Chez les hommes, ça a très mal débuté. Vincent Manquest (-60kg) et Alexandre Mariac (-66kg) ont échoué au premier tour, Cédric Revol (-60kg) au 2e. La première journée n’a pas mieux réussi à Mélanie Clément (-48kg), éliminée dès son entrée en lice, tout comme Amandine Buchard (-52kg), de retour en équipe de France après avoir gagné sa place en tournoi, elle qui revient de très loin (son corps la lâchait, elle a dû renoncer aux JO en -48kg, se laver la tête, se reposer physiquement et psychologiquement, se reconstruire et ainsi revenir plus forte en -52kg… ça va venir même si en l’occurrence ça n’a pas fonctionné. Cette première journée était aussi celle des -57kg. On y trouvait une des rescapées des JO et du podium des ChE de Kazan, Priscilla Gneto. Jamais championne d’Europe en -52kg (même si elle a bien résisté en finale contre l’indomptable Kelmendi), elle a tout de suite décroché ce titre dans sa nouvelle catégorie, succédant à Automne Pavia dont l’année est consacrée à un heureux événement. Mais ce n’est pas tout, car elle a vaincu en finale l’Allemande Theresa Stroll qui avait auparavant sorti Hélène Receveaux en demie. Cette dernière n’a pas manqué l’occasion de décrocher sa première médaille internationale.

Bilan de la 1ère journée : or et bronze en -57kg, déroute ailleurs…

Loïc Korval (-73kg) et Pape-Doudou Ndiaye (-81kg) ont chacun remporté une victoire avant de s’incliner au 3e tour, donc avant les quarts (dont les perdants ont droit à un repêchage). Heureusement que les femmes étaient encore là pour enrichir le bilan. Avec Clarisse Agbegnenou (-63kg) on tenait une réelle chance de médaille d’or. On l’imaginait au moins retrouver en finale sa rivale habituelle, la Slovène Tina Trstenjak, sa bête noire. La championne du monde et olympique en titre a bien rencontré une Français en finale, seulement il s’agissait de Margaux Pinot, assurée d’une médaille après avoir remporté seulement 2 combats. Pourquoi ? Parce que la demi-finale 100% française n’a pas eu lieu. La n°1 française de la catégorie s’est blessée à la hanche lors de ses victoires du matin, elle a dû déclarer forfait pour la suite de la compétition et n’a donc même pas pu se battre pour du bronze. Alors oui, Pinot est vice-championne d’Europe grâce à 2 victoires et une défaite, mais quand vous voyez cette finale décidée sur une pénalité après 4’29 de golden score, soit un combat épique de 8’30, elle n’a vraiment pas à rougir ! Résister si admirablement à l’ogresse de la catégorie mérite le respect !

Une autre médaille est venue enrichir le bilan de l’équipe féminine, celle de la jeune Marie-Eve Gahié (-70kg), du bronze dans une catégorie où Emane et Posvite avaient brillé l’an dernier, remportant respectivement l’or et le bronze, le ticket olympique s’y étant aussi joué. Sa seule défaite est intervenue en demi-finale contre Sanne Van Dijke, sacrée quelques minutes plus tard.

Bilan de la 2e journée : argent en -63kg et bronze en -70kg, blessure d’un leader… et néant chez les hommes.

Restaient les plus lourds… même si la France n’était pas représentée chez les +100kg faute de remplaçant pour Riner. Qui plus est, Emilie Andéol (+78kg), notre seule championne olympique en lice, a été éliminée par une Hongroise dès son entrée au 2e tour. Elle a du mal depuis son titre, assumer son statut est difficile, surtout avec une blessure qui traine. Avoir un statut à défendre, Audrey Tcheuméo (-78kg) en a déjà souvent fait l’expérience. Déjà championne du monde, triple championne d’Europe et 2 fois médaillée aux JO, elle a conservé son titre continental en faisant tomber ses 4 adversaires du jour (dont les Néerlandaises Karen Stevenson et Guusje Steenhuis ainsi que la Hongroise Abigel Joo).

Il était important que les hommes sauvent l’honneur. Ils l’ont fait. Axel Clerget (-90kg) et Cyrille Maret (-100kg) ont connu une journée assez similaire en atteignant chacun la finale de leur catégorie grâce notamment à leur travail au sol très performant… avant de s’y incliner tardivement sur un ippon assez magistral.

Clerget a vaincu un Hongrois grâce à une immobilisation, puis a fait abandonner un Estonien en réussissant une technique d’étrangement avec les jambes, un premier Serbe présent sur son chemin a subi 2 immobilisations dont une en se faisant prendre sur son propre travail au sol, la demi-finale contre le Russe Khalmurzaev s’est jouée sur une sortie de tapis après 2’38 de golden score. S’il avait déjà l’assurance d’écrire la plus belle ligne de son palmarès après ces 4 combats longs et épuisants, la tâche la plus difficile restait encore de conclure. Le 2nd Serbe qui lui était opposé en finale est parvenu à le surprendre… au sol. La prise est totalement folle, Aleksandar Kukolj lui a bloqué le bras dans son genou, a fait une espère de galipette pour se retourner et le mettre sur le dos, il l’a complètement bloqué et forcé à abandonner. Une technique incroyable, je n’avais jamais vu ça !

