Réunir lors d’une même soirée les combats de Roman "''Chocolatito''" Gonzalez et Gennady Golovkin, alias "Triple G" n’est pas une première, je vous ai à chaque fois mis les combats sur le blog (cherchez un peu, c’est facile à trouver). La chaîne l’Equipe (anciennement L’Equipe21) a déjà diffusé des combats du Kazakh, mais il s’agissait de la première fois avec ce duo. Et sincèrement, aucun fan de boxe ayant veillé tard ou mis le réveil pour regarder ces combats en direct ne peut se dire déçue, hormis du résultat d’un de ces championnats du monde. Le spectacle était au rendez-vous. Il faut dire que les affiches s’y prêtaient.

Evidemment, avec 2 oppositions entre puncheurs, il était peu probable d’aller au terme des 12 reprises. Plutôt que finir sur une décision, on s’attendait à voir du KO, peut-être même d’en voir un aussi fracassant que celui infligé la semaine passée par David Lemieux à Curtis Stevens dans un combat poids moyens (ce sont 2 anciens adversaires de Golovkin). Attentions aux yeux…

Pour info, il a fallu plusieurs minutes pour que Stevens, évacué sur civière, ne se réveille…

Contre toute attente, aucun des 2 main events de cette soirée n’a pris fin avant la limite. Il y a eu du knock-down, pas de knock-out, mais deux décisions très serrées et très… contestée. A vrai dire, une est réellement choquante et particulièrement erronée, l’autre est logique bien qu’elle ait été très décriée par ceux ayant surtout retenu la dernière impression ou jugent par rapport au contraste entre les attentes et la prestation réelle.

Pour remporter un combat, et c’est – normalement – encore plus vrai contre un champion en titre défendant ses ceintures, il ne faut pas seulement être meilleur que prévu, il faut être meilleur que le champion, ou du moins gagner plus de rounds[1].

Le premier main event opposait le Nicaraguayen Roman Gonzalez (46-0, 38KO), détenteur du titre mondial WBC des super-mouches, au Thaïlandais Wasaksil Wangek (41-4-1, 38KO, 2 subis), qui se fait appeler Srisaket Sor Rungvisai… surnommé Worawut Wor Por Sunsaket… Si on a droit aux noms propres au Scrabble thaïlandais, ce homme est un dieu vivant… Il avait chacun de ses 4 seuls combats disputés à l’étranger dont ses 2 premiers combats pro, c’était au Japon en 2009. Autrement dit, il faut oublier ces 2 premières défaites et comprendre que ce garçon est très bon mais inconnu. Surtout, il est gaucher, contrairement à "Chocolatito", ce qui en pratique a posé un gros souci de chocs de tête qui ont gravement faussé la donne. 

Le Nicaraguayen, dont l’entraîneur de toujours est décédé en novembre, a été surpris à 35 ou 40 secondes de la fin de la première reprise après une première minute d’observation suivie suite à laquelle les choses commençaient à s’accélérer. Il y a eu choc de têtes, choc de jambes, il semble avoir plus été déstabilisé par le problème dû à l’opposition droitier contre gaucher – ils avaient en effet tendance à se marcher sur le pied – que par le coup au corps porté par son challenger asiatique, un garçon aux allures de boxeurs thaïlandais – et pour cause – doté des appuis et de la puissance des garçons qui font du pieds-poings. Compté, Gonzalez a débuté le combat mené 10-8.

Le Thaïlandais, déjà champion du monde des super-mouches en 2013, cherchait à avancer et frapper fort, Gonzalez a attendu la 2nde moitié du round pour lui répondre. Sur ce ring, on ne se retenait pas, chacun envoyait toute la puissance et encaissait des coups. Le Nicaraguayen a repris l’initiative sur la dernière minute, tentant de bien varier. Le problème de l’opposition de garde s’est poursuivi, seulement l’arbitre ne voyait rien, il regardait seulement en haut. Se faire régulièrement marcher sur le pied pendant un combat doit pour le moins être gênant…
10-9 pour le Thaïlandais à mon avis (un des juges a considéré le contraire, Waleska Roldan).

