Samedi se tenait à l’Astroballe de Villeurbanne une réunion diffusée par Canal+ Sport dont la tête d’affiche était le boxeur star de la région lyonnaise, Michel Soro (29-1-1). Il a défendu sa ceinture internationale WBA des poids super-welters contre un Argentin, Javier Francisco Maciel (30-5-0) et l’a fini dès le 3e round. Sincèrement, ça n’avait pas grand intérêt hormis celui d’améliorer son bilan (désormais 30 victoires dont 20 avant la limite et une série de 7) tout en gardant le rythme de la compétition avant de se battre pour un vrai titre. Vous pouvez toujours aller jeter un œil sur Youtube ou encore sur Dailymotion.

Cette soirée a aussi vu les débuts en boxe anglaise d’Anissa Meksen dont la réputation dans différentes disciplines de boxe pieds-poings n’est plus à faire (vidéo ici), ainsi qu’une nouvelle démonstration des criantes lacunes techniques et tactiques d’Arsen Goulamirian (désormais 20-0-0, 12KO). Face à un adversaire russe restant sur 3 défaites (Alexander Kubich), il a galéré faute de savoir utiliser son bras avant pour régler la distance. Il s’est ainsi fait accrocher tout du long, se montrant inapte à conclure quand en face ça commençait sérieusement à couiner. On l’a senti bloquer psychologiquement, peut-être parce qu’il avait plus à perdre qu’à gagner. Très frustré, incapable de boxer proprement, il n’a gagné qu’aux points au terme de 10 reprises qui n’ont rien à faire sur le blog (trop moches). Je veux bien que la catégorie des poids lourds-légers ne regorge pas actuellement de grands noms, néanmoins, quand je vois la différence entre un Goulamirian et un Usyk – encore impressionnant récemment lors de la soirée ukrainienne dans le Maryland – je me demande par quel miracle il pourrait décrocher un titre mondial. Je ne l’imagine pas battre Youri Kalenga par exemple, alors taper un champion du monde… Si vous avez du temps à perdre, c'est aussi visible sur Youtube.

Allez, cette réunion, on l’oublie ! Passons à une autre. Bob Arum et ses société (Top Rank) proposaient une soirée à Carson (Californie) avec notamment 3 championnats du monde WBO impliquant essentiellement des latinos (2 Mexicains, un Américain d’origine mexicaine, un Brésilien et un Colombien) plus un Ukrainien battu il y a quelques années par Hassan N’Dam (Max Bursak). J’ai d’abord choisi la vidéo de la victoire de Jessie Magdaleno[1] (now 25-0-0, 18KO) contre Adeilson Do Santos (18-2-0) car elle n’est pas très longue (arrêt au 2e round) et plutôt spectaculaire. Le Ricain défendait son titre mondial WBO des poids super-coqs… Le gaucher de Las Vegas a profité des nombreuses ouvertures offertes par ce Brésilien aussi agressif que brouillon et donc inefficace. Je vous conseille tout de même de mater le crocher droit de Magdaleno (à 6’00 sur la vidéo) qui a provoqué le 1er knock-down en milieu de 2e reprise, il a complètement fait perdre le contrôle de ses jambes au pauvre Adeilson ! Celui-ci a tout fait pour survivre (fuite en arrière, accrochages), un coup pas franchement régulier (avec l’avant-bras et derrière la tête) a provoqué un arrêt tout de même salutaire pour la santé du challenger.

Gilberto Ramirez (35-0-0) a tellement dominé Bursak – qui a pris 2 points de pénalité pour des accrochages multiples au point de se manger un 120-106 de la part des 3 juges – que regarder ce championnat du monde des poids super-moyens serait une perte de temps (à vous de juger). Quant au succès d’Oscar Valdez (22-0-0, 19KO) aux points sur Miguel Marriaga (25-2-0, 21 KO), il a par moments donné lieu à un spectacle pas dégueulasse, l’ensemble restant assez déséquilibré en raison de l’efficacité très supérieure de Valdez, infiniment plus précis. Le Mexicain a beaucoup reculé et esquivé, gênant considérablement le Colombien qui peinait à le toucher. On aura aussi assisté à de beaux échanges et à de grosses accélérations particulièrement violentes, en particulier lors des 4e, 7e ou encore 9e (Marriaga a même tapé après la cloche) reprises. Le premier knock-down est intervenu au 10e round sur un gros crochet gauche en contre en réponse à une série de coups que Valdez acceptait d’encaisser. Forcément, ça s’est poursuivi en grosse baston. Le Colombien s’est battu jusqu’au bout malgré une fatigue apparente et de sacrées patates bloquées avec la mâchoire. Evidemment, regarder les 12 reprises prend pas mal de temps, néanmoins ça se laisse regarder (au moins la 2nde moitié). La vidéo est en ligne, mais je n’y suis pour rien.

