Seul vainqueur de toutes les éditions de la DL depuis sa création, ceci grâce à son impressionnante régularité, Renaud Lavillenie faisait son retour à la compétition après s’être blessé cet hiver. Il a donc débuté inhabituellement tôt son concours du saut à la perche, dès la barre à 5m40, passée sans souci. Kevin Ménaldo avait déjà été éliminé, sorti dès 5m25… Stanley Joseph – que Renaud a pris l’habitude d’emmener dans ses bagages – a bloqué à 5m50.

Le concours était extrêmement relevé, Renaud Lavillenie y retrouvait Thiago Braz, Sam Kendricks, Shawn Barber, Konstantinos Filippidis et Raphael Holzdeppe. Hormis le Français, tous ont eu du mal à entrer dans le concours. L’Allemand et le Grec ont été incapables d’effacer la barre à 5m60, le Brésilien et Canadien ont passé 5m50 au 3e essai, Braz faisant de même à 5m60 alors que les 2 Nord-Américains et le Français y sont parvenus dès leur première tentative. La barre à 5m70 a posé des problèmes à tous les rescapés, même à Lavillenie, bien installé en tête du concours grâce à un très beau saut après un échec. Ses adversaires avaient tous déjà manqué 2 essais. Kendricks s’est repris, les 2 autres en sont restés là.

Devenu un classique de la Diamond League depuis la saison passée, le duel Lavillenie vs Kendricks a repris de plus belle. L’Américain a mis la pression en passant de suite 5m78. Le Français est retombé sur la barre, perdant ainsi la main, ce qui l’a poussé à faire l’impasse pour tenter directement 5m83. Kendricks a tenté d’en remettre une couche, il a failli y arriver… et a donc rouvert la porte. Lavillenie en a profité. Gros rythme, gros saut, retour à la première place. Au tour de Kendricks de devoir répondre. Evidemment, l’Américain a fait l’impasse pour s’attaquer à la barre à 5m88. Echec… puis réussite avec une certaine marge de surcroît. Ayant aussi manqué sa première tentative à 5m88, Lavillenie s’est de nouveau retrouvé sous pression. Il pouvait néanmoins reprendre la tête en franchissant cette barre… mais elle est tombée quand il redescendait. Etape suivante, 5m93 (donc pour la MPM en plus de la victoire). Kendricks a raté le très gros coup, le Français avait donc une chance de l’emporter… Seulement sa condition du moment ne lui permettait plus de rivaliser, il n’a pu engager.

Quel beau concours ! Quel beau duel ! Empreint d’une très grande sportivité de surcroît !

Les changements dans le format de la Diamond League ne sont pas tous à jeter. Organiser conjointement les concours de lancer du disque masculin et féminin – on alterne par séries, pas un homme puis une femme, sinon on s’y perdrait trop, il faut tout de même quelques repères pour comparer entre adversaires… et à vrai dire cette discipline s’y prête bien car les distances sont à peu près les mêmes en raison de la différence de poids entre les disques des hommes et ceux des femmes, les marques blanches au sol sont donc les mêmes – a permis de sortir les lanceurs de l’isolement dans lequel ils se retrouvent régulièrement quand on les laisse de leur côté en privilégiant des épreuves plus télégéniques. Qui plus est, l’IAAF est revenue sur l’innovation foireuse de l’an dernier qui consistait à donner seulement 3 essais aux concurrents puis des essais bonus uniquement aux 4 meilleurs après ces 3 essais. C’était totalement contreproductif, les concurrents faisaient souvent un long déplacement pour lancer au sauter 3 fois, ce qui ne permettait pas de montée en puissance. Mélina Robert-Michon était présente mais sa préparation n’est pas pensée pour être dans la meilleure forme en début de saison, d’où sans doute ses performances pas folles. Néanmoins, elle a progressé quasiment à chaque essai pour atteindre 61m43 au 4e essai (puis 61m41 au 5e), insuffisant toutefois pour obtenir mieux que la 8e place derrière Julia Harting, vice-championne d’Europe l’an dernier en tant que Julia Fischer avant de se marier avec Robert Harting.

Sandra Perkovic a – comme très souvent – remporté la compétition en lançant son disque à 66m94 au 2e essai. Ceci dit, son succès a été contesté par l’Australienne Dani Stevens (66m47).

Notons que chez les hommes, la victoire est revenue au Belge Philip Milanov (64m94) devant Piotr Malachowski (64m36).

5 autres disciplines ou épreuves ont éveillé chez moi un intérêt particulier : 4 en raison des performances impressionnantes – trop dans 2 cas – et une parce qu’on y a vu tout ce que j’aime en athlétisme, une super confrontation directe.