En début de 2e reprise, "El Chocolatito" a un peu changé d’attitude, esquivant et bougeant plus, toutefois il a encore eu tendance à reculer quand son adversaire frappait. C’est alors que s’est produit un gros tournant du combat : un nouveau choc de tête, celui-ci assez violent, a ouvert l’arcade droite du champion. Stoppé pendant quelques secondes seulement, le combat a repris. Sentant qu’il saignait fort et que le combat risquait de ne pouvoir aller à son terme pour cause de blessure, Gonzalez s’est bien activé. On a alors assisté à une énorme séquence de baston, une véritable guerre avec très peu de temps morts. Les coups partaient dans tous les sens.
De mon point de vue et de celui des 3 juges, le Centre-Américain a remporté cette reprise tout de même assez serrée (10-9).

Le cutman avait beaucoup de travail, la blessure pissait le sang… Malheureusement ça s’est reproduit lors de chaque round. Gonzalez, à qui les hommes de coin ont lui dit de faire attention à la tête pour éviter un nouveau choc, a dû boxer en permanence avec le visage en sang. C’est compliqué psychologiquement, physiquement, ça altère sans doute la vision, et ça fausse sans doute la perception des juges. On sentait d’ailleurs bien qu’il était gêné lors de la 4e reprise, il a d’ailleurs par moments subi dans les cordes en acceptant des séances de corps-à-corps par forcément à son avantage, surtout contre un garçon boxant beaucoup tête en avant. Avec cette attitude, les chocs de têtes sont inévitables. L’arbitre, Steve Willis, laissait faire. Encore très violente, cette reprise a encore ravi les amateurs de grosse baston. Plus ça allait, plus ils accéléraient, toujours en tapant très fort. Que d’échanges de parpaings ! Gonzalez a fini très fort même si ses attaques ont parfois été contrée.
J’ai 10-9 pour le champion, les dernières secondes ont fini de me convaincre. Là encore, Roldan n’a pas été du même avis que tout le monde. Ça compense. A ce stade, le Thaïlandais – même en traitement de texte je me refuse à écrire son nom, trop de W, ça pique les yeux – menait 38-37 pour les 3 juges comme pour moi.

Gonzalez commençait à trouver son rythme, esquivant une partie des coups, en encaissant aussi certains. Ses coups passaient mieux… Les débats restaient équilibrés toutefois assez équilibré. Chaque coup était vraiment porté pour faire mal ! Après avoir repris le dessus dans la dernière minute, le challenger a subi la réaction de Gonzalez lequel a encore fini fort. On sent le Thaïlandais touché, plus capable de réagir aux coups encaissés.
A l’issu de ces 5 premiers rounds, on se retrouvait à égalité 47-47 grâce à un nouveau 10-9 pour Gonzalez (on n’est pas passé loin du 10-8 sur la fin)…

Je m’attendais à voir le Thaïlandais tomber dans les minutes à venir. A la place, il est reparti sur des coups de tête, provoquant cette fois l’intervention de l’arbitre. Réprimandé, il a remis ça à 10 secondes de la fin, ce qui lui a valu un point de pénalité. Entre-temps, de la baston, encore de la baston. Gonzalez était beaucoup plus efficace, son adversaire semblait déjà manquer de jus pour tenir ce rythme fou. L’intensité imposée par le Nicaraguayen – en particulier lors de l’ultime minute – l’a fait plier, pas totalement craqué même si avec ce point de pénalité, le résultat est identique à un knock-down subi.
10-9 pour Chocolatito, soit 57-56, mais 57-55 suite au point de pénalité.

