Jeudi soir, une belle réunion a régalé le public au Cirque d’Hiver à Paris. Elle était diffusée par Canal+Sport mais n’a pas eu droit à une publicité à la hauteur du spectacle. A la carte, 3 championnats de France, 2 championnats de l’Union Européenne, un combat pour devenir challenger officiel IBF pour le titre mondial des poids super-welters, et un championnat du monde féminin.

Pour bien commencer, évoquons le combat pour la ceinture nationale vacante des poids lourds-légers. Hervé Lofidi (5-1-0, 1KO) affrontait Siril Makiadi (7-1-0, 2KO), et si a priori ce ne sont pas de gros puncheurs, ils ont surpris en passant un temps très court sur le ring. Lofidi s’est fait démonter sur un contre, l’arbitre a mis du temps à l’arrêter après l’avoir vu encaisser d’énormes patates dans la tête sans pouvoir réagir.

Un autre championnat de France s’est terminé très rapidement, celui des poids mi-lourds entre Hugo Kasperski (29-7-1, 20KO, aucune défaite avant la limite), le tenant du titre depuis 2 gros mois, et le jeune Louis Toutin (6-0, 6KO), 19 ans, habitué à en finir au 1er round et n’a pas encore été poussé plus loin que le 4e. Kasperski a tenu moins d’une demi-reprise jusqu’à un terrible crochet au foie qui l’a mis terrassé. Il n’a jamais pu s’en remettre et a été compté 10 faute de pouvoir se relever.

Samir Ziani (24-3-1) a reconquis la ceinture nationale des poids super-plumes au détriment de Samir Kasmi (22-12-1) grâce à une décision majoritaire quelques mois après sa défaite lors d’un championnat d’Europe contre Guillaume Frenois.

Hakim Zoulikha (24-9-0) a connu la 9e défaite de sa carrière, malheureusement ce championnat de l’Union Européenne des mi-lourds s’est conclu sur une décision technique à l’issue de la 5e reprise à cause de 2 chocs de tête, l’un au 2e round, l’autre au 5e. Coupé, l’Italien Serhiy Demchenko (désormais 18-11-1) – originaire d’Ukraine – saignait trop de l’avis du médecin, d’où l’arrêt du combat, le score retenu étant celui au moment de l’arrêt. Ça s’est joué à très peu, 2 juges (49-46, 48-47) à 1 (48-47).

Heureusement, l’autre championnat de l’Union Européenne (des poids légers) s’est mieux déroulé. Marvin Petit (20-1-1, 10KO) rencontrait un autre jeune boxeur, un garçon très côté chez lui en Espagne, Jerobe Santana (15-0-0, 5KO), surnommé "Chocolatito". Le match a été diffusé, j’ai seulement pu voir la fin. Heureusement, sur internet (les commentaires sont en espagnol), on trouve presque tout ! Le Français a été très convaincant grâce à la variation des cibles, des coups (beaucoup de très bons uppercuts notamment), des façons de les porters (des petites séries ou combinaisons, des contres, des préparations différentes, etc.), de se comporter (la plupart du temps il avançait mais a aussi parfois choisi de reculer), le tout en se montrant systématiquement concentré et agressif, en dégageant de la puissance. Je l’ai même trouvé précis et efficace. Par conséquent les spectateurs ont pu assister à un combat spectaculaire, intense, propre (beaucoup de corps-à-corps mais peu d’accrochages), avec peu de temps mort et de longs passages de grosse baston. Petit a dominé et s’est imposé de l’avis des 3 juges, largement pour 2 d’entre eux (118-110, 119-109), inexplicablement serré pour le dernier (115-113). Santana est un bon boxeur, meilleur dans un style fuyant qu’à la baston, le Français mérite beaucoup de crédit.

Si la boxe féminine a connu beaucoup de championnes de très haut niveau ces 20 dernières années, il est encore rare de voir de grandes soirées dont l’affiche principale oppose des boxeuses. Maïva Hamadouche mériterait pourtant nettement plus de reconnaissance. Elle défendait sa ceinture mondiale IBF contre une Argentine affichant comme elle 15 victoires pour 1 seule défaite (dans les 2 cas une défaite sur décision unanime lors d’un championnat du monde à l’étranger). Anahi Esther Sanchez, qui approche les 26 ans (à peine plus jeune que la Française), a déjà détenu ce titre des super-plumes. Hamadouche ne lui a laissé aucun espoir de s’en emparer de nouveau. Dans son style hyper spectaculaire, elle a détruit son adversaires en appliquant des préceptes assez classiques, surtout quand on a un style comme le sien : matraquer au corps pour remonter à la tête. Elle est aussi impressionnante dans l’engagement et l’activité que l’était Mahyar Monshipour à l’époque. C’est du non-stop, un déferlement de coups, elle attaque en permanence (permis aussi par le format avec des rounds de seulement 2 minutes). Evidemment, ça ouvre des opportunités à son adversaire pour la contrer… à condition que cette fille acculée et étouffée par cette avalanche de pains arrive à survivre. Cette puissance, ce rythme et cette intensité ont eu raison de Sanchez, d’abord comptée debout à une grosse vingtaine de secondes de la fin du 3e round puis de nouveau peu après la moitié de la 4e reprise en raison d’une énorme série de coups. Coupée au front suite à un choc de tête une grosse minute auparavant, l’Argentine semble avoir voulu arrêter avant de changer d’avis. L’arbitre (français, il y avait aussi un juge français, les autres étant polonais et italien) a aussi donné l’impression de faire reprendre le combat, il s’est immédiatement ravisé, provoquant la colère du coin de Sanchez. J’avoue que j’aurais bien aimé que ça se poursuive pour assister à un véritable KO, mais pour la santé de cette fille, compte tenu de la blessure et de ce que lui faisait subir Hamadouche, ça se serait très mal terminé pour elle.

Par contre, je n’ai absolument pas compris pourquoi une partie du public a sifflé. La championne n’a pas du tout apprécié la chose, et je ça, je l’ai bien compris. Elle mérite beaucoup de respect !

