Le ski de bosses a admirablement lancé la quinzaine avec 2 médailles d’argent suivie le lendemain d’une médaille d’or. Arrivés avec le dossard 2 après avoir terminé à la 2e place du classement général de la Coupe du monde de bosses, Perrine Laffont et Benjamin Cavet ont confirmé en décrochant l’argent, battu respectivement par l’Australienne Britteny Cox et par le Japonais Ikuma Hiroshima, qu’on n’avait pour ainsi dire pas vu de la saison avant d’enchaîner les perfs improbables sur la neige espagnole.

Voici l’épreuve féminine… d'abord en entier, ensuite en ne conservant que les runs des médaillées. A vous de choisir.

Et l’épreuve masculine… dans laquelle Anthony Benna – champion du monde surprise il y a 2 ans avant de pas mal galérer – a réussi à accrocher une place en finale (ça fonctionne avec un système de qualifications et de repêchages qui permettent d’atteindre une première finale dont on retient seulement les 6 meilleurs pour l’ultime manche), terminant 6e.

J'ai la version courte concentrée sur les Français et les médaillés (avec itw).

Ou alors la version longue, avec d'abord les prestations des qualifiés pour la finale à 18 puis les finales.

Ces champions sont très jeunes (18 ans pour l’une, 21 ans pour l’autres), mais «aux âmes bien nées, la valeur n’attend point toujours le nombre des années» (célèbre extrait du Cid de Corneille, dont l’histoire se passe en Espagne). Pour rappel, ils figuraient déjà parmi les révélations françaises des JO de Sotchi, la Pyrénéenne arrivait à peine sur le circuit du haut de ses 15 piges, elle avait atteint la finale. Ayant réussi de belles perfs depuis et ayant connu la victoire en Coupe du monde, elle était forcément assez attendue lors de ces ChM, d’où une certaine pression. Déjà synonyme de compétition réussie, sa médaille d’argent aura été la première étape d’un formidable double. Elle appréhendait l’épreuve de bosses parallèles, un format bien sympa à suivre même si pour être honnête on ne comprend pas forcément toujours le jugement. Les adversaires s’affrontent sur une manche sèche en fonction du tableau dressé à partir du classement mondial, ils se lancent en même temps, et celui qui franchit la ligne le premier… n’a pas forcément gagné. En effet, il y a 7 fois 5 points à partager entre les 2 concurrents en fonction de différents critères. L’écart de temps n’est qu’un des critères, les sauts et surtout la façon de skier dans les bosses en sont les principaux autres. Bref, en bas, chacun obtient sa note (le total des 2 notes est de 35) et celui qui obtient la meilleure poursuite sa route. Pour l’unique Française engagée, c’est passé de justesse en 8e de finale (19-16), mais c’est passé alors que les cadors – notamment les membres de l’équipe canadienne, en principe une invincible armada – tombaient comme des mouches. Malgré la pression, l’appréhension et la fatigue accumulée, Perrine Laffont est allée au bout pour décrocher son premier titre majeur en venant à bout de la Kazakh Yulia Galysheva en finale sur le score fou de 18-17.

Là encore, j'ai fait une version longue (1ère vidéo) et une version courte (2nde vidéo).

Dans l’épreuve masculine, le Japonais Ikuma Hiroshima a de nouveau triomphé, sortant au passage le grand patron du circuit, Mikaël Kingsbury, malchanceux de l’avoir croisé en 8e de finale (il n’a donc décroché qu’une médaille de bronze lors de l’épreuve traditionnelle). L’équipe de France a bien failli obtenir une autre médaille. Sacha Théocharis a échoué en petite finale alors que sincèrement, je doute qu’il d’attendait lui-même à atteindre le dernier carré.

Voici les 2 premiers tours...

Puis les duels à partie des 8e de finale.

