Ce problème de plus en plus évident occupe et préoccupe en hauts lieux. Il est désormais acté qu’Olivier Létang sera prochainement poussé vers la sortie, payant ainsi ses échecs, sa personnalité clivante et certains agissements très peu appréciés en interne au cours des derniers mois. Patrick Kluivert pourrait également payer son manque de légitimité et ses soucis personnels. Arrivé au club l’été dernier à la surprise générale, il n’a pas su imposer le respect nécessaire pour mener à bien sa tâche… elle aussi très floue. Le charisme nécessaire pour devenir l’homme fort du domaine sportif lui fait défaut. Dès lors, une question se pose : qui le club recrutera-t-il pour rétablir l’ordre et s’asseoir – au lieu de s’avachir – sur le trône de patron ?

Si Youri Djorkaeff a officieusement fait acte de candidature, ce que Leonardo fait tous les 3 ou 4 mois faute d’avoir trouvé un poste ailleurs, si Jérôme Alonso a récemment dit se sentir capable de tenir ce rôle, si l’idée de réunir de nouveau le duo Emery-Monchi à l’origine des belles heures du FC Séville a longtemps titillé Nasser Al-Khelaifi, aucun de ces hommes ne sera choisi. Il n’est en effet pas question de faire du neuf avec du vieux afin de ne pas renvoyer l’image d’un retour en arrière ou pire, de dépendance de l’institution à un seul homme. Exit Leonardo. Il n’est pas plus question de parier de nouveau sur un ancien joueur inexpérimenté au poste dans lequel on l’installerait. Exit le "Snake" et Alonzo. Les compétences de l’Espagnol désormais sur le marché sont unanimement reconnue, néanmoins un doute subsiste quant à sa capacité à cumuler le rôle de l’ombre dans lequel il excelle et celui plus médiatique de porte-parole/défenseur public du club. En outre, reconstituer son duo avec Emery nourrirait l’idée que le mérité des résultats à l’origine de son recrutement reviendraient en réalité au directeur sportif, ce qui l’affaiblirait de facto. Bien que nié par l’intéressé, l’accord de Monchi pour s’engager auprès de l’AS Roma devrait être officialisé ces prochains jours. Exit Monchi.

Un homme inattendu est désormais en pole position. Un salarié du club. Son travail a tapé dans l’œil du président Al-Khelaifi. Cet homme n’est autre que Patrice Lair, patron depuis le début de la saison de la section féminine. Recruté tardivement, il a dû faire face à une situation d’urgence, la plupart des joueuses internationales en fin de contrat ayant déjà signé ailleurs. Pour limiter les dégâts causés par ces atermoiements préalables à son arrivée, il lui a d’abord fallu convaincre des cadres de prolonger l’aventure (Laura Georges et la géniale Shirley Cruz notamment) puis reconstruire un effectif cohérent en adoptant une ligne de conduite claire : exploiter les talents de la formation parisienne en les entourant d’éléments alliant expérience et qualité. Ses coups gagnants concernant le recrutement (en particulier les signatures d’Eve Périsset et d’Ashley Lawrence, ou encore des Espagnoles Veronica Boquete et Irene Paredes, ou même d’Amandine Henry certes trop bref mais annonçant une très probable signature de longue durée dans quelques mois) ont impressionné, tout comme les résultats obtenus avec un groupe au sein duquel les jeunes Grace Geyoro et Marie-Antoinette Katoto s’affichent en parfaites figures de proue de la formation parisienne. Il a également su tirer le meilleur d’éléments en perte de vitesse (relancer Marie-Laure Delie en est l’exemple le plus marquant) et obtenir d’excellents résultats en disposant d’un effectif limité en qualité, en vécu, en confiance – normal après plusieurs saisons de loose conclues par un traumatisme terrible en Ligue des Champions – mais surtout en quantité car plombé par des blessures de longue durée.

Intégrer le dernier carré en Coupe de France et en Ligue des Champions – avec de bonnes chances de se qualifier pour les finales – surpasse déjà nettement les objectifs fixés. Les 2 défaites en championnats à Montpellier (dans des conditions météorologiques très particulières) et à Marseille (uniquement en raison d’un terrible manque d’efficacité des 2 côtés du terrain, mais là aussi dans des conditions particulières par rapport cette fois au calendrier) ne font pas oublier le premier succès obtenu en D1 contre l’OL depuis de nombreuses saisons ou encore les formidables renversements de tendance en 16e puis en quart de finale de la Ligue des Champions (défaites à l’aller dans les 2 cas là aussi faute d’efficacité devant le but, les joueuses ont gagné 4-1 et 4-0 au retour contre des clubs de référence). Si le CNOSF fait correctement son travail en rendant au PSG les points retirés par la FFF en dépit de la justice et de l’équité sportive, la saison pourrait s’achever par 3 finales contre l’OL avec à la clé 3 titres. En remporter un, a fortiori la Ligue des Champions, octroierait beaucoup de crédit à Patrice Lair, lequel gagnerait certainement une légitimité sportive et populaire de nature à faire oublier son modeste pédigrée de joueur amateur n’ayant jamais occupé de fonction importante dans le foot masculin.

