Débutons à Manchester.

Liam Williams, invaincu gallois (16-0-1, dont un nul technique suite à une coupure à l’œil subie par son adversaire), affrontait Liam Smith (24-1-1, sa défaite étant une bran-bran subie contre Saul "Canelo" Alvarez en septembre dernier) dans un championnat du monde par intérim des poids super-welters. Alors bien sûr, ça n’a de championnat du monde que le nom, car Smith a perdu la ceinture régulière contre Alvarez, depuis il a affronté une victime professionnelle afin de retrouver la compétition avant de disputer ce combat plus relevé. Récupérer une ceinture par intérim, vacante qui plus est, aurait dû refaire de lui un challenger pour redevenir le champion reconnu. Seulement, lors de la pesée… il était trop lourd. On l’a pesé plusieurs fois sans succès. Du coup le combat a bien eu lieu mais seul Williams pouvait s’emparer du titre, Smith jouant tout de même gros car une nouvelle défaite risquant de marquer un gros coup d’arrêt dans sa carrière.

Apparu dans un état de forme indigne de ses ambitions, Smith s’est d’abord fait dominer de façon très nette, se faisant même ouvrir l’arcade assez rapidement (3e reprise). Apte à continuer (à la limite de l’arrêt médical lors du 7e round), il revenait progressivement dans le combat avant l’incident de la 9e reprise. Son coup de boule a ouvert la paupière supérieure de Williams. Une blessure très moche. L’arbitre (le Britannique Terry O’Connor) n’a rien vu. Il aurait dû sanctionner ce coup de tête ou au moins le prendre en compte. Contraint de stopper son boxeur à l’appel du 10e round, l’entraîneur de Williams a fait face à un mur, impossible de faire reconnaître à O’Connor la raison de la blessure.

En cas d’arrêt à cause d’une faute délibérée, la disqualification s’imposait selon les règles de la WBO. Si on considère ce coup de boule en tant que faute accidentelle, Smith perdait aussi. En effet, dans le rulebook[1] est écrit ceci : si une faute accidentelle cause une blessure assez sévère pour que l’arbitre mette fin au combat immédiatement après que 4 rounds ait été disputés, il résultera du combat une décision technique au profit du boxeur en tête au pointage des juges au moment de l’arrêt. Or Williams était devant d’1 point pour chacun des 3 juges (et de plus pour la plupart des observateurs, généralement 3 points d’après ce que j’ai pu constater). En cas de faute involontaire on peut aussi avoir pour adopté pour règle que le score du combat est celui après 4 reprises, ce qui revenait au même, Williams étant clairement devant à ce moment.

Ainsi, et de façon scandaleuse, Williams a été jugé battu par TKO injury, subissant sa première défaite alors même que l’application correcte du règlement lui attribuait la victoire… Smith se trouvant récompensé d’un succès injuste avant la limite qui plus est… pour avoir donné un coup de boule ! L’arbitre anglais a favorisé l’Anglais au détriment du Gallois.

C’était déjà bien laid, l’image renvoyée par la boxe anglaise en prenant un nouveau coup. Quelques minutes plus tard, on a eu droit à la seconde couche !

Terry Flanagan (32-0-0, seulement 13 victoires avant la limite) défendait pour la 5e fois sa ceinture mondiale des poids légers (la 2e dans cette salle de sa ville, il est mancunien). Son adversaire, Petr Petrov (38-4-2, 19 victoires et 1 défaite par KO), était un Russe installé en Espagne dont les 2 dernières défaites dataient de 2011 (lors de son premier championnat du monde contre Maidana) et de 2013 (contre Zlaticanin, devenu ensuite le premier Monténégrin champion du monde).

Assez décevant lors de ses derniers combats (même s’il a facilement dominé Orlando Cruz en novembre), le Britannique se devait de justifier son statut. Une fois de plus, il a laissé les spectateurs et amateurs de boxe sur leur faim, ceci avec la complicité d’un arbitre affligeant. Quant aux juges, ils ont frôlé le ridicule. Comment peut-on avoir un 120-108 synonyme de rencontre à sens unique avec les 12 reprises remportées par le vainqueur et un 116-112 (8 rounds à 4) ? Sur le coup, Terry O’Connor (passé d’arbitre à juge) avait probablement moins tort que les autres (le 116-112 est son score), se montrant moins indigne que le Suédois Mikael Hook. Le 3e juge, un Hongrois, a tapé entre les 2 (118-110), ce qui reste très généreux pour le local.