La médaille suivante nous est venue du snowboard. Il fallait terminer dans le top 6 des qualifications pour disputer la finale. Le juge japonais a clairement protégé ses compatriotes, en aidant 2 à se qualifier (passées 5e et 6e, alors qu’il a manqué 2 points à Sophie Rodriguez, 8e, et 5 à Mirabelle Thovex, 9e… et bien sûr le juge nippon a donné de très bonnes notes à ses filles et de très mauvaises aux Françaises). Seule Française qualifiée pour la finale en half-pipe, Clémence Grimal s’est invitée sur le podium comme il y a 2 ans. 4e de qualifs très serrées entre les meilleures (ça a scoré très haut), elle a gagné une place en finale, s’en sortant uniquement grâce à son 3e et ultime run (le seul complété), noté 79.00, 2pts de mieux qu’une des Japonaises, insuffisant toutefois pour battre Haruna Matsumoto (3 runs réussis à 80pts et plus, 84.75 pour le meilleur), mais surtout Cai Xuetong, au-dessus du lot (90.75, puis 88.00 pour finir). Le niveau de la finale n’était pas fou, et disons-le honnêtement, entre les hommes et les femmes il y a encore un monde d’écart, dans l’idéal mieux vaudrait éviter la comparaison.

Le snowboardcross fait partie des disciplines fortes de l’équipe de France. Chez les femmes, la qualité est exceptionnelle, la quantité l’est tout autant, et si les leaders ne sont pas bien vieilles (Nelly Moënne-Loccoz est de 1990, Chloé Trespeuch de 1994 et Charlotte Bankes de 1995), la relève impressionne déjà (Manon Petit est née fin 1998, plusieurs autres filles non retenues pour ces ChM sont nées entre 1997 et… 2001 dans le cas de Julia Pereira, un phénomène de 15 ans ½ qui dispute des épreuves internationales depuis cet hiver seulement après avoir disputé les championnats de France en slopestyle au printemps dernier est truste déjà les podiums en Coupe d’Europe au point d’avoir déjà été envoyée sur le circuit de Coupe du monde et de prendre la 12e place à La Molina juste avant ces Mondiaux).

Chez les hommes, la structure de l’équipe est différente, Pierre Vaultier est le dernier rescapé d’une génération dorée et s’il demeure tout en haut de la hiérarchie mondiale, les jeunes peines à suivre sa trace. Pour ne rien arranger, Merlin Surget (le plus jeune de l’équipe, il est de décembre 1999) s’est pris un KO sur le boarder et a été mis au repos, ne pouvant donc participer ni à l’épreuve individuelle, ni à celle par équipes. Restaient Loan Bozzolo (bientôt 18 ans) et Ken Vuagnoux, éliminés en 8e de finale… Tout a donc vite reposé sur le champion olympique plusieurs fois vainqueur de la Coupe du monde mais encore jamais médaillé en 4 participations aux ChM (déjà 4e et 5e). Il a dominé. En qualifications, seul Lucas Eguibar lui a contesté la première place (21 centièmes d’écart), les autres ont tous pris une bran-bran (le 3e, aussi 2nd Espagnol, a fini à 1"40). En 8e, en quart, en demie puis en finale, le Français s’est imposé à chaque fois. Au fur et à mesure des tours, la fatigue s’accumulait et son avance se creusait de moins en moins tôt au point d’être vraiment mis sous pression par Eguibar (médaillé d’argent devant le roi d’Espagne) lors de la finale. Impressionnant de maîtrise, fabuleux lors des départs – encore plus important dans les manches à 6 car ça peut vite partir en sucette quand ça frotte – puis dans le choix de la trajectoire, très fort mentalement, il n’a jamais fléchi, n’est jamais parti à la faute et est allé chercher cette médaille d’or plus que méritée.

Les derniers résultats en Coupe du monde lui permettent aussi d’espérer remporter un nouveau globe de cristal dans quelques jours en Suisse. A une petite année avant d’aller défendre son titre olympique en Corée du Sud, le favori des JO est déjà tout désigné (il a pris la 2e place lors de la préolympique l’an dernier). Il a désormais les armes pour assumer ce statut.