Cédric Vitu (45-2-0, 18KO) a franchi le pas : il a abandonné son titre européen des super-welters défendu 3 fois depuis 2015 pour se lancer dans une nouvelle quête, celle d’un titre mondial. Pour ce faire, il est passé par une demi-finale mondiale afin de devenir le challenger officiel du champion IBF, Jarrett Hurd (20-0, 14KO), sacré en février (la ceinture était vacante). Il affrontait l’Italie Marcello Matano (17-2-0, 5KO pour, 2 contre). Au début, ça se passait bien, voire très bien, le Français dominait, il menait bien sa barque, profitant de sa taille et de son allonge supérieures, mais aussi de sa supériorité technique (en plaçant de très beaux uppercuts). Mais progressivement, s’installant dans un certain confort, Vitu s’est endormi lui-même. Devenu assez passif, d’apparence presque prétentieuse (souvent bras en bas), il a laissé son adversaire lui porter des coups et prendre le dessus grâce à son agressivité. La situation s’est dégradée au point de réellement mettre le Français au pied du mur, il lui fallait absolument réagir. Dans une situation en train de devenir critique, il a su sonner le réveil au 9e round en… sonnant Matano d’un terrible crochet droit en contre. Premier knock-down ! La tendance redevenait favorable. L’Italien a eu de la chance, il ne restait que quelques secondes à tenir pour finir la reprise. Il a donc survécu et pu débuter le 10e round toujours avec la même agressivité… en s’exposant à un nouveau contre. Un autre crochet droit aussi impressionnant l’a de nouveau envoyé au tapis après 1’05. Si l’arbitre l’a laissé reprendre, il l’a ensuite vite stoppé, constatant son incapacité à tenir correctement sur ses jambes et le néant dans son regard. 46e victoire pour Vitu, désormais challenger pour un titre mondial…

Quand ce combat aura-t-il lieu ? Difficile à dire, car il y aura des enchères pour organiser ce championnat du monde (ce serait sympa de le faire en France…), mais surtout parce que comme il l’a lui-même expliqué, Vitu a besoin de repos, il a enchaîné sans cesse les préparations (certaines fois avec des blessures qui ont repoussé des combats), il est lessivé mentalement plus que physiquement. Du moins, c’est ainsi qu’il explique sa sortie de route en cours de combat, il le reconnaît, il n’était plus trop dedans car il a voulu gérer, notamment à cause de la chaleur, et face à un boxeur de très bon niveau pratiquant une boxe très gênante, ça l’a mis en danger. Il se serait bien privé de faire peur au public. Heureusement, tout est rentré dans l’ordre avec cette magnifique réaction.

Pour en finir avec cette première soirée, petit récapitulatif de ses meilleurs moments.

Samedi au Japon (Tokyo) avait lieu grosse réunion avec 3 championnats du monde, donc celui des poids moyens d’Hassan N’Dam (35-2-0, 21KO) contre une star japonaise, Ryota Murata, le champion olympique 2012 qui n’a que 2 ans de moins que le Français. Aux JO il avait bénéficié d’un très bon tirage et n’a gagné que d’1 point en finale. On lui a monté sa carrière pro (12-0) pour arriver à un ChM à domicile, celui vacant de la WBA (titre plein, même si Golovkin est super-champion pour la WBA). Le précédent champion WBA était Danny Jacobs, battu par Golovkin il y a quelques semaines. Oui, ce statut est un peu bâtard, mais c’est mieux que champion par intérim qui signifie en réalité challenger officiel du véritable champion. La WBA a amorcé un plan de réduction des ceintures mondiale à 1 par catégorie de poids alors qu’auparavant elle en avait… 3 (super, régulier, intérim). Désormais, il en reste 2, à l’avenir une seule.

Bref. Contre un garçon nettement moins expérimenté ayant sensiblement le même gabarit que lui, N’Dam semblait avoir toutes ses chances. Néanmoins, il est en principe difficile d’aller remporter un championnat du monde au Japon contre un Nippon, a fortiori s’il s’agit d’un main event d’une très grosse soirée comme celle-ci. Pour info, l’Empire du Soleil levant a 9 champions du monde en ce moment (à moins que ça ait changé depuis^^), principalement dans les petites catégories, il en a eu beaucoup d’autres par le passé, nombre d’entre eux ayant fait le déplacement.

Après une aventure olympique ratée, N’Dam (35-2-0, 21KO) restait sur le KO de l’année 2016 (en décembre) contre Blanco (en 22 secondes) pour ce qui son 1er combat préparé avec le Cubain Pedro Diaz. Il a fait son entrée sur du rap français. Je ne l’ai jamais trouvé aussi concentré, il n’a même pas dansé, lui qui a toujours eu l’habitude de faire le show. Il semblait déjà totalement dans ce combat pour lequel il a bossé dur en s’attendant à affronter un garçon qui avance sans cette et essaie de placer un maximum son bras arrière. Ce n’est pas ce qu’on a vu. Mais pour être honnête, on a vu des choses très étranges… et je n’ai pas tout compris. Je ne suis pas le seul ! Compte tenu des commentaires lus et entendus après le combat, il me semble opportun d’en faire un récit round par round à partir de mes notes prises en direct complétées par l’analyse en fonction du résultat.

Round 1 : N’Dam tournait et envoyait des coups puissants presque tous parés alors que face à lui, le Nippon ne tentait RIEN ! Pas le moindre coup pendant 1’40 ! Puis il a enfin lancé son poing… et a même recommencé (en touchant)… A ce niveau, ne frapper que 2 fois (tout compris) en 3 minutes n’est plus de l’observation, c’est se moquer du monde.
Evidemment, 10-9 pour N’Dam, et a posteriori on peut penser que l’extrême passivité de Murata a imprimé l’esprit des 2 juges dont l’interprétation des débats lui a été défavorable.

Round 2 : Murata a commencé à avancer un peu plus, même sans beaucoup frapper. On le sentait toutefois entré dans ce combat toujours essentiellement tactique. N’Dam envoyait une série de temps en temps, généralement parée, néanmoins il se montrait beaucoup plus actif. C’est devenu de la bagarre lors de la dernière minute. Le Japonais semblait un peu plus efficace, plus précis, il a touché et apparemment bloqué la plupart des coups avec sa garde.
En direct, je donnais 10-9 pour N’Dam parce que je récompensais l’activité, mais en favorisant l’efficacité et la précision, on pouvait aussi donner cette reprise à la star locale.

Round 3 : N’Dam s’est beaucoup déplacé, il tournait, piquait puis fuyait. Murata tentait de le cadrer, envoyant une droite de temps en temps, ce qui provoquait à chaque fois une clameur du public donnant l’impression qu’il touchait à chaque fois. En général, ça influe sur les juges.
Même débat que pour la reprise précédente, sauf que cette fois je récompensais le Japonais uniquement pour l’efficacité de sa droite. Qu’il n’ait à peu près rien fait d’autre que de la balancer de temps en temps peut justifier qu’on accorde aussi 10-9 pour N’Dam. D’ailleurs le boss de la WBA, le dénommé Gilberto Jesus Mendoza, dont il sera question un peu plus loin, avait donné les 3 premières reprises au Français. Tout comme 2 des 3 juges (le dernier, l’Américain Raul Caiz Sr, était de mon avis).

Round 4 : pendant près de 2’30, le scénario se reproduisait, l’activité d’un côté, l’efficacité de l’autre avec cette droite qui faisait mal. Si N’Dam ne trouvait que rarement l’ouverture, il parvenait néanmoins parfois à enchaîner. A l’expérience, il n’hésitait pas à accrocher quand il sentait chez son adversaire la volonté d’accélérer. Et soudain, à 35 secondes de la fin, une énorme droite en contre a cueilli le Français. Premier knock-down. Murata a insisté, N’Dam est retourné au sol mais poussé. En manque de lucidité, il a cru que l’annonce des 10 dernières secondes était la fin du round, ce qui lui a fait baisser la garde. Sans trop de conséquences, heureusement.
Sur un coup tout a changé, y compris la dynamique, Murata a remporté la reprise 10-8 et sincèrement, ça sentait mauvais pour la suite même si on connaît les capacités de récupération d’N’Dam, déjà compté de nombreuses fois au cours de sa carrière sans jamais être mis KO ou arrêté.

