• Relais masculin.

Martin Fourcade a demandé à disputer ce relais plutôt que d’être préservé avant la 3e semaine du premier cycle. On lui a donné le rôle du finisseur après l’avoir essayé à d’autres postes la saison passée. Ainsi, il allait pouvoir ajuster son investissement à la situation : si les potes le mettaient en position de gagner, il allait se donner à fond, s’ils se loupaient et le lançaient trop loin du podium, il pourrait s’économiser.

Lors de cette série sans victoire, le leader de l’équipe a souvent été frustré parce que la victoire était hors de portée au moment de sa prise de relais. Ses partenaires ont souvent eu du mal à se défaire de la pression de devoir se montrer au niveau de Martin. Du coup, ça se passait très mal pour au moins l’un des 3. Cette fois, aucun n’a failli, bien au contraire.

Jean-Guillaume Béatrix a débuté, un nouveau rôle pour lui (ça l’a fait stresser, raison de ses erreurs au tir). Quentin Fillon-Maillet était le 2e et Simon Desthieux le 3e. Logique compte tenu des derniers résultats. Si la plupart des équipes étaient au complet, la Norvège a laissé Johannes Boe au repos, elle n’avait donc que 2 des titulaires habituels des saisons précédentes. Elle a pris très cher.

Malgré la température largement positive et le soleil, les conditions de piste restaient encore très bonnes avec un fond dur. Il fallait toutefois se méfier des descentes, ce qu’a compris trop tard un Biélorusse tombé dès le premier tour, cassant sa carabine.

Au premier couché, pas de vent, Jean-Gui’ a pioché une fois mais très rapidement (il a spécifiquement bossé les pioches à l’entraînement), ce qui lui a permis de ressortir 6e à seulement 7" de la tête. Lesser a dû piocher 3 fois pour faire tomber une cible récalcitrante, soit 25" perdues. Un regroupement à 9 équipes s’est opéré lors du 2e tour. Au debout, Birkeland a attaqué le premier, il y a eu des fautes, Jean-Gui a eu besoin de 2 balles supplémentaires – là aussi très vite tirées – pour reprendre la piste en n’accusant pas un retard trop conséquent. Tsvetkov était en tête, l’Ukrainien à 3 secondes, le Canadien à 7", l’Italien Hofer (bien revenu après avoir été lâché au couché en pioché 2 fois) et le Bulgare pointaient à 11", le Norvégien (2 pioches debout) et le Français comptaient un retard inférieur à 20", le Tchèque (Slesingr) et l’Allemand (10/15 au tir) tournaient autour des 30". Mesotitsch ayant déjà visité l’anneau de pénalité, l’Autriche était déjà très mal en point, 18e à 51". Ces écarts ont évolué sur la piste où Jean-Gui’ a réussi un dernier tour de feu grâce auquel il a quasiment recollé à Tsvetkov en compagnie d’Hofer et de Pryma. La Bulgarie et la Norvège restaient un peu derrière (13 ou 14"), la République Tchèque encore un peu plus (23"). Lesser a lancé le jeune Dorfer au 9e rang à 34".    

Le quatuor comprenant Quentin, Windish, Semenov et Babikov a accru son avance sur les chasseurs, dont Bjørndalen. Le Français a laissé ses adversaires faire le travail en tête de groupe. Au couché, l’Ukrainien a été excellent, le Russe et l’Italien ont tiré et pioché (1 fois) rapidement, ça s’est un peu moins bien passé pour le tricolore, dont la 4e cible n’est pas tombée du premier coup, ce qui l’a fait repartir à 17", après le vétéran norvégien, auteur d’un plein rapide. Un trio s’est reformé en tête, QFM travaillé avec OEB pour faire la jonction. Seul l’Allemand restait en chasse, le reste de la meute était éparpillée derrière. Une fois revenu sur la tête de la course, le Français est resté dans les skis jusqu’au pas de tir histoire d’être frais au moment d’aborder le debout. Bien lui en a pris car son sans-faute très à l’attaque lui a permis de ressortir en tête. De surcroît, les autres ont pioché (Hofer 2 fois, OEB 3 fois après avoir commis l’erreur de débutant d’accélérer pour se placer à la piste qu’il voulait). Quentin est ressorti 5" devant l’Ukrainien, le Russe était à 13", le Canadien à 17, l’Italien à 19, le Norvégien à 23, l’Allemand à 34. Les écarts ont relativement peu évolué, le Babikov a repris Semenov, un petit groupe s’est réuni et a navigué à une petite vingtaine de secondes.