Cyrille Maret a progressé dans le tableau en faisant tomber 2 fois un Grec (très beau mouvement de hanche), c’était assez moche ensuite contre le Letton, ils avaient 2 pénalités chacun, la 3e est tombée du bon côté après 3 grosses minutes, puis le gros morceau qu’est Varlam Liparteliani a cédé sur un mouvement de hanche pas très bien contré sur lequel le Français a pu enchaîner au sol avec une immobilisation magistrale bras-tête. La demi-finale contre le Néerlandais a débuté idéalement avec 2 pénalités en 1’10 à l’encontre de ce dernier… mais s’est très mal poursuivie, Maret laissant revenir son adversaire en concédant à son tour 2 pénas lors de la dernière minute, la 2nde à 11" de la fin. En grand danger, il s’est imposé au golden score grâce à une erreur du Batave, de nouveau puni pour avoir abusivement conservé la garde croisée sans attaquer. La finale contre l’Azerbaïdjanais Elkhan Mammadov a aussi duré au point de se conclure en prolongation. Ce garçon très expérimenté (35 ans), ancien champion du monde, a alors sorti un splendide mouvement d’épaule pour faire valser le médaillé de bronze de Rio qui disputait la première finale individuelle de sa carrière dans un championnat. Un instant d’inattention, une posture un peu trop droite, et hop, le gros pion avec une seule main qui plus est !

Bilan de la 3e journée : or en -78kg, argent en -90kg et -100kg.

Dimanche se jouaient les compétitions par équipes.

Les hommes ont débuté par un quart de finale épique face à l’Azerbaïdjan, une équipe redoutable alignant un médaillé de bronze en -66kg (battu par Mariac au début du golden score sur une action ayant nécessité la vidéo pour être attribuée au Français), le champion d’Europe individuel en -73kg (Korwal a cédé en prolongation sur un mouvement qui m’a fait penser la roulade de la mort des crocodiliens), le médaillé de bronze des -73kg aligné chez les -81kg (Ndiaye a sorti un gros combat, il a été mené, est revenu, ça a bataillé, il l’a finalement arraché pour l’envoyer sur le dos), un demi-finaliste finalement 5e en -90kg (Clerget était cramé, il n’a rien pu faire) et le champion des -100kg pour finir… et Maret a pris sa revanche sur Mammadov grâce à une pénalité lors du golden score.

Malheureusement, la fatigue accumulée a pesé très lourd : défaite 5-0 contre la Russie puis 4-1 pour le bronze contre la Hongrie et donc pas de médaille.

Et pendant ce temps, l’équipe de France féminine a confirmé ses bonnes performances en décrochant l’or. Buchard, Recevaux et Pinot ont plié l’affaire en quart contre les Pays-Bas, les défaites de Gahié (contre Van Dijke) et de Camara étaient donc anecdotiques. La demi-finale contre la Russie a été à peine plus difficile car Buchard a été surprise par une sorte de clé de bras plus ou moins portée à la volée (contre une ancienne championne d’Europe plusieurs fois médaillée aux ChE, ChM et dernièrement à Rio). Receveaux (sur immobilisation), Pinot (sur un étranglement au bout de 3’53 de golden score après avoir remonté un déficit de 2 pénalité à 0 qu’elle accusait déjà à une grosse minute de la fin du temps réglementaire) et Gahié (petit crochetage efficace suivi au sol avec une immobilisation, ça a duré 40 secondes) ont permis à l’équipe de passer et à Andéol de perdre assez rapidement aux pénalités (ça semblait assez volontaire) sans conséquences, tout en conservant un maximum de jus pour la finale.

En finale, les Bleues affrontaient le pays hôte favorisé car entré en lice directement en demi-finale (il n’y avait que 7 équipes engagées). Ça n’a pas été très compliqué : Buchard, Receveaux, Pinot, Gahié et Andéol ont toutes apporté leur point pour finir sur un retentissant 5-0. Sur le podium, il y avait tout le monde, y compris les filles n’ayant pas pris part à la compétition (dont Agbegnenou, blessée).

Cette médaille d’or par équipes permet à la France de finir en tête au classement général avec 8 podium (3 titre, 3 médailles d’argent, 3 de bronze) même si la Russie est devant au nombre de breloques (10, à savoir 2, 4 et 4). On doit essentiellement ce bilan aux femmes, lesquelles ont su se serrer la ceinture et aller au charbon pour justifier leur statut de patronnes du judo européen. La perf est d’autant plus prometteuse que les Bleues sont en pleine période de transition. Les 5 médaillées des épreuves individuelles ont toutes entre 20 et 27 ans, Tcheuméo étant la plus ancienne avec ses 4 titres continentaux.

Le gros objectif de la saison se tiendra fin août-début septembre à Budapest. D’ici là, l’équipe devrait pas mal évoluer avec des retours, dont celui du meilleur de tous les temps. Ces championnats du monde seront l’occasion pour les jeunes de faire un premier pas sur la longue route qui les emmènera vers Tokyo 2020, le graal pour tout judoka qui se respecte.