Round 5 : on sentait le Japonais très sûr de lui, il parait presque tous les coups et attendait le bon moment pour placer sa droite. Le combat s’est intensifié en milieu de reprise, N’Dam a enfin passé quelques coups mais il s’agissait de baston, ce qui a priori ne le favorisait pas. Il a même pris le dessus dans les échanges en manquant malheureusement de puissance. Le Japonais encaissait bien et parvenait aussi à toucher. Après une phase de temporisation, c’est reparti de plus belle. Bloqué dans les cordes, le Français a failli tomber, il s’est une seconde fois rattrapé grâce aux cordes et a fini en réagissant bien.
Cette reprise aurait pu être notée 10-9 pour N’Dam avant les 30 dernières secondes… ou 10-8 pour Murata si l’arbitre (le très expérimenté Luis Pabon) avait jugé que le Français s’était servi des cordes pour ne pas aller au sol (l’arbitre peut compter debout dans ce cas, on considère qu’il y a knock-down). 10-9 pour le Nippon était donc un moindre mal. Sincèrement, je ne sais pas comment Gustavo Padilla, le juge panaméen, a pu ne pas tenir compte de la fin de ce round et l’attribuer à N’Dam.

De mon point de vue, la seule chance du Français devenait de changer de stratégie, d’aller à la baston en risquant le KO. Hormis envoyer du pâté en frappant dans tous les sens (comprenez faire preuve d’une activité et d’une agressivité impressionnantes), je ne voyais rien qui soit susceptible de renverser le différentiel d’efficacité qui se ressentait de plus en plus.

Round 6 : l’arbitre a réprimandé le Japonais une 2e fois pour avoir tenu la tête de son adversaire. Ce dernier a bien boxé à l’image d’un joli enchaînement esquive-contre, seulement son problème demeurait le même, le manque de puissance. Bloqué dans le coin il a répliqué. Touché par plusieurs grosses droites du Nippon, il péchait par son incapacité à faire mal lorsqu’il répondait.
Forcément, 10-9 pour Murata, toujours en raison de la différence d’efficacité, N’Dam touchant au moins autant, mais en encaissant les coups les plus violents.

A mi-combat, j’avais 58-55 pour le local, donc rien d’insurmontable mathématiquement… L’impression et la dynamique en revanche me faisaient déjà penser que la seule façon de gagner était d’envoyer le Japonais au sol, chose hautement improbable.

Round 7 : pendant 2 minutes, rien, si ce n’est beaucoup de déplacements d’un N’Dam cherchant clairement à ne pas être touché. Puis, ébranlé par une grosse droite, il a réussi à s’en sortir avec pas mal de chance. Envoyé au sol sur un croche-pied (donc pas compté), il s’est encore rattrapé grâce aux cordes suite à une nouvelle droite, ce qui aurait pu donner lieu à un compte de l’arbitre. Même si la reprise semblait déjà perdue, il a essayé de finir fort, tout était bloqué
Encore une fois 10-9 pour le Nippon, le 10-8 ayant été évité uniquement grâce à la mansuétude de l’arbitre.

Jusqu’ici, tout le monde était à peu près d’accord, seul le jugement de Gustavo Padilla lors de la 5e reprise divergeait de l’opinion générale. Personne ne pouvait raisonnablement imaginer une victoire d’Ndam. Et pourtant…

Round 8 : il ne s’est rien passé, on a assisté à un round de récupération, N’Dam a beaucoup tourné, Murata a mis un coup.
10-9 pour le Jap pour son unique coup ? Compte tenu de la dynamique à ce moment du combat, c’était mon jugement. Mais je dois bien l’avouer, je ne notais plus tant les points par rapport au contenu des reprises que par rapport à l’impression globale générée lors des reprises précédentes, à cette résignation qui paraissait avoir aussi atteint le principal intéressé.

Round 9 : Murata avançait par moments pour réduire la distance – N’Dam s’évertuait à la conserver – et cadrer plus facilement un adversaire n’ayant pas les armes pour lui faire mal. Le visiteur passait son temps à frapper dans la garde et/ou à fuir. Il se montrait toujours nettement moins actif mais nettement plus efficace.
J’avais encore 10-9 pour le Japonais, seulement, en se contentant de quelques accélérations au lieu d’affirmer nettement sa supériorité, il laissait une – petit – place à une autre interprétation. D’ailleurs Raul Caiz Sr – l’arbitre le plus en accord avec l’opinion générale – a récompensé le Français.

Round 10 : encore et toujours la même chose, Murata semblait prendre le dessus sur 1 ou 2 coups même s’il en encaissait… des pas assez impressionnants.
Cette fois j’hésitais réellement. Machinalement, j’ai encore jugé en faveur du Nippon.

Round 11 : N’Dam ne tentait plus grand-chose, il passait son temps à fuir avant une fin de reprise plus animée.
Je récompensais encore Murata, cette fois uniquement pour ses coups au corps.

Round 12 : selon toute vraisemblance, seul un miracle pouvait faire prendre l’avion à la ceinture. N’Dam n’a pas cherché à le provoquer, seulement à fuir. En revanche Murata a tenté d’en finir un peu plus rapidement.
De nouveau 10-9 pour le Japonais.

Lors de ses 2 défaites, N’Dam est allé plusieurs fois au sol mais a su se relever et finir debout. Envoyé au tapis, mais une seule fois, même si on aurait pu le compter aussi quand il a été sauvé par les cordes, il a encore pu arriver au bout des 12 rounds pour obtenir le verdict des juges. Je le voyais battu très nettement, 10 reprises à 2, voire 9 à 3, 8 à 4 dans le meilleur des cas (les rounds 3 et 10 me semblant très indécis), soit un score de 118-109 pour Murata, au mieux de 116-111.

J’étais estomaqué par l’annonce d’une décision partagée. Un juge pour N’Dam ? Puis un second ! Hallucinant ! Personne n’en revenait. Je ne saurais dire si N’Dam était complètement choqué ou si pour une raison inconnue il se savait en tête avant la dernière reprise (ou les 2 dernières), ce qui aurait expliqué son attitude. Toujours est-il que Murata a bel et bien été mis KO… mais par l’annonce du résultat !

Aussi étrange que ceci puisse paraître, après réflexion, on ne peut parler de vol, d’escroquerie ou d’arnaque. Cette décision, bien que totalement erronée à mon sens, est explicable. Pourquoi ? Parce que les juges sont des êtres humains et le jugement est une affaire de perception. Si j’ai sans cesse évoqué l’’impression donnée par l’un ou l’autre, c’est bien parce qu’on juge là-dessus, pas sur des données objectives. Plusieurs phénomènes ou processus psychologiques peuvent expliquer pourquoi le Panaméen a donné 116-111 et le Canadien (Hubert Earle) 115-111 pour N’Dam quand l’Américain voyait Murata largement vainqueur (117-110).

