• Poursuite masculine.

Martin prenait le départ une petite quinzaine de secondes avant les chasseurs. Ses premiers poursuivants étaient tous des cadors, Johannes Boe, Anton Shipulin, Emil Hegle Svendsen, puis Quentin Fillon-Maillet, vraiment pas loin de ces gros poissons, Simon Schempp le suivant à quelques secondes, tout comme Ole Einar Bjørndalen et quelques autres. Ils étaient nombreux à pouvoir viser un podium, toutefois, compte tenu des conditions très favorables (très peu de vent, et même quasiment aucun sur les premiers dévolus aux mieux classés, un peu plus pour les autres), on pouvait imaginer assister à du très bon tir, ce qui rend les grosses remontées difficiles… et les fautes très coûteuses.

Martin a choisi de ne pas partir trop vite, permettant ainsi à Boe et Shipulin d’allier leurs forces et à Svendsen de gratter quelques secondes. Au premier couché, il a pris tout son temps pour assurer un sans-faute. Le Russe a tiré très vite, ce qui lui a permis de ressortir à seulement 9". Les erreurs étaient rares, Quentin en a commis une (la 2e), Bjørndalen 2. Ils étaient quasiment déjà éliminés. Svendsen et Boe ont repris la piste ensemble à 17 ou 18" (ils ont tiré lentement). Derrière, on retrouvait Schempp, Eliseev et Krcmar à 33/37", Eder à 49", Quentin étant avec Tsvetkov et Lesser à environ 55". Parti 29e, Simon Fourcade était déjà remonté au 18e rang. Les autres Français ont dû visiter l’anneau de pénalité.

Au lieu de chercher à maintenir l’écart, Martin a temporisé, laissant Shipulin recoller après 4,3km de course. Evidemment, le duo norvégien a pu en profiter également, il se rapprochait. Au second couché, quel duel ! Shipulin a essayé de faire craquer Martin en attaquant le premier et en enchaînant rapidement. Martin lui répondait à chaque fois dans la seconde. 5/5 pour chacun, et seulement 2 grosses secondes d’avance – donc rien – pour le Russe à la sortie du pas de tir. Derrière, on a eu sensiblement le même duel entre les Norvégiens avec le même résultat. Dans le rôle de Shipulin, Svendsen est reparti juste devant Boe, mais à 18" des hommes de tête. Si Quentin s’est enfoncé en loupant son 4e tir, Simon F. a fait bien pire : après avoir attendu environ 1200 ans pour lâcher sa première balle car venait de se cramer en voulant suivre un groupe trop rapide pour lui, il a manqué 2 cibles (3 et 4) en tirant lentement. Forcément, il a plongé très profondément pendant que Simon Desthieux (4/5) et Jean-Guillaume Béatrix (5/5), arrivés après lui, étaient déjà repartis.

A mi-course on trouvait 3 duos, le franco-russe, le norvégien un germano-russe (Eliseev-Shempp) avec environ une vingtaine de secondes entre chaque. Martin faisait ce qu’il voulait, il forçait Shipulin à le relayer ou à le suivre selon les portions de piste, le tout en se méfiant des descentes dangereuses.

Au debout, on a remis ça. Cette fois Martin a attaqué le premier, Shipulin répondait, ils ont fini quasiment en tir synchronisé… en faisant encore chacun le plein. Svendsen et Boe ont… fait de même, le plus ancien tirant à peine plus vite. Toujours ensemble, ils déploraient encore leur 20 secondes de retard. Ayant loupé un tir chacun, Eliseev et Schempp ont de fait dit adieu à leurs espoirs de podium (1’02 de retard pour le 5e). Nombreux étaient les concurrents présents sur le pas de tir quand Quentin s’y est présenté. Une nouvelle faute (3e tir) l’a encore un peu plus plombé (11e à 1’30). En revanche Simon D. Desthieux s’est mieux débrouillé, il est ressorti 14e.

Martin a continué à jouer avec les nerfs de Shipulin sur la piste puis une fois de retour au debout. Une nouvelle fois à l’offensive, il a fait craquer son dernier adversaire direct, auteur d’une faute dès le 2e tir. Martin a complété son 20/20 et assuré la victoire. D’où un dernier tour en détente. Il a juste assuré jusqu’à l’arrivée. L’autre duel a tourné en faveur de Svendsen, beaucoup plus intelligent, qui a contrôlé en voyant son compatriote se déchirer par précipitation (2 fautes, 1 et 5). Svendsen et Shipulin ont bataillé sur la piste pour les 2 places restantes sur le podium, le Norvégien a pris le dessus au sprint.

