Malheureusement, je suis complètement passé à côté de la réunion de jeudi soir à la Halle Carpentier avec notamment Yvan Mendy et Maïva Hamadouche (mais pas Cédric Vitu, contrairement à ce qui était prévu, car il s’est blessé, tympan percé). C’était sur Canal+Sport, elle n’a pas été assez mise en avant, il était trop facile de ne pas être au courant de la date.

Hamadouche (14-1-0) a remporté à tout juste 27 ans sa première ceinture mondiale, le titre IBF vacant des poids super-plumes, ceci 365 jours après avoir connu sa seule défaite lors de son premier championnat du monde disputé en Belgique contre Delfine Persoon (un combat d’une violence rare perdu remportée par la tenante du titre sur décision unanime). Cette fois, la Française a tapé la Bolivienne Jennifer Salina (19-4-0) avec 4, 4 et 6 points d’écart. Mais je n’ai pas vu le combat, et impossible de trouver la vidéo. Arf.

Lors de cette soirée Guillaume Frénois (42-1-0) a remporté le titre européen EBU (vacant) des poids super-plumes en battant Samir Ziani (22-3-1). Ce duel franco-français était manifestement serré, 115-113 pour les 3 juges… Et pour le coup la vidéo a été mise en ligne… mais effacée trop tôt, je n’ai pu la récupérer.

En revanche, samedi, j’ai vu un autre championnat d’Europe concernant un Français. J’ai même une vidéo (de qualité moisie, elle a été repiquée sur un lien streaming

Mehdi Amar (33-4-2, 16 succès et une défaite – sur blessure contre Nadjib Mohammedi en 2012 – avant la limite) défendait en Allemagne (Magdeburg) son titre EBU des poids mi-lourds obtenu en mai au Cirque d’hiver. Le challenger était un gros morceau, un Russe d’origine allemande boxant en tant qu’Allemand, Robert Stieglitz (49-5-1, 29 victoires et 3 défaites par KO), déjà sacré 2 fois champion du monde chez les super-moyens. 3 de ses défaites ont été concédées face à Arthur Abraham (qu’il a une fois battu au 4e).

Pas très grand, l’Allemand a eu tendance à avancer, il a pas mal travaillé du bras avant. Le public était totalement acquis à sa cause. Amar a répondu en tentant 2 ou 3 séries, dans l’ensemble je l’ai trouvé trop passif lors d’un premier round plutôt calme. il m’a donné l’impression d’attendre des ouvertures pour contrer, seulement il a pris quelques coups – pas beaucoup – sans vraiment répondre, ou du moins pas d’une façon permettant de faire pencher les juges de son côté, a fortiori en boxant à l’extérieur. Stieglitz s’est monté plus actif, ce qui suffit souvent à faire gagner ce genre de reprises. Ça s’est bien animé ensuite, en grande partie parce que le local a décidé d’accélérer. Amar gardait la garde haute devant le visage mais a encaissé quelques coups puissants. Les échanges n’étaient pas franchement à son avantage même s’il plaçait quelques bourre-pif de temps en temps. Il en fallait clairement plus pour conserver son titre.

Une grosse accélération d’Amar a fait des dégâts dès le début du 4e round, il a retourné une situation d’enfermement dans le coin et envoyé du lourd, mais ça n’a pas duré. On l’a ensuite vu totalement changer de stratégie, boxer les bras en bas en provoquant son adversaire, ceci après avoir pris un coup. Perte de lucidité ? Le Français s’est alors mis à tourner, il a encaissé plus de coups qu’il n’en a mis. Je ne le sentais pas au mieux tactiquement. Il a de nouveau subi dans la 5e reprise, a trop été touché, a de nouveau baissé la garde et peu répondu, pensant même parfois plus à se plaindre de se faire tenir la tête qu’à éviter les coups. La meilleure fin de round n’allait probablement pas suffire à retourner la situation.

Il devenait urgent de réagir, de prendre les choses en main. Il y a eu plus de baston et de coups nets de la part d’Amar lors du 6e round, même s’il en a aussi reçu. Stieglitz avait un peu tendance à pourrir le combat en se retournant et en accrochant, mais pas assez pour être sanctionné. Après 5 reprises perdues, le Français en a enfin gagné une (à mon avis).

