Cinco de mayo (le 5 mai) est le jour où les Mexicains fêtent la victoire de leur armée à la bataille de Puebla (en 1862) contre… les troupes françaises. Avec le temps, c’est devenu aux Etats-Unis la fête de la culture mexico-américaine, d’où l’importance de la grande réunion de boxe organisée chaque année à cette période. La date est très convoitée. Pour être honnête, j’étais déçu avant même de voir les combats car la carte n’avait rien de très reluisante par rapport à d’autres soirées récentes. La seule ceinture en jeu était une ceinture NABF des poids plumes entre 2 latinos Californiens jusqu’alors invaincus (23-0-0 pour l’un, 22-0-0 pour l’autre). Ça n’a pas donné un combat très intéressant car quasiment à sens unique (victoire facile de Joseph "Jojo" Diaz Jr sur Manuel Avila).

L’intérêt est monté grâce au retour sur le ring de l’Argentin Lucas Matthysse (37-4-0, 34KO) 19 mois après sa défaite par KO contre Viktor Postol lors d’un championnat du monde des super-légers. Il avait besoin de couper, il voulait aussi revenir, il l’a fait (chez les poids welters), et plutôt bien. A 34 ans, il lui reste un peu de temps pour retrouver les sommets. Emmanuel Taylor (20-4-0, 14KO) ne devait pas lui poser trop de problèmes. Cet Américain restait certes sur 2 victoires avant la limite, mais si on remonte un tout petit peu plus, on retrouve 3 défaites contre Chris Algieri, Adrien Broner et Antonio Orozco sur ses 4 combats précédents. Sans grande surprise, Matthysse – qui était très coté pendant de longues années même s’il n’a été que champion du monde par intérim ou silver, échouant contre Danny Garcia et Viktor Postol lors de ses 2 véritables championnats du monde – a concassé le pauvre Taylor, arrêté au 5e round après avoir été envoyé au tapis lors du 3e puis du 5e.

Même si c’était un 10 rounds, il est assez difficile d’expliquer comment Marcos Reyes (35-4-0, 26KO) a pu aller au bout de son affrontement avec David Lemieux (37-3-0, 33KO) tant il a mangé. Il était en sang, il a continué, n’a jamais été compté, a même répondu. Gaillard ce Mexicain ! Par moments c’était même assez tendu, Reyes a même été sanctionné d’un point de pénalité pour avoir continué à frapper après la cloche (Lemieux lui a aussi mis un coup encore après…). Notons que pour l’occasion Lemieux est monté en poids super-moyens et a expliqué – peut-être pour se justifier de n’avoir sur finir – avoir subi une blessure (ou plutôt réveillé une blessure à la main déjà connue contre Curtis Stevens et une à l’épaule datant de son camp d’entraînement) en début de combat. Lemieux a donc décroché une 38e victoire dont je me demande sincèrement à quoi elle aura servi.

On dirait presque qu’il sert de bouche-trou pour les soirées de Golden Boy Promotions, on le fait affronter n’importe qui (Reyes, depuis octobre 2014, c’était défaite, victoire, défaite, victoire, défaite, victoire… il a poursuivi sur cette alternance). Normalement, le Québécois assure le spectacle grâce à ses KO, lui qui brille uniquement par sa puissance (trop faible techniquement). Dans la mesure où Golovkin lui a déjà donné une leçon, la seule grosse star qu’il pourrait affronter n’est autre que Saul Alvarez, le protégé d’Oscar De La Hoya. Quel intérêt ce dernier aurait-il eu à envoyer ses 2 hommes l’un contre l’autre ? En casser un ? Prendre le risque d’abîmer la poule aux œufs d’or nécessitait de très bien remplir le panier. Et pour ça, le seul adversaire rentable était Gennady Golovkin. En suivant ce raisonnement, le choix de lui opposer Julio César Chavez Jr (50-2-1, 32KO) prenait tout son sens. Ancien champion du monde des poids moyens (entre 2011 et 2012), ce dernier a surtout un nom très connu hérité de LA légende de la boxe mexicaine qu’est son père, ce qui est forcément vendeur. Autre avantage que présentait cet adversaire, celui de n’avoir aucune chance de mettre en péril les plans du patron. Depuis la perte de sa ceinture en septembre 2012, il n’a gagné que 4 fois (à chaque fois à la décision) et été battu une fois, le tout sans boxer pendant 13 mois à cheval sur 2014 et 2015 puis pendant 17 mois entre 2015 et fin 2016. A 31 ans on a vraiment l’impression que le gars est préretraité, sa carrière semble loin derrière lui. Il ne pouvait battre "Canelo", sauf dans en ce qui concerne l’accueil et le soutien du public. La différence était d’ailleurs criante en début de combat.

