Les conditions de course étaient idéales, ou presque. Les hommes ont eu droit à du soleil (sauf dans la forêt), il était tombé pour la course féminine (ce qui finalement a profité au suspense), il n’y avait absolument pas de vent, la piste préparée à partir de neige de conservation et grâce à celle qui a pu être obtenue il y a quelques temps – quand il faisait vraiment froid, car pendant ces courses, les thermomètres annonçaient des valeurs positives – a permis la tenue de ces sprints sans aucun souci. Les organisateurs ont vraiment bien fait leur travail, tout était réuni pour que les compétitions soient belles. Elles l’ont été.

Même avec un pas de tir facile (arrivée en descente), un tracé plutôt rapide bien que sélectif (il y a pas mal de bosses, des parties en descente, du plat, mais aucune côte terrible) et pas du tout de vent, il existait des raisons de se rater. Pour les biathlètes, la difficulté de ce site résidait surtout dans ses différences avec ceux où ils ont passé les dernières semaines. L’adaptation pouvait poser des problèmes. En Scandinavie ils étaient assez proches du niveau de la mer et vivaient des journées très courtes (il y faisait nuit à 14h). En Slovénie, les journées sont nettement plus longues, mais le stade de Pokljuka se trouve surtout à une altitude bien supérieure. Sans parler de la préparation du matériel, la neige se différenciant de celle qu’on trouve en Scandinavie.

  • Sprint masculin.

Se doutant bien que la neige allait se réchauffer et brasser sous l’effet du soleil et des passages, les cadors ont choisi de s’élancer dans le 1er ou dans le 2e groupe.

Au début, ça tirait bien au couché, voire très bien. Malgré tout, certains parvenaient à se louper. Sachant que la moindre faute allait nécessairement coûter très cher dans ces conditions faciles, manquer une cible suffisait à se manquer. C’est arrivé à Simon Desthieux (17) et à Simon Fourcade (19), déjà peu fringants sur la piste, pas aux Norvégiens Ole Einar Bjørndalen (9), Emil Hegle Svendsen (18) et Johannes Boe (21), qui ont tous confirmé au debout quand d’autres à l’image de Benedikt Doll (2) s’y manquaient complètement. Ce trio a même un temps occupé les 3 premières places du classement final. On croyait Boe bien parti pour l’emporter grâce à sa vitesse sur les skis comme au tir, où il a attaqué et cartonné. A ce moment de la course, Martin Fourcade (30) était en piste mais moins rapide. Il accusait un certain retard par rapport au temps de référence de son principal concurrent (7 secondes à la sortie du couché, où on l’a vu appliqué afin de réussir un plein propre).

Svendsen a tiré relativement lentement, OEB a pris plus de risques, il n’a pas le choix, son niveau en ski a baissé, ce qui s’est vérifié dans le dernier tour. Le vétéran a peiné, il s’est fait nettement doubler par son successeur avant que Boe ne prenne la tête, mais pour seulement 7 secondes. Svendsen a donc repris pas mal de temps à ses coéquipiers, ce qui laissait beaucoup d’espoir à d’autres concurrents, en particulier à Martin, auteur d’un super 2e tour au cours duquel il a comblé tout son retard. Légèrement en tête avant le tir debout, il avait besoin d’un 10/10, or, malgré les conditions, ils s’avéraient beaucoup plus rares que prévu. En immense champion qu’il est, Martin s’est bien calmé puis a parfaitement enchaîné. Son 10/10 lui a permis de ressortir à une demi-seconde de Boe en étant renseigné. La première place lui était promise, ça ne faisait aucun doute.