L’Allemand a tout de suite repris les devants. Amar a eu bien du mal à laisser passer l’orage. Il a ensuite encore subi quelques éclairs lors de la dernière minute. Sa tentative de réponse manquait d’efficacité. Il avait intérêt à se lancer à l’abordage dès le début de la 8e reprise, mais non, il restait dans l’attente. On ne l’a vu attaquer qu’avec parcimonie, même s’il y a eu du mieux au fur et à mesure du round. Très expérimenté, Stieglitz a plutôt bien terminé. Il a ensuite envoyé la foudre au début de la 9e. On est arrivé à des moments de véritable baston mais aussi de laideur avec énormément d’irrégularités de l’Allemand qui a profité d’un coup porté par son adversaire après que l’arbitre ait demandé une interruption pour gagner beaucoup de temps. Dans son coin, on demandait au Français de frapper pour faire mal avec par exemple cette phrase : «l’autre il a la mâchoire en chocolat». Sans surprise, il s’est nettement plus livré ensuite mais les impacts manquaient de puissance. Il était bien devant avant de se prendre un gros contre à 15 secondes du terme du 10e round, ce qui l’a fait arrêter de boxer pour de nouveau adopter son attitude stupide de bras baissés. Sentant une ouverture pour peut-être abréger le combat, l’Allemand a mis le feu d’entrée de 11e reprise. Ça s’est calmé, les accrochages ont fait leur retour, puis on a eu droit à un peu de bagarre lors de la dernière minute. Seul un KO pouvait sauver le Français. Toujours en demi-teinte, Amar n’a bénéficié d’aucun miracle. Son challenger'' aura dicté son rythme du début à la fin du combat.

Au mieux, j’avais le 6e, le 8e et le 10e pour le Marseillais (donc 111-117), tellement peu lucide sur sa performance qu’il a levé les bras quand la cloche a retenti. Les juges ont rendu une décision unanime en faveur de Stieglitz (116-112 pour les 3 juges), nouveau champion d’Europe, qui relance ainsi sa carrière (avec sa 50e victoire). C’est mérité, même si en passant totalement à côté de son combat, Amar lui a donné la ceinture. Le Marseillais a subi une 5e défaite très frustrante. Il peut s’en vouloir. Trop de passivité…

Un peu plus tôt dans la soirée avait lieu une grosse soirée WBA dans la salle des étoiles du casino de Monte-Carlo. La salle est magnifique mais pas immense, c’était donc une réunion très sélect, ça manquait de supporters pour mettre une grosse ambiance, en revanche le programme était plutôt sympathique. Le main event a énormément déçu. L’enjeu était une ceinture intercontinentale WBA des poids lourds. Luis Ortiz (25-0-0 mais 2 no-contest parce qu’il s’est fait attraper par la patrouille antidopage), alias "The Real King Kong", affrontait Malik Scott (38-2-1). Dans un premier temps, il devait rencontrer Carlos Takam, mais on aura finalement un duel Takam-Duhaupas qui promet d’être bien plus intéressant que le piètre combat qui a conclu cette soirée…

J’ai eu l’occasion de suivre certaines des dernières sorties d’Ortiz, les vidéos sont sur le blog, j’en profite d’ailleurs pour en ajouter celle de sa victoire par KO contre Tony Thompson (40-7-0) qui a eu lieu en mars à Washington.

Depuis, il a changé de promoteur, signant avec les Anglais de Matchroom Sport. On va donc le voir en Europe, où se trouvent la plupart des meilleurs poids lourds actuellement. Scott est ricain et n’en fait pas partie. Il a même été ridicule, pour ne pas dire pire.

Ortiz dominait tranquillement un adversaire fuyant qui a passé son temps à tomber – normal à force de reculer – sans être compté avant le 4e round, puis encore au 5e (Jean-Robert Laine, l’arbitre français officiant sous licence monégasque,  aurait pu le pénaliser). Pourtant, lors de la 7e reprise, le Cubain a été touché, ce qui l’a un peu réveillé. C’était moche, ça manquait terriblement d’accélérations. Il a fallu attendre le 9e round pour assister à un véritable knock-down très net sur une sorte d’uppercut du gauche au corps. Scott fatiguait mais s’est permis de faire des mimiques provocantes avec le visage jusqu’à tirer la langue de façon affligeante. Au bord du gouffre, il n’était pas poussé par Ortiz. Il était temps que la mascarade prenne fin. Scott ne mettait quasiment aucun coup, "King Kong" frappait comme un paresseux, sans accélérer, en ne prenant aucun risque. J’ai presque cru qu’on allait économiser 1 ou 2 minutes d’ennui, mais non, on a fini au terme de la 12e reprise. Ortiz reste invaincu, sa série de victoires avant la limite a pris fin, et c’est bien dommage. 13 (119-116), 14 et 15pts d’écart, mais aucun applaudissement ou presque et quelques manifestations de mécontentement… Je ne sais même pas pourquoi je me suis embêté à mettre la vidéo…

Heureusement, il y a eu beaucoup mieux lors de cette soirée de 5 combats (dont une victoire facile d’Adriani Vastine, en tout début de carrière pro, c’était contre un Italien). On avait un championnat du monde WBA des poids coqs et un autre des poids super-plumes, plus un championnat WBA continental des super-moyens (Martin Murray a battu l’alors invaincu Nuhu Lawal par décision unanime).

