Pour monter cette affiche on a pris les mêmes, on les a remis dans la même salle (la Manchester Arena), et on a remis en jeu la même ceinture (victoire de Linares par décision unanime).

La différence principale ? Peut-être le fait de ne pas avoir de juge britannique contrairement au premier match (lors du premier match il n’avait donné qu’un point d’écart, du coup le manager du Vénézuélien[1] a refusé qu’on lui refasse le coup, il voulait 3 juges neutres). En revanche on a de nouveau eu un arbitre britannique, ce qui me choque toujours quand il s’agit du combat d’un boxeur britannique en Grande-Bretagne, a fortiori d’un championnat du monde. C’est vrai, les Ricains vont pire, quand un de leurs boxeurs est à domicile face à un étranger, les officiels sont souvent tous des Ricains. Pour être honnête, en l’espèce, même en faisant juger et arbitrer le combat par les parents, frères ou cousins de Crolla, ça n’aurait rien changé. En effet, Anthony Crolla (alors 31-5-3) peut difficilement être considéré comme un monstre. Parmi ses 14 précédents combats (depuis 2012), on comptait ses 3 nuls et 3 de ses défaites. Linares (41-3-0) n’a plus été battu depuis 2012, il restait sur 10 succès consécutifs.

Les dynamiques n’étaient pas les mêmes, le talent n’est pas le même, en revanche le poids et la taille sont identiques (avec une allonge légèrement supérieure pour le champion), la différence d’âge est négligeable (30 contre 31 ans pour Linares). Reconnaissons à Crolla un gros avantage, celui d’être mancunien et d’avoir pu boxer devant un public assez fantastique. On n’en voit plus des comme ça dans les stades de foot anglais !

Je vous raconte le combat reprise par reprise, même si sincèrement, ça ne s’imposait pas.

Ambiance fantastique dès le début, le publique chante. Sur le ring il s’agissait essentiellement d’observation. Quasiment R.A.S., excessivement difficile d’attribuer le round à l’un ou l’autre dans ces conditions.

La 2e reprise a été la première au cours de laquelle on a vu de la boxe. Pas encore beaucoup, mais quand même. Les quelques séries de Linares, à la fois très rapides et puissantes, lui ont permis de remporter ce round.

L’intensité est montée, chacun est passé à l’attaque tour à tour. Le Sud-Américain semblait bien en contrôle, toujours capable de répondre quand son adversaire passait à l’offensive, toujours bien sur ses appuis pour se déplacer et/ou esquiver. Le champion a encore fait la meilleure impression.

On attendait de Crolla qu’il lâche les chevaux, mais quand vous ne parvenez même pas à vous approcher, il est difficile de mettre la pression. A vrai dire, quand il y parvenait, il se faisait généralement contrer. Linares terminait bien souvent les échanges. Néanmoins le Britannique a réussi quelques séquences plus intéressantes lors de cette 4e reprise, pas assez à mon goût pour remporter ce round, sauf si vous juger plus le contraste par rapport à ce qu’il a montré précédemment plus que le réel rapport de force lors de la reprise.

Linarès a accéléré en début de 5e reprise. Ses coups puissants touchaient leur cible. Il a ensuite un peu calmé le jeu pour reprendre sa stratégie de déplacements et de touches d’escrimeur. La supériorité technique du champion ne pouvait être mise à mal que par la férocité que Crolla ne parvenait pas à faire ressortir.

Crolla tentait bien d’avancer face à cet adversaire fuyant ou du moins très mobile (y compris la mobilité du haut du corps qui permet d’esquiver)… quelle galère pour lui ! Le Vénézuélien se régalait avec ses contre-attaques et quelques accélérations. Le Britannique était marqué physiquement (arcade ouverte par un contre puissant) mais aussi moralement. Son regarde le traduisait.

La volonté du challenger de passer à l’offensive était indéniable, il a essayé lors de la 7e reprise mais il n’y arrivait pas. Un incroyable uppercut du gauche l’a envoyé au sol à une grosse minute de la fin. Impressionnant ! Le public l’a aidé à tenir sous les assauts d’un Linarès décidé à en finir, puis à réagir lors des dernières secondes.

Crolla n’a remporté que 13 combats avant la limite au cours de sa carrière, il lui restait 5 fois 3’ pour en ajouter une 14e, sans quoi la défaite lui était déjà promise. Alors il s’est livré. En se livrant, il a offert à son adversaire des opportunités de le contrer avec notamment de nouveaux uppercuts. Devant son public, le cœur parlait plus que tout le reste. Ceci nous a permis d’assister à des séquences d’une intensité digne de la première rencontre entre les 2 hommes. Et étrangement, j’ai bien envie de donner cette reprise à l’homme tombé 3 minutes plus tôt.

On attendait de la baston, il aura fallu attendre le 8e round pour réellement en voir, le 9e a été du même acabit, Crolla a mis la pression, a frappé, Linares a été touché, il a réagi, bien décidé à reprendre le dessous. La blessure s’est rouverte sous les violentes frappes du Vénézuélien. Difficile d’attribuer la reprise, mais peu importe à vrai dire. J’ai tout de même l’impression que les coups les plus nets ont été portés par le champion.

Linares a de nouveau cherché à faire parler sa technique, sa puissance et sa vitesse de bras, sans oublier son sens du déplacement. Il réagissait bien quand son adversaire tentait de le bloquer dans un coin. En se faisant dominer de cette façon, Crolla n’avait aucune chance de renverser la situation.

Le champion n’avait plus qu’à gérer. Alors il a géré. Sans toutefois se priver de placer quelques coups ou accélérations pour calmer le Britannique (mais pas le public, toujours chaud). Il a pris du plaisir, comme s’il faisait un round d’entraînement contre un vieux pote avec une bière à la clé. La précision de ses coups était diabolique. Etrangement, l’entraîneur de Crolla a voulu l’arrêter, il a fallu que le boxeur lui demande de le laisser finir ce combat même s’il le savait perdu.

Linares a déroulé pour finir. Pour chaque coup reçu, il en rendait plusieurs (dont un a fini un peu bas). Crolla aura néanmoins essayé de donner tout ce qui lui restait sur 2 ou 3 séquences inefficaces. Le respect et le fair-play observés avant le combat l’ont aussi été après le dernier coup de cloche. Crolla a reconnu la supériorité de l’homme qui lui avait déjà pris sa ceinture en septembre dernier. 118-109 pour les 3 juges. Normal. J’avais sensiblement ce score.

On est en droit de se demander à quoi sert de demander une revanche quand on sait ne pas avoir les armes pour battre le gars qui vous a déjà dominé la première fois. Surtout si c’est pour reproduire une tactique qui n’a pas fonctionné… Linares ne s’attendait sans doute pas à connaître une soirée si tranquille. Espérons désormais le voir s’attaquer à une unification de titres, par exemple pour obtenir la véritable ceinture WBC en plus de celle de la WBA.

Note

[1] Oscar De La Hoya…