Simon s’est donc élancé 10" avant Eliseev, on retrouvait ensuite l’Italien, le Norvégien, le Canadien et l’Ukrainien entre 18 et 22", le trou était fait par rapport aux autres (Slovénie à 51", Allemagne à 54). Le quatuor a réduit son retard, tout semblait possible d’autant que les conditions aérologiques ont changé. Le Français ne s’est pas fait piéger, son 5/5 très propre et posé a fait la différence car si Montello a réussi un plein très lent, le Russe s’est raté au point de devoir tourner, le Canadien Davies également, Bjontegaard a pioché 3 fois, Doll également. L’Ukrainien Kilchytshyy s’en est beaucoup mieux sorti (1 pioche), il était au coude à coude avec l’Italien aussi inconnu que lui à une douzaine de secondes du Français. Si le Norvégien se trouvait relégué en 4e position à 37", les autres équipes étaient déjà reléguées trop loin pour espérer rejouer les premiers rôles. Néanmoins, au debout, Simon a manqué son premier tir, s’est précipité sur le 5e, il a assuré les pioches sans trop se presser, restant dans son propre rythme presque du début à la fin de ce debout. Il ne s’est pas laissé déconcentrer par ses concurrents… qui ont quasiment tous perdu du temps quand ils ne perdaient pas totalement les pédales. Montello a surpris avec une seule faute (2e à 10"), en revanche l’Ukrainien a pioché 3 fois, Norvégien est allé tourner, l’Allemand a pioché 3 fois… Le classement des équipes larguées précédemment a évolué, Eliseev s’est rattrapé de sa boulette avec un plein, il a repris la 3e place à 26", juste devant l’Ukrainien, l’Allemand s’est retrouvé 4e à 33", le Canadien à 44, mais on a surtout vu Moravec relancer les Tchèques et Leitner sauver l’honneur des Autrichiens.

Doll a fini en fusion, il est le seul à avoir repris du temps à un très bon Simon Desthieux grâce à qui Martin a pu partir en tête pour une 6e victoire cette saison. Sa marge sur Schempp s’élevait à 20", l’Italien n’était qu’à 23" mais ce Borgolini était à l’évidence un maillon faible. Shipulin (à 27") et Pidruchnyi (à 29") allaient donc se battre pour un podium. Pour les places d’honneur, on retrouvait Krcmar, Eder et Svendsen à 46, 47 et 55".  

Au couché, les fanions bougeaient. Martin a tiré rapidement et manqué une cible (la 2e). Shipulin, auteur du seul sans-faute, s’est hissé à la 2e place (à 18"), le trio germano-ukraino-italien pointant à plus ou moins 30". Les suivants ont fait le plein, ils étaient toujours dans le même ordre avec entre 47" et 1’ de retard. Seul en chasse, Shipulin a perdu quelques secondes, le trio de poursuivant semblait se contenter de jouer la 3e place, ses membres se regardaient. Pour Martin, restait à valider la victoire. A l’attaque, il a sorti un 5/5 magnifique. Victoire en poche ! Avec une faute, le Russe a facilement assuré la 2e place malgré le très beau sans-faute de l’Allemand, reparti 3e devant l’Ukrainien, moins rapide pour blanchir toutes les cibles. L’Italien et le Norvégien ont craqué avec 2 pioches.

La France a donc gagné grâce à 4 relayeurs tous au top sur les skis et solides au tir (Jean-Gui a pioché 3 fois à lui-seul, ses partenaires 4 à eux 3, mais il a super bien négocié ses pioches grâce à l’investissement personnel consenti à l’entraînement pour bosser spécifiquement cet exercice réservé aux relais). Avec cette 2e place la Russie a confirmé son retour en force malgré un tour de pénalité, l’Allemagne était mal partie mais a su se relancer. L’Ukraine est une surprenante 4e, la République Tchèque et l’Autriche, 5e et 6e après une noyade ont limité la casse. Pour la Norvège, même privée des frères Boe, finir 9e est humiliant.

7 courses, 6 victoires (2 en relais), une 3e place… Martin est super chaud ! Il s’agit seulement du 2e triplé de sa carrière sur une étape de Coupe du monde, et le 1er réussi par un biathlète à Pokljuka depuis 1999. Ce triplé, Dahlmeier l’a réussi à son tour un peu plus tard.

  • Relais féminin.

Pour cette dernière course, le stade était dans l’ombre. Du côté de l’équipe de France, Anaïs Bescond a été laissée au repos, le quatuor semblait assez expérimental : Anaïs Chevalier, Justine Braisaz, Célia Aymonier et Marie Dorin-Habert.

