Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron savaient à l’issue du programme court qu’ils ne pourraient défendre leur couronne mondiale. Titrés lors des 3 Championnats d’Europe et 2 Championnats du monde de l’olympiade en cours, ils n’arrivaient pas dans la peau des favoris en raison du retour des canadiens médaillés d’or aux JO de Vancouver en 2010 puis d’argent à Sotchi 2014. De retour cette saison après une assez longue absence, Moir et Virtue ont battu les jeunes Français lors de toutes les compétitions auxquels ils ont été opposés. Seulement, cette fois, il y a eu arnaque. Grossière. Même les entraîneurs que les 2 duos partagent le disaient après le programme court, Papadakis et Cizeron ont reçu des notes injustement faibles sur des éléments techniques pourtant parfaitement réalisé (la coupure à la main subie par Cizeron en début de programme en attrapant son patin est restée sans conséquence). Leurs 76,89pts les rejetaient très loin des 82,43 unités (record du monde) de leurs uniques réels rivaux, envers qui le jury s’est montré extrêmement généreux. Les Français étaient même talonnés par 2 couples américains.

Que les Canadiens aient été meilleurs lors du programme court, d’accord, mais certainement pas au point d’obtenir autant d’avance ! Mais si le scandale s’était arrêté là. Le pire est encore la démonstration de malhonnêteté dont les juges ont fait preuve lors de la danse libre. Papadakis et Cizeron ont été EXTRAORDINAIRES. En temps normal, ils sont déjà magiques, là, leur prestation a carrément fait léviter tout le public, pleurer les téléspectateurs tant l’intensité émotionnelle crevait le plafond. C’était plus que parfait à tous les niveaux, l’exécution technique comme l’interprétation. Au point de pulvériser leur propre record du monde du programme libre et d’en envoyer des petits bouts un peu partout sur la glace. Beaucoup d’amateurs et de spécialistes s’accordent d’ailleurs sur le caractère historique de cette démonstration de fluidité et de poésie, saluant au passage les changements effectués depuis les Championnats d’Europe où malgré leur victoire, certains les critiquaient.

Ça mérite d’être regardé sans subir les commentaires de Monfort et Candeloro.

Mis sous pression par ce résultat, les Canadiens, qui patinaient juste après les Français… ont craqué, Scott Moir du moins. Il a commis plusieurs erreurs dont une énorme : un déséquilibre à la sortie d’un twizzle a provoqué une chute (les 2 mains sur la glace pour se rattraper), sans parler d’un manque de souplesse, de vitesse, de fluidité, de proximité par moments. A leur sortie de la glace, ils savaient être passés à côté et tiraient la tronche… seulement les juges n’ont pour ainsi dire rien sanctionné, ils ont attribué à leurs éléments techniques des niveaux très élevés, comme si de rien n’était. Pas de chance, tout le monde a remarqué la supercherie. Les Français ont eu 119,15 en démontrant que la perfection existe, les Canadiens 116,19 en se loupant. La 3e meilleure notre du libre a été attribuée aux Russes, seulement 110,52…

Au final, ça fait 198,62 pour les Canadiens contre 196,04 pour les Français et 185,18 pour les Américains Alex et Maia Shibutani (ils sont frère et sœur), ceux-ci ayant terminé à la 5e place du programme court et à la 4e du libre. C’est très serré entre le bronze et la 7e place (3 points d’écart).

C’est honteux… mais d’une certaine façon encourageant. Avant ces championnats on se faisait presque déjà une raison concernant les JO de l’année prochaine, Papadakis et Cizeron ne semblaient plus promis qu’à la médaille d’argent alors que l’or les 2 saisons passées faisaient d’eux les grands favoris pour le titre olympique. Désormais, on le sait, on ne peut plus sérieusement avancer l’existence d’une réelle supériorité canadienne. S’ils sont réinstallés dans le fauteuil des leaders de la discipline, Virtue et Moir ont déjà utilisé leur carte joker, celle du braquage avec la complicité de la police. La répétition de ce scenario à Pyeongchang reste possible, seulement, si les Français sont de nouveaux les meilleurs comme ils l’ont été à Helsinki, les juges auront-ils l’outrecuidance de spolier une 2nde année consécutive les danseurs considérés comme les véritables champions du monde par tous les membres de l’univers du patinage à l’exception des supporters Canadiens (même les champions officiels savent ce qu’il en est réellement) ? On est en droit d’espérer que non.

Didier Gailhaguet (toujours président de la Fédération Française des Sports de Glace) s’est d’ailleurs bien lâché au sujet de ce vol, sans doute histoire de mettre un peu la pression. Dans ce genre de situation, l’ouvrir ne paie pas toujours, ça peut parfois être pire, mais se la fermer et accepter son sort ne paie jamais. Dès lors, mieux vaut ne pas se laisser faire sans rien dire.

Peu importe la discipline, il sera toujours désolant de voir l’or être attribué pour des histoires d’argent (notamment l’importance du marché pour les sponsors). Les livres d’histoire oublieront sans doute qui étaient les véritables champions pour ne retenir que le nom des vainqueurs, mais ce souvenir ne s’effacera pas dans le cœur du public… et sur internet, où les sites de partage de vidéo garderont longtemps une trace active de ces 4 grosses minutes hors du temps.