Chez les poids mouches, Zou Shiming (9-1-0), double champion olympique (Pékin et Londres, médaillé de bronze à Athènes) et triple champion du monde amateur (en 2005, 2007 et 2011), a décroché sa première ceinture mondiale chez les professionnels en dominant de bout en bout un vaillant Prasitsak Phaprom (39-2-2) vraiment pas à son niveau. Ce Thaïlandais avait toujours boxé à domicile hormis un court déplacement à Macao. 120-107 pour les 2 juges, 119-108 pour le 3e. Normal. J’ai comme un doute sur le choix de l’adversaire, il s’agissait d’un titre vacant, j’ai comme la sensation que la WBO avait très envie qu’elle soit remportée par Zou. Déjà star dans son pays, le Chinois va sans doute y gagner encore un peu plus en popularité, la WBO ne le voit certainement pas d’un mauvais œil…

Notons que Zou a connu sa seule défaite lors d’un championnat du monde IBF face à Amnat Ruenroeng, le professionnel battu avant la limite par Sofiane Oumiha à Rio. D’ailleurs Zou est aussi celui qui a éliminé Redouane Asloum en quart de finale des JO d’Athènes et Nordine Oubaali en 8e 4 ans plus tard (3-3, la décision, en Chine, contre la star chinoise…).

En poids super-coqs, Nonito Donaire (désormais 37-4-0, 24 victoires et 1 défaite avant la limite) et Jessie Magdaleno (24-0-0, 17KO) ont livré un très bon combat. Si par moments ils sont tombés dans un faux rythme, les 2 hommes ont su accélérer pour nous offrir de très grosses séquences, voire des rounds entiers d’un grand spectacle violent à souhait. J’avais 2 rounds d’avance pour l’ancien (33 ans, plusieurs fois champion parfois même unifié dans différentes catégories), les commentateurs – en particulier l’insupportable Stephen A. Smith – annonçaient une nette avance pour le boxeur local (il est né et vit à Las Vegas). A croire qu’ils savaient ce qui se tramait en coulisses. Sur le décompte fait grâce à Twitter, le public donnait 9 reprises à 3 pour Donaire, beaucoup d’observateurs sérieux avaient égalité avant les 2 fois 3 dernières minutes nettement en faveur du titulaire de la ceinture. Et pourtant les juges ont rendu une décision unanime en faveur de Magdaleno, le jeune invaincu soutenu par Top Rank, la société de Bob Arum, l’organisateur de la soirée… 116-112 pour 2 juges (dont Burt A. Clemente, qui a vu 118-100 pour Alvarez contre Cotto alors que pour moi Cotto a gagné ce combat), 118-110 pour le 3e (une femme, Adalaide Byrd, qui dernièrement a donné Ustyk vainqueur de Glowacki sur un score de 119-109, gros combat si vous ne l’avez pas vu, vous pouvez encore, commenté en français de surcroît). 3 juges américains pour un championnat du monde impliquant un Américain… Les Britanniques ne sont pas les seuls à voler honteusement des ceintures

Champion depuis juillet chez les poids plume, Oscar Valdez Jr (désormais 22-0-0, 19 KO) a détruit son challengerHiroshige Ozawa (30-2-4 avant cette soirée, arrêté une fois il y a 11 ans à quelques jours près). Ce Japonais qui n’a boxé presque que chez lui (une fois en Corée du Sud et une fois aux Philippines) a été envoyé une première fois au tapis lors de la 4e reprise, l’arbitre a fini par arrêter la massacre au cours de la 7e, une intervention plus rapide n’aurait pas fait de mal. A mon sens une si longue série de coups puissants et précis sans aucune réaction de la victime doit provoquer une réaction plus rapide de l’officiel présent sur le ring, son rôle étant aussi de protéger l’intégrité physique des combattants.

Manny Pacquiao (58-6-2, 38 succès avant la limite) a choisi de combattre Jessie Vargas (27-1-0, 10 KO, sa défaite s’est produite contre Tim Bradley Jr) chez les poids welters afin de lui prendre un titre qu’il a déjà détenu 2 fois. Rares étaient les spécialistes à pronostiquer autre chose qu’une victoire de la légende. Vargas a remporté son titre contre Sadam Ali par arrêt de l’arbitre au terme d’un excellent combat. J’ai eu la chance de le voir, malheureusement je n’ai trouvé aucune bonne vidéo à mettre sur le blog. Le combat n’a été posté sur Youtube depuis quelques jours, c’est donc qu’elle existait. J’ai alors fouillé un peu partout pour trouver comment vous la proposer en HD 720. C’était très équilibré, on a eu droit à de très gros échanges à partir du 3e round, les 2 hommes ont atteint un très haut niveau de férocité, ils frappaient fort et souvent avec précision, se rendaient coup pour coup… jusqu’à un premier knock-down – magnifique – juste avant la fin de la 8e reprise. Ça aurait d’ailleurs pu se terminer ainsi, avec cette petite gauche suivie d’un impressionnant direct du droit parti de très loin, mais l’arbitre a compté de façon étrange puis laissé reprendre Ali qui n’était pas assez lucide pour retrouver seul son coin. En réalité, il n’a pas pu récupérer et s’est fait finir malgré ses accrochages désespérés. L’arbitre aurait dû arrêter plusieurs fois Ali avant d’enfin prendre ses responsabilités.