Peu habituée à prendre le départ en groupe, donc à courir en peloton Anaïs Chevalier a voulu faire la course en tête lors du premier tour afin d’éviter la cohue et d’éventuelles chutes dans les descentes dangereuses. Pourtant, elle a soudain réapparu larguée au milieu de la masse, essayant de remonter mais se faisant bloquer plusieurs fois par ses adversaires, certaines lui marchant sur les skis. On a seulement su après la fin de son relais que l’Allemande (Vanessa Hinz) lui avait coupé la route et marché sur le ski, provoquant ainsi sa chute, ceci juste avant une bosse. Aborder une montée sans élan, devoir s’y relancer après un arrêt buffet et une grosse frayeur, ça pompe beaucoup d’énergie. Elle l’a payé plus tard. Au couché, pas de souci, elle est ressortie à 10 secondes de la tête, assez peu des représentantes des grosses équipes ont pioché, elles restaient à peu près toutes au contact d’Eva Puskarcikova, la Tchèque. Seule la Norvégienne (Fanny Horn-Birkeland) accusait déjà un retard notable (une vingtaine de secondes). S’il y a évidemment eu regroupement en tête, Anaïs avait déjà du mal à suivre le peloton de tête. Au debout, le vent – pas dramatique – a provoqué des fautes, 2 pour l’Allemande et la Tchèque, une pour la Française (la 4e), ce qui ne lui a pas coûté trop cher. La Russe (Podchufarova) est ressortie 2 à 3" de la Kazakh (condamnée à rentrer dans le rang). Hormis la Norvège, déjà à 1’40 à cause de 2 tours de pénalité, les nations fortes figuraient toutes 10 à 20" derrière la femme de tête. On y trouvait notamment l’Ukraine (Varvynets) ou encore la République Tchèque, l’Allemagne était 8e à 21" (l’Italie quelques seconde plus loin). En résumé, parmi les équipes susceptibles de jouer devant, hormis pour la Norvège, éliminée, voire la Pologne (si on la considère ainsi), déjà loin, tout restait possible. Puskarcikova a essayé de prendre la fuite tandis qu’Anaïs s’accrochait tant bien que mal à son groupe. Elle n’a lancé Justine qu’en 11e position à 27" du duo tchéco-slovène, mais pas si loin que ça des autres rivales de l’équipe de France. Ainsi, Franziska Hildebrand n’a pris le départ qu’une dizaine de secondes avant la 2e du sprint de vendredi.

Beaucoup de filles se trouvant entre l’Allemande et la Française, l’effort immédiatement fourni par Justine lui a permis d’en doubler très rapidement plusieurs. Arrivée au tir couché dans un trio suivant un quintette, elle a tiré lentement, loupé la dernière, blanchir les cibles lui a pris un temps fou. Les autres ne l’attendaient pas. Elle est ressortie 7e dans les skis de la Biélorusse. L’Allemande était désormais en tête, suivie de la Russe (Akimova) à 3", de l’Ukrainienne (Dzhima) à 9", la Slovénie à 19, l’Italienne à 28. La grande perdante dans cette histoire est La Tchèque. Lucie Charvatova a complètement craqué. 2 tours ! Or en principe, sur la piste, il s’agissait d’une des rares à pouvoir rivaliser avec les meilleures relayeuses en piste. Hildebrand a profité de la 2e boucle pour prendre le large, Justine étant une des seules à aller au moins aussi vite, elle a gagné des places. La Russe peinait déjà. Au debout, l’Allemande a fait n’importe quoi (1er, 3e et 5e tirs manqués), l’Ukrainienne a pris la tête en tirant vite avec une seule pioche, la Russe a eu besoin de 2 balles de plus, l’Italienne a explosé à son tour. Qui en a profité ? Justine, dont la rafale n’aurait pas été reniée par une Dorothea Wierer, un Simon Eder ou encore un Johannes Boe en réussite. A l’attaque, elle nous a sorti un carton tout droit venu de l’espace grâce auquel la France a fait son arrivée sur un podium ensuite devenu définitif même si dans le désordre : Ukraine, Allemagne (à 16"), France (à 20"). Les autres n’ont jamais pu recoller.