Evoquons d’abord un phénomène souvent constaté en boxe, la différence entre les attentes et ce à quoi on assiste en réalité. Normalement, Murata presse en permanence, il bastonne, mais pas cette fois. Si cette façon inhabituelle de se comporter a privé N’Dam des solutions travaillées pendant des semaines, elle a pu donner l’impression aux juges qu’il était en-dedans, qu’il ne parvenait pas à s’approcher et à imposer sa boxe à cause des déplacements de son adversaire. Cette impression a pu être renforcée par le spectacle piteux des premières reprises, quand il ne foutait rien. Vous voyez un boxeur extrêmement passif pendant les 2 ou 3 rounds qui ouvrent le combat, vous les donnez naturellement à celui qui met de l’activité et du déplacement. Logique. Si vous voyez 4 ou 5 dernières reprises qui ressemblent aux premières, il n’est pas illogique de les juger de la même manière. Earle et Padilla ont ainsi donné les 3 premières et les 5 dernières reprises au Français. C’est compréhensible si on voit de l’impuissance du Japonais là où – à mon sens et à celui de l’immense majorité des observateurs – il fallait voir de la gestion. La question est alors la suivante : Murata n’est-il pas le principal fautif ? Il était indéniablement supérieur, il n’a pas fait le nécessaire pour montrer de façon irréfutable qu’il dominait. Il lui suffisait d’accélérer, de passer à l’attaque pour de bon, il ne l’a pas jugé nécessaire. J’y vois un manque d’expérience. On le sait, selon les juges, l’efficacité et la puissance peuvent être privilégiées par rapport à l’activité… ou l’inverse. En étant à la fois efficace et très actif, le jugement vous est presque toujours favorable. En étant efficace mais d’apparence passive, vous êtes en danger, surtout si en face le boxeur est nettement plus actif et se déplace assez pour donner l’impression d’être responsable de votre passivité. Les 2 juges incriminés sont probablement plus sensibles à une boxe de déplacement dite "à la Cubaine", ils ont attribué tous les rounds serrés à N’Dam. Le jugement est toujours subjectif…

J’ajoute que le mécanisme psychologique qui m’a fait donner les dernières reprises de façon automatique au Japonais explique aussi le choix de ces juges : dans la mesure où ils pensaient N’Dam en contrôle, le voir fuir passait pour de la gestion, pour une tactique, pas pour de la survie, donc ils lui donnaient les 10 points. Alors qu’il s’agissait bien de survie.

Scorecards_N_Dam_vs_Murata__version_1_.jpgL’anecdote amusante dans cette histoire ? Même le juge ayant noté le combat en comprenant bien ce qui se passait sur le ring a écrit Hassan N’Dam dans la case vainqueur… avant rectification sur la carte publiée sur le site officielle de la WBA. On a donc les 2 versions, la photo des cartes sur Twitter mise en ligne par le boss de la fédération…

Scorecards_N_Dam_vs_Murata__corrigee_.jpgEt la photo après correction de la boulette.

Je ne suis pas du tout d’accord avec la décision des 2 juges montrés du doigt, toutefois j’ai un peu de mal à admettre la réaction immédiate de Gilberto Jesus Mendoza – patron et fils de l’ancien patron – de la WBA. Il a tout de suite abreuvé les réseaux sociaux de messages – après consultation de son fil Twitter, j’ai envie de parler en lui comme du Aulas de la boxe – d’indignation contre la décision de ses propres juges. Je trouve son indignation assez sélective, pas très honnête et même dangereuse dans la façon de la présenter. Le simple fait d’avoir une décision partagée avec des jugements si opposés (entre 117-110 pour un boxeur et 116-111 pour l’autre, il y a un énorme écart) devrait suffire à justifier la demande d’une revanche automatique, pourquoi publier sa propre scorecard comme si son propre avis sur le combat était parole d’Evangile ? Si tel est le cas, pourquoi ne pas changer les règles et faire de lui le juge unique de tous les combats sanctionnés par la WBA ? Ça n’a pas de sens !

Il faut soit accepter que la façon d’analyser un duel diffère selon les personnes, soit revoir le système entier en mettant plus de juges, en instaurant des lignes de conduite ou des consignes officielles pour récompenser particulièrement une façon de boxer par rapport à une autre, en utilisant les statistiques (ce qui serait une énorme erreur)… Il y aura des controverses tant que le jugement sera humain… et pour le coup il doit absolument le rester. Le but doit être de réduire ces controverses. On devrait pouvoir utiliser la vidéo pour vérifier l’origine d’une blessure (si c’est un coup régulier, un coup irrégulier, un coup de tête fortuit, etc.) ou si un knock-down en est bien un (et non une glissade, une bousculade, le résultat d’un croche-pied ou autre souci lié par exemple aux publicités en bord de ring), si un boxeur s’est retenu avec les cordes pour éviter d’aller au tapis… D’autres initiatives comme l’annonce des scores en temps réel (au moins tous les 2 ou 3 ''rounds) permettrait aussi de se prémunir contre des injustices en permettant aux combattants de s’adapter à la façon dont les juges apprécient les débats. En l’occurrence, Murata aurait su qu’il devait se montrer plus actif, qu’il lui fallait mettre mieux en évidence sa supériorité. La WBC a instauré le port du casque anti-bruit pour isoler ses juges des réactions du public, celles-ci ayant souvent de l’influence. L’initiative me semble intéressante. On devrait aussi tester des systèmes à 5 et à 7 juges, peut-être en retirant les 2 scores les plus extrêmes dans un sens et dans l’autre. Dans tous les cas, il ne devrait y avoir que des juges et arbitres neutres (en l’occurrence, aucun Japonais ni Français n’a officié, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne la neutralité n’est généralement pas respectée, voire pas du tout respectée, on le ressent souvent).

Mon autre souci avec cette réaction de Mendoza est sa motivation. Si la victime de la mauvaise décision avait été française, aurait-il pondu les mêmes messages ? Permettez-moi d’en douter. Pour lui et sa fédération, se mettre mal avec Teiken Promotions et les fans nippons est un gros souci… Financièrement, cette société est très puissante, si elle devait boycotter la WBA pour ne travailler qu’avec les autres fédérations, le manque à gagner serait important. La WBA a tout intérêt à avoir pour champions des stars ou futures stars comme Murata pour cette raison, elle veut que les redevances tombent.

J’en profite pour souligner que ce message discrédite de fait toutes les théories du complot ou pire, de la corruption : le promoteur d’N’Dam (le fils Acariès) n’a pas du tout les moyens financiers de Teiken Promotions, c’est pourquoi le combat s’est tenu au Japon malgré le statut du Français (qui détenait la ceinture par intérim). Obtenir une victoire si controversée contre une star évoluant à domicile, on ne voit pas ça tous les jours ! Si les théories du complot et accusations de corruption sont si florissantes en boxe anglaise, c’est que pour un car de dénonciation publique d’une injustice par le patron d’une fédération, on assiste à beaucoup de décision au moins aussi scandaleuses qui ne provoquent pas la moindre réaction officielle car elles servent les intérêts des fédés et promoteurs les plus puissants.