Malgré une tonne de vaseline sur la blessure l’arbitre a laissé le combat reprendre. On a encore assisté à la même chose que précédemment, à savoir un début de round de nouveau assez équilibré, puis il y a eu accélération. Gonzalez semblait accélérer presque à volonté, il semble plus ou moins contrôler. Le Thaïlandais a réagi pour tenter de prendre le dessus lors de la dernière minute, ce qu’il a fait malgré quelques bonnes patates reçues, notamment un magnifique uppercut.
10-9 pour le Thaïlandais grâce à cette dernière minute dominée. Les 3 juges ont vu comme moi.

1 point d’écart en faveur du champion après 7 rounds.

C’est là que ça a commencé à déraper. Glenn Feldman et Julie Lederman ont attribué les 4 reprises suivantes au challenger. Le 3e juge a donné la 8e à Gonzalez puis les 3 suivantes au Thaïlandais. Il y a ensuite eu accord pour mettre le Nicaraguayen devant dans la dernière. Par conséquent les 2 premiers nommés ont donné 114-112 pour l’Asiatique, il y a eu match nul 113-113 pour Waleska Roldan, d’où une décision majoritaire. Comment est-ce possible ?

Le 8e était clairement pour Gonzalez, qui a pris le dessus lors de la dernière de 3 minutes de baston faites d’échanges impressionnants. Les 2 hommes envoyaient sans retenue, toutefois ils ont eu tendance à s’accrocher, ça devenait parfois brouillon. L’intensité folle mettait aussi en lumière leur capacité de résistance.
10-9 pour Gonzalez (76-74).

Au début du 9e round, pour une raison inconnue, on a fait monter les officiels au bord du ring des 2 côtés. Ce n’était même pas à cause de la blessure. Bref. On a repris, C’est encore parti dans tous les sens. Gonzalez avançait plus et dominait globalement, mais pas très nettement… Le plus impressionnant demeurait son visage en sang. Si son adversaire n’hésitait jamais à frapper, contre-attaquait beaucoup et passait aussi des séries, il a pris cher lors des 30 dernières secondes quand le champion lui a infligé une grosse séquence. Oui, le Thaïlandais a résisté, mais au niveau de la précision, il n’y avait clairement pas photo !
Encore 10-9 pour "Chocolatito" (86-83). 

S’il se montrait très actif, le Thaïlandais manquait de plus en plus d’efficacité, soit l’inverse de son adversaire. L’attribution de cette reprise dépend de la conception qu’on a de la boxe : efficacité ou activité, que privilégie-t-on ? Gonzalez a peut-être encaissé plus de coups, toutefois les plus puissants étaient les siens. Enfin… Il ne s’agissait que d’une impression à chaud. Les statisticiens qui ont officié en direct disent des choses très différentes, car le champion aurait en réalité à la fois plus frappé et beaucoup plus touché que son adversaire malgré l’impact de plus en plus évident de sa blessure.
J’hésitais beaucoup concernant sur ce round… Mais en réalité, il devait revenir au Nicaraguayen (96-92).

S’il avait remporté la 10e, chose possible sur l’impression en directe, le Thaïlandais pouvait encore arracher un match nul, voire mieux en cas de knock-down. Il a alors essayé d’avancer par séquences pour mettre des coups en séries. Ça marche parfois, et même plutôt pas mal par moments. On sent le champion nettement moins frais, plus très actif, comme s’il voulait gérer une avance assurément faible. Comme à chaque fois, on a assisté à une accélération en fin de round.
10-9 pour le Thaïlandais, aucun doute (105-102).