Les boxeurs britanniques détiennent beaucoup de ceintures mondiales. Quand on a des promoteurs puissants soutenus financièrement par des diffuseurs dépensiers, qu’on boxe systématiquement chez soi avec un arbitre et un juge de son propre pays, il est beaucoup plus aisé de disputer et de remporter des championnats du monde, mais quand il faut affronter de vrais cadors, ça pique… Le duel à sens unique entre Linares et Crolla dans cette même catégorie l’a encore démontré dernièrement, tout comme les leçons reçues par Smith ou encore Khan quand ils ont eu les c*uilles de sortir de leur confort pour aller se frotter à des stars étrangères aux Etats-Unis.

Flanagan jouissait d’un double avantage, celui d’être à la fois nettement plus grand et d’être gaucher contre un droitier. Ainsi, son adversaire était obligé de venir à lui pour le toucher. Le Britannique a surtout boxé en contre, se contentant d’accélérations trop sporadiques. Il a de surcroît encaissé beaucoup plus de coups qu’il n’aurait dû. Petrov était à l’initiative la plupart du temps… hormis à l’initiative des nombreux accrochages, presque tous du fait du Mancunien et de plus en plus répétitifs. A vrai dire on s’ennuyait ferme tant l’affaire semblait conclue à l’avance. Un sorte de faux suspense plombait le faible intérêt généré par ce duel. Se reposant sur une supériorité technique pourtant mise à mal, Flanagan ne prenait même pas la peine d’accélérer lors des fins de reprises, contrairement au challenger (qui à vrai dire l’agressait en permanence).

Pour ne rien arranger – et c’est un euphémisme – l’arbitre (Marcus McDonnell) s’est montré extrêmement – et abusivement – interventionniste sur les corps-à-corps, empêchant le Russe de travailler de près quand il réussissait à casser la distance pour acculer le local dans les cordes (un autre avantage d’avoir un arbitre anglais quand tu es anglais dans un combat en Angleterre). Le plus ridicule ? Il a averti Flanagan à d’innombrables reprises pour ses accrochages exaspérants sans jamais le pénaliser ! Rendez-vous compte que les marques sur le corps de Petrov étaient concentrées… sur l’arrière de ses épaules et sur sa nuque, voire son dos, des zone où on n’a pas le droit de frapper ! Les preuves des irrégularités sautaient aux yeux.

Un boxeur qui se contente du strict minimum syndical, qui hache et pourrit le combat avec la complicité de l’arbitre, passe son temps à truquer alors qu’il a un avantage à la fois technique et physique, ça me répugne. Flanagan a beaucoup subi, on ne le sentait vraiment pas frais. Malheureusement, la victoire semblait lui être attribuée à l’avance. Ceci s’est vérifié.

Petrov n’a rien à se reprocher, il a fait son combat, a donné ce qu’il avait à donner, je l’ai trouvé à la hauteur de ce championnat du monde, malheureusement pour lui les désavantages étaient trop importants, on l’a empêché irrégulièrement de s’exprimer. Lui reprocher son côté brouillon serait pertinent s’il ne s’était retrouvé dans l’obligation de son montrer très agressif pour casser la distance. Le déficit de taille et d’allonge l’obligeait à avancer, parfois à se jeter, d’où pas mal de déchet. Qu’il ait été ouvert lors de la 11e reprise ne change rien à l’affaire, surtout qu’il doit cette blessure à un choc de têtes.

A la fin du combat, compte tenu des points de pénalité que méritait Flanagan, j’aurais bien vu un nul 113-113, ou pourquoi pas une victoire de Petrov. Mais comme le Britannique était tout permis, je m’attendais plutôt à un score de 115-113. 120-108 est juste une put*in d’escroquerie, une immense honte. Notons d’ailleurs que Frank Warren, le promoteur de la soirée, a ouvertement reproché cette prestation très décevante à son boxeur. On ne va pas se mentir, contre Jorge Linares ou pire, Vasyl Lomachenko, le pseudo grand champion britannique prendrait une sacrée fessée… à moins bien sûr d’avoir à sa solde un arbitre plus que complaisant et des juges favorables. Flanagan est l’exemple type du boxeur qui, s’il n’était pas britannique, n’aurait JAMAIS été champion du monde.

