Commençons au Pays de Galles, à Cardiff pour être précis, où avait lieu une soirée dont le main event a été repoussé d’une semaine (le challenger n’a pu fournir un document médical à temps). A l’affiche, on avait 10 combats, dont 9 concernant un boxeur invaincu, généralement opposé à un petit loser professionnel (j’en ai repéré dans d’autres soirées qui ont 100 à 240 défaites pour 4 à 12 succès…). Normalement, ça sert à faire prendre un peu d’expérience et à se forger un bilan assez reluisant pour ensuite obtenir des combats plus intéressants, mais pas de chance, un de ces invaincus a été battu par un garçon à 8-20-0… ça fait tâche. Il y avait aussi un affrontement entre 2 boxeurs à 1 défaite, mais surtout un championnat du monde WBO des poids légers (la catégorie de Linares, formidable Vénézuélien vu il y a quelques semaines) opposant Terry Flanagan (31-0-0, 12KO), champion depuis juillet 2015, il est de Manchester, à Orlando Cruz (25-4-1, 13Ko infligés, 3 subits), un portoricain devenu pro après les JO de… Sydney, mais qui en 16 ans a finalement assez peu boxé, souvent 1 ou 2 fois par an. A vrai dire, je ne sais pas trop pourquoi il est monté chez les poids légers car à 35 ans, trop petit pour cette catégorie, il n’y a pas d’avenir. A vrai dire, pour monter en poids, j’ai surtout l’impression qu’il a pris du bide. A l’évidence pas affuté et rendant presque 1 tête à son adversaire (en réalité 14cm) – et quasiment 2 à l’arbitre – lors d’un combat en Grand-Bretagne contre un Britannique, donc avec l’arbitre et un juge britanniques, il n’avait AUCUNE chance. Même sur un malentendu, ça ne pouvait se terminer que par une défaite. Surtout en boxant comme il l’a fait.

Incapable de trouver la bonne distance comme de protéger son œil droit en étant opposé à un gaucher (comme lui), Cruz s’est souvent fait frapper à cet endroit, y subissant même une coupure. Il se contentait de défendre et de tenter de temps en temps une réponse avec une série. Le Britannique avançait presque en permanence, il dictait son rythme mais avait un peu de mal à cadrer un adversaire petit et fuyant. Il a accéléré à partir de la 4e reprise, néanmoins il manquait de technicité et de puissance pour concrétiser sa domination. Même en bloquant Cruz dans les coins ou dans les cordes, en envoyant des séries sur ce garçon manquant désormais de mobilité et toujours réduit à fermer sa défense pour ne pas prendre trop cher, Flanagan se montrait incapable de faire mal. Bien sûr, il usait le Portoricain, ce travail allait finir par payer, seulement on attendait mieux de lui compte tenu du déséquilibre évident. Le seul passage au sol a été considéré comme une chute, pas comme un knock-down. Le spectacle de Cruz alternant phase de défense et de déni de réalité – il faisait non de la tête, comme pour dire qu’il n’avait pas mal – frôlait le pathétique. Le Mancunien tentait même des choses interdites comme utiliser son bras avant pour bloquer sa cible (il a été réprimandé par l’arbitre), mais rien n’y faisait. Le champion accélérait à chaque round, il ne parvenait pas à finir, ça l’énervait, même s’il savait la victoire à lui dévolue tant son challenger subissait sans jamais réagir, hormis en plaçant parfois un contre trop peu puissant pour être le légendaire "lucky punch" (le coup de poing inattendu du mec complètement dominé qui renverse totalement un combat… un truc aussi courant que les victoires de licornes tachetées au quinté à Dauville).   

Finalement, Flanagan a envoyé son adversaire au sol en tout début de 8e reprise, il en a remis une couche tout de suite après pour terminer, Cruz est retourné au sol, l’arbitre lui a demandé s’il voulait continuer, la réponse négative a mis fin à cette piètre rencontre. C’était moche parce qu’un seul des protagonistes présents sur le ring voulait boxer. Flanagan n’a pas convaincu, Cruz a convaincu tout le monde qu’il n’aurait pas dû venir. S’il souhaitait réellement devenir le premier boxeur ouvertement déclaré homosexuel à remporter une ceinture mondiale, il fallait s’y prendre autrement.