Anton Shipulin (29) a pris le départ de ce sprint juste avant Martin, mais malgré un bon tir couché il comptait déjà un retard conséquent sur Boe, le Russe est progressivement revenu dans le jeu. Avec son 10/10, il a recollé au point de menacer la première place provisoire du jeune Norvégien. Il a échoué à 1"4, soit 10% de son retard après le couché, puis a très vite rétrogradé au 3e rang à cause du 3e tour de mutant réussi par le patron incontestable de la discipline. 13"7 d’avance… Enorme ! Il a broyé la concurrence à tel point qu’ensuite les bonnes performances ont eu tendance à passer inaperçues. Simon Schempp (38) s’en est bien sorti, se classant provisoirement 5e à 29"5 en attaquant de bout.

Reconnaissons que par la suite, allier du très bon tir et un super temps de ski est devenu très difficile car la piste s’est dégradée. Par d’une façon trop dramatique mais tout de même suffisamment conséquente pour se payer cher. Ainsi, parti dans le dernier groupe à cause de ses mauvais résultats à Östersund, Quentin Fillon-Maillet (88) a réussi une course impressionnante malgré beaucoup de précautions prises au couché pour assurer le plein (déjà à 16s de Boe, donc à 9 de Martin). Il a confirmé debout en réussissant le plein. Alors 4e à 11" il ne pouvait évidemment jouer la gagne. Compte tenu de l’état de la piste, aller gratter des places relevait de la mission impossible. Il a perdu à peu près autant que Boe dans ce dernier tour, ce qui l’a classé 5e à 27", un résultat plus qu’honorable.  

Lors de ce sprint, il ne fallait vraiment pas fauter au tir. J’en veux pour preuve qu’aucun des 9 premiers n’a visité l’anneau de pénalité. Jean-Guillaume Béatrix (39) s’est condamné en débutant par un tir manqué, il a tout mis derrière, néanmoins ça l’a relégué assez loin. C’est pire pour Fabien Claude (65), auteur d’un plein au couché et parti pour faire une belle course. En loupant 2 fois debout, il s’est plombé.

Martin a donc gagné devant Boe (à 14") et Shipulin (à 15s). Svendsen (à 21"), Quentin (à 27") et Schempp (à 30") ont aussi participé à la cérémonie, au contraire de Bjørndalen (7e à 31") et de Lesser (à 33"), qui auront néanmoins un coup à jouer, tout comme les premières demi-surprises du jour (Krcmar à 36", Eliseev à 38"). Derrière, on trouve Eder (11e à 39"), puis un duo à 52", ensuite l’écart passe à 1’05, 1’10… Vous aurez remarqué que dans ce top 11, hormis les 2 demi-surprises[1], tous ont déjà gagné et/ou connu des podiums individuels en Coupe du monde la saison passée.

Ce sprint s’est révélé très tactique. Certains sont partis trop vite (en particulier Boe), d’autre ont préféré en garder lors du premier tour (Martin), on a vu des façons de tirer très différente, certains très à l’attaque, d’autre préférant assurer en ralentissant le rythme, en prenant tout leur temps. Certaines équipes ont pu avoir un avantage concernant la glisse. Pour faire la course parfaite, il ne suffisait pas de tout donner du début à la fin et de faire le plein au tir, il fallait tout donner au bon moment… Martin a su le faire en ayant été mis sous pression par les cadors passés avant lui. Il était encore le meilleur sur les skis[2]. Pourtant, les circonstances ne lui étaient pas favorables. En effet, il a dû faire un crochet par chez lui entre la Suède et la Slovénie, ce qui lui a ajouté beaucoup de trajet en avion, a fortiori avec les soucis subis avec la compagnie aérienne, des correspondances foireuses. Une galère. Il n’a quasiment pas pu s’entraîner de la semaine, avait de très mauvaises sensations jeudi, a passé 2 heures avec le kiné. D’où sa décision de partir un peu plus calmement que d’habitude. En constatant qu’il comblait son retard lors du 2e tour, il était serein. Malgré ces mésaventures, cette première victoire à Pokljuka s’explique en partie par le calendrier. L’an dernier par exemple, cette étape était la dernière du premier cycle de 3 semaines d’épreuves, l’accumulation de fatigue était supérieure, il lui manquait souvent un peu de jus pour transformer de bonnes places – voire des podiums – en succès. Cette année, il s’agit de la 2e étape, sa préparation sans aucun pépin paie particulièrement. 3 victoires et une 3e place en 4 épreuves individuelles[3], ça fait de très gros point au classement général. Il devance systématiquement ses adversaires directs pour le gros globe. Déjà 78pts d’avance sur Johannes Boe !

