Le championnat du monde WBA super des poids super-moyens opposant le Russe Fedor Choudinov (14-1-0, 10KO) à l’Anglais George Groves (25-3-0, 18KO, 2 subis) n’aura en effet été qu’un gros duel de bourrins.

A vrai dire, je n’ai pas tout compris : le Russe arrivait avec une seule défaite en carrière, c’était sur décision majoritaire en Allemagne déjà lors d’un championnat du monde concernant la même ceinture. Il s’était incliné contre Felix Sturm en février 2016… alors qu’il l’avait auparavant battu pour ce titre mondial en mai 2015. Ce titre s’est retrouvé vacant, sans doute parce que l’Allemand n’a plus boxé depuis. Mais pourquoi la ceinture « super » de la WBA ? D’après ce que j’ai vu sur le site de cette fédé, il y a déjà un champion de cette catégorie et les 2 boxeurs mis en confrontation étaient les 2 premiers dans ses classements… Déjà, ça, je ne le comprends pas. Des trucs incompréhensibles, en boxe anglaise, il y en a beaucoup trop pour s’arrêter sur ce genre de détails. Notons aussi que le chauve britannique à barbe rousse a été défait 3 fois… lors de ses 3 premiers championnats du monde. Il s’est incliné 2 fois de suite contre son compatriote Carl Froch (défaite par TKO) et une fois contre le Suédois Badou Jack aux Etats-Unis sur décision partagée. Pourtant, on lui a donné un 4e ChM, son 4e lors de ses 10 derniers combats depuis novembre 2013. On ne le dira jamais assez, la puissance financière des promoteurs britanniques est la principale raison de l’abondance de champions du monde outre-Manche, beaucoup d’entre eux n’aurait même pas l’opportunité de combattre pour une ceinture majeure s’ils n’avaient pas ce passeport.

Du premier round jusqu’au 5e, le Russe a passé son temps à avancer sur un adversaire souvent proches des cordes (et dos à celles-ci évidemment), pas particulièrement brillant par ses déplacements. Et qu’a-t-on vu ? 2 gars qui tapaient le plus fort possible, défendaient extrêmement mal… ou ne s’embarrassaient même pas à défendre, hormis en accrochant. Chacun se montrait donc particulièrement vulnérable aux contres, qui se multipliaient. En résumé, il s’agissait essentiellement d’échanges au corps à corps sans les grandes envolées ou les séries techniques qu’on est en droit d’attendre de boxeurs s’affrontant pour une ceinture mondiale. Techniquement, quelle horreur ! La coupure à l’arcade subie par l’Anglais lors de la 4e reprise n’a eu aucune conséquence, et de mon point de vue c’est la moindre des choses car si on mise tout sur l’envie, l’engagement et la violence brute sans avoir une grande capacité de résistance à la douleur, on se destine au mieux à une carrière de loser professionnel.

L’intensité est montée par séquences, en particulier en fin de 5e round puis au début du 6e. Dès que Groves a compris qu’il avait ébranlé Chudinov, il s’est déchaîné. Le Russe a tenu debout malgré l’avalanche de coups. Croulant sous les pains, garde fermée mais sans réaction, il a fini par être arrêté par l’arbitre, une décision logique. Son cerveau semblait déconnecté. Forcément, le public était en joie, "Saint George" Groves étant une très populaire dans son pays, sans doute parce qu’il représente parfaitement le ''brawler"[1] anglais auquel le public de la boxe s’identifie. Aussi parce qu’il s’agit de son premier titre mondial après 4 ChM. Son obstination n’a d’égale que sa médiocrité. Voir un mec de ce niveau décrocher une ceinture mondiale peut soit dégoûter beaucoup de très bons boxeurs n’ayant jamais eu leur chance, soit leur donner des idées…   

L’autre championnat du monde, celui IBF des poids welters, mettait face à face des boxeurs d’un tout autre niveau. Détruit en septembre dernier par Golovkin lors d’un combat pour lequel il était descendu de 2 catégories, Kell Brook (36-1-0, 25KO, 1 KO subi) faisait son retour et défendait sa ceinture – conservée pendant son épisode en poids moyens – contre un garçon plus jeune (27 ans contre 31) et très talentueux, l’Américain Errol Spence Jr (21-0-0, 18KO). Brook est de Sheffield, il était donc devant un public totalement acquis à sa cause.

