Depuis quelques temps les ceintures européennes se multiplient, pas mal de Français montent dans les classements des différentes fédérations au point de se voir proposer des ChM (avec peu de réussite mais il s’agissait de très gros défis) ou de devenir challenger officiel pour des titres mondiaux, notamment Cédric Vitu dernièrement (challenger n°1 IBF et classé n°2 par la WBC chez les poids super-welters). On trouve Michel Soro n°3 pour la WBA dans la même catégorie, Arsène Goulamirian – inexplicablement – n°2 des lourds-légers à la WBA, Yvan Mendy n°5 chez les légers pour l’IBF, Karim Guerfi n°4 des coqs pour la WBC et très bien placé pour l’IBF, Vincent Legrand n°6 des super-mouches pour la WBA, plus d’autres top 10 ou top 15.

Une nouvelle vague vient renforcer ce contingent de candidats aux titres internationaux. Certains débutent à peine, d’autres ont déjà fait un bout de chemin, mais le plus important n’est pas encore de savoir où ils vont, c’est de constater ce qu’ils apportent déjà : de la médiatisation, de la lumière. Depuis Brahim Asloum après les JO de Sydney, aucun boxeur français n’a eu droit à une opportunité si courante ailleurs, celle d’être soutenu par un promoteur ayant les moyens de lui monter une carrière avec l’appui des médias. Quand on repense aux médaillés d’argent des JO de Pékin (Daouda Sow, le véritable champion olympique des poids légers, a disputé 3 championnats de France, il vient d’en perdre un en super-légers, Khedafi Djeklhir a 16 victoires dont 12 avant la limite pour aucune défaite mais sa carrière n’avançait pas réellement, il a bifurqué vers l’APB en 2014, s’est qualifié pour les JO où il ne s’est pas rendu suite à un conflit avec la fédé), on ne peut que regretter qu’ils aient été abandonnés médiatiquement. Comme je le rappelle souvent, les Britanniques doivent beaucoup plus leur nombre impressionnant de champions du monde à leurs promoteurs et diffuseurs qu’au talent de leurs boxeurs (même s’ils en ont aussi des très bons).

Grâce au grand succès de la "Team Solide" aux JO de Rio, le public s’intéresse de nouveau à la boxe, ce qui crée une vague sur laquelle peuvent surfer les chaînes (Canal+, SFR Sport et la chaîne l’Equipe) qui avaient déjà amorcé ce plan de relance médiatique depuis quelques temps. La nouveauté est que désormais nos boxeurs sont aussi courtisés par des prompteurs étrangers. C’est ainsi que Christian Mbilli a intégré l’écurie du Québécois Yvon Michel et que l’Américain – ou plutôt Suisse – Richard Schaefer, ancien CEO de Golden Boy Promotions, la société d’Oscar De La Hoya, a recruté Tony Yoka, Souleymane Cissokho et d’autres grands espoirs internationaux.

Pour élargir le public au-delà de celui habituel de la boxe, il faut des rendez-vous réguliers, du storytelling (raconter une histoire) en plus d’une bonne mise en scène… et bien sûr des boxeurs brillants. D’où le nom donné à la soirée "La conquête", qui sera sans doute décliné à chaque fois que Tony Yoka boxera en France. En l’occurrence, ça se passait au Palais des Sports – désormais baptisé Dôme de Paris – avec diffusion sur Canal+ (et non sur Canal+Sport comme la plupart des autres événements boxe du groupe), devant un public nombreux dont beaucoup de célébrités de différents horizons. Au programme, 6 combats. Mathieu Bauderlique, dans un premier temps annoncé, n’a finalement pas pris part à cette réunion[1] où on assistait à 2 premiers et 2 deuxièmes combats professionnels.

Michel Tavares, dit "Le Cubain" en raison de son style de boxe très… cubain, était un de mes boxeurs préférés à l’époque du Paris United en WSB. S’il n’a pu se qualifier pour les JO, il a poursuivi en WSB avec la franchise italienne puis a boxé en APB. On devait le retrouver en WSB avec la nouvelle franchise de Brahim Asloum mais il a finalement choisi une autre voie. Pour ses débuts, le poids moyen affrontait un Hongrois, Richard Hegyi (4-0), nettement vaincu aux points au terme des 6 rounds.

Son combat n’a pas été diffusé, tout comme la victoire – aussi aux points, avec 4, 6 et 6 points d’écart à l’issue des 8 reprises – d’Ahmed El Mousaoui (désormais 26-3-1 avec seulement 6KO) sur le vétéran russe Roman Seliverstov (16-11-1, 5KO pour, aucun subi). Battu d’un rien par un Espagnol en Espagne en décembre pour le titre européen des poids welters (décision partagée avec 1 ou 2 points d’écart pour les 3 juges), El Mousaoui doit enchaîner les victoires pour se redevenir candidat à des ceintures internationales.