Après ces impostures britanniques, passons aux véritables champions. Et pour se faire, traversons l’Atlantique pour y retrouver les 3 Ukrainiens.

Premier à monter sur le ring, Oleksandr Usyk (11-0-0, 10KO), champion du monde WBO des poids lourds-légers depuis septembre dernier, super combat à voir ou à revoir. Il affrontait un Ricain à peine plus jeune que lui (28 ans ½ contre 30 ans), un certain Michael Hunter (12-0-0, 8KO), qu’il a failli rencontrer aux JO de Londres… mais Hunter s’est fait éliminer d’un rien au 1er tour (10-10 contre une Russe, ça s’est joué à la décision), en l’emportant il aurait affronté Usyk, sacré quelques jours plus tard (et l’année précédente lors des ChM amateurs, ce qui lui a ouvert une voie très rapide vers son premier championnat du monde pro).

A peine moins grand, Hunter compense par une allonge supérieure. En revanche, la grosse différence concerne leur poids, Usyk a été pesé juste sous la limite et a beaucoup repris ensuite, contrairement à son adversaire, plus léger d’environ 5 kilos au moment du combat. Un choix semble-t-il, l’idée étant de gagner en rapidité.

Gaucher, Usyk a pour habitude d’énormément utiliser son jab – ceci dit, il a changé d’entraîneur, le nouveau veut peut-être changer son style – et est très technique. Néanmoins, lors des premiers rounds, le champion a eu beaucoup de mal à mettre en place sa boxe. Habitué à débuter ses combats relativement doucement, il a été surpris par l’agressivité, les très bons déplacements et l’efficacité d’Hunter. L’Américain appliquait exactement la bonne recette, poussant l’Ukrainien a défendre avec la garde haute et serrée, ce qui lui permettait de le toucher très régulièrement sur les côté. Les accélérations d’Usyk à la fin des reprises augmentaient encore l’intensité des débats mais offraient également des ouvertures au challenger. Le spectacle était au rendez-vous.

A partir du 4e round, la donne a changé, les débats se transformant en une baston quasi permanente avec beaucoup de coups au corps ouvrant l’opportunité de frapper à la tête. On a assisté à une multiplication des échanges (avec, de fait, pas mal de déchet). Pourquoi un tel changement ? Parce qu’Usyk a adopté un nouvel état d’esprit, bien décidé à s’affirmer en tant que patron du ring. Hunter a peut-être voulu le calmer avec un coup dans les parties d’entrée de 5e reprise… Rien de très méchant toutefois. Hunter a alors enclenché la marche arrière pendant de longues séquences, l’inversant toutefois par moments pour reprendre l’initiative et/ou ralentir un adversaire aux accélérations assez impressionnantes. Ce cocktail d’intensité et de puissance a commencé à faire des dégâts, même si l’Américain n’affichait pas encore d’évidents signes d’usure physique. Retombé pendant les 2 premières minutes du 6e round avec un Hunter sur le reculoir, le rythme s’est emballé d’un coup suite à une courte interruption décidée par l’arbitre pour virer un débris ou déchet présent sur le ring. Usyk s’est déchainé.

Etrangement, l’Ukrainien a débuté la 2nde moitié du combat en changeant totalement de tactique. Il est devenu la cible en reculant dans les cordes, en jouant sur les esquives et la garde pour piquer en contre-attaque. Dans cette configuration, Hunter ne s’est pas montré très à son aise. Par conséquent, il est revenu à la configuration précédente dans laquelle il fuyait un Usyk décidé à lui marcher dessus. Malheureusement pour lui, ça n’a pas fonctionné beaucoup mieux hormis lors des 30 dernières secondes. La 8e reprise a offert des moments assez savoureux, en particulier une séquence au cours de laquelle l’Ukrainien a enchaîné les frappes, Hunter en esquivant la moitié et encaissant le reste. Ce garçon mérite le respect, il continuait à répondre malgré une domination de plus en plus prégnante du champion. Le pauvre prenait assez cher ! Ayant débuté le combat très fort, il ne parvenait pas à conserver la même activité, celle qui lui a permis de remporter au moins 2 des 3 premières reprises. Il fut dire que son dernier combat datait de mai 2016, une interruption très longue avant d’affronter un tel cador.