Revenons-en à notre main event. Floyd "l’épicier aux poches pleines" Mayweather s’est pointé pour y assister.   

Bien qu’annoncé comme étant la fierté de Las Vegas, Nevada, Vargas manquait de soutien populaire. Le public philippin était présent en nombre, comme on avait déjà pu le constater quand Donaire était sur le ring. Le combat a débuté un peu avant 5h20 du matin heure CET, il a fallu attendre 2’ pour assister aux premières accélérations. Dans la salle, c’était la folie, un rien suffisait à enflammer les partisans du sénateur[1]. Vargas a vite fait preuve d’une mauvaise intention, celle de s’accrocher au moindre danger. Il n’a rien pu faire à 30 secondes de la fin de la 2e reprise. Boum ! Le cul par terre. Son "challenger" lui a collé un direct du gauche assez énorme en pleine poire en profitant d’un mauvais jab très aventureux. Un coup d’autant plus facile à porter que Vargas avait tendance à se découvrir et qu’on avait un combat entre orthodoxe et fausse garde. C’est devenu frénétique – et donc jouissif – dès le 3e round. La différence de niveau semblait gigantesque, le tenant du titre en était réduit à tout miser sur sa puissance, il essayait de mettre le maximum de poids dans ses coups, quitte à se déséquilibrer tout seul en frappant… dans le vide. Beaucoup moins actif que lors de ses grandes années, "Pacman" a encore montré une capacité d’accélération incroyable. Sa vitesse de bras et sa précision n’ont pas totalement disparu, c’est le moins qu’on puisse dire. Toutefois, il n’affrontait pas une quiche au poireau, Vargas a bien réagi, passant même quelques coups très nets lors de la 4e reprise, beaucoup moins enthousiasmante que les précédentes. On a ensuite de nouveau assisté à quelques beaux échanges. Le Philippin avait l’initiative, son adversaire reculait, tentait de contrer, on sentait de la peur chez lui. Le 6e round s’est animé tardivement (difficile de l’attribuer). A mi-combat j’avais 4 ou 5 reprises en faveur de Pacquiao (dont une notée 10 à 8).

Vargas se devait de réagir, il ne pouvait se contenter de reculer en attendant une opportunité de contre-attaquer. Il lui a fallu prendre une leçon pendant une grande partie de la 7e reprise pour se décider à tenter quelque chose (sans grand succès). Il a mangé énormément de directs du bras avant. En milieu de 8e round, le niveau est monté de 3 crans, Vargas a été ouvert à l’arcade côté nez sur une grosse droite, il y a eu échange de coups surpuissants, Pacquiao a encore pris le dessus… Moins rythmés, les 3 minutes suivantes ont encore permis de constater la supériorité du Philippin. Le futur ex-tenant du titre se sachant obligé de chercher le KO, il a tout de suite tenté d’aller au charbon. Ça a duré 15 secondes, ensuite il a pris la marée en plusieurs vagues. Risquer le KO en cherchant le KO ? Vargas a dû se poser la question. En se découvrant pour essayer de gagner ce combat déjà perdu, il risquait fort de finir sur le dos à compter les étoiles. Il y est vraiment allé sans conviction. L’arbitre a été gentil de ne pas le compter en fin de 11e reprise puis en fin de 12e (genou à terre sur un coup, ça méritait un compte à mon sens). C’est en total contrôle – comme depuis le début – que Pacquiao a terminé son combat. Il aurait aimé finir avant la limite, il préférait gagner, il s’en est donc contenté.

Perso, j’ai 1 reprise pour le désormais ancien champion, plus la 6e à égalité, et 1 KD, donc quelque chose comme 119-109. En effet, 2 juges ont donné 118-109 et un… 114-113. La drogue, c’est mal ! M’enfin, c’est Dave Moretti, donc on a l’habitude (il était aussi dans le coup pour Alvarez vs Cotto)…

Manifestement, la carrière de Manny ne va pas s’arrêter là, même s’il ne sait pas contre qui il boxera la prochaine fois.



Les vidéos sont aussi sur Viméo (mot de passe = boxe) :
-Zou vs Phaprom partie 1 partie 2 et partie 3 ;
-Donaire vs Magdaleno partie 1, partie 2 et partie 3 ;
-Valdez Jr vs Ozawa partie 1 et partie 2 ;
-Jessie Vargas vs Sadam Ali partie 1 et partie 2 ;
-Pacquiao vs Vargas partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4.

Note

[1] Rappelons que Pacquiao est sénateur aux Philippines.