Si le tableau d’affichage n’a rien eu à afficher pendant le premier QT, les Atlanta Falcons ont déroulé pendant le 2e. Tout leur semblait favorable : ils ont inscrit 2 touchdowns grâce à des séries offensives magiques faites de courses magistrales et de passes longues parfaites. Et même quand un défenseur a offert 3 fois de gros cadeaux (15 yards de pénalité 3 fois de suite, ça pique) pour la même faute bête (holding sur 3e tentative alors que leurs adversaires allaient devoir dégager), la situation a tourné en leur faveur : interception et course de 80 yards pour virer à 21-0.

Les New England Patriots ont dû se contenter d’un field goal pour sauver l’honneur juste avant la mi-temps. Et encore, il s’agissait d’un pis-aller car ils ont gâché une occasion d’inscrire leur premier TD (faute offensive^^). 21-3, ça faisait déjà beaucoup, surtout quand on sait que jamais une équipe menée de plus de 10 points n’a pu renverser la tendance pour finalement remporter le Super Bowl. Le concert haut en couleurs de Lady Gaga à la mi-temps – un halftime show lancée par une dinguerie sur le toit du stade, poursuivi avec quelques idées assez délurées et terminé par un dernier saut dans le vide – a annoncé la 2nde période. Ou plutôt le dernier QT. Oui, c’est une histoire de come-back. Lady Gaga était était presque devenue has been, redescendue tout en bas de la montagne, là où étaient aussi tombés les Patriots. Avec ce spectacle, elle a retrouvé les sommets médiatiques, ses ventes vont redécoller. (Par contre, on ne me fera pas croire qu’elle chantait en live, c’est humainement impossible en raison d’un besoin naturel que nous partageons tous, celui de respirer.)

Après ces 30 minutes d’interruption spectaculaires, Atlanta en a remis une couche. Une nouvelle série dans la veine des premières a porté le score à 28-3. 4 TD à 0. En principe, c’était plié. Compte tenu des dynamiques opposant une formation à qui tout souriait, qui était vraiment pleine confiance (il n’y a qu’à voir ce qu’ils osaient et ce qu’ils réussissaient depuis le coup d’envoi tant en défense qu’en attaque, notamment une passe complétée en ayant juste réussi à laisser trainer les pieds à l’extrême limite du terrain, les gains obtenus à chaque tentative offraient à leur quarterback la meilleure note de l’histoire du Super Bowl), à une autre incapable de mener à bien la moindre série. Les Patriots ne semblaient eux-mêmes plus y croire. Au lieu de tenter une transformation à 2 points quand ils ont finalement pu marquer un TD suite à de nombreux ratés… ils ont tiré sur le poteau. La loose absolue ! 28-9. Sur le renvoi, coup tactique pour tenter de récupérer le ballon… Ratage TOTAL, les Falcons repartent ainsi de beaucoup moins loin que prévu mais, nouveauté, ils se manquent à leur tour car, on s’en rendra compte plus tard, la dynamique commence à s’inverser. Un peu après, dans la foulée de 2 nouveaux sacks subis par Tom Brady, la superstar aux 4 titres totalement à la rue depuis le début du match, les Patriots ont choisi de tirer un field goal au lieu de jouer leur 4e tentative pour marquer un TD. Ils l’ont marqué, 28-12. Ils étaient donc encore à 16 points, ce qui représente 2 TD transformés à 2 points. Les Falcons avaient donc encore de quoi voir venir !

Seulement, les gars d’Atlanta – une équipe composée de beaucoup de jeunes – croyaient avoir déjà gagné le match. Ils cherchaient déjà trop à faire dérouler le chrono au lieu de jouer le football et se sont mis à rater. Et c’est là que Matt Ryan (le quarterback des Falcons) a commis l’erreur de débutant qui a complètement inversé la tendance : au lieu de jeter le ballon pour s'en sortir avec une simple une passe incomplète, ce qui ne lui aurait pas fait perdre de terrain, il a trop attendu, laissant la défense lui sauter dessus, se rendant par conséquent coupable d'un fumble recouvert par un adversaire (=perte de balle). Quel cadeau ! Evidemment, désormais, tout fonctionnait pour les Patriots, ils ont marqué leur TD (facile, en récupérant le ballon dans le camp adverse ils n’avaient pas trop de chemin à parcourir), l’ont transformé à 2 points sans problème. Environ 6’ à jouer, plus que 8 points d’écart.