Un 12 rounds sans le moindre titre en jeu n’est pas chose normale. Et à vrai dire, on aurait pu s’en passer. Chavez est plus grand, il faisait le même poids que son compatriote à la barbe rousse (164 livres alors qu’un catchweight de 164,5 livres avait été conclu au lieu de la limite normale des poids super-moyens qui est de 168), et… il a été pitoyable.

Alvarez était dans un tel confort qu’il ne s’asseyait même pas pendant les minutes de repos lors des premiers rounds. J’ai pris des notes pendant le combat pour juger reprise par reprise… jusqu’au moment où, ayant atteint 6h du matin sans avoir dormi (le match de playoffs NBA que je regardais en même temps que les autres affiches de la carte était terminé vers 5h), la nullité absolue de ce débat a fini par m’achever vers la moitié du 6e round. Canelo aura donc bien mis quelqu’un KO lors de ce combat : MOI !

On pourrait presque comparer ça au débat du 2nd tour des présidentielles, à ceci près que si Le Pen s’est ridiculisée par sa violence tout en exposant au grand jour ses immenses faiblesses, mettant ainsi Macron dans un fauteuil, c’est ici le manque de violence de l’un des "débatteurs" qui a facilité la tâche à l’autre. Chavez Jr voulais que Chavez Sr soit fier de lui, mais comment l’être devant cette performance pathétique ? Dès le début il n’a fait que reculer, subir l’agressivité de "Canelo" sans jamais être lui-même réellement en danger car cette agressivité restait mesurée. En total contrôle, le roux s’est contenté du minimum, il n’a pas cherché à mettre le feu de façon à ne jamais s’exposer. Comble du manque de respect, il ne s’asseyait même pas pendant les pauses ! Julio César Chavez Jr n’est donc qu’une sous-marque, voire une contrefaçon, il a passé le contrôle qualité par complaisance, si les douanes faisaient bien leur travail elles l’auraient bloqué à la frontière…

Du coup, à mon réveil, j’ai juste regardé le résultat : 120-108 pour les 3 juges. Chavez a donc tenu jusqu’à la limite sans être compté, sans être pénalisé, et sans faire honneur à son nom puisqu’il n’a pas remporté la moindre reprise. Premier réflexe de ma part, effacer les notes prises avant mon endormissement. Elles ne pouvaient me servir à rien. Le suivant, jeter un œil au cas où à une éventuelle annonce de la suite, surtout que Golovkin assistait à la soirée. Et là… MIRACLE ! Je vous laisse regarder ce qui s’est passé après le combat au micro d’HBO

Si jamais vous avez du temps à perdre, voici tout de même le "combat".

Quand il faut attendre la fin du dernier combat pour qu’enfin se produise quelque chose d’intéressant sur le ring, c’est que la soirée était bien pourrie. Il ne pourra en être de même le 16 septembre – jour de l’indépendance du Mexique – quand "Triple G" et "Canelo" en découdront enfin.

2017 est l’année des grandes affiches, on a déjà eu le mémorable Joshua-Klitschko, un Thurman-Garcia qui faisait saliver pas mal de monde, le PPV avec Golovkin et la défaite aussi surprenante qu’injuste de Gonzalez, la revanche entre Ward et Kovalev est pour bientôt… Pour le moment il n’y a pas trop à se plaindre – voire de belles raisons de se réjouir – concernant la qualité des combats phares, espérons donc rester dans cette dynamique en assistant le 16 septembre à un choc à la hauteur des attentes.