Contre toute attente, on arrivait au bout. En direct, je pensais avoir 1 ou 2 points d’avance pour Gonzalez (comme Dominique Nato, qui commentait sur la chaîne l’Equipe). On pouvait imaginer qu’il y ait du suspense et que les 3 dernières minutes soient décisives. En réalité, pour les juges, c’était déjà plié, sauf pour le 3e (pour qui ça a fait match nul), à moins pour le tenant de la ceinture de scorer 2 KD ou un KO… Il se pensait devant, comme à peu près toute personne saine d’esprit à vrai dire. Le public s’est levé à l’annonce de cette ultime reprise d’un combat très brutal ayant atteint un niveau à la hauteur des attentes. Les 2 hommes ont attaqué, toutefois l’excès de corps-à-corps a rendu le spectacle assez moche, le Thaïlandais ayant tendance à beaucoup accrocher. Suite à quelques échanges intéressants, Gonzalez a trouvé un second souffle pour de nouveau faire mal, à la grande joie du public. Il a obligé son adversaire à fuir. Ce match s’est terminé à haute intensité, chacun donnant tout ce qui lui restait.
10-9 pour Gonzalez… soit 115-111, le champion devait rester champion.

Le Thaïlandais est apparu fou de joie d’avoir atteint la limite, il imaginait peut-être même avoir gagné. Gonzalez pensait surtout à se faire soigner. A la surprise générale les arbitres ont infligé à Gonzalez sa première défaite en boxe anglaise, lui qui comptait 100% de victoires, y compris chez les amateurs. Incrédule, il a reçu le soutien du public, lequel a sifflé la décision de ces 3 juges US. Les interviews sur le ring après le combat m’ont surtout après qu’entendre quelqu’un parler thaï équivaut à écouter une conversation téléphonique entre 2 personnes qui ont chacune une seule barrette de réception, on dirait qu’il cause en pointillés !

Improbable, ce résultat l’est encore plus après consultation des stats[2] : Gonzalez a touché plus que son adversaire lors de 10 rounds sur 12 et a passé 372 coups puissants, un record pour la catégorie. Il a envoyé plus de 1000 coups pour 43,5% de réussite contre seulement 30% pour son adversaire. La différence concernant les directs du bras avant est phénoménale (le challenger n’en a porté que 7 sur 176 tentés, c’est limite ridicule), mais même en comptabilisant uniquement les coups puissants, nettement plus nombreux de la part du Thaïlandais (764 contre 659), la balance reste très favorable à "Chocolatito" (372 contre seulement 277, soit une différence de précision phénoménale).

Ce résultat n’est pas une simple erreur de jugement, c’est trop gros. Même s’il s’agissait d’un match assez serré, comment peut-on retirer à un boxeur sa ceinture mondiale après ce combat ? Une ceinture, ça doit se mériter, a fortiori contre un champion du calibre de Roman Gonzalez. Ce garçon dont je n’ose toujours pas réécrire le nom n’a pas été mauvais, seulement il n’a pas mérité cette ceinture !

Une énorme surprise dans un gros PPV, ça peut arriver. 2 grosses surprises, c’était peu probable.

Gennady Golovkin affrontait un miraculé, Daniel Jacobs, qui a survécu à un cancer des os… Ce garçon est aussi un vrai puncheur avec un beau bilan : une seule défaite (32-1-0, 29 victoires par KO, une défaite par KO en 2010). Il restait reste sur 12 victoires toutes avant la limite dont certaines contres des garçons de très bon niveau)… Champion du monde WBA depuis 2014, il défendait sa ceinture pour la 5e fois. OK, en réalité, il ne s’agissait pas du véritable champion du monde WBA puisque cette fédé reconnaissait Golovkin comme super-champion.

Golovkin, c’est encore beaucoup plus impressionnant : 36-0, 33 KO, ses 23 derniers combats remportés avant la limite, dont 17 championnats du monde, détenteur des ceintures WBA (super), WBC, IBO et IBF. L’IBF demandait une pesée le matin du combat, Jacobs a refusé, cette ceinture n’était donc pas en jeu.

GGG annonçait s’attendre à un combat difficile face à l’adversaire le plus sérieux monté sur le ring face à lui. Plus grand et doté d’une allonge supérieure, l’Américain avait un autre avantage, celui de boxer chez lui à New York, même si Golovkin disputait son 3e combat au Madison Square Garden. En outre, j’ai un peu de mal avec ces combats aux Etats-Unis avec un arbitre et 3 juges américains.

