Il manquait beaucoup de monde pour ce tour de coupe en semaine, à savoir Aurier (CAN), Augustin, Draxler, Jesé et Krycho (tous officiellement aux soins), Javier et Motta (suspendu) côté parisien, mais aussi Sabaly (blessé) et Laborde (suspendu), le meilleur attaquant girondin. Je m’attendait à ce qu’Emery fasse tourner en faisant jouer Aréola, Kimpembe et Nkunku. Il aurait ainsi pu préserver un maximum les forces de ses hommes avant la réception de Monaco – et surtout une série folle de matchs tous les 3 jours – et entretenir la concurrence. Le message lancé aux remplaçants est assez déplaisant, il ne semble pas leur faire confiance alors qu’ils ont toujours répondu présent. Trapp, Meunier, Marquinhos, Thiago Silva, Maxwell, Verratti, Rabiot, Matuidi, Lucas, Cavani et Di Maria ont donc débuté.

Au moins, les Bordelais ont tenté leur chance pour de bon en pressant très haut d’entrée. Ça a fonctionné, le PSG ne s’en sortait pas, il subissait avec comme sans ballon, restant confiné dans ses 30 mètres. L’énorme occasion girondine de la 5e minute (centre côté droit repris de près par le ventre de Malcom, passé derrière Meunier) a été contrariée par la chance de Trapp, figé sur place et tout heureux que la gonfle lui arrive dessus, ce qui lui a permis de la repousser – n’importe comment – sur le jeune Brésilien incapable de conclure. Toujours bousculés, les Parisiens ont malgré tout pu se procurer quelques situations intéressantes (8e, 13e), voire de véritables occasions de but (15e). On a rapidement compris où se situaient les maillons faibles bordelais :
-Jérôme Prior est l’équivalent dans le milieu du gardiennage d’un préservatif déchiré dans le milieu échangiste, quand tu décides de t’en servir quand même, c’est que tu recherches l’accident ;
-Nicolas Pallois me fait penser à Michaël Ciani après France-Espagne. Il a 2 points communs avec Zidane, la calvitie et la propension à péter un plomb, malheureusement pour son club la comparaison technique la plus valable est celle avec le Frank Lebœuf de l’OM…

Certes, Pallois n’est pas l’auteur de la tête en retrait qui a surpris un Prior sorti aux fraises (17e), pas plus qu’il est fautif sur l’ouverture du score de Di Maria d’un splendide CF enroulé qui a tapé sous la barre (19e) puisque la faute sur Lucas (accélération plein axe avec petit pont) a été commise par Grégory Sertic, mais il a vraiment été nul au point d’être remplacé par Plasil en seconde période (67e), Sertic passant alors en défense centrale. Les débats se rééquilibraient avant ce super CF, notamment grâce au pressing désormais imposé par les attaquants parisiens. En général, quand le PSG ouvre le score, ça devient très difficile pour ses adversaires. S’ils concèdent le break, c’est mort. En l’occurrence, Matuidi et Cavani ont chacun manqué une énorme occasion de le réaliser. Lancé en profondeur comme un véritable n°9, le premier nommé a tout simplement perdu son duel. Il fallait soulever le ballon, son plat du pied était aussi bidon que l’appel – comme la passe de Verratti – était bon (28e). L’Uruguayen – qui s’était plaint de ne pas avoir été cherché par Matuidi sur l’action précédente – a complètement manqué la volée qui devait conclure un super travail de Lucas côté droit (appel en profondeur, élimination du défenseur, centre en retrait parfait), réussissant à ne même pas cadrer (30e). Juste avant ce gâchis, Meunier aurait pu être sanctionné d’un penalty pour avoir bousculé un attaquant dans le dos sur une situation assez semblable à l’occasion de Malcom (il était encore battu sur un centre).

Si M. Turpin aurait pu sévir à plusieurs reprises (sur cette bousculade de Meunier, sur une grosse faute de Verratti qui méritaient un carton, tout comme une autre de Di Maria en 2nde période), son assistant aurait signaler le HJ de François Kamano, passeur décisif pour Diego Rolan sur l’égalisation girondine (32e). L’autre Uruguayen du match n’a plus eu qu’à pousser le ballon dans la cage vide. Cette action a débuté dans la surface bordelaise où Rabiot a débordé et centre trop en retrait pour Verratti (à moins que ce dernier ne se soit trop avancé, tout dépend du point de vue).

Après cette égalisation on n’a plus vu grand-chose d’intéressant jusqu’à la mi-temps, le PSG a essayé de remettre le pied sur le ballon, il l’utilisait très mal. Même malmené, le tenant du titre devait mener à la pause, le suspense demeurait grâce à un but entaché de HJ et au manque d’efficacité parisien.

