occasions ? Un tir sans contrôle de Lucas décalé par Di Maria (qui a transpercé la défense plein axe) à la 27e, une tête de Kurzawa au-dessus sur corner à la 33e et une nouvelle situation mal négociée par Cavani sur une remise de la tête de Di Maria à la 39e. Rien de bien dangereux.

La seconde période a débuté sur des bases assez atroces. Que c’était moche ! Meunier a été envoyé répétitivement au charbon sur son côté, le chapelet d’ouvertures en profondeur plus ou moins pertinentes – rarement réussie – et de pertes de balles évitables s’est allongé, les rares opportunités nées notamment de bons ballons de récupération ont été mal exploitées, voire gâchées. Une souffrance pour les yeux. Cerise sur le gâteau, Cavani a encore croqué (58e). Une nouvelle ouverture en profondeur de Di Maria pour un Matuidi auteur d’un énième appel en profondeur (un peu sur la droite de la surface) a cassé la monotonie des passes en milieu de terrain. Matuidi est parvenu on ne sait trop comment à éliminer Civelli avec une sorte de spin move improbable, ce qui a profité à l’Uruguayen, arrivé lancé pour frapper comme une brute loin au-dessus du but. Sans opposition évidemment…

Dramatiquement nul depuis déjà un moment, le LOSC a manqué de peu le hold-up dans la foulée. Heureusement que les qualités de buteur de Mavuba sont ce qu’elles sont, le capitaine lillois a totalement manqué sa frappe au bout de la meilleure action collective de son équipe (59e).

Il fallait vraiment changer quelque chose. Emery l’a fait à l’heure de jeu, sortant Verratti pour faire entrer Rabiot. Au passage, les 2 premiers ont bien surjoué afin de faire voir à tout le monde qu’ils ne sont pas brouillés, le joueur faisant mine d’accepter sa sortie, histoire de définitivement éteindre l’incendie provoqué par son attitude honteuse lors de son remplacement contre l’OM. On a même eu droit à un hug bien mis en scène… Bref, l’important est l’effet de ce changement : il a été considérable. Rabiot a apporté tout ce que Verratti ne faisait pas ou plus. L’Italien était trop lent, perdait des ballons bêtement, contestait ou se lamentait théâtralement – y compris contre lui-même – au lieu de rester dans son match. Le probablement très bientôt international français s’est montré partout sur le terrain, on l’a vu récupérer beaucoup de ballons, les sortir, les remonter, combiner, proposer en permanence des solutions jusqu’à la surface adverse, le tout en affichant une sérénité folle. Etrangement, il n’est pas impliqué sur le seul but du match, survenu à la 65e minute suite à un gros cadeau de Palmieri côté droit. Ce dernier a rendu gentiment la gonfle à Meunier, le centre mal dégagé a fini par arriver côté gauche à Matuidi, une petite passe pour éliminer 2 joueurs, Di Maria contrôle à l’angle de la surface pour se mettre sur son pied… droit et, bien qu’entouré de 3 adversaires, parvient à centrer pour Cavani. Plutôt que de serrer l’Uruguayen, Civelli tente l’interception, il la loupe, offrant à l’attaquant l’opportunité de contrôler le ballon de la poitrine à 8 ou 9 mètres du but face au premier poteau. Généralement, Cavani foire le contrôle, quand il le réussit il manque la frappe. Cette fois, un enchaînement parfait bien que difficile à réaliser lui a permis de scorer. Alléluia ! Le contrôle de la poitrine était bien orienté et bien dosé, le ballon a rebondi de façon idéale, la puissante volée du gauche ne manquait pas d’équilibre.

Antonetti a réagi avec un double changement : Bissouma et Sliti ont remplacé Mavuba et Palmieri (68e). Le LOSC est passé d’1 à 3 joueurs offensifs, ce qui a forcément changé la donne. Le jeu s’est un peu ouvert, les Lillois prenant un peu plus de risques et se montrant plus menaçants lors de leurs offensives. Les pertes de balle au milieu devenaient donc plus dangereuses. En contrepartie, des grosses opportunités sont nées sur des situations de contre-attaques. Lucas en a très mal joué une (71e), Cavani en a totalement gâché une autre en fin de match (91e) alors que ses partenaires avaient sprinté comme des fous pour l’aider, ce qui a eu le don d’énerver Matuidi. Tu te dépouilles en sprintant comme un fou après 90 minutes d’efforts… et au lieu de te servir, ton coéquipier se laisse piquer le ballon bêtement. Il y a de quoi gueuler. Rabiot a aussi gâché une super situation en voulant centrer pour Cavani au lieu de le faire en retrait pour Di Maria qui l’avait lancé sur la droite de la surface (73e). Rabiot avait de grosses circonstances atténuantes sur ce coup.