On en arrive aux 4 combats télévisés. J’ai adoré le premier, celui de Nordine Oubaali (11-0, 8KO), qui aurait dû être médaillé olympique[2] pour une ceinture WBC Silver des poids coqs, ce qui correspond presque à une demi-finale mondiale car une victoire le place dans le top 5 de cette fédération. Face à lui, le Mexicain Alejandro Hernandez (32-12-2, 16KO pour, 2 contre dont un lors de sa dernière sortie en septembre), dit "El Payacito" (le petit clown), qui a disputé un championnat du monde WBO des mouches en 2008 (défaite sur décision unanime), un autre en poids super-mouches en 2009 (nul), puis un chez les poids coqs en 2014 perdu sur décision partagée. Plus grand, Hernandez a galéré pour faire le poids (600g de trop au 1er essai).

C’est bien simple. Oubaali a réussi une démonstration technique et tactique, impressionnant par sa vitesse et son efficacité. Gaucher (contre un droitier qui a par moments essayé de passer en gaucher), il a couché son adversaire dès la moitié du premier round en triplant son direct du gauche (2 fois pour le faire reculer, un dernier pour le déséquilibrer). Forcément, ça a fait monter l’ambiance. Très propre, très précis, il n’est pas tombé dans la précipitation. Lors de la 2e reprise, le Français a de nouveau accéléré, le Mexicain était obligé de se baisser pour esquiver. L’arbitre a rapidement appelé un temps mort pour vérifier une coupure (ça s’est reproduit plusieurs fois par la suite). Oubaali est resté dans son truc, pas du tout perturbé, il insistait avec le bras arrière en plaçant aussi le bras avant (son jab mais aussi des crochets), envoyait parfois une série. S’il boxait la plupart du temps en marche avant, on le voyait aussi par moments reculer pour mieux contrer, ou encore changer de rythme. Son frère et entraîneur, Ali Oubaali, lui donnait de très bons conseils tactiques, l’incitant notamment à frapper au corps (très judicieux, d’autant qu’Hernandez avait toujours fortement tendance à se baisser).

Au 3e round, la régalade s’est poursuivie. Vif et incisif tout en restant très calme, très lucide, capable de très bien contrer lorsqu’il se trouvait bloqué dans le coin, Oubaali a fait du beau travail avec ses crochets courts. Ses coups faisaient mal, ses accélérations provoquaient l’enthousiasme du public. Subissant la volonté et la supériorité du Français, l’ancien challenger mondial a effectué un nouveau séjour au tapis suite à un uppercut du gauche arrivé au niveau de l’aisselle ayant en fait permis de préparer un énorme crochet du droit donné en passant sous le bras de Mexicain. Ebranlé, ce dernier a repris la marée, ce qui a causé le 2e knock-down du combat (le croche-pied prétexté par Hernandez s’est seulement produit dans ses rêves).

La suite a été du même acabit, Oubaali brillant par sa précision, son efficacité, la variété de ses coups, sa vitesse d’exécution, son coup d’œil et sa sérénité. Face à lui se trouvait un garçon dur au mal, décidé à ne rien lâcher. Il a tenté de provoquer de grosses séquences de baston mais, même dos aux cordes, le Français dominait les échanges au point de presque scorer un nouveau knock-down grâce à une violente gauche. Cette démonstration s’est poursuivie lors de la 5e reprise faite d’accélérations toujours aussi magnifiques. Le 6e round a aussi été ponctué de quelques coups impressionnant même s’il m’a paru moins rythmé dans un premier temps avant une énième accélération à laquelle le Mexicain a plus ou moins répondu. L’arbitre a de nouveau dû suspendre le combat, cette fois pour faire nettoyer le sang par le médecin (la coupure d’Hernandez été au cuir chevelu). On a terminé sur de la grosse baston, Oubaali mitraillant littéralement son adversaire pour le pousser encore un peu plus près du précipice.

Les 8pts d’écart après 6 reprises risquaient de ne pas compter car il paraissait de plus en plus probable que le combat n’aille pas à son terme. Le Français a remis ça avec une première minute de très haut niveau. Il a ajouté les esquives à sa démonstration de puissance, de précision et d’agressivité. On assistait à une véritable leçon. Si le 8e round a commencé de façon assez calme, il a vite tourné sur un choc de têtes (j’ai d’abord cru à un crochet gauche, le Mexicain a encore voulu faire croire à un croche-pied). L’arbitre a vu ça comme un 3e knock-down. C’était complètement plié, y compris dans l’esprit d’Hernandez. Oubaali a donné l’impression de vouloir en finir en remettant un gros coup de pression d’entrée, puis de nouveau après une 3e intervention de l’arbitre, cette fois à cause de l’œil en piteux état du Latino. Insister sur cette blessure à coups de gros crochets du droit a permis d’écourter le combat. Un des hommes de coin du Mexicain voulait abandonner à l’appel de la 10e reprise, un super crochet/uppercut dans la blessure a fini le travail, l’arbitre a arrêté les frais après consultation du médecin. Ça s’imposait. J’avais 90-78 ou 90-79 après 9 rounds. Victoire par arrêt de l’arbitre au 10e.