J’ai la compétition complète à vous proposer (première vidéo) ou seulement les runs du nouveau champion du monde (la vidéo juste après).

Les qualifications féminines n’ont pas épargné les Françaises, toutes présentes dans la première moitié du tableau… dont 3 dans le même quart de finale. Mal partie mais bien revenue, Bankes a chuté bêtement au moment où la qualification lui semblait acquise grâce à l’accrochage entre les 2 filles qui la précédaient. Ça s’est mieux passé dans la foulée, 2 Françaises sont parties en tête, Petit était à la traine, elle est revenue, une Américaine est venue se mêler au trio, elle doublait… puis est partie à la faute en voulant attaquer Trespeuch pour la première place. Les 3 pantalons rouges ont pris les 3 premières places et atteint les demi-finales. Lors de cette demie, Moenne-Loccoz a pris un super départ, elle s’est détachée devant ses 2 collègues mais la Tchèque Samkova (cador du circuit, vainqueur des qualifications) est entrée dans la danse. Le peloton a recollé grâce à une petite erreur de la femme de tête, rapidement débordée par Trespeuch puis par la Bulgare… sortie du tracé quelques virages plus tard. Le scénario du quart se reproduisait jusqu’à une nouvelle faute de Moenne-Loccoz cette fois fatale, une erreur non provoquée. Trespeuch a donc de nouveau gagné, Petit en a profité pour finir 2e et se qualifier.

2 Françaises en finale (Moenne-Loccoz a remporté la petite finale pour se classer 7e), une médaille… d’argent. Cholé Trespeuch a bien failli l’emporter, malheureusement la légende Lindsey Jacobellis a résisté jusqu’au bout. Longtemps à la bagarre, les 2 femmes ont même failli s’envoyer au tas à plusieurs reprises, se doublant l’une après l’autre en tête avant que l’Américaine ne passe devant, subissant les multiples attaques de la médaillée de bronze de Sotchi. Finalement, la médaille d’argent s’est jouée à la photo à cause du retour de Michaela Moioli. On a assisté à une finale hyper spectaculaire dont Manon Petit n’aura pu être une actrice importante (5e).

Après l’or et l’argent des épreuves individuelles, une nouveauté de ces championnats du monde, le snowboardcross en relais ou snowboardcross par équipes. Le principe est assez simple. Chaque pays engage jusqu’à 2 duos, ça part comme une manche normale (mais avec 4 concurrents au lieu de 6), puis au moment du passage sur la ligne, le portillon s’ouvre pour le départ du 2nd relayeur dont l’arrivée détermine le classement de la course. Il y a donc des stratégies à établir en fonction du niveau de chacun, de la capacité à remonter un retard, de conserver une avance, ou de jouer des coudes. Par exemple, n’ayant pu inscrire qu’une équipe chez les hommes faute de combattants, la France a mis Bozzolo devant avec pour mission de rester le plus possible au contact afin que Vaultier puisse finir le travail en comblant le retard. Ça a fonctionné en quart, en revanche le jeune est tombé en demi-finale, l’ainé est parti sans réel espoir de finir parmi les 2 premiers. Foutu.

Ça s’est beaucoup mieux déroulé pour les filles. La compétition était assez particulière dans la mesure où seulement 6 équipes étaient inscrites, dont 2 Françaises… pour seulement 5 réellement au départ, les Britanniques ayant renoncé. Par conséquent, la demi-finale du duo formé par Moenne-Loccoz et Trespeuch s’est transformée en une simple course de validation de la place en finale. Elles y ont été rejointes par Bankes et Petit. C’est devenu très facile quand les Américaines et les Italiennes (ensuite disqualifiées pour être sorties du tracé) ont ouvert la voie royale au 2nd duo en se percutant. Il a fallu finir le premier relais et assurer dans le 2nd, chose faite malgré une frayeur connue par Bankes (une chute sans conséquence un peu avant la fin).