Morgan Amalfitano – un des joueurs que j’exècre le plus en Ligue 1, ce type est beaucoup trop violent, souvent gratuitement… il a d’ailleurs mis un coup de coude dans la tête de Thiago Silva – et Jesé ont suppléé Sunzu – enfin 4 offensifs pour le LOSC ! – et Lucas – poste pour poste – à 10’ de la fin. Ceci dit, Jesé attendait depuis un moment à côté du 4e arbitre, il a failli avoir un gros quart d’heure pour s’exprimer. En revanche Ben Arfa a seulement fait son apparition à la 85e à la place de Di Maria, le temps de réussir 2 accélérations positives. Et oui, vous ne rêvez pas !

Hormis sur CPA, les locaux avaient bien du mal à mettre en difficultés le PSG. La frappe de Sliti sur un CF joué avec passe en retrait a été contrée (79e), celle d’Eder sur un long CF dans le paquet l’a aussi été juste avant l’incroyable raté de Sankharé déjà narré (82e).

Le PSG s’en est donc finalement sorti avec cette petite victoire 1-0 au lieu d’un succès beaucoup plus net qui aurait reflété la différence de niveau surtout due à l’extrême faiblesse du LOSC. Il s’agit d’un problème d’efficacité, aussi appelé manque de réalisme, notion à ne pas confondre avec la réussite, qui relève plus de la chance : bénéficier d’un miracle pour éviter une égalisation imméritée contrebalance totalement le fait de se voir refuser un but pour une main incertaine. Les faits de jeu n’ont pas tous été défavorables, tant s’en faut. Il est vrai également que tirer le bras de Jesé qui le débordait aurait dû coûter un penalty à Béria (90e). On a donc frôlé un succès 2-0 avec un doublé de Cavani. J’aurais alors évoqué un trompe-l’œil…

J’en profite pour évoquer la prestation de M. Bastien. Je ne reviens pas sur le but refusé mais sur les cartons. Mavuba en a pris un pour une sale semelle (54e), Béria non malgré ses 5 fautes et une attitude antisportive permanente. Le point commun de ces 2 joueurs ? Autrefois très bons, ils sont aujourd’hui cramés et devenu carrément mauvais, et pas seulement footballistiquement. Ils ont un comportement de petites sal*pes. A la Thiago Motta ? Parfois pire. Tout le temps dans la provocation gratuite, à mettre des coups, voire à simuler… En revanche, Civelli a eu droit au sien pour être allé réclamer le 2nd jaune que méritait Kurzawa pour une grosse faute bien grotesque sur le côté de la surface (78e) après avoir reçu le premier pour un gros tampon sur Corchia (44e).

  • Le condensé vidéo de la rencontre.

Très complet, sans doute trop pour certains, mais pour vraiment comprendre le match, il n’en fallait pas moins.

  • Je résume.

Bien qu’agressif au début, un LOSC ultra-défensif a attendu d’être mené 1-0 pour enfin prendre quelques risques. Il ne s’est créé d’opportunités que sur CPA et a manqué de façon incroyable l’obtention d’un résultat nul aux allures de hold-up. Le PSG a nettement mais stérilement dominé, usant et abusant des ouvertures en profondeur. Très actif, Di Maria a créé beaucoup de danger, néanmoins la finition a toujours manqué tant sur le but de Cavani (seule action bien négociée par l’Uruguayen, qui a passé sa soirée à multiplier les ratés). L’Argentin s’est aussi vu refuser un but pour un contrôle de la main à propos duquel toute certitude est impossible. L’entrée de Rabiot a considérablement changé la donne (en bien). Le PSG s’est finalement imposé 1-0. S’il aurait dû l’emporter par au moins 2 ou 3 buts d’écart, il a aussi failli finir avec un nul et beaucoup de regrets. La principale amélioration par rapport à PSG-OM est l’activité du duo Lucas-Di Maria, la différence de résultat tient du fait que Cavani a converti une occasion – malgré une maladresse toujours affligeante – au lieu de bouffer intégralement la feuille. On retiendra donc essentiellement les 3 points de la victoire.

  • Commentaires individualisé joueur par joueur..