Commençons par le duel entre le Britannique Jamie McDonnell (28-2-1, 13KO), tenant du titre poids coqs, et le Vénézuélien Librio Solis (25-4-1, 11KO), ancien champions des super-mouches (en 2012-2013, dont la carrière s’est déroulée essentiellement en Amérique centrale et dans son pays avec aussi 3 combats au Japon dont sa précédente chance mondiale en mars dernier (défaite unanime et assez large aux points). McDonnell est parvenu est sorti vainqueur de sa 5e défense de titre, les juges lui ont donné 2, 4 et 6pts d’avance.

La différence de gabarit (1m63 contre 1m78) obligeait Solis à avancer pour casser la distance, il a tout donné dès le premier round en provoquant le corps à corps en multipliant les frappes. Un véritable ouragan ! De 2 choses l’une, soit il finissait rapidement le combat, soit il allait le payer en ayant cramé ses réserves d’énergie beaucoup trop vite. Ce garçon a tout de même 34 ans. Et pourtant… Il a plus ou moins tenu sa cadence pendant bien plus longtemps que prévu. Quasiment tout le combat. Son activité s’est ralentie seulement pendant une partie de certaines reprises après la mi-combat. Il a même retrouvé des ressources pour finir très fort. La fatigue s’est uniquement traduite dans un manque de puissance et d’efficacité de plus en plus visibles au fil des minutes. Quand il portait ses coups, ceux-ci n’avaient pas assez d’effets. Par conséquent le Britannique a pu progressivement trouver son rythme. Il a commencé à toucher de plus en plus régulièrement. Même s’il saignait du nez, McDonnell défendait et encaissait plutôt bien, sa garde haute bloquait pas mal de coups, ses déplacement – il reculait beaucoup – lui permettaient d’en éviter une grande partie, il frappait moins mais avec plus de précision. Il défendait de mieux en mieux à mesure que le Vénézuélien se fatiguait à cogner dans le vide ou dans la garde. Seulement, dans l’ensemble, Solis continuait à dicter le rythme du combat, à envoyer plus et malgré beaucoup de déchet, à toucher plus. Même brouillon, il avait pris de l’avance, assez pour gagner. Je le voyais devant dans les 5 premiers rounds, dans le 7e malgré le manque d’efficacité, le 8e et le 11e sont difficiles à scorer. Difficile en effet de faire la part des chances dans cette improbable averse de coups. J’ai le 6e, le 9e et le 10e pour McDonnell. A la fin du 9e, comme si les gars ne se saoulaient déjà pas assez de patates depuis 3 minutes, ils en ont rajouté après la cloche. Le Britannique n’a pas pu s’arrêter après avoir ébranlé Solis d’un crochet gauche, il a enchaîné même si la reprise était terminée, l’arbitre a dû s’interposer, le Vénézuélien a tenté de placer le dernier coup pour montrer mon mécontentement.

Dans le 12e, ça n’a pas arrêté de la première à la dernière seconde, les mecs étaient au corps à corps en permanence et ne faisaient qu’échanger des coups, de temps en temps une petite esquive ou un début d’accrochage permettait de prendre une respiration. C’était en effet à couper le souffle. Hallucinant ! Les dernières secondes… WTF ?!?! Les 2 boxeurs ont lâché tout ce qui leur restait. On se serait cru sur le tournage d’un film porno au moment où le réalisateur annonce à ses acteurs que l’enregistrement va couper dans 30 secondes car on arrive au bout de la pellicule… C’est devenu frénétique… Je donnerais plutôt la reprise à Solis.

En résumé, on a assisté à un match médiocre techniquement, mauvais tactiquement – quand tu es grand et que tu sais te déplacer comme McDonnell, tu n’as pas le droit d’accepter le corps-à-corps à ce point ! – mais d’une intensité rare, pratiquement sans temps mort, brouillon sans être sale (très peu d’accrochages). Quelle baston ! Les 2 hommes ont tout donné sans retenue, en particulier Solis, qui a indiscutablement remporté ce match… sauf pour les 3 juges : 115-113 pour Stanley Christodoulou (Afrique du Sud), 116-112 pour Nelson Vazquez (Porto-Rico), et 117-111 pour Robert Hoyle (Etats-Unis).