En attendant la revanche, la France a un champion du monde de boxe anglaise chez les hommes, et c’est un véritable événement qu’il convient de souligner.

Au passage, la carte de la soirée comprenait le combat d’un jeune Français, Dylan Charrat (12-0-0, 3KO), vainqueur contre un Sud-Coréen (5-2-0) après une belle démonstration avec 2 mises au tapis dans la 2e reprise et un jet de l’éponge au 3e round suite à un nouveau knock-down. Ça lui fait donc une 13e victoire, la 3e consécutive avant la limite.

Quelques heures plus tard, à Londres, l’Américain Gervonta Davis (17-0-0, 16KO) – promu par Mayweather – a défendu pour la première fois son titre IBF des poids super-plumes en gagnant par TKO au 3e round contre le Britannique Liam Walsh (21-0-0, 14KO). 9e KO de suite. Il l’a fracassé, l’arbitre aurait dû arrêter dès le 1er knock-down, le challenger titubait en reprenant le combat, ça s’est terminé quelques secondes plus tard.

Cette soirée était proposée par Showtime aux Etats-Unis (et BT Sport en Grande Bretagne), qui diffusait aussi le championnat du monde WBC opposant Gary Russell Jr (27-1-0, 16KO) à Oscar Escandon (25-2-0, 17KO). Le premier se présentait en tant que titulaire de la ceinture régulière, le second, venu de Colombie, possédait le titre par intérim. Pour l’anecdote, Gary Antuanne Russell (débuts professionnels, il a disputé les JO de Rio) et Antonio Russell (7-0-0) figuraient aussi au programme. Une affaire de famille, ils sont tous frères.

Au cours de cette soirée au MGM National Harbor dans le Maryland était aussi l’occasion de revoir le Biélorusse Kiryl Relikh (21-1-0, 19KO), volé il y a quelques mois en Grande-Bretagne contre Ricky Bruns lors d’un championnat du monde des poids super-légers. Cette fois, il affrontait le Cubain Rances Barthelemy (25-0-0, 1ND, 13KO), ancien champion du monde dans 2 catégories différentes, absent depuis presque 1 an. Ce combat était qualifié de title eliminator pour devenir challenger officiel de Julius Indongo (qui a pris sa ceinture à Burns il y a un gros mois).

Plus grand, plus lourd, et porteur d’un balai sur le crâne, le Cubain à la coiffure DEGUEULASSE a subi la fougue du Biélorusse. D’entrée, on a assisté à une bataille frénétique débordant vers de la lutte libre. Les 2 hommes ont en effet fini au sol au bout de quelques secondes en oubliant qu’il s’agissait de boxe anglaise, un sport où on doit envoyer son adversaire au tapis uniquement à coups de poings. Agressivité, coups puissants au corps, quelques charges à la tête, accélérations très intenses… Le rythme était trop élevé, il a fallu un peu calmer le jeu. Un choc de tête a interrompu les débats en début de 3e round (il faut dire qu’il y a eu des changements de garde côté cubain, il alternait entre gaucher et droitier). Barthelemy s’est alors souvenu qu’il est cubain et a décidé de la jouer à la cubaine avec pas mal de provoc. Qui provoque s’expose. Relikh s’est alors déchaîné et l’a puni, mais a reçu en retour un très vilain coup bas qui l’a couché (ça méritait un point de pénalité, c’était totalement volontaire pour se sortir d’une situation difficile). L’arbitre l’a pressé pour reprendre, je regrette que la victime se soit trop laissée faire, normalement après un coup pareil on a le droit de prendre tout son temps pour récupérer.

J’ai aimé l’intensité de la 4e reprise, Barthelemy me semble avoir fini par l’arracher en se montrant plus efficace lors de la dernière minute. Même s’il a su répondre par quelques combinaisons, il s’est globalement fait corriger lors de la suivante à coups de crochets au corps et d’uppercut au point de se faire compter debout après s’être rattrapé dans les cordes (quel crochet gauche en contre !). Relikh en a alors remis une couche et l’a démonté ! Le Cubain a tenté de réagir avec un contre par-ci par-là… mais a vraiment pris cher ! Etrangement, le Biélorusse a attaqué le 6e round avec prudence, manifestement dans l’idée de chercher le bon moment au lieu de s’exposer en se jetant, il a plutôt temporisé au risque de laisser son adversaire récupérer. Barthelemy tenait de s’en sortir avec son jab et ses déplacements, seulement il ne touchait quasiment pas et se montrait toujours nettement moins actif que Relikh. La 8e reprise a encore failli tourner à la correction… et s’est terminée étrangement, puisque le Biélorusse a fini plié en 2 en subissant un uppercut au corps. Un knock-down ? Je n’ai pas bien compris sur l’instant, car il était plié en 2 avant d’aller mettre un genou au sol près des cordes, et la cloche a sonné sans reprise du combat. Je n’ai pas non plus vu de compte. Manifestement, après avoir revu la scène, il y a bien eu knock-down, même très étrange, si bien que Barthelemy s’est trouvé totalement relancé – d’après mon décompte et celui de 95% des observateurs honnêtes – grâce à ce coup unique lui faisant remporter la reprise 10-8 au lieu de la perdre 10-9.

Toujours aussi peu fair-play, le Cubain a encore mis un coup bas au début de la reprise suivante (la 9e), d’où un nouveau temps mort mais toujours sans point de pénalité, chose particulièrement honteuse et révoltante. Il y a des règles, il faut les appliquer de temps en temps, non ? Cet étrange arbitrage est dû à l’homme désigner pour officier sur le ring, à savoir le vieux Kenny Chevalier qui, avec sa jambe raide, a bien du mal à se déplacer sur le ring et à intervenir immédiatement quand la situation l’impose. Le combat est devenu très bizarre car si Relikh a continué à presser et à dominer, il a aussi subi une grosse séquence en se retrouvant bloqué dans les cordes. Même si Barthelemy a bien fini le 10e round, son activité continuait à pâlir de la comparaison par rapport à celle de son adversaire. De nouveau touché au corps lors de la 2e minute de la 11e reprise (2 crochets au foie), Relikh a dû passer en mode survie pendant une vingtaine de secondes, le temps de s’en sortir. Pour finir, il a géré et provoqué, car se pensant – à mon sens de façon pertinente – nettement devant, il pouvait se permettre de perdre ce round. Il n’en restait qu’un, son jab lui a bien servi, le Cubain n’a pas fait le nécessaire pour mettre le Biélorusse KO et s’offrir un championnat du monde.