Et les autres dans tout ça ?
-Simon Fourcade était moins bien physiquement que la semaine dernière, il finit à 1’24 (29e).
-Simon Desthieux a été un peu meilleur sur les skis, avec son unique faute il a été relégué à 1’15 (20e). Il a eu du mal à trouver son rythme, s’est aidé ensuite d’avoir Svendsen en point de mire, mais difficile de jouer devant en ayant tourné. Le changement d’altitude semble l’avoir gêné.
-Jean-Gui Béatrix s’est mis en difficultés avec 2 fois 1 tour de pénalité. Il a reculé au 27e rang à 1’23.5… juste devant Simon F. en ayant tiré une fois de plus. Il se sentait bien sur les skis, forcément déçu par son tir, mais il sent que son niveau moyen en tir a augmenté, ce qui est bon signe.
-Fabien Claude a fini à pile 2’ (55e) avec ses 2 fautes au debout, il a donc très mal fini. Il n’était vraiment pas bien, mal au ventre, du coup pas concentré debout… Il reste qualifié pour la poursuite, ça va lui faire une course de plus.
-Quentin Fillon-Maillet (5e) se refait le moral après avoir galéré à Östersund, il s’est rassuré au tir. Dommage que son dossard l’ait pénalisé, mais étant un des moins bons de l’équipe de France la semaine dernière, il était normal qu’il soit le dernier à choisir son groupe.

  • Sprint féminin.

On attendait Marie Dorin-Habert, elle-aussi passée par la France (sa fille a chopé la varicelle), mais on a surtout vu les jeunes. Tenante du titre à Pokljuka et porteuse du dossard rouge de "leader" de la spécialité grâce à son succès à Östersund, Marie a clairement manqué sa course. La force de l’équipe s’exprime dans ces moments. Quand la patronne se loupe, les collègues sont au rendez-vous, on l’avait déjà constaté lors de l’individuelle d’ouverture il y a une grosse semaine.

J’ai évoqué la tactique chez les hommes, elle était encore plus présente chez les femmes en raison de la disparition du soleil. Certaines filles et non des moindres ont pris le risque de s’élancer tard, comme Gabriela Koukalova (62), voire très tard, en particulier Dorothea Wierer (102). Elles misaient sur le refroidissement des conditions et un regel qui aurait accéléré la piste. En pratique, ce pari s’est avéré perdant, néanmoins il a permis de préserver le suspense pendant très longtemps. Le temps passé sur le pas de tir s’est révélé particulièrement déterminant, il fallait savoir prendre des risques sans se louper ou au contraire assurer le coup quitte à y laisser quelques secondes afin de s’épargner une visite sur l’anneau de pénalité. En résumé, il était nécessaire de très bien se connaître, de ne pas se surestimer… et de faire le plein.

Sans vent, on pouvait s’attendre au même genre de résultats que pour les hommes, avec un coût très important pour chaque tour de pénalité. En pratique, 4 filles ayant tourné ont réussi à s’insérer dans le top 15, dont une au pied du podium. Sur ces 4, 3 sont réputées pour leurs qualités en ski de fond, ça n’a donc rien d’illogique.