Dzhima a bien géré son dernier tour, elle a laissé revenir puis en a remis une couche pour maximiser la marge offerte à Pidhrushna (15"), surprise lors de la prise de relais. Hildebrand était bien revenue, elle a coincé, Célia n’avait donc que quelques mètres à combler pour rejoindre Hammerschmidt, incapable de lui résister. Super facile, elle a recollé en arrivant sur le pas de tir. Malgré l’absence de vent, il fallait se méfier. L’Ukrainienne a manqué d’entrée. L’ancienne fondeuse a pris son temps, elle a néanmoins subi la pression de l’Allemande, qui a tiré très vite sans-faute. Célia a retenu son doigt très longtemps puis a enfin appuyé. La balle piochée a atteint sa cible. Pour la Française, très inexpérimentée en relais, la pression était particulièrement forte, elle a su éviter une craquante. C’est une satisfaction en soi, même si par rapport à l’Allemande, elle est passée d’une avance non négligeable à un retard de 25". Pidhrushna a vu un avion la doubler sur la piste, pourtant Hammerschmidt restait à distance, elle a abordé le debout avec environ 20" d’avance… mais a quasiment tout perdu en tirant vite et bien, sauf sur la dernière, partie trop vite, puis sur la pioche, ratée. Célia a alors sorti le plus beau tir de sa jeune carrière de biathlète, un 5/5 de très haut niveau en se lâchant totalement. Les 5 petites secondes d’écart ont vite disparu, la Française a déposé son adversaire et creusé l’écart sur le reste de la concurrence. Galvanisée par son tir debout, elle était en mission, rien ne pouvait lui résister. La différence de rythme assez éloquente s’est traduite par quasiment 20" d’écart sur 2km. L’Ukrainienne a proportionnellement mieux résisté, elle a lancé sa dernière coéquipière à 20".

La jeune Anastasiya Merkushyna, très performante en IBU Cup, a su rester sur le podium grâce à des tirs incroyables… et à la marge confortable dont elle bénéficiait par rapport à la Suisse, à la Biélorusse et à la Tchèque. Gabriela Koukalova a en effet réussi un super relais mais elle partait de trop loin. Les Tchèques ont pris la 4e place devant la Norvège (plombée par des tirs dégueulasses, Eckhoff a fait 3 et 2 pioches, Olsbu 1 et 3, pour un total de 15 pioches et 2 tours), la Russie finissant 6e.

Le dernier relais s’est surtout résumé à un duel entre Marie et Dahlmeier, comme lors du final de la poursuite sur le même site l’an dernier. Le passage de relais aurait pu y mettre fin car, ayant trop anticipé et trop accéléré, Marie a dû ralentir et presque s’arrêter pour permettre à Célia de la toucher avant la sortie de la zone ! L’écart de 14" avec l’Allemande a légèrement fluctué lors du premier tour, il aurait pu s’évanouir d’un coup quand Marie a failli tomber dans une descente où elle avait déjà laissé échapper une victoire il y a près d’un an. Le duel a vraiment commencé au tir couché. En mettant un peu de temps à lâcher la première balle, la Française a laissé sa rivale revenir à son niveau. Néanmoins, en tirant sa dernière balle juste avant, elle a fait craquer la nouvelle patronne du circuit, obligée de piocher pour blanchir la dernière cible. Les 9" d’avance ont malheureusement été comblées (normal quand celle qui chasse est si forte et a sa proie en point de mire). Dahlmeier est même passée devant pour mettre la pression. Au debout, les fanions bougeaient un peu, on a encore assisté à un duel de haut vol, chacune a pris son temps pour attaquer, l’Allemande tirait moins lentement, Marie a accéléré, ça s’est terminé par le plein avec une 5e balle tirée en totale synchronisation. Il restait 2 bornes pour que l’une ou l’autre prenne le dessus. Nettement plus en forme sur les skis, Dahlmeier a placé une accélération dans la forêtà quelques centaines de mètres de l’arrivée (dans une zone sans caméra). Déposée, Marie a dû se contenter de la 2e place.

Dahlmeier a été très forte, comme Martin elle a réussi le triplé, faisant preuve de la même supériorité physique et tactique (celle évoquée hier). Marie a conclu la super course de ses partenaires en faisant de son mieux, tirant à 10/10, elle a juste été battue par plus forte. La grande satisfaction du relais est la prestation de Célia, dont le seul bémol est la lenteur au couché (ça viendra, l’important est d’avoir résisté à la pression). Justine a le même problème au couché, mais comme Célia elle a compensé avec un super debout qui devrait générer beaucoup de confiance en vue des prochaines courses. Le cas d’Anaïs est particulier, sa chute – à cause d’une Allemande – lui a beaucoup coûté, autant dans les jambes que dans la tête, elle a ensuite dû se battre pour limiter la casse. Je redemande des 40/43 au tir lors des prochains relais !

La semaine prochaine, ambiance folle en perspective à Nove Mesto, le public tchèque aime le biathlon, il aime ses biathlètes, il pourrait être d’un grand secours pour ceux dont les jambes commence à peser très lourd.