On aura vu un beau combat. J’avais 115-111 pour Relikh en comptant le 8e comme un knock-down[1]… Si les coups bas volontaires avaient été pénalisés, j’aurais eu 115-109. Et à ma grande surprise, on a assisté à UNE PUTAIN DE GIGANTESQUE ESCROQUERIE. Décision unanime en faveur… de Barthelemy ! Pire ! Décision unanime et LARGE !

Au moins, concernant la décision du duel N’Dam vs Murata, même sans être d’accord, on pouvait comprendre que des juges aient été influencés par l’activité supérieur du Français et aient pénalité la passivité du Japonais, mais là, le Biélorusse a pressé en permanence, a mis les coups les plus puissants, il a détruit son adversaire les ¾ du temps ! Les stats de CompuBox, donnent 26% de précision pour chacun des 2 boxeurs, seulement ça donne 248/970 pour Relikh, 137/521 pour Barthelemy… Le spolié a plus touché lors de 9 des 12 reprises. Je veux comprendre comment Henry Grant a pu donner 115-111, comment John Gradowski a vu un 116-110, et qui a payé Don Risher pour noter ça d’un improbable 117-109 qui signifie 10 reprises à 2 en comptant le KD… J’ai vraiment mal pour Relikh, excellent boxeur qui devrait être champion du monde et invaincu mais se retrouve même privé d’une 2nde chance mondiale suite à un 2nd vol manifeste en 2 combats. Il a frappé presque 2 fois plus avec le même taux de réussite, avec au moins autant de puissance, il a scoré un knock-down, pourtant un juge officiel lui a accordé 2 PAUVRES REPRISES ??? Ces juges doivent être interdits à vie de toute activité dans le sport, même de lacer les chaussures de foot de leurs petits-enfants !

Dans le foulée, Andre Dirrell (25-2-0, 16KO) affrontait José Uzcategui (26-1-0, 22KO) pour la ceinture IBF par intérim des poids super-moyens, autrement dit il s’agissait d’un combat pour affronter le champion du monde IBF de la catégorie.

Dirrell s’est fait martyriser lors du 2e round – et s’est pris un dernier coup après la cloche – sans pour autant être compté, même s’il a eu beaucoup de chance que l’arbitre ne prenne en compte que la fin du geste du Vénézuélien qui a un peu déséquilibré après l’avoir bien sonné. Idem lors de la 3e reprise. J’étais trop sous l’emprise du dégoût provoqué par la décision précédente pour noter ce combat. Le latino a globalement dominé un combat plutôt intense même si l’Américain semblait commencer à inverser la tendance lors des 5 et 6e reprises… mais ça n’a pas manqué de controverse. A vrai dire, on ne retiendra rien de ce combat si ce n’est une gigantesque controverse doublée d’une infamie. Suite à un nouveau coup après la cloche (à la fin de la 7e reprise), Dirrell a fini face contre terre. L’arbitre a alors appelé le médecin et a décidé que s’il ne pouvait reprendre, Uzcategui serait disqualifié. Il n’aurait jamais dû le dire avant que la décision médicale soit prise en toute indépendance et sans être influencé. L’arbitre avait prévenu avant cet incident en disant 2 fois d’arrêter à la cloche (mais en anglais l’a-t-il compris, lui qui est Vénézuélien et réside au Mexique ?). Le premier coup est parti avant la cloche ou au pire sur la cloche, il a ébranlé Dirrell, et seul le 3e coup de la combinaison est clairement parti après sans toutefois avoir réellement d’incidence (il était moins bien porté, ni précis ni très puissant). En apparence, l’Américain était complètement KO, d’où l’application par l’arbitre, Bill Clancy, de sa menace de disqualification, une décision logique uniquement dans la mesure où il avait la certitude de l’irrégularité des coups. En pratique, qualifier ces coups de faute volontaire me paraît très hasardeux et donner tort à ceux qui crient à l’injustice relève de l’exploit. Ils ont de très bons arguments :
-comme je l’ai déjà évoqué, il s’agissait d’une série débutée sur le gong, pas clairement après, et dont le coup décisif était régulier car porté au plus tard sur la cloche, cette cloche dont le son n’a pas forcément été entendu par le Vénézuélien, ce dernier pouvant aussi très bien n’avoir pas compris les instructions en anglais prononcées par l’arbitre quelques secondes auparavant (et quand bien même aurait-il entendu et compris, il est très difficile de stopper à temps une combinaison de ce type une fois celle-ci lancée) ; -il est légitime d’émettre des doutes sur la réalité du KO et sur l’incapacité de Dirrell de reprendre le combat, d’abord parce que mettre au courant le médecin – et en réalité tout le monde – de la décision de disqualification en cas d’arrêt définitif pouvait influencer le doc et/ou le boxeur qui se savait dominé, ensuite parce que remporter un combat par disqualification suite à un coup irrégulier lui est déjà arrivé en 2010 contre Arthur Abraham, certains l’accusant déjà d’avoir simulé (même si en l’occurrence la faute était évidente et si en réalité cet incident l’a écarté des rings pendant environ 20 mois), enfin parce que Dirrell s’est très vite remis des coups en cause, il n’a jamais été question de le placer sur une civière, de lui mettre un collier cervical ou autre précaution médicale habituelle en cas de véritable KO ;
-surtout, quel intérêt Uzcategui aurait-il eu à commettre une faute volontaire alors qu’il menait au score (77-74, 77-75, 76-76) ? Jusqu’à preuve du contraire, il n’est pas suicidaire. Quand Abraham l’avait fait, il était dominé et frustré, rien à voir avec le cas du Vénézuélien.

L’arbitre se serait moins trompé en y voyant une faute involontaire car en tout état de cause, il n’y avait rien d’évident. Dans ce cas, on laissait à Dirrell le temps de se remettre s’il en avait la possibilité (à le voir juste après la décision hâtive du médecin, il est vite redevenu lucide), et s’il n’était pas jugé en état de continuer, on entérinait le score au moment de l’arrêt. Plus je vois l’action, plus je pense que la bonne décision était de compter Dirrell et donc de proclamer le Vénézuélien vainqueur par KO, le coup à l’origine de la perte de connaissance étant régulier.