Marie Dorin-Habert (10) a certes fait le plein au couché, mais avec 2 respirations entre chaque tir. Elle était déjà à 9 secondes de Tiril Eckhoff (7). Un souci dû à l’altitude ? On pouvait se l’imaginer. Pendant un moment, on a vu tout un paquet de filles s’empiler en quelques secondes à la sortie de la première séquence de tir. Lisa-Theresa Hauser (11) et Franziska Hildebrand (15) y ont bien fait le job, elles étaient dans le lot, puis Kaisa Mäkäräinen (18) a pris la tête 3 grosses secondes devant la Norvégienne grâce à un tir nettement plus efficace que rapide. Eckhoff a coincé debout (très lente avec une faute). Justine Braisaz (23), lancée à grande vitesse sur la piste, a dû affronter la première épreuve qui peut lui poser le problème, le tir couché, réussi en allant à son rythme (vraiment pas fou). Elle a allumé vert pour 2 secondes et n’a ensuite été battue à ce point de chronométrage que beaucoup plus tard.

Marie avait besoin de faire plein au tir debout pour ne pas s’éloigner du nouveau temps de référence établi par Susan Dunklee (9). Sa 2e balle est partie à côté, elle restait trop sur la défensive, d’où beaucoup trop de temps lâché sur le pas de tir un jour où les jambes répondaient moins bien sur les skis. Elle pointait alors à 31" de l’Américaine avec la quasi-totalité des cadors sur la piste à suivre. Il fallait déjà penser à sauver les meubles. Les Hauser ou autres Hildebrand tiraient beaucoup mieux, beaucoup plus vite, elles claquaient des 10 et jouaient dans la cour de l’Américaine. Mäkäräinen, partie pour jouer la victoire, a vu ses espoirs s’envoler en loupant d’entrée au debout. Sa grande forme sur la piste pouvait toutefois lui permettre de jouer un podium à 9/10, surtout si Laura Dahlmeier (31) n’accélérait pas. Leader au général, l’Allemande accusait déjà plus de 7" de retard par rapport à Justine et n’était que 5e provisoire après un tir couché pourtant de très bonne facture. A titre de comparaison, Célia Aymonier (37) en est sortie au 3e rang à 5" de sa coéquipière malgré un plein nettement plus posé pour assurer le coup.

Le dernier tour médiocre de Dunklee a faussé la perception de certaines performances. Pas mal de filles lui ont repris du temps, Marie était en réalité moins bien placée en vue de la poursuite qu’il n’y paraissait, Hauser également, et la perf de Sélina Gasparin (12), revenue à seulement 12" de l’Américaine malgré son 8/10 (1+1) restait "simplement" remarquable, pas incroyable. En revanche, l’erreur du réalisateur est incroyable : il est complètement passé à côté du tir debout de Justine Braisaz, auteur d’un sans-faute. Largement en tête, elle était déjà hors de portée de la quasi-totalité de ses adversaires, sauf performance phénoménale ou amélioration des conditions de glisse.

Installée à la première place avec 17" de marge par rapport à Dunklee, Hildebrand se savait déjà en sursis. Mäkäräinen a vite repoussé l’Allemande à 5 grosses secondes en attendant les arrivées de Justine mais aussi de Dahlmeier, elle aussi à 10/10 en ayant bien contrôlé au tir debout pour éviter la faute. Il n’y a pas eu de précipitation, elle savait exactement quel rythme adopter. Sortie à 10" de Justine, bénéficiant des renseignements sur les chronos de sa proie indirecte, elle promettait de lui contester la victoire. Les économies d’énergie opérées en ne se mettant pas à la planche dès le premier tour ont fait la différence. Dahlmeier avait su limiter la casse de manière à pouvoir renverser la situation en sa faveur sur ces 2,5 derniers kilomètres. Ainsi, si Justine a repoussé Mäkäräinen au 2e rang (à 19"), la femme au dossard jaune a pu la battre de 3"5 en étant passée pile à égalité au chrono des 6,8km. Au moins, elle a évité le scénario très désagréable dans lequel on croit longtemps à une victoire récompensant une course parfaite avant de prend un coup de marteau sur la tête tout à la fin de l’épreuve à cause d’une fille partie de derrière. On y a eu droit plusieurs fois l’an dernier. Rapidement consciente que ça ne gagnerait pas, Justine a évité cette frustration, elle est partie courir pour faire son décrassage en s’isolant plutôt que de stresser en suivant la course.