Chloé Trespeuch termine donc ces championnats avec une médaille d’or et une d’argent, le même bilan que Perrine Laffont.

Cette épreuve deviendra peut-être olympique mais seulement s’il y a plus de concurrence. Je verrais bien la même chose en version mixte, ce qui permettrait sans doute à plus de pays d’être représentés (11 chez les hommes, 4 chez les femmes). La valeur sportive de la discipline deviendrait plus évidente. Ceci dit, on ne crachera pas sur ces médailles, elles font plaisir et récompensent le travail des filles, leur persévérance après des blessures ou constituent un bon encouragement pour les jeunes.

Cette épreuve par équipes n’existe pas en skicross. C’est bien dommage car l’équipe de France est très forte… même décimée par de nombreuses blessures dont de très graves survenues peu avant les championnats. Malgré ces terribles déconvenues, il a été possible d’aligner 4 gars de très haut niveau. Aux qualifications, ils ont tous terminé dans le top 6 (sur 44 engagés). Malheureusement Jean-Frédéric Chapuis s’est raté dès la première manche à élimination directe en ayant pourtant fait une grande partie de la course en tête. Le champion olympique faisait figure de grand favori après avoir remporté une nouvelle fois la Coupe du monde et dominé les qualifications. Gros coup dur. Vice-champion du monde 2013, vainqueur de la préolympique l’an dernier et auteur du 6e temps le matin, Bastien Midol a subi le même sort (autre scénario, il est parti de derrière et n’a jamais pu doubler Victor Öhling Norberg). Les 2 ont été sortis à la régulière.

François Place (4e des qualifs) – avec beaucoup de maîtrise – et Jonas Devouassoux (2e le matin) – grâce à un énorme double dépassement – ont en revanche chacun remporté leur 8e de finale. Place a remis ça en quart, restant dès lors le seul Français en lice (Devouassoux est tombé à ce stade de la compétition, rapidement victime de la chute d’un Russe qu’il n’a pu éviter). 4e à mi-course, Place a su être opportuniste, technique et se montrer fin tacticien en passant tantôt à l’intérieur ou à l’extérieur et finir avec plus de vitesse pour griller tout le monde. Magnifique ! En demi-finale il nous a remis ça en y ajoutant une dimension spectaculaire encore supérieure car, accroché par l’Italien Klotz, son salut n’a tenu qu’à la réussite d’un incroyable numéro d’équilibriste. Distancé par le duo de tête, il a alors profité de l’erreur de Braddy Leman (le fameux 4e de la finale de Sotchi derrière la Patrouille de France).

Et le voici ainsi finaliste pour la première fois de sa carrière, comme Jamie Prebble… à une énorme différence près : l’un a échoué des dizaines de fois avant d’atteindre ce stade de la compétition dans un jour de grâce, l’autre a simplement poursuivi une ascension fulgurante à la hauteur de son talent.