Nordine Oubaali est vraiment un grand boxeur, on comprend pourquoi Richard Schaefer est en négociations pour le recruter. Son bilan de 12 victoires (9 par KO) chez les pros et 187 (en 206 combats) chez les amateurs (médaillé mondial chez les amateurs en 2007) en dit long, mais sans être soutenu, il serait condamné à finir sur une voie de garage. Boxer avec un promoteur puissant et bien introduit dans le milieu ne pourrait lui être que d’une grande aide.

Notons que la WBC fait porter des casques antibruit à ses juges pour que l’ambiance ne les influence pas trop. En outre, elle indique publiquement les scores tous les 4 rounds. Ces mesures me semblent très intéressantes pour obtenir des décisions plus transparentes et justes, d’autres fédérations devraient s’en inspirer.

Le 2e combat diffusé opposait Money Powell IV (1-0, 1KO) – une jeune vedette de l’écurie Schaefer – contre un Hongrois[3], Krisztian Kovacs (4-4-0). L’Américain (né en Allemagne d’un père militaire) n’a que 19 ans. Il était hyper prometteur chez les amateurs mais au lieu de chercher à aller aux JO de Tokyo, il est passé pro. Après l’avoir vu pendant une poignée de secondes, tout le monde avait déjà compris ce que le promoteur lui a trouvé de si exceptionnel pour le faire signer si jeune. Un crochet gauche au bout de 10 secondes a presque mis KO ce – modeste – Hongrois… Une tuerie ! Cette victime a pris cher malgré une certaine bonne volonté. Le garçon essayait de se jeter pour frapper mais le pauvre, il a dégusté, on l’a plusieurs fois vu vaciller… avant de finir KO sur une direct du droit particulièrement fantastique. Ça n’aura pas duré un demi-round, pourtant il a conquis toute la salle ! Impressionnant ! Il a vraiment un potentiel pour faire une grande carrière et un physique – 1m83, très longiligne – lui permettant de penser à un avenir dans plusieurs catégories. Pour le moment il est en poids super-welters.

Souleymane Cissokho (1-0, 1KO) est aussi un super-welter, il boxait lui aussi pour la 2e fois chez les pros, lui aussi contre un adversaire de faible calibre qui a changé tardivement. Il s’agissait d’un Géorgien au palmarès bidon (7-13-5), un jeune de 19 ans. Ça ne devrait pas faire un pli. Le capitaine de la "Team Solide" s’entraîne en France avec Ali Oubaali – qui était dans son coin – mais a aussi fait un stage aux Etats-Unis avec Tony Yoka pour bosser avec Virgil Hunter, un des plus grands entraîneurs du monde.   

La première reprise aura été tranquille, Souley a boxé en évitant la précipitation, attaquant au corps et à la face. Le Géorgien chevelu a tenté de donner tout ce qu’il avait en avançant et en frappant, mais le Français a bien esquivé et contré. Puis, poussé par le public dès le début du 2e round, le médaillé olympique a commencé à accélérer sérieusement, restant toujours très sérieux et concentré pour éviter les coups et faire mal malgré la garde très serrée tenue par son adversaire. Un super enchaînement juste avant la fin de cette reprise a préparé la conclusion. Celle-ci s’est produite au 3e round quand, ce pauvre Kerdikoshvili a abandonné suite à un ultime coup. Il venait d’encaisser une série d’uppercuts aussi magnifiques que violents. Ce jeune homme aura eu le mérite de ne pas se présenter qu’en victime, il a offert un peu plus de résistance qu’un sac de frappe. Un garçon qui avance, serre la garde et se jette par moments de façon imprévisible, ce n’est jamais facile à affronter.

Au final le public a apprécié, moi aussi. Le capitaine a pris son temps, il a accéléré, il a fait mal, le travail a été bien fait. Il serait toutefois bon de lui trouver un prochain adversaire un peu meilleur et surtout fiable, parce que chez les pros, en principe, on sait à l’avance qui on va affronter et on bosse en conséquence. Se retrouver sur le ring contre un gars dégoté au dernier moment, ça fait très amateur.