Les Girondins ont entamé la seconde période comme la première, avec de l’agressivité et une volonté de mettre la pression en jouant dans le camp de leurs visiteurs. Il leur a fallu 30 secondes pour se montrer dangereux. Le PSG a mis moins de temps à réagir qu’en début de rencontre, notamment grâce à un Di Maria très actif. Seulement, ça s’est vite transformé en baballe plutôt que de devenir du bon football. Les erreurs techniques trop nombreuses empêchaient d’aboutir à des situations intéressantes. Il fallait encore recourir aux CPA. Un bon CF lointain de Lucas a alors trouvé la tête de Thiago Silva, mais seulement le sommet de son crâne, d’où un arrêt facile pour Prior (53e). Je commençais à me désespérer de ces PALC[1] régulièrement interceptées qui offraient aux Bordelais des opportunités de contrer… quand Cavani a redonné l’avantage aux siens. Recevant un ballon pas facile à négocier, Lucas l’a perdu avant de le récupérer pour lancer formidablement son avant-centre dans la profondeur, toute la défense se trouvant éliminée par la passe. Un peu décalé sur la droite à l’entrée de la surface, l’Uruguayen ne s’est posé aucune question. PAN ! Son missile a tapé sous la barre. Imparable… surtout si le gardien se couche avant même le tir (60e). La finition en bourrin était ici la meilleure solution.

Malheureusement pour Prior, sa meilleure parade de la rencontre n’a servi à rien, Cavani était HJ (64e). M. Turpin est revenu à la très grosse faute de Pallois sur Di Maria juste devant la surface (violente semelle sur le protège-tibia de Di Maria au moment où il glissait le ballon à son partenaire) en donnant un simple CF (tiré dans le mur). L’absence de carton interroge, néanmoins reconnaissons à l’arbitre une certaine cohérence : il a décidé de n’en sortir aucun pendant la rencontre.

Les Girondins se trouvaient désormais dos au mur, Gourvenec se devait de tenter un coup en jouant l’offensive. Ménez et Plasil ont donc remplacé Pallois et Malcom (67e) pour repartir sur des séquences de pressing proches de porter leurs fruits, notamment à cause de la tendance qu’avaient les Parisiens – en particulier Rabiot – à trop porter le ballon, à trop le garder derrière en s’exposant. Le PSG se contentait d’une accélération de temps en temps. Un corner obtenu grâce à un contre a permis de tuer tout reliquat de suspense : Di Maria l’a tiré, Thiago Silva l’a prolongé vers le 2nd poteau où Marquinhos l’a remis dans l’axe avant la déviation de Rabiot (les 3 fois de la tête) et enfin la repris de Cavani de près en tombant (74e). Une sorte d’enchaînement hyper rapide en 1 touche de balle à chaque fois… Façon de présenter les choses… Il s’agissait surtout d’un réel soulagement car la menace d’une égalisation restait présente.

A vrai dire, les Bordelais n’ont pas abdiqué, le PSG a encore souffert, en grande partie faute de réussir ses dégagements et ses relances, Verratti aurait d’ailleurs pu être sanctionné une nouvelle fois d’un carton pour un tacle dangereux juste devant sa surface qui a échappé à M. Turpin (75e). L’Italien a vite été remplacé par Nkunku (79e). Le nouvel entrant est impliqué sur la contre-attaque à l’origine du dernier but, celui du 1-4. Les Girondins frappaient de loin, ils étaient contrés, Di Maria l’a fait à son tour en profitant du renvoi d’un centre de Matuidi, il a trouvé le poteau rentrant (81e). Les limites de Prior et la réussite parisienne (3 buts sur 4 inscrits en touchant les montants) ont ici trouvé une nouvelle illustration.

Ben Arfa a remplacé Cavani (82e), Georgen a enfin pu faire ses débuts professionnels en suppléant Lucas (88e), ce qui a encore laissé Lo Celso sur le banc, Nkunku a eu l’opportunité de planter le 5e sur une action avec un gros surnombre cassé par le mauvais timing de Fa, dont la passe déviée et ralentie n’a pas permis à son jeune partenaire de réussir sa frappe enroulée (89e). La dernière opportunité a été bordelaise (92e), elle n’aurait rien changé et certainement pas égayé un stade dont les tribunes se vidaient depuis une bonne dizaine de minutes.

Si vous voulez juste le minimum…

Quel match étrange… Le PSG a globalement mal joué, a beaucoup trop subi, se faisant bousculer pendant de très longues séquences et bloquer pendant d’au moins aussi longues, ce qui l’a poussé à multiplier les passes très risquées dans son propre camp au lieu de chercher à jouer vers l’avant. Ayant failli se faire planter d’entrée en défendant très mal, il a ouvert le score magnifiquement sur CPA avec tout de même une bonne dose de réussite, puis a gâché de grosses occasions… pour se retrouver à 1-1 à cause d’un but non valable pourtant accordé. Quand une équipe joue mal, se fait malmener ainsi, on est tenté de dire que l’égalisation est une juste punition. Quand cette punition se matérialise avec un bon qui devait être refusé, on ne sait plus trop quoi penser. En seconde période, la différence s’est faite sur le réalisme et la réussite, mais aussi sur la différence entre talent des uns et manque de talent… du gardien. Di Maria et Cavani ont retrouvé de l’efficacité, Prior a fait étalage de ses lacunes (bien connues).