Il restait encore pas mal de filles susceptibles de bouleverser la hiérarchie avec en plus l’inconnue due aux départs tardifs. Une coéquipière a bien failli mettre en danger sa 2e place. Célia pouvait viser le podium avec un 10/10. Parfaitement consciente de la situation, l’ancienne de l’équipe de France de fond spécial a pris tout son temps pour lâcher la première balle, idem pour la 3e et pour la 5e… Manquée. 9/10 en craquant sur le dernier tir malgré tant de précautions prises… Dommage ! Repoussée à 43" de Justine, elle a tout donné, terminant à 41" en ayant parcouru une fois l’anneau de pénalité. Alors 5e, elle a fini 9e.

Pas mal de concurrentes restaient en lice pour le podium – voire mieux – à la sortie du couché. Miriam Gössner (58) pointait dans la même seconde que Justine. Super sur les skis mais pas fiable du tout au tir, elle représentait un réel danger dans des conditions de tir très facile. Elle a manqué une cible debout, ce qui lui a coûté cher, exactement comme Célia, derrière laquelle elle a fini (pour 2"). Gabriela Koukalova (62) accusait un maigre retard de 4 secondes après un couché très posé, plutôt lent, elle a suivi la même voie en manquant son 2e tir debout, elle s’est classée 1"4 devant Célia, puis Eva Puskarcikova (78) a trouvé le moyen de s’intercaler entre elles avec un sans-faute avec un debout très rapide. Je la croyais bien meilleure que ça sur les skis…

Certaines filles n’ont pas craqué, ou dans de bien moindres proportions. Révélation des ChM organisée chez elle il y a quelques mois, Marte Olsbu (45) a claqué un beau 10/10. Heureusement, son retard de 7" à l’entrée de la dernière boucle s’y est accru, elle a fini 3e à 21", sortant Mäkäräinen du podium pour 1"5.

Anaïs Chevalier (64) a – enfin – bien tiré au couché, elle a tout gâché au débout avec 2 fautes d’entrée, un arrêt pour se replacer… et une nouvelle erreur pour finir. Avec ses 3 tours, elle a dégringolé. Juliya Dzhima (89) était encore mieux placée jusqu’à ses 2 fautes au debout. Elle a dégagé, contrairement à la revenante, Anastasia Kuzmina (83), double championne olympique en titre du sprint, qui pour sa course de rentrée après sa grossesse… était en tête après le couché pour 5" ! Compte tenu de la performance de Justine, lui coller 5"… Outch !  L’ancienne Russe devenue slovaque a claqué un beau 10/10 sans pouvoir tenir le rythme sur les tours suivants. Elle a néanmoins terminé 6e à 31", un exploit impressionnant sur une piste manifestement dégradée. Dorothea Wierer (102), partie assez vite, a eu beaucoup de mal. Son 4/5 au couché, même suivi d’un énorme sans-faute debout en full attack mode, a condamné son sprint. Elle a perdu du temps sur la piste lors des 3 tours.

Outre l’impressionnant retour, relevons les impressionnants débuts en Coupe du monde de l’Allemande Denise Herrmann, qui débarque du fond spécial (médaillée olympique en relais). Elle a pris la place de Preuß, malade, et a su marquer les esprits. A l’arrivée, elle est 18e à 1 dixième derrière Marie malgré 2 fautes.

Il y a un réel écart entre le duo Dahlmeier-Braisaz (séparées de 3"5) et les suivantes : Olsbu à 21s, Mäkäräinen première à 1 faute, elle est à 23", puis Hildebrand et Kuzmina à 28" et 31", plus loin ça s’empile avec Koukalova, Puskarcikova, Aymonier et Gössner entre 39" et 43", on retrouve ensuite les Dunklee, Hauser, Podchufarova, Skardino, Pidhrushna, S. Gasparin, Marie… Eckhoff n’est que 20e, Wierer 21e.