Même pays, même date (en grande partie en même temps), prestige supérieur… Le réunion au Barclays Center de New York (Brooklyn) comprenait 8 combats (7 ont été conclus avant la limite). Elle avait les honneurs de la chaîne Showtime. Je vous passe le championnat du monde de boxe féminine pour une ceinture vacante des poids coqs. La Portoricaine Amanda Serrano (32-1-1) – qui vit à New York – s’est imposée par arrêt de l’arbitre lors de la 8e reprise au terme, paraît-il, d’un vrai combat. Son adversaire dominicaine était surtout courageuse d’après ce que j’ai lu… Serrano a ainsi remporté un 5e titre mondial dans 5 catégories différentes. En cas de vrai beau KO, je vous l’aurais mis, seulement ça s’est achevé debout après un enchaînement crochet-uppercut insuffisamment spectaculaire. Dahiana Santana (35-9-0) se faisait trop tabasser. Si ça vous intéresse, la vidéo est sur Dailymotion.

Le main event opposait Shawn Porter (26-2-1) à André Berto (31-4-0) pour une sorte de demi-finale mondiale. Porter a gagné, ce qui lui ouvre la voie vers une revanche contre Keith Thurman – KKC (Kes-Kila-Changé) Matt Hardy – pour le titre des poids welters. Porter n’avait plus boxé depuis sa défaite face à Thurman sur décision unanime en juin 2016. Dans le même temps, la carrière de Berto a sans doute pris fin. Battu par Mayweather en septembre 2015 (sa 4e défaite en 7 combats depuis avril 2011), il n’était remonté sur le ring qu’une fois il y a un an… Autrement dit, Porter a affronté un préretraité. Là aussi, la conclusion du duel a été un arrêt de l’arbitre (9e reprise), mais la différence s’est faite sur des chocs de tête. Porter a même présenté ses excuses à son adversaire pour n’avoir pas su éviter de lui mettre ces coups de boule… Compte tenu de tout ceci, vous présenter la vidéo de ce combat serait absurde… mais comme quelqu’un a décidé de l’uploader, vous pouvez aller la regarder.

Dès lors, il me restait Jermell Charlo (28-0-0, 13KO) contre Charles Hatley (26-1-1, 18KO) pour le titre WBC des super-welters en possession du Charlo qu’il ne faut pas confondre avec son frère jumeau, Jermall, champion du monde IBF de la même catégorie. Pratique, non ? A une lettre près, c’est même nom, même prénom, même date de naissance, même catégorie, même nombre de défaites et de nuls (zéro)… Faut-il réellement féliciter les parents ? Jermell n’avait pas combattu depuis l’obtention de sa ceinture il y a 11 mois, il a terminé au 6e round. Inactif depuis 17 mois (!), Hatley a essentiellement cherché à frapper fort comme s’il cherchait le coup dur d’entrée. Il y a eu de bonnes choses lors de ce combat, essentiellement de la part de Charlo, lequel a su profiter de faire face à un adversaire aux appuis pas fabuleux, surtout quand il reculait. En frappant pendant ces déplacement en arrière, le champion a plusieurs fois accentué le déséquilibre de son challenger, provoquant presque un premier knock-down lors du 2e round avant d’en provoquer un au 3e et de prendre de plus en plus l’ascendant. Ce duel n’a pas toujours été très propre, il y a eu des coups de tête pas du tout fair-play, Hatley s’est ensuite fait huer lors de la 5e reprise en faisant des tours de ring 3 mètres devant son adversaire. Il a complètement refusé le combat avant de se faire punir. Beaucoup plus précis et efficace, bien meilleur techniquement, Charlo a fini le travail en se déchaînant en début de 6e round. Le challenger a fini complètement KO sous les cordes après ces 30 secondes d’un déferlement de violence d’abord constitués d’échanges pour s’achever par une droite MONSTRUEUSE.

La vidéo valait vraiment le coup, du coup j’ai fait le nécessaire pour vous la proposer.