Cet exploit achèverait sans doute de convaincre Nasser Al-Khelaifi de l’installer dans ce rôle aussi difficile que convoité. D’apparence anecdotique, normale ou même symbolique, la présence du dirigeant qatarien au Parc des Princes lors de PSG-Bayern Munich ce mercredi doit en réalité être analysée comme stratégique. La décision de valoriser l’équipe féminine vient directement de lui, il a pour objectif à la fois de rentabiliser l’investissement consenti depuis plusieurs saisons mais aussi de mieux exposer le travail de celui en qui il voit déjà l’homme idéal pour solutionner ses problèmes.

Une des forces principales reconnues à Patrice Lair est la fermeté dont il a fait montre cette saison en maintes occasions, y compris lors de l’épisode de la feuille de match incomplète[1]. Il avait alors présenté sa démission pour mettre ses dirigeants au pied du mur, réclamant plus de professionnalisme à tous les étages, ceci quitte à se faire des ennemis. Dans un second temps, il a accepté de poursuivre sa mission mais seulement après avoir obtenu les garanties exigées. Quand il lui a fallu trancher dans le vif ou prendre des décisions a priori difficiles ou discutables, il a osé les prendre et les assumer. Ainsi, il n’a pas hésité à faire le ménage en laissant partir des filles assez cotées, à dire non à des noms – Alex Morgan – pour ne pas déséquilibrer le vestiaire en dépensant des sommes folles (avec un gain sportif très incertain) et a fort heureusement retenu Cristiane malgré une très grosse offre chinoise. Enfin, sa ténacité lui a permis d’imposer sa volonté de ne plus évoluer à Charléty puis d’obtenir la reconnaissance voulue en jouant au Parc des Princes.

Ayant quitté l’OL féminin dans le but de retrouver un poste dans le foot masculin, il est revenu dans le domaine où il a connu ses succès en donnant un coup de main à Montpellier en tant que conseiller (avec des résultats à la clé) puis au PSG en acceptant cette mission comme un challenge intéressant. Nul doute que devenir le patron sportif à la fois des hommes et des femmes du plus grand club français en constituerait un tout à fait digne de ses ambitions.

Resterait évidemment une réserve à son sujet, celle du maigre carnet d’adresses et du relatif anonymat dont il pourrait pâtir faute d’avoir effectué une grande carrière dans ce qu’il convient d’appeler un autre monde tant les enjeux économiques diffèrent entre les deux football. Pour y pallier, un nom s’impose, celui de Maxwell, futur retraité très respecté par ses bientôt ex-coéquipiers mais aussi ailleurs grâce à ses passages aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne et en sélection nationale brésilienne. Sa reconversion débuterait ainsi dans un rôle de directeur sportif adjoint appelé à prendre le pouvoir dans quelques saisons.

Ouvertement désireux de devenir entraîneur, Thiago Motta se verrait quant à lui proposer de faire ses premiers pas dans ce nouveau métier en intégrant… la section féminine, où il remplacerait Patrice Lair sur le banc, chapeauté par ce dernier, dont les connaissances en la matière seront nécessaires pour poursuivre la reconstruction de l’effectif.

Nasser Al-Khelaifi pourrait néanmoins faire face à un concurrent de poids. Breton de naissance, Patrice Lair a été approché cet hiver pour prendre la tête du FC Lorient et resterait le cible n°1 du président Ferry pour s'installer en tant que nouveau Gourcuff. Une 3e option pourrait également se présenter, celle de la politique. Son rôle dans la progression du football féminin et son aisance devant les micros intéresse notamment Emmanuel Macron et au moins un autre candidat à l'élection présidentielle. Une place au gouvernement (les sports ou les droits des femmes) lui aurait été promise en cas de ralliement. Si l'idée le séduit, intégrer le mouvement En marche lui pose un cas de conscience après avoir reproché si souvent à ses joueuses de marcher au lieu de courir.

Restera-t-il au PSG ? Dans quel rôle ? Deviendra-t-il un Merlu ? Lui attribuera-t-on un marocain ? Nul doute que ces questions lui seront posées par l’équipe de Tribune PSG, dont il sera l’invité lundi à partir de 17h.

Note

[1] Une joueuse qualifiée est entrée en jeu lors du premier match de la saison alors que son nom n’apparaissait pas sur la feuille de match informatisée, la FFF a décidé a posteriori et sans réclamation du club adverse de sanctionner très lourdement – et très injustement – cette erreur en contradiction avec la jurisprudence constance depuis des années et avec celle observée cette saison en Coupe de France masculine. La sanction maximale aurait dû être de devoir rejouer la rencontre.