Boe (18/20 est parvenu à préserver sa 4e place, Schempp (19/20) a décroché la 5e. Hormis Quentin, qui a encore tourné 2 fois au dernier couché, les membres du top 6 sont tous restés aux avant-postes. La super perf du jour est celle de Rösch passé de 16e à 6e avec le 3e et dernier 20/20 (Martin et Svendsen ayant réalisé les autres). L’ancien Allemand devenu belge n’avait pas été à la fête depuis un moment. Les Russes ont confirmé leur regain de forme, ils ont placé Eliseev 7e et Tsvetkov 8e. Bjørndalen a reculé au 9e rang avec 4 fautes, 2 de plus que Krcmar et Lesser, 10e et 11e.

poursuite_H_Pokljuka_dec_2016.jpg Cette poursuite n’a pas réussi aux Français, le grand patron mis à part. Seul Desthieux a gagné des places (de 20e à 15e avec 2 fautes), les autres ont dégringolé, Fillon-Maillet passant de 5e à 20e (5 fautes), Béatrix de 27e à 39e (aussi un 15/20), S. Fourcade a explosé comme du pop-corn (de 29e à 56e avec seulement 3 fautes mais un temps fou pour lâcher ses balles (il semble avoir décroché psychologiquement). C’est pire pour Florent Claude, qui n’avait rien à perdre. Parti avec le dossard 55, il a embarqué sur une grosse galère avec 3, 1 et 2 tours. Largué loin derrière tout le monde, il a finalement abandonné

Martin a repris le dossard rouge et bien sûr conforté son dossard jaune de leader du général. 95pts d’avance sur Johannes Boe après 5 courses individuelles, ça va finir par dégoûter la concurrence ! 5 victoires (relais mixte compris) et une 3e place en 6 épreuves, déjà 53 succès individuels en carrière (JO compris). Il fait tout tellement bien… Il semble impossible de le battre s’il ne fait pas le travail lui-même en ouvrant la porte.

  • Poursuite féminine.

Laura Dahlmeier est aussi parvenue à doubler sprint et poursuite. Elle a pourtant commis des erreurs. Au moment où il fallait serrer le jeu, elle l’a fait.

Au départ, elle comptait seulement 4 secondes d’avance sur Justine Braisaz, une grosse vingtaine par rapport aux suivantes. Elle a tout de suite envoyé du pâté pour empêcher la jeune Française de rentrer et pour obliger ses autres adversaires à s’employer, en particulier Marte Olsbu et Kaisa Mäkäräinen, 3e et 4e du sprint. Parie 9e à 41", Célia Aymonier gagnait néanmoins du temps dans les skis de Gabriela Koukalova, porteuse du dossard rouge.  

Au premier couché, malgré l’absence de vent, Justine a mis très longtemps à lâcher sa première balle. Elle a loupé la 3e et est sorti alors qu’Olsbu avait déjà fini. Célia a fait pire, 2 fautes (1 et 3), alors que très peu de filles allaient visiter l’anneau de pénalité. Malgré un tir volontairement lent pour assurer le 5/5, Dahlmeier comptait désormais 17 à 28 secondes de marge  sur Olsbu, Mäkäräinen, Hildebrand, Koukalova et Dunklee. Partie 17e à 1’, Marie Dorin-Habert a débuté une remontée d’abord en place (10e à 57") plus qu’en temps, néanmoins elle était entourée de filles rapides, ce qui forcément allait l’aider (Herrmann a mené son groupe).

Pourchassée par un groupe conséquent plein d’adversaires de haut niveau, Dahlmeier a conservé assez d’avance pour rester assez tranquille au 2nd tir couché. Elle l’a raté, c’était trop lent, pas propre, la 2e et la 5e balle n’ont pas blanchi les cibles. La porte était ouverte en grand. Koukalova n’en a pas profité, elle a explosé en vol (3 fautes), peut-être à cause de la pression mise par Olsbu avec un plein hyper à l’attaque franchement impressionnant. Les autres ont aussi réussi le 5/5, chacune à son rythme (lent pour la Finlandaise). Encore une fois, Justine s’est distinguée en allant faire un tour, déjà son 2e… Un jour avec si peu de déchet, ça se paie très cher. Marie a poursuivi sa remontée, tout comme Hauser, aussi à 10/10. Elle était 7e à 46", Justine 10e à 58", Célia 17e à 1’10 en ayant rectifié le tir (^^) pour s’éviter du chemin supplémentaire. Surtout, on avait une nouvelle femme de tête, Olsbu, avec Hildebrand à 7", Mäkäräinen à 11, Dunklee à 19, puis Dahlmeier à 37.  

Sans grande surprise, compte tenu du niveau en ski de fond de chacune des filles des premières, un regroupement s’est opéré en tête, un trio avec Marie, Dahlmeier et Hauser se jouant la 5e place provisoire un peu plus loin. Au debout, il s’agissait de tir en confrontation, donc avec plus de pression. Olsbu a voulu attaquer pour la mettre aux autres, mal lui en a pris : erreur d’entrée, 4/5. Ceci dit, Hildebrand a manqué la 3e, Mäkäräinen la 4e en ayant cherché à assurer au maximum quitte à tirer très lentement. Dunklee et Hauser ont su en profiter en enchaînant vite et bien. Dahlmeier aussi. Elle a ainsi pu se relancer. Marie n’a pas suivi le bon exemple, la 2e cible n’est pas tombée, qui plus est, elle est restée temps sur le pas de tir. Un gros gâchis, tout comme pour Justine et Célia, qui ont aussi laissé passer leur chance en faisant 4/5. Elles sont ressorties 13e (Marie), 15e (Justine) et 16e (Célia) à respectivement 44, 53 et 54" d’Olsbu et Dunklee, ressortie ensemble. Il s’agissait du moment charnière de la course. Que Dahlmeier ait su parfaitement le négocier n’a rien d’un hasard.