Au cours de la nuit avait lieu une autre réunion. Il s’agissait de la 2000e organisée par le légendaire escroc qu’est Bob Arum (donc une organisation Top Rank), à qui Michael Buffer a rendu hommage après les entrées – nullissimes – des 2 stars à l’affiche du main event. Le Cosmopolitan de Las Vegas était le théâtre d’un combat très attendu entre une terreur ukrainienne et un invaincu jamaïcain pour la ceinture WBO des poids super-plumes détenues par le premier.

Vasyl Lomachenko et Nicholas Walters figuraient en bonnes positions dans les classements pound for pound de tous les spécialistes mondiaux de la boxe anglaise. Forcément, on s’attendait à un énorme combat. Quelle déception ! Rappelons tout de même qui sont ces 2 hommes.

Vasyl Lomachenko (6-1-0, 4 KO) est un monstre, on comprenait en le voyant aux JO de Pékin – où il a battu Khedafi Djelkir en finale – qu’il allait devenir un monstre en pro. Encore champion olympique à Pékin, mais aussi champion du monde amateur en 2009 et 2011, il est passé pro au terme d’une carrière folle : 396 victoires pour une seule défaite concédée face à Albert Selimov (battu en quart des derniers JO par Sofiane Oumiah) en finale des mondiaux 2007… Depuis 2013, il est sorti 7 fois, à chaque vois pour des ceintures WBO, d’abord une internationale puis toujours pour des titres mondiaux, celui des poids plume lui a échappé lors de sa seule défaite (décision partagée) contre un adversaire pas au poids… si bien que le titre vacant l’est resté, Lomachenko l’a obtenu lors de son combat suivant. Champion du monde des poids plume dès son 3e combat pro, il l’a conservé 3 fois puis abandonné pour décrocher celui des super-plumes. Il le défendait donc face à Walters.

Nicholas Walters (26-0-1, 21KO) a été champion WBA des poids plume jusqu’à l’an dernier (un titre défendu plusieurs fois, notamment en éclatant Nonito Donaire), il a dû rendre sa ceinture et monter de catégorie. Il restait sur un nul à la décision majoritaire contre Jason Sosa (vu il y a peu à Monte-Carlo) dans un combat 10 rounds… Tous les observateurs ont été choqués par ce verdict, ils avaient tous Walters très largement devant, certains 100-90, d’autres 99-91. Mais ça s’est passé il y a 1 an, depuis il n’a pas combattu. A ce niveau, le manque de compétition est préjudiciable. A fortiori avant d’affronter un monstre figurant au sommet de la chaîne alimentaire.

Personne ne s’attendait à être déçu à ce point. Non seulement les 7 reprises disputées ont quasiment été à sens unique, mais cette fin en queue de poisson a vraiment scié tout le monde.

Au début, c’était dynamique, assez équilibré, toutefois Lomachenko dominait en imposant son rythme. Lors du 2e round même chose, l’Ukrainien mettait la pression, Walters essayait de bloquer et, parfois de contrer ses coups en passant à l’intérieur par des uppercuts ou des coups au corps. Quelques frappes passaient des 2 côtés, on sentait qu’avec leur vitesse de bras ça pouvait partir subitement à tout moment. Lors de la 3e reprise, Walters a commencé à ne plus trop fuir, chacun semblait décidé à prendre le centre du ring, quelques séries ont été lancées de part et d’autre, chacun a connu quelques temps forts, Walters tentant d’y aller à l’intérieur et toujours en puissance. On a aussi eu droit à des esquives, ça restait dynamique mais peu efficace. Il était en effet très difficile ce porter des coups nets. L’accélération de Lomachenko dans les dernières secondes lui assurait sans doute de remporter un nouveau round même si on ne pouvait que constater un équilibre relatif, ou du moins l’absence d’un déséquilibre évident entre les 2 hommes. Le combat n’avait pas une physionomie très claire, chacun à son tour essayait d’être au milieu ou au contraire de tourner. Walters est allé au sol après 1’ dans la 4e reprise, il avait été poussé. Quand l’arbitre a relancé les débats, l’Ukrainien a enchaîné de belles esquives et remises. Quelques gros échanges de coups ont permis d’augmenter l’intensité d’un combat qui n’en manquait déjà pas même sans prendre des allures de tempête de mandales. Lomachenko restant maître du combat en obligeant son adversaire à s’adapter à lui, et notamment à son rythme, il n’y avait aucun doute concernant le pointage des juges. La supériorité était ukrainienne, ceci sans discussion possible.