Devonta Freeman, le running-back des Falcons, a remis son équipe dans le bon sens avec une énorme course. Une de plus (il était bouillant depuis le début du match). Il suffisait de planter un field goal pour plier définitivement l’affaire. Julio Jones a refait le coup de la réception dingue avec les pointes des pieds qui touchent le terrain juste avant de sortir. Le distance était désormais idéale bonne pour marquer, restait juste à conclure. Mais là encore, c’est parti en sucette avec un sack de plus (à la décharge de Ryan, en cette fin de match sa ligne de protection était perdue). Et une grosse erreur supplémentaire, un nouveau holding provoquant une perte de 15 yards. A cause de ces erreurs, les Géorgiens ont fini par reculer trop loin pour tenter un field goal , il a fallu dégager. Tom Brady avait 3 minutes et des temps morts, égaliser devenait possible bien que très difficile.

Nouvelle péripétie aussi incroyable que les boulettes des Falcons, Brady a pu jeter son ballon juste à temps pour éviter de se faire plaquer avec dans son embut. Quand ça arrive, on appelle ça un safety, ça rapporte 2 points à l’équipe qui provoque la chose. En cas de safety, l’écart serait remonté à 10 points, tuant un suspense que rien n’aurait alors pu de nouveau ressusciter. Toujours en vie, les Patriots sont reparti de l’avant. C’est alors que l’impossible s’est produit. Brady a balancé une bombe, comprenez par là une très longue passe… presque interceptée par un défenseur. Le Faucon avait quasiment le ballon en mains. Destinataire prévu de la passe, Julian Edelman se retrouvait à 1 contre 3, pourtant au final, il a pu attraper la gonfle pour la compléter. Comment ? Par l’opération du Saint-Esprit : l’ogive a rebondi sur un genou et sur un pied géorgiens, et donc pas sur le sol. Tant que le ballon ne touche pas la pelouse – en l’occurrence synthétique – il est jouable. Du coup, la réception d’Edelman a été validée. Fou. Totalement fou. Encore plus que la réception d’une main de David Tyree en bloquant le ballon sur son casque lors du Super Bowl XLII (en 2008) qui opposait les Giants aux… Patriots (alors victimes d’un destin capricieux après une saison parfaite, 19 matchs joués, 19 victoires). Le gain énorme grâce à ce coup du sort, la dynamique… Evidemment, ça a déroulé, le TD transformé à 2 points, 28-28. On n’était plus à une anomalie spatiotemporelle près. Il restait environ 1’ et aucun temps mort, avec la tête dans le c*l, les Falcons ne risquaient pas de marquer (ils ont d’ailleurs fait n’importe quoi).

D’où la première prolongation de l’histoire du Super Bowl. Avec les nouvelles règles, la première équipe à inscrire un TD a gagné[1]. Le tirage au sort est donc déterminant. Qui l’a remporté ? Les Patriots bien sûr. Sur leur lancée, ils ont plié l’affaire en un rien de temps, même s’il y a éventuellement débat sur le fait de savoir si le ballon a franchi la ligne avant le contact entre le genou et le sol (de mon point de vue il n’y a pas de scandale). Au final, OSEF, car de toute façon, ça ne pouvait échapper aux Bostoniens (on dit comme ça ?), vainqueurs 34-28.

Tom Brady s’est fait dessus pendant près de 3 QT, il a autant contribué à renverser la situation que Matt Ryan l’a fait en se liquéfiant avec ses potes. Brady, élu MVP, a ainsi remporté son 5e SB, record battu pour un QB et co-détenu avec un autre joueur dont tout le monde semble se foutre royalement car il n’y en a que pour Brady, célébré comme le plus grand joueur de tous les temps, une sorte de dieu vivant marié avec un top-modèle superstar… Mais le gars est un vrai con. Comment puis-je être si affirmatif ? D’une part, il est pro-Trump (comme une grande partie de la NFL, certes). D’autre part, et c’est un argument massue, il a refusé à Ted de lui refiler un peu de sa semence dans Ted 2 (^^)… Et je ne vous parle même pas de sa suspension en début de saison pour une tricherie (une histoire de dégonflage de ballons) qui a touché les Patriots. Il y a quelques années, Bill Belichick avait déjà été convaincu de tricherie (je n’évoque pas le dopage semble-t-il assez généralisé en NFL mais des affaire d’espionnage de tactiques adverses).

On retiendra aussi quelques anecdotes et statistiques. Par exemple la descente du proprio des Falcons au bord du terrain longtemps avant la fin du match. Il vient de s’inscrire au groupe Facebook des reboucheurs de bouteilles de champagne… Matt Ryan a été élu MVP de la saison régulière, il a reçu son prix la veille de cette grande finale. Pas de chance, depuis le début des années 2000, c’est systématique, quand le MVP dispute le SB, il le perd.

Cette mésaventure est aussi arrivé à Brady… Mais quand on pense au nombre de fois où ce match aurait dû définitivement tourner en sa défaveur, on se dit que sa Giselle ne doit pas être bien difficile. Sinon, comment serait-il devenu un tel cocu ?

Note

[1] Si une équipe perd le ballon ou marque autre chose qu’un TD, l’autre équipe obtient à son tour l’opportunité de jouer pour marquer un TD, etc.