Le Français vient de la Coupe du monde de ski alpin, il a décidé de changer de discipline seulement à l’issue de la saison passée car il ne parvenait pas à percer en slalom et en géant (40 départs en CdM entre janvier 2009 et mars 2016, une seule qualification… mais aucun point, il aura gagné 2 fois en Coupe d’Europe dont une en janvier 2016, ses 2 seuls podiums). Sa première compétition en skicross date de fin novembre ! Vainqueur d’une course Fis à Val Thorens juste avant Noël, il a débarqué avec fracas en Coupe d’Europe, enchaînant un podium et une victoire sur le même parcours en janvier, avant d’encore monter sur le podium en Suisse 2 semaines plus tard, puis d’aligner 2 succès en Italie dans la foulée… Autrement dit, 5 podiums dont 3 victoires en 6 épreuves de Coupe d’Europe… et une monté en Coupe du monde la semaine suivante, la 2e semaine de février. 7e et 5e des qualifications, 5e (donc demi-finaliste et vainqueur de la petite finale) dès ses débuts au plus haut niveau, 25e le lendemain, il a refait un tour en Coupe d’Europe, finissant 4e et… encore vainqueur. Retour en Coupe du monde à Sunny Valley, 3e des qualifs, encore 5e de l’épreuve, puis retour en Coupe d’Europe pour une nouvelle finale (4e) et… le voici aux Championnats du monde. Je résume donc le parcours de François Place en skicross avant de débarquer aux ChM : 9 finales en 10 épreuves de Coupe d’Europe (5 victoires, 2 fois 3e, 2 fois 4e) et 2 fois en 5e en 3 épreuves de Coupe du monde. Sachant que le skicross est une épreuve très particulière où il faut savoir frotter, dépasser, résister à la pression directe imposée par ses concurrents, ce qui n’existe absolument pas en ski alpin, on peut le dire, ce mec est un génie ! Un phénomène ! Rien à voir avec ce Néozélandais qui a débuté sur le circuit mondial en 2012 où il compte autant de demi-finales que le Français (2), mais en plusieurs dizaines de courses. Ses seuls résultats plus ou moins probants ont été obtenus sur les circuits secondaires et ne sont même pas brillants. 13e des qualifications, il a survécu toute la journée avec Place. Ils étaient dans le même 8e de finale, donc le même quart, la même demie…

En finale, Prebble s’en est mieux tiré, il a eu droit à la médaille d’argent derrière le Suédois Victor Öhling Norberg. Place est parti 4e, il a doublé Filip Flisar (champion en titre), s’est retrouvé à la lutte avec le NZ, ce qui lui a fait perdre l’équilibre, provoquant un accrochage avec le moustachu slovène… une double chute avec perte d’un ski pour chacun. Flisar avait déjà commis une faute auparavant en enfourchant une porte – il fallait les ralentis pour le voir – en voulant doubler Prebble qui dans l’affaire lui avait mis son bâton entre les skis. Cette disqualification a donc profité à Place, médaillé de bronze aux ChM moins de 4 mois après ses débuts dans la discipline. C’est assez incroyable !

Chez les femmes, la 3e place d’Ophélie David est un résultat tout aussi incroyable, mais pour une autre raison : elle a 40 ans, s’approche des 41, a débuté en Coupe du monde il y a près de 15 ans après avoir disputé les JO en slalom il y a 23 ans (pour la Hongrie à l’époque). Il s’agit de sa 5e médaille mondiale après le bronze à Ruka (2005), l’or à Madonna di Campiglio (2007), le bronze à Voss/Oslo (2013) et l’argent à Kreischberg (2015).

Seulement 9e des qualifications, elle ne bénéficiait pas d’un tableau très favorable et ne pouvait choisir sa porte de départ, néanmoins l’expérience a payé. 2e en quart, elle s’est retrouvée dans la même demi-finale que l’autre Française, Marielle Berger-Sabbatel (4e des qualifs et impressionnante en quart). Ayant réussi dès le départ à se positionner derrière sa grande amie Fanny Smith et elle a su conserver cette place qualificative malgré le retour des 2 autres adversaires sur la fin. S’il y a eu de la baston lors de la manches pour les médailles, les positions établies rapidement n’ont pas évolué, Sandra Näslund (2e des qualifs) a remporté l’or devant Smith et la légende… qui pourrait être la maman de la Suédoise (qui a la moitié de son âge).

Samedi était aussi le jour des finales du ski half-pipe. Les conditions ont beaucoup évolué au fil des jours, au fil des heures, le pipe étant par moments très mou, il regelait et s’accélérait, le vent a aussi beaucoup gêné, provoquant des accidents. L’équipe de France peut avoir des regrets car elle n’a été récompensée que par une médaille d’argent et une de bronze. Les juges n’ont pas été clean.