Le gros point d’interrogation concernant le Britannique se portait sur sa capacité à tenir dans la durée. Depuis le championnat du monde qui lui a permis de décrocher sa ceinture en août 2014, il n’était monté que 4 fois sur le ring pour 3 victoires et une défaite expéditives. Pendant cette période, le jeune gaucher éliminé en quart de finale aux JO de Londres a beaucoup plus souvent boxé, multipliant les succès avant la limite, il a souvent fini vers le 5e round, une fois au 8e. On l’imaginait facilement plus résistant, ce qui s’est confirmé.

Le duel s’est surtout animé à partir de la 3e reprise et très franchement, c’était extrêmement moche là aussi. Les 2 hommes essayaient de frapper fort, on avait régulièrement que l’un ou l’autre était touché, pourtant ils ne semblaient jamais réellement en difficulté. Surtout, ils passaient une grande partie des rounds à s’accrocher, d’où un match hyper haché.

On a assisté à des passes d’arme et des renversements de vapeur pendant les reprises, chacun accélérant tour à tour, reprenant le dessus après avoir subi. Le tout étant perpétuellement entrecoupé de séquences d’accrochages. Cette physionomie s’est particulièrement reproduite à partir de la 6e reprise. J’aurais eu bien du mal à noter si je m’étais lancé dans un pointage. Brook semblait devant en début de combat, principalement à l’expérience, toutefois ça semblait assez équilibré et juger avec ces multiples retournements de tendance en l’espace de 3 minutes semblait hyper difficile.

La 7e reprise a marqué un tournant. On ne s’est progressivement rendu compte que l’œil gauche de Brook déjà sévèrement blessé contre Golovkin était très marqué. L’Américain continuait sa marche en avant même quand il a subi des accélérations, et progressivement, on s’est dirigé vers une issue inéluctable, un KO. En effet, avec cette boxe de brutes faite essentiellement de coups puissants, l’un ou l’autre allait finir par tomber. Les 2 hommes ne lâchaient rien… dans tous les sens du terme : même en train de se tenir l’un à l’autre au corps-à-corps, ils essayaient de s’envoyer des parpaings ! Tenir le bras de l’autre – ou se faire tenir le bras – ne les empêchait ni ne les dissuadait de cogner.

Le problème de l’Anglais n’a cessé d’empirer. On l’a vu au bord de la rupture lors du 9e round, d’apparence cramé mais surtout incapable de voir venir les coups, donc de les éviter ou parer, et par conséquent de contre-attaquer correctement. Compté en début de 10e après avoir mis un genou au sol, saoulé de coups, il n’a pas voulu abdiquer, sans doute pour ne pas décevoir son public. Spence y est retourné, Brook a subi, puis il a encore renversé la vapeur en y mettant toutes ses triples, poussé par les fans venus pour lui. L’Américain a encore repris le dessus, bourrinant comme un dingue ! Une véritable baston de bar ! Le Britannique s’est de nouveau rebellé. A ce niveau, on pourrait parler d’héroïsme !

La résilience de Brook avait ses limites, l’issue du combat ne faisait plus réellement de doute. Le challenger apparaissait beaucoup plus frais et nettement moins marqué, le pointage penchait désormais en sa faveur. On est reparti sur d’énormes échanges entrecoupés d’accrochages jusqu’au moment où Brook a de nouveau posé un genou à terre. L’arbitre l’a compté, il ne s’est pas relevé avant la fin du compte de 10, ce qui signifie victoire par KO au 11e round même s’il aurait aussi bien pu s’agir d’une victoire par abandon. En réalité, il s’agit bien de ça, d’un abandon sur blessure, car Brook voyait double, l’état de son œil déjà blessé en septembre devenait trop préoccupant, il ne lui permettait pas de continuer. L’IBF a donc un nouveau champion des poids welters. A seulement 31 ans, la suite de la carrière de la star britannique semble en grand danger. On lui souhaite de se remettre pleinement de son problème de vue. Le pari fou – courageux n’est pas le terme le plus juste – d’aller se mesure à Golovkin lui a peut-être fait gagner du crédit ou du respect malgré la défaite, peut-être aura-t-il précipité la fin de sa carrière.

Vendredi prochain au Palais des Sports de Paris débutera une grande aventure pour plusieurs gloires des équipes de France et/ou du Paris United : Tony Yoka, Souleymane Cissokho, Mathieu Bauderlique, Michel Tavarès et Nordine Oubaali – notamment – réunis lors de la même réunion, ça promet !

Note

[1] Bagarreur.