Cette décision extrêmement contestable se suffisait en elle-même pour donner lieu à une situation détestable. Il a fallu qu’un abruti et un criminel en rajoutent d’énormes couches. Le frère (Anthony Dirrell) – lui-même boxeur – et d’autres proches de l’Américain ont d’abord provoqué une échauffourée à quelques mètres du ring au milieu du public. La situation a dérapée au point de devoir les faire évacuer de la salle par le service de sécurité. C’était déjà moche, mais alors ce qu’on a vu sur le ring… L’oncle Dirrell, présent dans son équipe en tant qu’entraîneur assistant, est allé voir Uzcategui – qui attendait debout dans son coin de savoir ce qui allait se passer – et son coach à qui il semblait s’adresser pacifiquement au moment où, par surprise, il a envoyé un énorme enchaînement gauche-droite. Cette agression d’une lâcheté, d’une violence et d’une dangerosité extrême – à poings nus donc sans gants pour amortir, par surprise donc sans pouvoir se défendre, réagir, esquiver ou même se préparer à encaisser, on voit bien qu’il ne s’y attendait absolument pas, venant d’un mec très lourd donc avec forcément plus d’impact que si l’agresseur était taillé comme un cure-dent – aurait aussi bien pu être un meurtre en direct à la télévision. Quand vous voyez l’impact du crochet gauche dans le menton du Vénézuélien, vous êtes horrifié, puis vous vous dites que si la tête n’était pas partie si loin en arrière sous l’effet du coup, il aurait en plus encaissé la droite en pleine face au lieu de la recevoir dans l’épaule à la base du cou. Si au moins il avait eu les c*uilles d’afficher ses intentions, de provoquer une véritable baston, j’aurais trouvé ça honteux et scandaleux, seulement il me serait apparu plus digne, ses coups seraient mécaniquement devenus moins dangereux cas plus attendus. En agissant ainsi, il n’espérait qu’une chose, blesser gravement un boxeur à qui il reprochait – à tort, je l’ai déjà expliqué – d’avoir assommé son neveu irrégulièrement. Rien ne saurait justifier une vengeance de ce genre, d’autant plus qu’en agissant ainsi il a mis en danger la vie d’Uzcategui et piétiné toutes les valeurs élémentaires de fair-play du noble art. Sans parler de l’image renvoyé de lui et de tout le clan Dirrell, bande de sauvages dépourvus de toute respectabilité. Ce sale type dénommé Leon Lawson Jr mérite la prison et une suspension à vie de toute activité dans le sport. On devrait même aller jusqu’à lui interdire de lacer les chaussures de sport de ses gamins (s’il en a, mais faute de c*uilles, c’est peu probable). Par miracle, la victime de l’agression a pu échapper au pire, néanmoins il lui a fallu prendre la direction de l’hôpital pour y passer des examens. Une plainte a été déposée auprès de la police, celle-ci étant déjà lancée à la recherche de cette raclure lâche au point d’avoir pris la fuite et quitté le bâtiment dans la confusion. Même pas le courage d’assumer…

L’attitude des membres de la famille Dirrell alimente ma circonspection concernant la décision. Elle ne m’incite ni à croire en la probité d’Andre, ni à voir en lui le vainqueur du combat et un challenger crédible pour la ceinture mondiale, ni à penser la décision de l’arbitre justifiée, a fortiori après avoir vu Relikh recevoir des coups bas volontaires sans en subir les conséquences. En boxe, il y a décidément un arbitrage et un jugement à 2 vitesses… et pour certains, une injustice à grande vitesse.

On a fini par avoir droit au main event, le championnat du monde de la réunion. C’est parti très fort, avec une intensité dingue. Séché en début de 3e reprise, le challenger a eu beaucoup de mal à s’en remettre même s’il y est allé avec le cœur. Russel lui a mis de nouvelles séries assez démentielles, pourtant le Colombien a survécu, parvenant même à répondre à la fin de ces 3 minutes. On a assisté à une guerre extrêmement violente avec un Escandon remarquable de vaillance. L’arbitre a-t-il bien fait de l’arrêter au cours du 7e round ? Je pense qu’il pouvait continuer mais uniquement pour prendre cher quelques minutes supplémentaires. La différence s’est faite sur la précision, en particulier des coups puissants, car ils en ont tenté à peu près le même nombre. Gary Russell Jr a parfaitement mérité la 27e victoire de sa carrière, il reste comme prévu le champion du monde WBC des poids-plumes.

On aura vu de la super boxe lors de ces 3 combats, dommage d’avoir gâché la soirée de cette façon. Russel Jr a eu la bonne idée d’évoquer les incidents du combat précédent pour demander au public d’excuser les protagonistes qui sont des «gladiateurs» emportés par l’émotion du moment.

On enchaînait sur HBO avec une grosse soirée Top Rank au Madison Square Garden de New York.

Il y avait beaucoup de combats, pas trous très sérieux à l’image de la 2e apparition chez les pros en poids légers de Shakur Stevenson, jeune boxeur du coin vice-champion olympique à Rio. On voulait qu’il gagne par KO, on l’a fait affronter un quidam que l’arbitre s’est empressé d’arrêter au bout de 2’35 en prétextant un déséquilibre au moment où il se relevait d’un knock-down qui ressemblait plus à un plongeon. Ils l’ont placé en antépénultième combat de la carte (9 combats), bien après celui de Konstantin Ponomarev, un Russe qui a remporté son 36e succès en 36 sorties. Ils ont aussi fait en sorte qu’un Chinois brille… Bref, c’est du business, plus vraiment de la boxe.

Le "co-main event" servait à désigner le challenger officiel pour le titre mondial IBF des poids légers, on avait tout de même des ceintures nord-américaines ou internationales en jeu. Raymundo Beltran (32-7-1, 1ND, 20KO, 2 subis, un titre mondial perdu en 2015 pour dopage) s’est plaint à juste titre d’un coup de tête de Jonathan Maicelo (25-2-0, 12KO, 1 subi) dès les premières secondes du combat, pourtant on lui a compté un knock-down. Quelques secondes plus tard, l’arbitre suspendait les débats en raison d’une coupure de Maicelo au cuir chevelu causée par un choc de têtes dont il était le responsable… Le Péruvien (Maicelo) a ensuite été touché en fin de première reprise sans être compté. Ça s’est bien animé par la suite, Beltran a subi une furia de coups dès l’entame du 2e round mais a répondu d’un phénoménal crochet gauche en contre. KO direct ! IMPRESSIONNANT ! Maicelo s’est fait cueilli au menton au moment où il avait commencé à fortement accélérer. On l’a évacué sur civière avec collier cervical, précaution logique dans cette situation (coucou Dirrell !^^). On n’aime pas ce genre d’images, surtout quand le garçon sur la civière est mu par son instinct faute d’une once de lucidité et remue les bras comme s’il était debout en train de combattre, ne se rendant pas compte de son état.

A 35 ans, Beltran a obtenu le droit de disputer un 4e championnat du monde, les précédents ayant mal tourné (nul contre Burns sur une arnaque, le Mexicain n’a jamais eu la revanche promise, défaite contre Terence Crawford, no decision contre Takahiro Ao malgré sa victoire au 2e round car il n’avait pas fait le poids… puis il s’est fait choper pour dopage).