Les qualifications avaient eu lieu jeudi, Marie Martinod a dominé chez les femmes en obtenant une note de 90.60, 2 points de plus qu’Ayana Onozuka. Le ménage était déjà fait car seules 6 concurrentes obtenaient leur place en finale, ce que n’ont su faire Brita Sigourney, Cassie Sharpe ou encore Anaïs Caradeux (chute lors des 2 runs).

Seuls 2 Français ont pu disputer les qualifications masculines, il y avait 10 places à prendre, ils ont fini 4e (Ben Valentin, dont la note du 1er run suffisait, le 2nd a été meilleur) et 7e (Kevin Rolland, qui n’a pu améliorer au 2nd essai). Les 8 autres tickets ont été obtenus par des Nord-Américains (4 pour les Etats-Unis, 4 pour le Canada). Les notes sont montées haut avec 94.60 pour Mike Riddle, 90.40 pour Ben Valentin (donc 4 à plus de 90pts). Le dernier (Birk Irving) est passé à 83.00.

Je vous avertis de suite, j'ai fait un best of qualifs+finales pour les hommes et pour les femmes (à retrouver un peu plus loin.)

En tête après un premier run au-dessus du lot (87.00), Marie Martinod a sans doute commis une erreur tactique, celle de ne pas changer le contenu de sa prestation pour le 2e malgré la note supérieure donnée – de façon très discutable – à Onozuka (89.80). Elle a gâché une occasion de repasser devant. La Nippone a fini par un 88.20 qui ne modifiait en rien la mission de la Française. Cette fois, elle a tenté le tout pour le coup, réussissant même à passer son 1080° pour terminer… mais une réception difficile (les mains sur la neige) ont mis fin à l’espoir de décrocher un titre qu’elle méritait. Dommage de finir sur de l’argent après avoir dominé toute la saison, surtout avec des notations discutables. L’Américaine Devin Logan a subtilisé le bronze à Annalisa Drew au dernier run.

La finale masculine – mêlée à celle des femmes[1] – a été compliquée. Le niveau est monté très haut dès le départ avant de retomber à cause des conditions, notamment un très fort vent latéral qui a eu tendance à faire s’écraser les concurrents sur le coping quand ils s’envolaient sur le mur de gauche.

Le jeune Birk Irving a ouvert la finale avec un très gros run noté très sévèrement (67.20). 2e à s’élancer, Aaron Blunk a enchaîné des figures parfaitement réalisées mais sans aller très haut. C’était du très lourd avec de la difficulté, de la variété, il méritait sans doute son 91.80… Seulement, 2 concurrents plus tard, Kevin Rolland nous a sorti un run de mutant avec une amplitude incomparable avec celle de Blunk, une propreté totale, des grabs de partout… sans recevoir le score qu’il méritait (88.40). Ne pas le placer en tête de la compétition était une injustice. A l’issue de la première manche, il restait en 2e position.

Sur les 10 garçons en lice, 4 ont chuté ou bloqué, dont Ben Valentin (réception ratée dès le premier trick, il n’a pas insisté). Puis ils ne sont que 2 à avoir posé leur run lors de la 2e manche. Ceci en grande partie à cause du vent. Mike Riddle et Birk Irving ont été performants. Si le gamin de 17 ans a encore impressionné avec notamment un envol incroyable pour finir, les juges n’ont pas été très généreux (86.80), le plaçant 3e provisoire quelques minutes avant de hisser Riddle au 2e rang (88.60). Très joli run, certainement, mais de là à doubler Kevin Rolland, n’abusons pas ! Entre-temps, ce dernier s’était mangé une boîte d’une violence folle, le vent l’ayant déporté à l’extérieur du pipe (un danger réel quand on vole si haut). Il aurait pu se faire extrêmement mal… son nez a d’ailleurs pris cher dans l’affaire (il est retombé sur les skis, s’est écrasé sur les appuis – ce qui aurait pu lui péter les 2 genoux – au point se subir un 2nd impact sur les fesses/bas du dos, moment où la poignée de son bâton a dû lui péter le nez). Ben Valentin l’a presque imité (il a tapé le coping du premier mur, les fixations ont sauté).