Usyk déroulait désormais assez tranquillement, continuant à avancer sur un Américain contraint de reculer pour lancer des contre-attaques et en espérant profiter d’un ouverture. Par moments on revenait sur des séquences plus fixes en combat rapproché, l’Ukrainien ayant tendance à insister au corps pour ensuite se déchaîner sur la tête. La différence de puissance sautait aux yeux, Usyk faisait beaucoup plus mal. Encore une fois, Hunter a beaucoup de mérite d’avoir pu résister aux accélérations impressionnantes dont il a été victime. Néanmoins, ce qui devait se produire a fini par se produire au 12e round. Si e champion avait géré la grande majorité de la précédente reprise jusqu’à un bon échange sur la fin, l’opportunité de boucler l’affaire de façon légèrement anticipée s’est présentée lors de la 2e minute de cet ultime round. Ebranlé par un crochet gauche au menton à 1’43 de la fin, Hunter est passé en mode survie. Il a mangé très chaud, ne restant debout que grâce à l’aide des cordes dans lesquelles il a rebondi et s’est en quelque sorte assis plusieurs fois, évitant de peu une chute hors du ring. J’ai bien cru que l’arbitre allait l’arrêter, il lui a sauvé la vie en décidant de le compter debout – normalement ça n’existe plus en boxe pro, néanmoins, dans la mesure où il a usé d’un artifice pour ne pas aller au tapis, ça passe – après 30 secondes de furia ukrainienne. Hunter a repris son opération survie, il aurait très certainement été arrêté avec 1’ de plus à tenir. Sincèrement, je suis partagé à propos de la décision de Bill Clancy. D’un côté je me dis qu’aurait dû dire stop pour protéger sa santé et de l’autre, je comprends qu’il ne l’ait pas fait car le challenger s’est bien battu, il méritait d’aller au bout des 12 reprises.

Pour ce qui est de la décision, aucune surprise, tout le monde a vu sensiblement le même combat, Hunter a dominé au début, Usyk a inversé la situation à partir du 4e round et tout remporté dès lors, avec un 10-8 au dernier (ça aurait même pu être 10-7), d’où un score commun de 117-110 (j’hésitais juste sur la 1ère reprise plutôt équilibrée, ça me fait donc 117-110 ou 118-109). Le champion a conservé son titre contre un garçon valeureux, on attend désormais la suite, j’aimerais le voir contre Bellew (s’il revient dans la catégorie après être monté chez les lourds pour affronter Haye) ou face à Dorticos (si le Cubain prend le titre régulier WBA à Shumenov à la fin du mois… ceci dit, Lebedev étant le super-champion WBA, la suite logique ne serait pas d’affronter le champion WBO… foutu b*rdel de la boxe pro actuelle !).

Nous en arrivons à un autre combat de qualité… beaucoup plus rapidement conclu. Il s’agit de poids mi-lourds avec des ceintures de 2nde zone à la clé (NABF et WBO NABO[2]). Oleksandr Gvozdyk (12-0-0, 10KO) rencontrait le Cubain Yunieski Gonzalez (18-2-0, 14KO.$$), il est vrai vaincu 2 fois de suite en 2015 (de très peu et de façon extrêmement controversée par Jean Pascal puis par un autre Ukrainien, Shabranskyy, sur décision majoritaire).