Le main event et dernier combat de cette longue série opposait Terence Crawford (30-0-0, 21KO) pour les ceintures WBC et WBO des super-légers. On connait bien son adversaire, Felix Diaz (19-1-0, 9KO), car il a été champion olympique à Pékin, c’est contre lui qu’Alexis Vastine a été honteusement spolié en demi-finale. Sa seule défaite pro a causé pas mal de controverse, mais son plus grand fait d’arme (sa médaille d’or olympique) restera à jamais une énorme escroquerie olympique, donc l’un dans l’autre…

On parlait déjà avant le combat de la suite attendant Crawford en cas de victoire, à savoir une unification des titres contre… Indongo, quand bien même celui-ci aura pour challenger officiel le voleur qu’est Barthelemy (quand tu gagnes de cette façon en mettant des coups bas volontaires, tu n’es pas le bénéficiaire involontaire du vol, tu en es partie prenante). En écrivant tout ça, je ne peux que constater piteusement le nombre de fois où il est question de spoliations et d’arrangements pré-combat[2] en boxe anglaise, d’engagements non tenus, de titres sans valeur (notamment ceux par intérim), de challengers officiels dont on ne tient pas compte en réalité. J’ai mal à ma boxe… Pour en rajouter une couche, je pourrais préciser qu’après la pesée, les 2 boxeurs ont repris du poids (en se réhydratant) au point d’atteindre ou de dépasser la limite des poids moyens. Ce phénomène classique brouille encore un peu plus les cartes.

Bref.

Crawford – KKC (Kes-Kila-Changé) Teddy Tamgho, non ? – est plus grand, son allonge est nettement supérieure, et même s’il est droitier, on l’a vu dès le début se mettre en gaucher pour s’adapter à son adversaire qui est lui naturellement gaucher. Du coup son bras avant était le droit, il l’a énormément utilisé en multipliant les jabs, ce qui lui a permis de contrôler les débats. Il lui suffisait de fuir ou de s’accrocher quand Diaz se jetait pour casser la distance. Le faux champion olympique s’est retrouvé au sol en début de 2e reprise suite à une de ces séquences assez brouillonnes (pas de knock-down), il a néanmoins continué sur sa tactique d’agressivité par très courtes séquences, parfois avec succès, notamment sur un bon crochet droit à une douzaine de secondes de la cloche. Pendant ce temps, le champion du monde commençait à utiliser son bras arrière, il brillait surtout en se montrant très difficile à toucher grâce à ses déplacements, ses esquives et son expérience (savoir accrocher, ça compte) qui la plupart du temps frustraient le Dominicain. La domination s’est encore accentuée par la suite, Crawford faisant valoir son coup d’œil et parvenant très souvent à enchaîner des combinaisons de 2 voire 3 coups avec une précision et une efficacité redoutables. Quand il encaissait un crochet, il parvenait presque systématiquement à répondre, souvent avec des uppercuts. Diaz était contrait de s’approcher pour cogner, il lui fallait à chaque fois en payer le prix, y compris lorsqu’il pensait avoir bloqué son adversaire dans les cordes.

Très frustré de se retrouver impuissant, le Dominicain a tenté un coup de boule lors d’un des nombreux accrochages de la 4e reprise. D’une sérénité absolue, Crawford a affiché une fantastique panoplie offensive mais aussi défensive (leçon n°1, comment éviter les coups dans les accrochages, il accrochait le bras gauche de son adversaire et esquivait ou bloquait les coups du droit). Même lors d’un round très moche, il a réussi à se montrer brillant. Lors des 3’ suivantes, il est revenu aux bases : déplacements, forte utilisation de son jab, gros uppercuts du gauche. Le 6e a été différent car Diaz n’osait plus avancer. Logique dans la mesure où ça ne fonctionnait pas. Par conséquent, le champion a changé d’attitude : bras en bas ou en mouvement pour feinter, il a avancé puis provoqué en demandant à son adversaire de venir se battre… au point de lui tapoter sur la tête avec son jab. Enervé qu’on joue avec lui… ou qu’on se foute de sa gueule, disons-le clairement, Diaz a fini par s’énerver et remettre de l’agressivité en insistant jusqu’à se faire calmer par une énorme gauche partie de loin. Que faire contre un boxeur aussi rapide, aussi précis, aussi efficace, aussi expérimenté et quasiment intouchable ?

Le combat était prévu en 12 rounds, le challenger savait déjà après en avoir disputé 6 qu’il ne pourrait pas gagner. Il a continué malgré tout. L’affaire a duré encore 4 reprises au cours desquelles il aura fait de son mieux, donnant tout ce qu’il avait et réussissant même parfois à placer des coups très puissants… sans effet véritable. Quand il a mis de l’intensité et placés de beaux crochets gauches lors de la 2e minute du 7e round, Crawford a su éteindre le début d’incendie en accrochant, en se collant et/ou en contrant. Puis l’Américain a renversé la vapeur, repris le dessus, est sorti vainqueur des échanges dans les cordes puis s’est de nouveau permis de faire de la provocation. On a aussi vu plusieurs fois un peu de tension et de défi après la cloche. Selon le contexte, ce genre d’attitudes peut être très déplaisant car hyper irrespectueux, mais là, je dois bien l’avouer, j’ai kiffé ! De mon point de vue, il s’agissait plus de spectacle que de d’une démonstration de morgue déplacée. Un boxeur qui se permet ces gestes sans dominer passera toujours pour un blaireau, un qui accompagne ça d’une démonstration de classe passera pour un génie. Sans doute à juste titre en l’occurrence. Le champion a fait du challenger son jouet jusqu’à l’abandon à l’issue de la 10e reprise. Ça devait arriver après une 9e reprise magistrale de Crawford, redevenu très sérieux, qui voulait clairement en finir. Après l’examen par le médecin des yeux très gonflés et quasiment fermés de Diaz, Crawford s’est de nouveau fait plaisir – et pour le coup de façon assez irrespectueuse, en particulier quand il a refait le coup du "toc-toc-toc" sur le crâne du Dominicain avec le bout du gant, provocant la réaction très à propos de l’arbitre – pendant 3 dernières minutes, une dernière grosse série ayant sans doute définitivement dégoûté Diaz.

Diaz est bon, Crawford est excellent, il y a plusieurs classes d’écart (près de 60% de ses coups puissants ont touché… contre 20% de ceux de sa victime). En somme, Crawford a fait tout ce que Murata n’a pas fait contre N’Dam : il ne suffit pas d’être supérieur, il faut le montrer de façon claire round après round, mettre les coups et imposer son rythme. Le Japonais s’est contenté du minimum, s’exposant à ce que les juges interprètent sa prestation de la mauvaise manière.

Si Indongo – présent au combat – et Crawford se rencontrent, le vainqueur s’adjugera les ceintures des 4 fédérations majeures. L’Américain en serait le grand favori et pourrait alors donner raison à ceux qui voient en lui le meilleur boxeur du monde toutes catégories confondues. Sachant qu’il est déjà à 160 livres sur le ring, soit la limite des poids moyens, le beau défi par la suite pourrait être d’affronter le vainqueur de Golovkin vs Alvarez, le blockbuster du 16 septembre.

Attention toutefois à ne pas abuser des bonnes choses, même si elles aident à oublier toute la m*rde qui les entoure. Malheureusement, dans la boxe anglaise, il y a à boire et à gerber.

Notes

[1] Les rounds 1, 3, 5 avec KD, 6, 7, 9, 10, 12 pour Relikh, et 2, 4, 8 (avec l’étrange KD), 11 pour Barthelemy.

[2] On sait déjà ce que le combat suivant est signé, donc qu’il ne faut surtout pas avoir un résultat différent de celui attendu.