Shaunae Miller a frappé un grand coup sur 400m en partant comme un avion sans pour autant craquer sur la fin : victoire 49"77. Elle a une classe folle, ça sautait déjà aux yeux chez les juniors.

Le 100m féminin a été écrasé par Elaine Thompson en 10"78 (-0.3m/s)… Cette MPM me laisse vraiment perplexe, comme toutes les performances de cette Jamaïcaine assez surnaturelle. Que la 2e (Tori Bowie) finisse en 11"04 est assez évocateur. Les conditions n’étaient vraiment pas favorables à la performance.   

Une autre démonstration dans une épreuve de sprint m’a laissé bouche bée. Champion du monde juniors l’an dernier, Noah Lyles (19 ans) a fait une entrée fracassante en Diamond League en détruisant tout le monde sur la dernière ligne droite du 200m pour claquer un improbable 19"90 (-0.4m/s, MPM égalée). Flippant ! Il était plutôt sur l’extérieur donc en aveugle, a fait un virage quelconque, puis son mélange de fréquence et de puissance ont créé une différence totalement dingue par rapport à tous les autres. Et encore une fois, les conditions n’aidaient pas à la performance, ce qui rend ce chrono assez hallucinant. Il faisait frais, on est en début de saison, le vent était défavorable, personne ne l’a poussé dans ses retranchements... et c’est un gamin.

Luvo Manyonga a battu le record du meeting du saut en longueur dès son premier essai (8m48, +0.2m/s). Puis il a remis ça en faisant une Bubka, le coup de l'amélioration d'1 centimètre (8m49, -0.6m/s, bonne planche). Comme ça ne lui suffisait pas, il a ensuite battu le record de la Diamond League (8m61, +0.7m/s, encore une très bonne planche), mais pas la MPM car il a déjà sauté à 8m65 cette saison. Au passage, il a battu les 3 Chinois, ceux-ci se tenant en quelques centimètres (entre 8m19 et 8m22). A un moment, il faudra se pencher sur le cas de ce Sud-Africain aux performances affolantes, et d’autant plus affolantes eu égard au parcours qui est le sien (toxicomanie, suspension pour dopage, longue absence, retour soudain et tonitruant)…

Il ne manquait que les Français pour avoir un 110m haies absolument monstrueux. Omar McLeod a dû résister jusqu’au bout à Orlando Ortega. Sous pression, il n’a jamais craqué et a même su faire la différence sur les 5 derniers mètres. Le Cubain devenu espagnol était revenu à sa hauteur haie après haie. Le Jamaïcain a donc dû batailler pour l’emporter en 13"09 (+0.5m/s).  

Pour le reste…

-Bershawn Jackson (48"63, record du meeting) s’est imposé facilement dans un 400m haies pourtant plein de grands noms de la discipline.

-Le 100m masculin devait se courir à 9, il s’est terminé à 7 suite à 2 faux-départs. Le Chinois Su Bingtian a gagné en 10"09 (+0,1m/s) devant son public.

-Il ne s’agit pas de la seule victoire chinoise du meeting car Gong Lijiao a remporté le lancer du poids féminin (19m46).

-Au saut en hauteur, Mutaz Essa Barshim était au-dessus du lot, au point de l’emporter après 3 sauts : 2m24, 2m27, 2m33, tout au premier essai. Il s’est ensuite attaqué à la MPM mais la barre à 2m37 lui a résisté. Le spectaculaire Zhang Guowei a déçu au point d’être battu par un autre Chinois, Wang Yu.

-J’aurais aimé voir Pierre-Ambroise Bosse affronter David Rudisha, Adam Kszczot et autres dans un 800m qui s’annonçait intéressant. Le lièvre n’a pas été suivi car personne n’a osé doubler Rudisha avant l’entrée de la dernière ligne droite opposée. Kipyegon Bett a alors posé une mine et n’a jamais été rejoint (1’44"68). La superstar du double tour de piste a même fini par craquer dans les derniers mètres.

-Ruth Jebet s’est baladée seule (9’04"78, record du meeting) lors d’un 3000m steeple dont Ophélie Claude-Boxberger a pris la 12e place (9’48"09). 

-Hellen Obiri a largement dominé le 5000m, battant au passage son record personnel et la MPM (14’22"47) malgré de mauvais lièvres (ou de mauvaises hases^^) qui lui ont laissé faire beaucoup trop de chemin toute seule.

Des Français sont attendus à Eugene le dernier week-end de mai, en particulier au saut à la perche et au triple saut masculins, ainsi que sur 110m haies.