Globalement très calme, le premier round peut difficilement être attribué à Jacobs, qui n’a quasiment rien fait. Triple G, dont le nom a été chanté par le public, a passé son temps à avancer. La seconde moitié de la reprise, plus intéressante, ne pouvait aucunement justifier qu’on accorde 10 points au challenger, son attitude étant beaucoup trop défensive. En outre, il semblait déjà marqué à la pommette gauche (du moins on lui a mis du froid dessus pendant la minute de repos).
10-9 pour GGG.

Jacobs a repris en changeant de garde, il passe en gaucher, chose étrange car il ouvrait ainsi sa défense au bras arrière de GGG. Cette tactique s’est reproduite par moments lors du combat pour gêner le Kazakh… On a eu quelques accrochage, Golovkin avançait toujours, prenait son temps, on le sentait concentré comme jamais, nouvelle preuve de sa conscience de la réalité du danger. A vrai dire, on était surtout dans la tension, pas tellement dans l’intensité. Ça accélère assez tardivement, dans les 40 dernières secondes, Jacobs a bien défendu, seulement il n’a rien fait d’autre.
Par conséquent, encore 10-9 pour GGG, même si, étrangement, Max DeLuca et Don Trella ont attribué la reprise au local.

Toujours en marche avant, Golovkin s’est montré moins patient, il y allait plus franchement, attendait moins avant de frapper et a commencé à toucher un adversaire à nouveau sur la défensive, mais désormais parfois en réaction. Peu nombreux, les coups du Kazakh gagnaient en précision. A 20 secondes de la fin, Jacobs a passé un crochet gauche dans une position bizarre. Il avait la tête sous l’aisselle de son adversaire, surpris et presque ébranlé !
Un coup ne suffit pas à faire gagner un round (sauf s’il envoie au tapis bien entendu). Donc encore 10-9 pour GGG. Cette fois, Steve Weisfeld a jugé différemment des autres. J’avais 30-27, eux 28-27.

Passé à l’offensive d’entrée de 4e reprise, Golovkin a fait des dégâts avec un crochet large du droit doublé d’un crochet court toujours du droit. Les ralentis sont magnifiques. Envoyé au sol, Jacobs a été compté, il a repris. Dès lors, Golovkin s’est transformé en requin croisant un banc de sardines. Ses instincts de prédateur ont refait surface, son niveau d’agressivité s’est élevé, il a mis de plus en plus de coups, touchant beaucoup avec son jab, enchaînant parfois une série. Toutefois, plutôt que de se jeter pour en finir, il a calmé le jeu. Pourquoi prendre des risques inutiles quand le round est dans la poche avec 2 points d’avance ? La réaction de Jacobs n’a pas rencontré un franc succès, il s’est repris des jabs dans la tête.
10-8 pour GGG. J’avais déjà 40-35… 5 points d’écart après 4 reprises… Outch.

Il a fallu attendre la dernière minute du 5e round pour que Jacobs commence enfin à se lâcher. Jusqu’alors, il apparaissait en angoisse permanente, subissant psychologiquement le fait d’affronter le monstre invaincu. Ce dernier a accéléré dès la reprise, plaçant encore une énorme droite, avançant encore et encore, changeant de rythme à sa guise. L’Américain essayait de s’en sortir par divers artifices (repasser en gaucher, accrocher) qui en réalité le mettaient en danger. On le sentait en souffrance psychologiquement, vivant dans une sorte d’angoisse permanente induite par la présence devant lui de Golovkin (qui fait cet effet à presque chacun de ses adversaires). Néanmoins, malgré une dernière séquence de coups mutuels presque sur la cloche lui ayant valu de se faire ébranler sur un contre, on a bien senti les prémices d’un déblocage. Jacobs s’est mis à tenter plus de choses.
Ceci dit, encore 10-9 pour GGG, soit 50-44 (mais 49-45 pour les 3 juges).