On ne porte pas le dossard jaune sans raison. Dahlmeier a fait comme Martin, un premier tour pas super rapide, des tirs maîtrisés pour assurer le 10/10, puis elle a tout donné sur l’ultime boucle, là où on peut creuser les plus gros écarts en profitant de la fatigue de ses concurrents. Justine a fait comme Boe, elle a tout donné d’entrée, ce qui lui a permis de prendre de l’avance mais l’a payé dans le dernier tour où la fraîcheur lui manquait pour rivaliser avec le phénomène. La maîtrise technique, l’expérience de la course – même si Dahlmeier est encore très jeune – et la connaissance de soi ont beaucoup joué. En réalité, l’Allemande a gagné car elle a plus pris de temps à Justine sur le pas de tir qu’elle n’en a perdu sur la piste[4]. En inversant l’ordre de départ, aurait-on aussi inversé le classement final des 2 premières ? Je le crois.

Justine a donc connu son premier podium individuel. Elle est très proche de pouvoir jouer la gagne lors de chaque course, il lui manque essentiellement de la justesse et de la confiance au tir. Le jour où elle se mettra à enchaîner plus rapidement sans se poser trop de questions… tout en blanchissant les cibles, bonne chance pour aller la chercher ! Très contente de son résultat, elle a encore réagi bizarrement – elle est toujours dans son monde^^ – en expliquant être déjà très stressée en pensant à la poursuite. Justine, tu montes sur ton premier podium individuel en Coupe du monde, tu as le droit de savourer ! Demain est un autre jour, tu as même le droit de complètement planter ta poursuite, ça ne te retirera pas ta super perf !

Célia semblait satisfaire sans réserve, 9e à 41" (à 1.4 de la 7e), elle retient uniquement le positif. Jusqu’ici, sa meilleure perf en Coupe du monde était une 11e place.
Marie a reculé jusqu’au 17e rang à 1’ pile de Dahlmeier avec 1 faute. Elle est restée philosophe car ne s’étant pas sentie en forme, ayant commis une faute au tir, elle n’avait rien à espérer de cette journée. Elle a appris à relativiser.
"Nanass" a raté sa course, il lui faudra probablement attendre le relais pour garder un bon souvenir de cette étape. Avec 1 et 1, elle ne pouvait être que loin du compte, 48e à 1’56, elle pourra se lâcher lors de la poursuite.
L’autre Anaïs, seulement 54e à 2’10 avec sa cata au debout (3 fautes)… n’aura aucune pression samedi. Néanmoins, si elle réussit une remontée fantastique, peut-être y gagnera-t-elle une place dans le relais.

Evidemment, avec 2 victoires, une 2e place et pour pire résultat un "échec" au pied du podium, Dahlmeier a pris le large au général. Justine est 4e, Marie 6e.

Les poursuites de samedi nous offriront-elles de nouveaux succès ou podiums ? C’est bien possible. Martin Fourcade poursuivra-t-il sa série ? J’y crois évidemment. Célia Aymonier sera-elle la 4e Française à monter sur un podium cette saison ? Et pourquoi pas ?

Notes

[1] Krcmar restait sur une super poursuite à Österdund et a pris la 5e place de l’individuelle des Mondiaux d’Oslo, Eliseev a enchaîné les perfs en IBU Cup.

[2] En temps de ski Martin a battu Doll de 6", Svendsen a fini à 8", Boe à 14", Eberhard à 19", comme Shipulin, puis viennent Eliseev à 21", Schempp à 22", QFM est 9e à 27", JGB 16e à 36", Desthieux 25e à 45", l’aîné Fourcade à 57", Claude 46e à 1’06.

[3] Plus un succès en relais mixte.

[4] En ski on a Mäkäräinen en tête, Célia à 5"5, Justine à 7", Dahlmeier à 12", Herrmann à 19", puis S. Gasparin, Koukalova (à 25"), Gössner (à 30"), Marie 12e à 38", Anaïs C. 23e à 59", Wierer seulement 28e à 1’02, "Nanass" 37e à 1’12.