Supérieur en taille et en allonge, Gvozdyk – autre médaillé des JO de Londres, du bronze – a beaucoup joué sur les déplacements pour garder la distance et lancer ses coups de loin. On l’a parfois vu enchaîner quelques frappes puissantes, son jab étant son outil principal. Marquée par de bonnes combinaisons envoyée par les 2 boxeurs, la dernière minute de la première reprise annonçait la suite. Plus efficace, meilleur techniquement, l’Ukrainien s’est d’abord montré difficile à toucher – même s’il n’a pu tout éviter – puis a de nouveau envoyé du lourd lors de la dernière minute, ébranlant une première fois le Cubain, ceci juste assez pour prendre le dessus en insistant. Après ce coup, Gonzalez a immédiatement semblé perdre en puissance et en impact, ce qui n’a évidemment pas échappé à Gvozdyk. Celui-ci a ainsi pu faire ce qu’il a voulu dès le début du 3e round. Il a saisi cette opportunité. Utilisant à merveille son bras avant pour garder la distance et balancer une droite de temps en temps, le tout avec de super déplacements le rendant presque inatteignable, il a vraiment boxé à merveille. Quand son adversaire parvenait à s’approcher, un petit accrochage obligeant l’arbitre à intervenir mettait rapidement fin au corps-à-corps. L’Ukrainien a ensuite accéléré tout en puissance au point de presque se déséquilibrer lui-même lors d’une série de ce qui paraissait être des air-shots juste avant un premier knock-down assez foireux. Difficile d’identifier un coup à l’origine de cette petite chute, à moins peut-être de remonter à ceux encaissés quelques secondes auparavant (il n’était clairement plus très frais). En réalité, la moitié de ce que je croyais être des coups dans le vide s’avère avoir sévèrement "chatouillé" le menton, la mâchoire et les dents pris pour cibles. 

A la reprise, Gvozdyk a insisté, multipliant les pains avec une précision dramatique pour le Cubain incapable de parer, d’esquiver, et a fortiori de contre-attaquer. Ainsi, à peu près chaque frappe de l’Ukrainien finissait dans sa tête de futur perdant. Poing gauche, poing droit, crochet, direct, uppercut, il a tout mangé ! Le voyant de nouveau au sol même sans être compté (car poussé), son coin aurait dû saisir l’opportunité d’abréger cette terrible correction. On est reparti pour un tour… Pour se défendre, Gonzalez agitait les bras à la Eric Moussambani[3], subissant de terribles contres. L’arbitre a enfin daigné stopper cette punition à 5 secondes de la fin du 3e round quand le Cubain s’est étalé face contre terre. Ses jambes ne le portaient plus, seul son cœur lui imposant de résister à cette furia de coups (l’expression « saoulé de coups » trouve ici tout son sens, pour son système nerveux central et son oreille interne, ce qu’il a reçu équivalait minimum à du 3 gramme/litre). Harvey Dock[4] a oublié les fondamentaux, pour protéger la santé de la victime, l’arrêt s’imposait une grosse minute plus tôt.

Parmi tous les boxeurs ukrainiens, les Klitschko sont certainement les plus connus, néanmoins le plus reconnu actuellement par les spécialistes est Vasyl Lomachenko malgré une carrière professionnelle particulièrement courte. Il disputait face à Jason Sosa (21-1-4, 15KO pour, 1 subi) son… 9e combat pro… mais son 8e championnat du monde ! Pour rappel, le double champion du monde amateur et double champion olympique (en 2008 contre Khedafi Djelkhir en finale puis en 2012) a remporté 396 victoires chez les amateurs, n’étant vaincu qu’une fois par Albert Selimov il y a près de 10 ans (Selimov, dominé en quart de finale des JO de Rio par Sofiane Oumiha). Il a aussi été battu une fois chez les pros par Orlando Salido (décision partagée et très serrée) face à un adversaire n’ayant pu faire le poids (défaite à la con en somme), qui plus est souvent à la limite avec de nombreux coups portés sur les hanches.

Sosa était le champion régulier de la WBA (sa 1ère défense a eu lieu à Monte Carlo en novembre), seulement il a abandonné sa ceinture et même galéré pour être sous les 130 livres afin de disputer le titre WBO détenu par Lomachenko. Ce dernier est clairement le meilleur au monde chez les poids super-plumes, beaucoup voient en lui le meilleur boxeur toutes catégories confondues depuis la soirée récente au cours de laquelle Roman Gonzalez a – injustement – perdu son invincibilité et où Gennady Golovkin a gagné de peu. Ce match avait valeur de test pour l’Ukrainien, il se devait d’impressionner pour confirmer ce nouveau statut. L’Américain est un bon boxeur sans être un monstre, on ne pouvait voir en lui qu’un outsider en comparant la prestation de chacun face à leur unique adversaire commun, Nicholas Walters. Sosa l’a affronté fin 2015, obtenant un nul sur décision majoritaire… beaucoup d’observateurs jugeant Walters largement devant, souvent 10 rounds à aucun ! Lomachenko a boxé le même homme en novembre dernier, il l’a annihilé mentalement au point de le faire abandonner à l’appel de la 8e reprise. Le Jamaïcain ne parvenait pas à la toucher !