Déjà dos au mur, le Newyorkais a réellement changé d’attitude. Plus offensif pendant quelques secondes, il a surtout choisi de subir autrement, à savoir en tournant beaucoup pour ne plus être à portée de coups, pour moins accepter le corps-à-corps et la pression constante imposée par le Kazakh, le tout en utilisant d’avantage son bras avant comme demandé par son coin. Golovikin continuait quant à lui sa marche en avant. Jacobs a pris confiance en passant un bon crochet droit suite auquel s’est produit un indéniable rééquilibrage des forces. Chacun réussissait à toucher, GGG a même à son tour subi par moments sans toutefois s’affoler puisqu’il saisissait toutes les opportunités de frapper.
Il s’agissait alors du round de Jacobs. Méritait-il réellement de le remporter ? Disons que le fait d’avoir sur se libérer, le contraste avec les reprises précédentes et l’envie logique chez tout amateur de boxe de croire que tout restait possible imposait de le lui accorder. 10-9 pour Jacobs (mené 54-59 selon moi, 55-58 pour les 3 juges).

Si son coin lui a demandé de prendre l’initiative, l’Américain a préféré de nouveau appliqué sa bonne recette, celle consistant à fuir avec un déplacement latéral le faisait tourner autour d’un Golovkin toujours bien décidé à avancer. Ce dernier balançait une énorme série à chaque fois qu’il parvenait à coincer Jacobs, lequel lui a répondu à plusieurs reprises. Le challenger ne se contentait plus seulement de défendre, d’où quelques beaux échanges. Les contre-attaques gagnaient en efficacité, les complexes s’envolaient. Le coup reçu par le Kazakh par derrière en sortie de corps-à-corps a fait monter la tension, ça a continué à frapper après la cloche.
Même si Jacobs n’a pas été dominé comme précédemment et s’est bien affirmé, il a quand même encaissé beaucoup de coups, d’où 10-9 pour GGG (69-63), un avis partagé par Steve Weisfeld (68-64), pas par les 2 autres juges (67-65).

Rares sont les boxeurs à arriver jusqu’au 8e round contre Golovkin, la perf de Jacobs était déjà remarquable. Le garçon n’était vraiment pas ridicule. Continuant à faire face à un adversaire ne cessant de mettre la pression, il a répondu aux coups en frappant. Parfois dans le vent, parfois en touchant, parfois même avec des séries dont une a fait reculer GGG. Il a de nouveau accéléré en fin de reprise. Si une grande part de ses coups sont arrivés dans la garde, il a dû réussir à en porter certains, notamment en contre quand le Kazakh est repassé à l’arrache.
A l’issue de ces 3 minutes globalement assez équilibrées, j’avais du mal à me décider. Peut-être 10-9 pour Jacobs (73-78), mais pas pour les 3 juges (2 fois 74-77, une fois 73-78).

Encore 4 rounds et sauf knock-down ou carrément knock-out, Golovkin avait déjà la victoire en poche pour un juge (Weisfeld) comme pour moi. Pourtant, Jacobs s’est réellement mis à y croire. Devenu très actif bien que brouillon, pas très efficace et toujours enclin à beaucoup reculer, il a mis son adversaire en difficulté. Contre un garçon de plus en plus fuyant et imprévisible, le champion peinait à trouver la distance et à toucher, hormis grâce à un bon ''uppercut' de temps en temps. Or c’est justement grâce à l’un d’eux que GGG a pris le dessus. Après avoir ébranlé l’Américain, il a enchaîné pour emporter le morceau. Jacobs payait le fait de beaucoup trop reculer.
10-9 pour GGG sans contestation possible (88-82).