On en arrive enfin au combat… qui m’a fait marrer. Oui, j’ai choisi ce championnats du monde WBO par intérim des poids moyens uniquement parce qu’il m’a fait rire. Le combat se tenait à Leicester lors d’une des soirées organisées par Frank Warren pour BT Sport. Le Britannique Tommy Langford (18-0-0, seulement 6KO) était contraint d’affronter le Géorgien Avtandil Khurtsidze (32-2-2, 21KO) pour devenir officiellement le challenger de Billy Joe Saunders, détenteur de la véritable ceinture mondiale de la WBO. Ce Khurtsidze est un véritable phénomène. Il fêtera ses 38 ans dans quelques jours et avait mis sa carrière de côté pendant plus d’1 an ½ à cheval sur 2013 et 2014 avant de faire son retour en boxant aux Etats-Unis comme au début de sa carrière – entre 2007 et 2011 il a multiplié les combats essentiellement en Ukraine avec un crochet par Paris où Hassan N’Dam l’a battu difficilement pour un titre mondial par intérim de la WBA – et une série de TKO pour connaître à nouveau une grosse année d’inactivité. On ne l’avait pas revu depuis début mars 2016. Peut-être Langford a-t-il cru que battre ce petit bonhomme d’1m63 serait aisé. 10 ans plus jeune, 20cm plus grand, habitué à disputer ses 3 ou 4 combats par an, Langford se voyait déjà affronter Saunders…

C’était sans compter sur l’agressivité envahissante de ce garçon surnommé "Mini Mike Tyson"… Il avance, frappe fort et quand il t’attrape, il te couche. C’est ce qui est arrivé à Langford, redescendu sur Terre sur un crochet gauche assez fantastique dès le 5e round. En soi, il s’agissait déjà d’une raison de se marrer, car oui, quand un boxeur anglais se fait sécher, ça me met en joie. Mais ce n’est pas tout ! L’attitude de Khurtsidze est désopilante, le gars est arrivé en se rigolant, en dansant… il est monté sur le ring en passant par-dessus la 4e corde (qui lui arrive au niveau des épaules^^), a aussi fait le show à la fin du combat… Et puis physiquement, en plus d’être une petite boule de muscles, c’est KKC (Kes-Kila-Changé) Vincent Moscato ! Une sorte de mini-sosie avec le même sens de la déconne, le même goût pour la baston… Son avantage est d’avoir l’habitude d’affronter des gars à qui il rend une tête, ce qui n’est pas réciproque. Ceux qui normalement chercheraient à maintenir la distance n’y parviennent pas tant le Géorgien est offensif, il vient en permanence au corps-à-corps, les harcèle en mettant toute la puissance dans ses frappes. On le voit se placer tantôt en gaucher et en droitier, se baisser très bas sur les appuis ou se pencher pour esquiver et balancer des coups au corps très difficiles à éviter car il est très près et à hauteur idéal pour les porter. En plus de ça il vous provoque ouvertement, rentre dans votre tête, profite des accrochages pour vous défoncer les flancs ou placer des uppercuts, si bien que vous ne pouvez jamais respirer… Langford essayait de boxer en reculant, ça fonctionnait sur quelques séquences seulement, le reste du temps, il subissait. Salement ouvert sur un choc de têtes lors de la 3e reprise, il a été bien soigné par son cut-man. On le voyait même commencer à revenir dans le coup avant ce crochet gauche à la 13e seconde du 5e round. Un crochet large en contre avec un timing parfait dans le menton, la tête a tourné, le cerveau s’est débranché. L’arbitre (Phil Edwards) a été très bon, il a compté puis avant de faire reprendre le duel, il a tout simplement regardé dans les yeux son compatriote (car l’arbitre est britannique, comme d’habitude en Angleterre). Il a vu du vide, Langford n’a pas fait le pas en avant qu’il lui a demandé, il l’a donc arrêté fort justement. J’ai hâte de voir si Saunders – en qui je vois un de ces champions britanniques montés de toutes pièces – s’en sort face à Khurtsidze… Le combat est prévu en juillet.

Au programme de la semaine prochaine, Klitschko contre Joshua à Wembley...

Note

[1] Vu en novembre contre Nonito Donaire, pour moi il avait perdu ce combat qui lui a été donné par les juges, il s’agissait d’un beau combat au mieux très mal jugé, au pire acheté.