Quand un joueur inscrit un doublé, on a tendance à oublier tout ce qu’il a pu faire – ou ne pas faire – au cours de la rencontre pour ne retenir que les 2 buts. Evidemment, il s’agit d’une part très positive et non négligeable de sa prestation. Oublier tout le reste serait une erreur. Faute de concurrence à son poste, peu importe si Cavani a commencé par louper une occasion énorme, s’est peu montré hormis en marquant, car de toute façon il continuera à jouer tous les matchs importants en tant que titulaire. Et dans la mesure où marquer est son job, jugeons-le principalement là-dessus. En revanche, concernant Di Maria, un joli CF et une frappe de loin pour terminer le travail sont insuffisants pour déterminer s’il mérite plus qu’un autre de débuter à un poste très concurrentiel. Draxler et Lucas ont-ils réellement du souci à se faire ? J’en doute, car la prestation de l’Argentin a encore été marqué par un manque de constance, il n’a pas fait un match plein, tant s’en faut. Trop de scories, de mauvais choix…

Plus que les cas individuels, l’analyse doit être portée sur l’expression collective d’une équipe manquant de cohésion dans ce 4-3-3. Avec Rabiot en 6, ça ne fonctionne pas, lui demander de tenir ce rôle de milieu récupérateur se muant en défenseur central quand le ballon est en possession de ses coéquipiers l’empêche de jouer son football, il tombe alors dans des travers dangereux, ceux de surjouer, de prendre trop de risques, tout comme Verratti 9 fois sur 10 quand il a été utilisé à ce poste. En début de saison, 3 joueurs pouvaient être envisagés dans ce rôle : Motta qui est complètement cramé depuis des lustres, Krychowiak actuellement blessé mais qui n’a surtout jamais été réellement intégré dans l’équipe, et David Luiz, qui a fait le forcing pour repartir à Chelsea. Désormais, faute de disposer de ce joueur, il est urgent de revenir au 4-2-3-1 utilisé lors de la préparation et du mois d’août jusqu’au funeste Monaco-PSG lors duquel Verratti l’a plombé en refusant de jouer 10. Rester en 4-3-3 n’aurait d’intérêt que si le milieu à 3 était réellement la force du PSG. Le construire avec pour pièce centrale un joueur évoluant à contre-emploi est forcément contreproductif.

Trapp : pour le trouver convaincant et rassurant, il faut utiliser la méthode Coué. Je n’ai décelé aucune sérénité dans ses sorties et sa seule parade…
Meunier : est passé à côté, commettant beaucoup trop d'erreurs derrière – dont certaines grossière – sans compenser suffisamment offensivement.
Maxwell : prestation plutôt correcte dans l’ensemble.
Thiago Silva et Marquinhos : plutôt présents, ils ont fait le job, sont impliqués sur le 3e but, mais pas de quoi sauter au plafond tout de même.
Rabiot : j’ai envie de lui donner accorder des circonstances atténuantes, car ce rôle est contre-nature. D'où les manque à la relance et les difficultés à jouer juste.
Verratti : trop peu de jeu vers l'avant – même si une très bonne passe pour Matuidi – et 2 grosses fautes qui auraient pu lui coûter très cher.
Matuidi : très volontaire mais trop brouillon.
Lucas : quelques belles actions dont la passe qui a délivré, ou encore celle sur le raté de Cavani en première période, toutefois il ne s’agit pas d’une de ses meilleures prestations, c’est plutôt dans sa moyenne basse de la saison. Il s’agissait de son 200e match en Rouge et Bleu.
Di Maria : pas toujours très influent dans le jeu mais décisif 2 fois.
Cavani : 2 buts évidemment en 1 touche et sans se poser de question sur le premier, avec beaucoup d’opportunisme pour le second, qui me semble plus difficile que celui manqué avant d’ouvrir son compteur.

Les remplacements parisiens ont été trop tardifs pour avoir une réelle influence. Fa a néanmoins eu le temps de m’agacer en raison de son manque de simplicité et de justesse. Et je voulais voir entrer Lo Celso.

Dès dimanche s’annonce le gros choc de ce début de phase retour, un PSG-Monaco qui arrive trop tôt. Espérons que l’infirmerie se videra et que Cavani sera plus efficace qu’à l’aller… Finir le mois de janvier avec 100% de victoire permettrait de faire un grand pas vers un triplé national. Une défaite signifierait quasiment dire adieu au titre principal. Une éventuelle revanche contre les Monégasques en finale de la Coupe de la Ligue constituerait une maigre consolation.

Note

[1] P pour passes.