Aréola a encore fait le taf, j’aime beaucoup son volontarisme et son autorité dans les sorties, même quand il y a une petite frayeur, ça passe, car il impose sa présence. Les gardiens timides qui ne sortent pas, ça suffit !
Meunier s’est montré plus actif que juste offensivement, très moyen défensivement.
Kurzawa explose sa véritable valeur : totalement bidon des 2 côtés du terrain, limite lamentable, il a de la chance d’avoir évité le 2nde jaune.
Marquinhos et Thiago Silva ont globalement bien fait leur travail, ils ont aussi joué les meneurs de jeu avec beaucoup d’ouvertures en profondeur et quelques montées pour participer à la construction.
Verratti mérite des claques et des encouragements. En revisionnant le match lors du montage de ma vidéo, j’ai trouvé de bonnes choses en première période, notamment une envie de régulièrement sortir de sa zone de confort en se rapprochant de la surface adverse. Malheureusement, chassez le naturel, il revient au galop… Trop de touches de balle qui ralentissent le jeu, pas assez de changements de rythme, trop de dribbles inutiles voire dangereux, de contestations, de pertes de balle évitables non suivies d’un replacement défensif… L’impression laissée est amplifiée par le contraste entre sa prestation en seconde période et celle de son remplaçant, auteur d’une entrée tonitruante.
Thiago Motta est un mystère. Que fait-il encore là ?
Matuidi a encore brillé par son activité. Un match dans sa moyenne.
Di Maria a en réalité joué dans un rôle de 9 ½ très libre, la plupart du temps axial, multipliant les appels en profondeur, parfois à droite, mais c’est finalement à gauche – du pied droit – qu’il a été décisif après avoir mal conclu ses propres occasions… Par rapport à ses dernières prestations, l’amélioration saute aux yeux, toutefois la marge de progression reste grande. Au lieu d’en faire des tonnes en partant dans tous les sens mais rarement le bon, son activité était beaucoup plus orientée dans le sens du jeu. Reste à réduire le déchet et augmenter l’efficacité.
Lucas m’a beaucoup plus en première période, il a eu plus de mal en seconde. Il ne gagne clairement pas à être exilé côté gauche.
Cavani a encore été désastreux. Il s’en sort bien avec ce but qui cache – encore – la forêt. Coup franc plein mur, frappe sans opposition en bourrin bien au-dessus, meurtre de pigeon du plat du pied gauche, tir à bout portant sur le gardien, coups très mal joués, etc. L’enchaînement réussi est ce qu’il a eu de plus difficile à faire lors de la rencontre, il a manqué le plus facile.

Rabiot a réussi une entrée remarquable. Omniprésent, impressionnant de sérénité comme d’efficacité. Il a apporté de l’impact, du mouvement, des changements de rythme. Même les fesses sur l’herbe il parvenait à intercepter ! Même quand il a perdu un ballon chaud à l’origine d’un CF dangereux, il est parvenu à corriger son erreur en contrant le tir.
Jesé et Bernard Fa sont entrés trop tard pour avoir réellement un impact.

Emery était privé d’Aurier (au repos à cause de sa cheville), de Kimpembe (suspendu) et bien sûr de Pastore (de retour à l’entraînement, pas encore dans le groupe), il n’a pas eu les cojones de faire des choix forts dans l’équipe de départ en dégageant Motta, Verratti – que le club aurait dû suspendre pour 1 match suite à son dérapage face à l’OM – et Kurzawa. Cette fois le timing des changements se justifiait compte tenu des circonstances, j’aurais toutefois aimé voir Augustin à la 75e à la place de Cavani… Je suggère aussi de revoir les combinaisons sur CPA, actuellement, c’est n’importe quoi.

Côté lillois, mention spéciale à Amadou pour son retour hallucinant au moment où Matuidi s’apprêtait à effectuer une reprise de volée dans la surface. Il avait commencé par glisser au début de l’action en se faisant surprendre par l’appel dans son dos, s’est relevé, a rattrapé le Parisien et lui a retiré le ballon très proprement – chose risquée dans la surface – in extremis (33e). Fort !

Le LOSC était 16e avant le match, ce n’est pas en jouant ainsi qu’il va remonter au classement. Un tel manque d’ambition est affligeant. On gagne rarement en ayant pour seul objectif de blinder et de mettre des coups. Rien que pour ça, sa défaite est méritée.



Les vidéos sont aussi sur Viméo : 1ère période et 2nde période.