L’épreuve normale (2x6km+2x7,5km) a été prise très au sérieux par la quasi-totalité des équipes. Seulement 2 ont choisi de miser sur l’autre épreuve… la France et l’Autriche. Parmi les cadors, seul Simon Schempp (le meilleur allemand) a fait l’impasse sur la journée. Les épreuves ont eu lieu en nocturne car la nuit tombe très tôt en Suède à cette époque. Et comme d’habitude, il y avait du vent, celui-ci ayant pour effet de faire baisser terriblement la température ressentie (il ne faisait en réalité pas hyper froid).

Avec sa nouvelle combinaison très moche fournie par son nouvel équipementier, l’équipe de France est mal sapée, on a beaucoup de mal à la reconnaître. La combinaison salamandre était tellement mieux ! Ceci dit, quand des Français seront en tête, on parviendra à les repérer quand même…

Sans Martin Fourcade et Marie Dorin-Habert, associés dans l’épreuve en duo, les Bleus ont joué à fond le jeu de la mixité : une très jeune pour commencer (Justine Braisaz), une expérimentée ensuite (Anaïs Bescond), un nouveau pour le 3e relais (Florent Claude), et un autre jeune mais déjà habitué aux relais pour finir (Quentin Fillon-Maillet).

Opposée à des filles comme Franziska Hildebrand, Selina Gasparin, Marte Olsbu, Susan Dunklee, Veronika Vitkova, ou encore Olga Podchufarova, Justine a démontré une fois de plus ses énormes qualités… ainsi que son défaut. Sur les skis, elle impressionne. Au tir couché, il lui faut faire de gros progrès. Elle y a concédé 29 secondes par rapport aux meilleures en ayant pioché une seule fois, essentiellement parce qu’elle tire très lentement. Il faut qu’elle parvienne à s’y lâcher sans en mettre partout… Seulement 16e à la sortie du pas de tir, elle devançait toutefois déjà des équipes à 3 pioches dont l’Italie. Vitkova a même déjà visité l’anneau de pénalité. En revanche l’Allemagne jouait devant.

Ensuite, le grand espoir français a envoyé du très lourd. Son retard s’est réduit dans la 2e boucle, si bien que malgré une nouvelle pioche au debout (en enchaînant beaucoup plus vite), elle était de retour au 6e rang à égalité avec Hildebrand avant ses 2 derniers kilomètres de ski. On trouvait la Norvégienne en tête suivie par la Suédoise, l’Américaine, la Russe, la Suisse, puis le duo franco-allemand à 17"5 d’Olsbu. Justine a passé le relais 4e à 5 secondes de la tête en ayant mis 20 secondes à Hildebrand en 2 bornes et repris ou doublé la plupart des filles. Déjà fantastique lors des sélections norvégiennes il y a 2 semaines, elle confirme que malgré son jeune âge (20 ans), il faudra compter sur elle cette saison. Au premier échange, la Russie pointait à 13 secondes, l’Italie à 33, la République Tchèque était à la rue à cause d’une Vitkova cataclysmique d’entrée.

Dans le groupe de tête composé notamment d’Anaïs Bescond, de Fanny Horn-Birkeland et de filles a priori pas très fortes, on se regardait trop. Tatiana Akimova essayait de revenir, Laura Dahlmeier aussi, Dorothea Wierer était quasiment dans ses skis, Kaisa Mäkäräinen encore un peu derrière, tandis que Gabriela Koukalova – anciennement Gabriela Soukalova mais mariée cet été avec M. Koukal – pointait à une quarantaine de secondes des premières.

Malgré le vent, le couché s’est très bien passé, seule la Suédoise a manqué avant une erreur de Wierer doublé d’une pioche gâchée. Mäkäräinen a aussi fauté. On se retrouvait avec la Norvège en tête juste devant la France, la Russie était 5e à 15", l’Allemagne pas loin, la Finlandaise et l’Italienne à 37". Mais ça n’avançait pas bien vite, du coup les écarts ont fondu. "Nanass" perdait déjà beaucoup de temps, elle ne parvenait pas à suivre, au point d’être rejointe puis doublée par Dahlmeier.

Au debout, les fanions bougeaient dans tous les sens, beaucoup de filles tiraient en même temps, ça s’est transformé en carnage : 2 pioches minimum pour chacune, et même 3 pour l’Allemande, la Norvégienne et la Tchèque, la Finlandaise a même tourné 2 fois. Anaïs s’est montrée solide, elle est sortie 2e dans les skis de la Suédoise, la jeune Hanna Öberg, qui régalait le public local. Seulement Wierer et Birkeland n’avaient que quelques secondes de retard, Dahlmeier un peu plus (17") mais rien de très conséquent. Akimova et Koukalova étaient en revanche bien à la ramasse.