Restait un run avec un Kevin Rolland dans un état physique désormais douteux et un Ben Valentin jusqu’ici incapable de réussir la moindre réception. La médaille de bronze du premier nommé risquait même de lui échapper. Sincèrement, en regardant le run d’Irving, révélation de cette finale, je ne comprends pas comment les juges ont pu ne lui mettre que 82.80 tant il y avait d’amplitude, de style… Ou plutôt, je comprends très bien : sachant avoir escroqué le Français, ils ont fait en sorte de baisser les notes des autres pour le laisser sur la boîte. Auraient-ils été plus généreux avec lui s’il avait pu réussir son dernier run ? Impossible à dire. Monté moins haut en ayant encore haussé la difficulté technique, il a mis les fesses sur la dernière réception (manque d’énergie après l’accident). Il en restait 6 dont 5 susceptibles de le sortir de la caisse. Les 2 suivants ont chuté, puis Ben Valentin a sorti un run fou à des hauteurs inhumaines… mais a eu droit à un très modeste 82.60. La note a mis du temps à tomber, ça a beaucoup discuté entre les juges pour décider que la fesse gauche avait bien touché le mur sur la dernière réception. Cette fesse a fait la différence entre la médaille – voire l’or – et la 8e place (devant D’Artois et Kenworthy, incapables d’arriver en bas sans faute). Même au ralenti, on a du mal à se faire une idée avec certitude, néanmoins le principal intéressé a confirmé un contact, donc sur ce coup il n’y a pas scandale même si le public a hué. Dans la foulée, David Wise – champion olympique – a bien failli jouer un très mauvais tour à Kevin Rolland, heureusement il a seulement eu droit à la 4e place 87.00). Là encore, j’ai l’impression que les juges ont retenu leurs notes pour limiter les conséquences de l’injustice dont ils se savaient responsables. Le 89.40 de Riddle pour conclure n’a rien changé, il est resté 2e.

En résumé, Rolland a pris le bronze derrière Blunk et Riddle grâce à un run injustement mal noté qui aurait dû lui valoir le titre, Ben Valentin ayant quant à lui manqué le podium pour un centimètre de fesse en trop.

Selon vos goûts j’ai la finale complète (avec toutes les chutes) dans la 1ère vidéo ou la finale en version amputée de la plupart des runs foirés (la 2nde vidéo).

C'est le moment de retrouver mon best of qualifs+finales. Honneur aux femmes.

Et voici le best of des hommes.

Le ski slopestyle a conclu ces championnats. Je n’ai RIEN compris de l’organisation de cette compétition pour les hommes, et manifestement, je ne suis pas le seul. Il y a eu polémique. En gros, le samedi, on a qualifié 12 concurrents (dont Antoine Adelisse), les autres ayant en principe droit à une demi-finale dimanche matin même en ayant eu des notes dégueulasses (il suffisait de se présenter, les seuls non qualifiés sont ceux n’ayant pas pris le départ). A priori, sur 33 demi-finalistes, seuls les 4 premiers ont rejoint les 12 déjà assurés de participer à la grande finale.

16 hommes ayant chacun droit à 3 runs, ça fait très long… surtout avec déjà 33 passages correspondant à la demi-finale. 81 runs masculins (plus 24 féminins) au cours de la même journée, ça fait très lourd pour les téléspectateurs potentiels.