Sur la piste, la course a pris une tournure intéressante grâce à un regroupement à 6 en tête : Olsbu, Dunklee, Hildebrand, Mäkäräinen, Hauser et Dahlmeier. Elles avaient tendance à se regarder, certaines n’osent prendre aucun risque dans les parties en descente, personne ne voulait réellement faire le travail pour les autres, toutes attendant de s’expliquer avec leur dernier chargeur.

Sur les 6, à peu près aucune n’a adopté la même tactique. Sur les 6, une seule a fait le plein. Qui ? Dahlmeier bien sûr. Elle était la plus intelligente, la plus maîtresse de ses nerfs. Par exemple, Olsbu a encore trop attaqué et l’a payé. A l’inverse, Mäkäräinen était trop sur la défensive, elle a attendu avant de tirer sa dernière balle et a manqué son coup. Dahlmeier a fait abstraction des autres, elle a tiré à son rythme sans précipitation. Jackpot.

Pour les Françaises, une nouvelle porte s’ouvrait dans laquelle s’engouffrer. Marie et Justine ont sauvé leur course avec un plein, elles sont ressortie 8e et 9e à 33 et 36", pas très loin d’un des 6 filles encore en lutte pour le podium. Dunklee devançait Marie de 11", Hauser de 10, Puskarcikova et Olsbu d’à peine 10, Hildebrand de 5, Mäkäräinen de 3… Etrangement, la plus proche était aussi la plus difficile à rattraper. La Finlandaise a d’ailleurs terminé comme une balle et doublé tout le monde assez aisément pour s’emparer de la 2e place finale. Marie a tout donné, a gagné place après place jusqu’à rejoindre Puskarcikova, seulement la Tchèque a résisté trop longtemps, la jonction s’est faite quasiment sur la – très courte – ligne d’arrivée, il aurait fallu pouvoir l’opérer un peu avant pour l’attaquer en profitant de l’aspiration. Défaite au sprint… Ceci dit, 4e en partant 17e reste une super perf. En isolant le temps de la poursuite, elle a explosé la concurrence (mais ça ne sert à rien^^).

Il s’agit déjà de la 3e victoire et du 4e podium de Dahlmeier cette saison en 5 courses (avec une 4e place pour compléter le tableau), son avance au général commence à sérieusement chiffrer. Même quand elle craque au tir, elle sait se reprendre et sortir son épingle du jeu au bon moment. Mäkäräinen n’a surpris personne avec sa 2e place, surtout obtenue de cette façon (grosse perf sur les skis). Puskarcikova était moins attendue. Et pour cause, elle n’avait connu de podiums qu’en relais. Elle est restée discrète pendant toute la course en partant 8e à 40", en rétrogradant avec une faute au 1er couché pour ensuite remonter progressivement en enchaînant les sans-faute.  

poursuite_F_Pokljuka_dec_2016.jpg Marie a réussi une super course, il ne lui a presque rien manqué. On peut toutefois regretter son seul tir manqué car le timing pour la commettre était très mauvais, la victoire s’est peut-être échappée à ce moment. La course de Justine a bien failli tourner au fiasco, elle a su se reprendre pour terminer 7e – elle n’a pas pu doubler Dunklee et Hauser, 5e et 6 à 3" et 8 dixièmes d’elle  – malgré ses 3 tours de pénalité (1+1+1+0). Une faute, OK, d’ailleurs il y a eu peu de sans-faute aujourd’hui, aucun dans le top 10, mais 3… Les 4 filles classées juste devant elle ont fait 19. Justine devant tout de même Hildebrand et Olsbu, longtemps en lutte pour la victoire.

Les autres Françaises n’ont guère été à la fête : Aymonier 17e (partie 9e) avec 5 fautes… alors qu’elle était la plus rapide sur la piste, et pas qu’un peu[1] ! Anaïs Chevalier 39e, Anaïs Bescond 40e… Elles partaient de trop loin pour beaucoup remonter avec un 18/10, même si la plus jeune a gagné 15 rangs.

Parmi les autres résultats notables, citons ceux de Wierer (passée de 21e à 18e avec 2 fautes) et de Koukalova (de 7e à 26e… fini le dossard rouge !).

Au classement général individuel, si Dahlmeier a pris le large, Mäkäräinen a peu de marge sur Justine (3e) et Marie (4e). La jeune Allemande a pour habitude de choper tous les ans des maladies hivernales qui lui font manquer des courses. Elle serait bien inspirée de recommencer, sinon, à ce rythme, le suspense pour les gros globes sera mort dès la fin de l’année…

Dimanche, c’est jour de relais. On attend les compositions, on espère des victoires… Ou au moins des podiums. Si les garçons pouvaient taper les Norvégiens… Juste pour le plaisir…

Note

[1] 20" devant Laukkanen, 21" devant Makarainen et 24" devant Marie sur le temps de ski, Justine 9e à 38".