C’était désormais décidé pour tous les juges, Jacobs le savait ou sentait-il ? Probablement croyait-il encore pouvoir l’emporter en remportant les 3 dernières reprises. Du moins, il a boxé comme si tel était le cas. A l’attaque d’entrée de 10e round, il a tout donné pendant 30 secondes avant une petite pose et une nouvelle hausse d’intensité. Très actif, il a souvent touché avec son jab. Golovkin n’y allait que pour faire mal, ça ne fonctionnait plus très bien pour lui. Difficile contre un adversaire si difficile à choper !
10-9 pour Jacobs (92-97), beaucoup plus actif, dont les coups, bien que rarement puissants, ont souvent touché.

L’Américain a fini la 11e reprise en feu en enchaînant les série. Au début, il reculait et répondait de façon brouillonne aux coups de Golovkin, en encaissant même quelques beaux. On sentait la fatigue, les accrochages devenaient récurrents, pourtant Jacobs a trouvé les ressources pour accélérer avec succès.
10-9 pour le challenger (mené 102-106 selon mon décompte).

L’exploit de Jacobs est bel est bien d’avoir mis fin à la série de victoires de GGG… avant la limite (qui ne dépassera donc pas les 23). Pas d’avoir mis fin à sa série de victoires, qui se poursuit logiquement. Le Kazakh voulait remporter l’ultime round, d’où 3’ très violentes entre 2 garçons qui ont vraiment tout donné du début à la fin, un vrai duel de brutes. Après la cloche, Jacobs s’est écroulé de fatigue en tombant à genoux devant les cordes, chacun s’est montré très fair-play.
Don Trella a accordé la reprise au champion, d’où les 3 points d’écart (115-112), comme pour Steve Weisfeld, alors que Max DeLuca en est resté à 114-113. J’avais 115-112 (ou 116-111 selon le jugement des 3 dernières minutes, qui m’importaient peu).

En résumé, GGG a été frustré par un adversaire qui a su le perturber, notamment en changeant plusieurs fois de garde. Jacobs s’est réveillé – ou plutôt lâché – trop tard, mais il a dominé dans certains des derniers rounds en envoyant enfin les coups après une première moitié de combat totalement foirée où il n’osait pas. La fin de combat a donné une fausse impression à ceux espérant le voir battre Golovkin. Une revanche pourrait être intéressante, le Kazakh aurait à cœur de finir avant la limite pour montrer qu’il est bel et bien le plus fort, néanmoins en faisant ces 12 fois 3’ il a aussi prouvé avoir la caisse pour tenir tout un combat. Il a en quelque sorte été testé.

En cas de problème avec les vidéos de ce combat postées sur Dailymotion, HBO a mis la vidéo sur Youtube, vous pouvez donc le regarder avec les commentaires US.

En réalité, cette décision assez serrée est intéressante pour Golovkin, et d’autant plus si les adversaires qui n’osent pas l’affronter – coucou "Canelo" ! – croient déceler une faiblesse chez lui. S’ils s’imaginent qu’il faiblit, ils finiront peut-être par accepter de l’affronter…   


Et en bonus, un gros KO de poids lourds… Oui, parce qu’il fallait quand même un KO ! Il s’est produit quelques heures plus tôt.

T’es invaincu (14 combats, 14 victoires, 13 par KO), tu affrontes chez toi un Russe naturalisé allemand… il te couche au 1er round. Le Suédois Adrian Granat (25 ans) a pris très cher. Alexander Dimitrenko (34 ans, désormais 38-3, 25 KO) l’a démonté… Je ne sais même pas comment l’arbitre a pu le laisser reprendre après le premier knock-down, ça n’a servi qu’à aggraver son cas.

Notes

[1] Ou plus de points, sachant qu’un knock-out ou une sanction peut augmenter l’écart de points et faire gagner un boxeur ayant remporté moins de reprises.

[2] L’organisme qui les fournit les fait en direct, elles ne sont pas fiables à 100% mais donnent une idée relativement fidèle de la réalité, surtout quand les écarts et le volume sont si importants.