Bref. Revenons-en à la compétition à proprement parler. 8e à s’élancer, Antoine Adelisse a commencé par un très bon run, lequel lui a permis de prendre la tête de la compétition (86.80). Le suivant, le Britannique James Woods, l’a immédiatement dépassé (89.60). A l’issue de la 1ère manche, le Français restait 2e. Malheureusement, il n’a pas amélioré sa note, contrairement à Woods (90.40), puis à McRae Williams (88.40), qui a donc fait descendre Adelisse au 3e rang où il figurait toujours avant le 3e run. Qualifiés par le biais des demi-finales, le Suédois Henrik Harlaut (87.80) et l’Américain Gus Kenworthy (91.80) – qui s’est complètement manqué en finale du half-pipe en ne posant aucun run – ont sorti le Français du podium. Désormais 5e, Adelisse jouait tout sur cette ultime tentative, malheureusement il s’est planté sur l’ultime module, la rampe en forme de toit, alors que jusqu’ici tout était parfait, le podium lui semblant même promis. Le haut du classement a ensuite évolué une dernière fois, Williams parvenant à décrocher l’or (93.80) devant Kenworthy et Woods.

C’était beaucoup plus simple et clair pour les femmes (et les filles) : qualifications le samedi sur 2 runs, les 8 premières passaient en finale le lendemain. Malheureusement Coline Ballet-Baz a échoué à la pire des places, la 9e, alors qu’on pouvait espérer la voir jouer le podium en compagnie du petit phénomène, Tess Ledeux, née le 23 novembre 2001, ce qui lui fait à peine 15 ans et 4 mois ! Cousine de Kevin Rolland, jamais avare de conseils, elle a dominé les qualifications avec un joli 91.50 au 2nd run (moins abouti, le premier la qualifiait déjà).

En finale, sur cette neige marron, les filles ont eu beaucoup de mal à trouver leurs marques. Sur les 8 en lice, une seule réussi un premier run propre, et encore, il n’était pas très bon (74.00). La 2e manche ne se passait guère mieux puisque si la Suissesse Mathilde Grémaud a enfin touché une note digne d’une finale (80.80), aucune autre concurrente n’a su faire le job avant la dernière de la liste de départ, Tess Ledeux. La petite a envoyé de très gros saut aux réceptions certes un peu heurtées, mais le niveau était réellement incomparable avec tout ce qu’on avait vu précédemment. Sa note de 85.60 lui a logiquement offert la première place.

Restait un run pour chaque skieuse. Le classement a été fortement modifié car 3 filles sont enfin parvenues à poser leurs tricks : Sarah Höfflin (82.60) n’est pas longtemps restée sur la boîte car Emma Dahlström a hissé le drapeau suédois au-dessus de la 2e marche du podium (83.80) avant de voir la Britannique Isabel Atkin lui souffler dans le cou (83.20). En tout, seulement 5 filles ont atteint les 80 points, ceci s’expliquant sans doute en grande partie en raison des conditions particulières.

C’est ainsi que Tesse Ledeux est devenue championne du monde à 15 ans… Il est vrai que cette discipline est très jeune (la 2e est de 2000, la 3e de 1998, la 4e de 2000, la 6e de 1998, les 3 autres finalistes faisant figures d’ancêtres en étant nées entre 1991 et 1993), mais ce qu’elle fait 15 ans… Techniquement, au niveau de la prise de risques (on la voit faire des choix que les filles laissent aux hommes en général), de la capacité à assumer son statut de favorite, il y a chez elle quelque chose de prodigieux. Remarquez, on le savait, elle remporté en janvier à Font Romeu sa première Coupe du monde pour sa première participation…

Si la hiérarchie devait rester exactement identique dans un an aux JO, la France décrocherait 2 titres (Vaultier et Ledeux), 4 médailles d’argent (Cavet, Laffont, Trespeuch, Martinod) et 4 de bronze (Rolland, David, Place, Grimal), ce qui ravirait déjà tout le monde, ces disciplines ayant rapporté 7 breloques (2, 2 et 3) en 2014. En pratique, il est impossible que tout se passe de la même manière car beaucoup de ces sports sont sujets à une grande part d’aléas… et rien ne leur interdit d’être favorables à l’équipe de France pour que le bilan final de PyeongChang soit encore meilleur !

Note

[1] 1er run des femmes, puis 1er run des hommes, 2e run des femmes, 2e run des hommes, 3e run des femmes, 3e run des hommes.