Le public a hué, même les commentateurs britanniques donnaient Solis vainqueur… C’est un très bon combat si on aime la bagarre, mais le résultat est un scandale, un vol manifeste. Il n’y avait franchement aucun doute sur l’identité du vainqueur, la ceinture devait changer de titulaire.

L’autre championnat du monde de la soirée a aussi répondu aux attentes.

Stephen Smith (24-2-0, 14KO pour et 1 contre), membre de la célèbre famille de boxeurs de Liverpool, a affronté Jason Sosa (19-1-4, 15KO pour et 1 contre mais en début de carrière), tenant du titre des super-plumes. Il a remporté cette ceinture en Chine lors d’un de ses succès avant la limite. Smith avait ici sa 2e chance mondiale après une défaite il y a 6 mois pour un titre IBF.

La aussi, on a vraiment vu de la bagarre avec des gars qui frappaient l’un comme l’autre, des esquives, des déplacements, de la variété. Le Britannique a subi un knock-down en début de 2e reprise. L’Américain originaire de Puerto-Rico avançait, il se montrait très percutant, néanmoins Smith ne se laissait pas faire. Sosa a tout de même nettement dominé, envoyant quelques séries de patates de grande qualité. Dans l’ensemble, il a fait forte impression de par sa puissance mais aussi une précision très intéressante. Le petit Smith a pris très cher lors du 3e round. Il l’a terminé le visage en sang. L’Américain n’a pas voulu laisser la moindre chance à son adversaire de revenir dans le combat. Il a fallu l’intervention du médecin pour vérifier la gravité de la coupure. Se sentant proche de l’arrêt sur blessure, Smith a tout donné. Son adversaire a laissé passer l’orage, il a ensuite répondu, on a fini le round dans un mélange d’échanges puissants et d’accrochage, une belle bagarre de chiffonniers. Enorme ! De la baston comme on l’aime. Les débats se sont calmés avant le retour de la baston avec une alternance de temps forts de l’un et de l’autre.

Smith a brillé par son envie et son courage, malheureusement pour lui le champion restait très lucide, il gérait bien la situation. A partir de la 5e reprise on a vu plus d’accrochages, difficile de dire si Sosa essayait de s’économiser pour boxer en sorties de corps-à-corps ou si la fatigue en était la cause. Il touchait – fort – presque à chaque fois qu’il frappait, mais a aussi pas mal encaissé car son challenger restait féroce. Notons aussi que l’arcade de Smith ne saignait plus avant une réouverture en début de 8e round. Le combat s’est de nouveau transformer en une violente bagarre de rue. Sosa se faisait contrer, il répondait, ça s’accrochait, Smith envoyait dru, il se faisait à son tour bousculer pour ne pas dire tabasser, etc. Smith a été sérieusement ébranlé, ce qui ne l’a pas refroidi. C’était la guerre ! Sosa a presque semblé au bord du knock-out à la fin d’une 9e reprise très brouillonne avec de multiples accrochages et des coups très courts car portés lors d’une corps-à-corps permanent. Le champion est reparti au combat en avançant. On se dirigeait de façon incroyable vers une décision aux points malgré l’épuisement de plus en plus visible. Le saignement de nouveau très abondant a de encore fait suspendre les débats quelques secondes. Sosa en a profité pour récupérer et faire parler la foudre dès la reprise. Toutefois Smith a fini très fort. Il restait 2 fois 3’, bien malin qui pouvait annoncer le résultat. L’Américain a de nouveau accéléré dès le début du round suivant (e 11e). Son énorme accélération n’a suffi à faire rompre le boxeur de Liverpool, reparti au front sans sourciller. Sosa avait su suffisamment gérer ses efforts pour résister aux derniers assauts d’un Smith admirable de courage.

D’un niveau technique aléatoire mais d’une intensité permanente assez rares (même si elle était équivalente entre Solis et McDonnell), ce combat a logiquement été remporté par Sosa, vainqueur pour la 20e fois de sa carrière et donc toujours champion du monde. Pour ne rien gâcher, il y a eu beaucoup de fair-play entre les 2 hommes. Les juges ont rendu un verdict assez logique, peut-être un peu large pour l’un : 116-111, 117-110, 116-112. La boxe est ressortie vainqueur de ce match. On ne peut en dire autant de cet horrible Ortiz-Scott…

La semaine prochaine, attentions aux yeux, opposition de styles entre Kovalev et Ward. Prévoir un temps de sommeil réduit…



Les vidéos sont aussi sur Viméo :
-Amar vs Stieglitz ;
-Ortiz vs Thompson partie 1 et partie 2 ;
-Ortiz vs Scott partie 1, partie 2 et partie 3 ;
-McDonnell vs Solis partie 1, partie 2 et partie 3 ;
-Smith vs Sosa partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4.