Se retrouver face à Lomachenko est un cauchemar. Il vous frustre par ses déplacements et ses esquives qui le rendent intouchable. Il accélère à sa guise en donnant l’impression de ne jamais réellement forcer. Il a même acquis ce qui lui a manqué lors de sa défaite contre Salido, à savoir de l’expérience (on le constate notamment en le voyant parfois s’adresser à l’arbitre pour mettre l’accent sur les petites irrégularités commises par son adversaire). En total contrôle, l’Ukrainien a réellement débuté son festival lors de la dernière minute du 2e round. Sosa – déjà auteur d’un coup sous la ceinture – a subi une véritable rafale. N’importe qui se serait fait déborder. De son challenger, le champion a fait un jouet. Le gars faisait mumuse, ni plus ni moins. Le jab de Lomachenko (étant gaucher, il s’agit de son bras droit) marquait encore et encore l’œil gauche de Sosa, presque humilié à cause de l’écart technique assez gigantesque : le nombre de coups évités et de remises – celle qui sans payer de mine font mal – a dû affoler les statisticiens. Lors de certaines séquences, l’Ukrainien s’est mis à avancer, transformant son adversaire en une petite chose apeurée… Quelle leçon de boxe ! Pour couronner le tout, l’intensité montait à chaque reprise, comme dans un jeu vidéo où quand le joueur survit à un niveau, il passe au niveau suivant où tout va plus vite, où le boss est plus puissant… Sosa a bien essayé de réagir avec le cœur lors du 5e round, comme s’il voulait défier Lomachenko, lui dire «tu ne me fais pas mal, essaie encore». Résultat, il en a repris une bonne couche, obtenant en prime un regard et un petit geste éloquents… « Si tu en veux encore, il suffit de demander !» Sans doute énervé par le comportement de l’Américain d’origine portoricaine, désormais enclin à se jeter la tête en avant, l’Ukrainien a osé chambrer. Un chambrage à la hauteur de ses qualités pugilistique. Puisque Sosa le chargeait comme un taureau, Lomachenko a imité un torero, puis s’est encore amusé en balançant les bras pour jouer les trolls… C’était showtime sur HBO ! Ayant assez plaisanté, la machine s’est remise en marche pour dominer une 6e reprise sur 6 disputées.

Dans le clan de la victime, tout le monde tirait déjà une tête de déterré. Dépités et angoissés, les proches de Sosa étaient condamnés à voir leur favori se faire désosser dans le pire des cas, frustrer dans le meilleur. Il y a eu des 2. Le meilleur terme pour qualifier la chose est vraiment humiliation. Bien que courageux – il en faut du courage pour accepter de combattre Lomatchenko ! – ce pauvre garçon n’a pas existé, à ce niveau il n’est pas invité. Il m’a même fait de la peine lors de la 8e reprise tant les multiples enchaînements de l’Ukrainien l’ont débordé. Le sac de frappe humain n’abdiquait pas, acceptant un 9e round de punition. J’ai presque senti de la pitié dans les yeux de Lomachenko, lequel a boxé d’une façon assez étrange, plus pour l’inciter à abandonner que pour le finir. Dans le coin de Sosa, on a compris le message : abandon à l’appel de la 10e reprise. Une décision sage (2 juges avaient 89-81 au lieu de 90-80, je ne sais pas où ils ont vu un round en faveur de Sosa^^).

Chambreur quelques minutes auparavant, Lomatchenko s’est montré beaucoup plus respectueux de son adversaire à la fin du combat.

Hormis la maîtrise de l’anglais, Lomachenko (désormais 8-1-0) a vraiment tout pour devenir LA star mondiale du noble art. Y compris l’âge (29 ans depuis février) et la marge physique pour décrocher des titres dans de nouvelles catégories après les poids plumes et les super-plumes. On évoque d’ailleurs un duel face à Mikey Garcia (36-0-0), le champion WBC des poids légers. Je préfèrerais le voir contre Jorge Linares…

Notes

[1] Section 26 (b) paragraphe 12B alinéa 2.2.

[2] NA signifie North American.

[3] Célèbre nageur africain aux JO de Sydney connu pour avoir disputé les épreuves de sprint en nage libre… sans savoir nager.

[4] L’arbitre.