Il en était de même en début de 5e round, le Jamaïcain subissait de plus en plus, il était contraint de reculer, se faisait de plus en plus toucher, ce qui l’obligeait à fermer la garde. Il a fini par se réveiller et par répondre plus fermement, ce qui a rééquilibré les débats. Ça frappait plus, ça s’accrochait un peu, Walters s’est même mis à avancer, même si l’Ukrainien restait supérieur. Ce semblant de révolte en est devenu une vraie dès la reprise suivante. Le challenger affichait soudain un état d’esprit plus offensif, il est vraiment parti à la bagarre, seulement en face, Lomachenko lui envoyait des pains dans la tête quand il encaissait des contres au corps. Quelques bons échanges ont encore jalonné ces 3 minutes. A la fin, Lomachenko pouvait se satisfaire d’avoir su reprendre le contrôle, enchaîner, gérer les corps-à-corps…

L’issue du combat ne faisait déjà plus vraiment de doute. Vraisemblablement mené 6 rounds à zéro, Walters avait besoin de faire voir des étoiles à son adversaire. Il lui fallait au moins un knock-down et probablement même un KO pour décrocher la ceinture. Il en avait sans aucun doute confiance. Son moral a dû en prendre un coup car au cours de la 7e reprise, il n’a fait que défendre et subir. De plus en plus dominé, il a encaissé beaucoup de coups puissants, a passé son temps à reculer ou à se faire coincer dans les coins. Tenter de s’accrocher pour reprendre son souffle n’a pas suffi, le combat s’est transformer en correction, une bonne demontada des familles. Lomachenko a accéléré pour en finir. Si Walters a réussi à ne pas aller au sol et donc à ne pas être compté, il ne s’est pas senti capable d’y retourner. D’où cet abandon à l’appel de la 8e reprise. Tony Weeks (l’arbitre) lui a demandé plusieurs fois pour être bien certain avant d’annoncer la décision du boxeur d’en rester là. Il a refusé de reprendre le combat.

Evidemment, le public a hué. Compréhensible. Walters se sentait sans solution, en train ou plutôt sur le point de prendre une raclée. Il n’a pas eu envie de se faire détruire, pensant probablement déjà la suite (il n’a que 30 ans, l’Ukrainien 28). Abandonner dans un championnat du monde en n’étant pas blessé n’est pas dans les mœurs de la boxe. Il n’aura été réellement subi la tempête que pendant 1 round. Evidemment, son coin est totalement hors du coup, son staff semble avoir été aussi surpris que le public, l’arbitre et les commentateurs.

Ce combat était le dernier classé 5 étoiles par BoxRec dans le calendrier de 2016 (hormis un ChM féminin). Il reste toutefois quelques affiches intéressantes ces prochaines semaines, mais comme l’hiver est là, je ne sais pas si j’aurai beaucoup de temps à consacrer à la boxe s’il n’y a rien de très lourd au programme. Le 10 décembre, on a 2 championnats du monde poids lourds, un à Manchester, un à Auckland (NZ). Restez attentifs…



Les vidéos sont aussi sur Viméo (mot de passe « boxe ») :
-Flanagan vs Cruz 1ère partie et 2nde partie ;
-Lomachenko vs Walters 1ère partie, 2e partie et 3e partie.