Sur la piste, la différence de niveau a rebattu les cartes, un groupe de 5 s’est nettement détaché, Anaïs en a décroché, elle a dû se contenter de limiter la casse (à 12" de Wierer et à 7 des autres).

Très en forme il y a 2 semaines aux sélections norvégiennes, Florent Claude a tout de suite fait l’effort pour recoller au trio qui le précédait. En revanche, lancé 5 secondes avant Benedikt Doll, Ole Einar Bjørndalen et Jesper Nelin, Lukas Hofer s’est échappé seul.

Hormis le Suédois, tous ont passé le tir couché sans encombre (le vent était retombé). Hofer gardait 11" de marge sur OEB, 16 sur Doll et Claude. Maxim Tsvetkov et Michal Slesingr pointaient à une grosse minute. En revanche, au debout… Cata. Le jeune Français s’était rapproché de la tête mais après avoir manqué son premier et son dernier tir il a subi la pression au point de devoir aller tourner (comme d’autres). L’Italien a quant à lui fauté très bêtement : il a enchaîné trop vite… au point de commencer à remettre sa carabine sur le dos. Se rendant compte à ce moment que la dernière cible n’était pas blanchie, il a dû s’y remettre, a pioché 3 fois. Résultat, OEB s’est retrouvé seul à l’avant, Doll – qui avait perdu du temps sur les skis – 2e à 25", Hofer et Claude sont ressortis ensemble à 47", Slesingr les suivait en 5e position à une vingtaine de secondes.  

Sur la dernière boucle avant l’ultime passage de relais, Bjørndalen a un peu coincé mais a gardé de quoi lancer Johannes Boe dans un certain confort. Comptant 17" de retard, Arnd Peiffer devait compter sur des échecs du Norvégien pour espérer le battre, Dominik Windish (à 38") jouait le podium avec Quentin Fillin-Maillet (4e à 43" de la tête). Nelin a bien terminé pour lancer Fredrik Lindström 5e à 59" devant Ondrej Moravec et Anton Shilupin à 1’07.   

Le Norvégien est parti comme un avion, histoire de se donner encore plus de marge. Le Français a eu du mal à revenir dans l’aspiration de l’Italien. Boe en a rajouté en tirant très vite au couché et a eu le temps de finir avec une pioche avant que Peiffer n’ait pu appuyer sur la gâchette. L’Allemand a aussi manqué son 5e tir. Comme Windish, comme Quentin, seulement le Français avait aussi loupé la 2e. En piochant lentement, il a permis à Shipulin – auteur d’un sans-faute – de revenir dans ses skis et a même commis l’erreur de l’emmener au lieu de se placer derrière lui.

Boe en tête, Peiffer à 33", Windish à 47", Shipulin et Quentin ensemble à 59"… Rien n’était joué hormis la victoire (a fortiori après le super 5/5 au debout du Norvégien dans un vent fort mais régulier… saleté de Siegfried Mazet !). Solide, Peiffer a assuré la 2e place de l’Allemagne, alors que Windish mettait en danger la place de l’Italie sur le podium en manquant la 5e cible, ce qui l’a fait ressortir juste derrière un Shipulin impressionnant. En piochant une fois, QFM s’est privé de pouvoir lutter avec eux, les filles de l’équipe ont fait le job, pas les garçons, qui ont perdu une trentaine de secondes chacun.

Le sprint a tourné en faveur de l’Italien, Lindström en remporté un autre avec Moravec pour la 6e place.

La Norvège a donc facilement devant l’Allemagne, l’Italie, la Russie, l’équipe de France A’, la Suède et la République Tchèque. Le résultat promettait d’être très différent dans l’autre épreuve, disputée un peu plus tard.

La France a aligné son duo royal. 4 titres et une médaille d’argent pour l’un, 3 titres, 3 médailles d’argent et une de bronze pour l’autre[1], voici ce qu’on obtenu Martin Fourcade et Marie Dorin-Habert lors des derniers championnats du monde… En outre, ils ont remporté la course lors de leur dernière association dans un relais mixte simple. L’identité des favoris ne faisait donc aucun mystère pour personne. Seul le vent semblait pouvoir les empêcher de gagner. Les duos les mieux armés pour les embêter étaient autrichien (Lisa-Theresa Hauser et Simon Eder) et allemand (Erik Lesser et Franziska Preuß). Dans les autres équipes il y avait soit un maillon faible, soit 2 insuffisamment solides. Néanmoins une équipe comme celle du Kazakhstan a profité à plein de ce format pour se montrer, ce dont elle est totalement incapable sur un relais à 4.

Les boucles sont courtes (1,5km) et le tir très important puisque chacun passe en tout 4 fois sur le pas de tir. La course se fait donc beaucoup par élimination. Une chute comme celle de la jeune Ingrid Tandrevold (NOR) dans le premier tour est très préjudiciable. Une craquante comme celle d’Eva Puskarcikova (RTC) obligée d’aller tourner 2 fois dès le premier couché est rédhibitoire.

La marge d’erreur est très réduite et il faut savoir gratter du temps à la moindre occasion. C’est ainsi qu’après un tir couché très propre et très posé, la petite Marie devenue "Super-Maman" a lâché Preuß pour prendre de l’avance sur Hauser et Sleptsova. On voyait déjà beaucoup de pioches, on en a revu au debout. Arrivée avec une dizaine de secondes de marge, la sextuple médaillée aux ChM d’Oslo a tiré lentement mais proprement avant de se manquer sur la dernière et de devoir de nouveau piocher. Voir l’Allemande sortir devant elle – malgré une pioche – en ayant pris plus de risques a dû lui mettre un coup de pression. Résultat, à la sortie du pas de tir, là où se fait le passage de relais, l’Allemand est parti 4 secondes avant l’Autrichien, Martin s’est élancé 16" après de l’homme de tête,  suivi par le Suédois, le Canadien, mais ni par Svendsen, ni par Babikov, ni par Krcmar. La Norvège, la Russie et la République Tchèque étaient tous déjà largués pour de bon.   Le patron du circuit sait exactement où accélérer pour réduire l’écart ou lâcher ses compagnons/poursuivants. Il a donc fait son retour comme il l’a voulu après le couché où, comme Lesser, il a tiré très vite mais aussi très bien, lui qui a l’habitude de prendre son temps dans cet exercice. En revanche Eder a commis une erreur. L’écart de quelques secondes entre les 3 hommes a vite été effacé, puis Martin a attaqué au debout. L’Autrichien a répondu à son plein impressionnant, l’Allemand a dû piocher une fois.

Marie et Hauser ont donc repris la piste ensemble, Preuß a fait de même 8 secondes plus tard, la Kazakh et la Suédoise étaient déjà reléguées à 30", soit un trou impossible à combler sans la complicité des équipes mieux classées. En position beaucoup plus vite, Marie a tranquillement fait le plein au couché et gagné quelques secondes par rapport à l’Autrichienne, piégée en s’emballant. Preuß a aussi manqué son 5e tir. L’écart s’est creusé avant le debout où Hauser a rattrapé Marie (1 faute) grâce à un super 5/5. L’Allemagne restait à 15", les autres équipes n’étaient plus dans le coup pour un podium.  

On a donc assisté à un duel franco-autrichien. Martin a immédiatement attaqué Eder sur la piste pour arriver le premier au couché et mettre la pression. Son sans-faute rapide a fait craquer le gaucher réputé pour sa qualité de tireur, une seule pioche a suffi à le reléguer à 12", sans piocher Lesser était déjà à 26, la 4e équipe naviguait encore 1’ derrière. Il ne restait qu’une session de tir debout, Martin a encore poussé sur les skis et tiré sur les bras pour se donner de la marge, il a ainsi pu se permettre une faute (un cordon) sans se faire peur un instant. Il avait déjà fini le travail quand Eder a lâché sa première balle.

C’est ainsi que Martin Fourcade et Marie Dorin-Habert ont débuté leur saison par une belle victoire obtenue avec la manière devant l’Autriche, l’Allemagne, la Suède et le Kazakhstan. Les Russes ont pris la 8e place, les Norvégiens la 11e, les Italiens la 13e, les Tchèques la 14e… Ils avaient beaucoup plus misé sur le relais mixte à 4, néanmoins ça reste des résultats très laids.

Enseignements/confirmations de la journée :
-Justine Braisaz est en feu mais a trop de mal au couché ;
-Anaïs Bescond n’est pas dans le rythme actuellement sur les skis mais a su faire parler l’expérience ;
-Fabien Claude est très fort sur les skis mais a pas fiable au tir, il peut craquer sous pression ;
-Quentin Fillon-Maillet n’est pas au niveau de forme de son début de saison l’an dernier ;
-Bjørndalen et Johannes Boe ont très bien tiré… et Siegfried Mazet est un traitre ;
-Martin Fourcade est déjà bouillant, il n’a pas l’intention de laisser la concurrence le rejoindre ;
-Marie Dorin-Habert n’est pas rouillée malgré les soucis au dos qui ont retardé son retour à la compétition sur les vrais skis, elle est donc prête à assumer son nouveau statut ;
-le biathlon, c’est vraiment trop bon !

Au programme, individuelles mercredi et jeudi, sprints samedi, poursuites dimanche. Régalade tout la semaine !



Les vidéos sont aussi sur Viméo :
-relais mixte "normal" 1ère partie, 2e partie, 3e partie, 4e partie et 5e partie ;
-relais mixte simple 1ère partie, 2e partie et 3e partie.

Note

[1] Dont un titre en commun.