On en a terminé avec la star de la soirée, Tony Yoka pour ses débuts pro en boxe vraiment pro (il a déjà boxé en APB, notamment il y a 1 an dans cette salle). Il affrontait une brute US, Travis Clark (12-0, 8KO), qui a 38 ans, n’a pas de grosse références en boxe anglaise mais a aussi de l’expérience en MMA. Beaucoup plus petit, moins lourd et plus gras, tatoué de partout même sur la tête, ce gars est la représentation parfaite d’un stéréotype, celui du gros bagarreur tel qu’on dans les séries US quand les policiers enquêtent sur un gang de bikers et que ça se finit en baston dans le bar leur servant de quartier général. C’est le gros que le héros finit généralement à coups de queue de billard ou en lui éclatant un tabouret dessus. On se doutait bien qu’il s’agissait d’un bourrin, il est entré sur du hard rock, il a joué les durs. Il a campé à fond son personnage (qui correspond sans doute à sa véritable personnalité).

A vrai dire, l’identité et le style de l’adversaire du Français importait peu, mais mieux valait tout de même ne pas lui mettre en face un de ces loosers professionnels qui font le tour d’Europe pour se prendre 2 ou 3 branlées par mois. Commencer par mettre KO un gars affichant un bilan de 12-0 aura plus de gueule sur sa fiche boxrec. Seuls les gens ne connaissant pas du tout la boxe peuvent se plaindre de la faiblesse du gars mis devant Tony pour des débuts professionnels. Rappelons le contexte : il n’était pas monté sur un ring pour un véritable combat depuis les JO, soit le 21 août 2016, il a ensuite totalement coupé pendant un moment, repris le travail physique et la boxe en effectuant une grosse préparation aux Etats-Unis avec Virgil Hunter, faisant évoluer son style. Ce combat était à la fois une première qu’il ne pouvait se permettre de rater et une simple étape, la première, sur le long chemin qui doit le mener à un titre mondial. Des étapes, il y en aura certainement 15 à 20. Quand on parle de construire une carrière, on parle aussi de construire un boxeur, de le faire progresser pas à pas pour lui permettre d’exprimer tout son potentiel. L’envoyée d’entrée face aux meilleurs – a fortiori dans une catégorie où les coups font très mal et où un KO peut écourter une carrière, voire y mettre fin – serait stupide et même suicidaire. En rugby, pour lancer un jeune pilier n’ayant fréquenté le monde du rugby pro qu’à l’entraînement pendant quelques semaines, vous n’allez pas choisir de le titulariser lors d’un match international contre une nation disposant d’une mêlée très forte. Vous l’enverriez droit à l’hôpital et il n’en ressortirait que sur un fauteuil roulant pour le restant de sa vie.

Ce combat était à la fois une présentation au public, une validation du premier trimestre de travail, la récompense de ce travail (parce que tout sportif de haut niveau s’entraîne pour la compétition, c’est ce qui le motive et lui procure le plaisir recherché), et une façon de se remettre le pied à l’étrier. Forcément, il y avait un peu d’appréhension, surtout compte tenu des caractéristiques de la boxe poids lourds contre un bourrin n’ayant absolument rien à perdre.

Clark n’avait pas peur, il se jetait en balançant de larges crochets. Ce style le rendait dangereux, car en parvenant à en porter un, on ne sait pas ce qui aurait pu se produire. Tony s’est montré très patient, il n’hésitait pas à accrocher lorsqu’il se faisait charger. Il a mis une droite mais s’est fait contrer. Dans cette très laide démonstration de boxe-MMA, la prudence semblait de mise, il fallait se régler contre un type particulièrement chiant à boxer car aussi agressif qu’imprévisible.

Hunter a l’incité son nouvel élève à plus utiliser son jab et profiter des attaques désordonnées de son adversaire pour le contrer. Tony a alors accéléré. Ce que j’ai envoie d’appeler un "uppercrochet" gauche (un crochet dirigé vers le haut) a fait la différence, ce qui lui a permis d’enchaîner jusqu’à envoyer le tatoué au sol d’un crochet droit au corps. La salle s’est embrasée, le combat a repris, Clark a voulu provoquer après avoir reçu un nouvel uppercut, sans doute une sorte de baroude d’honneur reflétant bien sa personnalité. Ça ne l’a pas empêché de finir au sol dans le coin. L’arbitre l’a de nouveau compté puis a décidé de l’arrêter. Le 2e round est donc devenu le 2nd.

Finalement, ces débuts auront été tranquilles, il a pris son temps, a gagné de façon assez expéditive après une première reprise nécessaire pour prendre la mesure de son adversaire. La machine est lancée. Néanmoins, j’aurais un conseil à lui prodiguer : certaines attitudes qui peuvent être analysées comme un hommage à Mohamed Ali (tirer la langue, certains petits pas, etc.) risquent fort d’être mal analysés et de lui donner une image de jeune se montrant irrespectueux, qui aurait le melon (des critiques déjà lues et entendues quand il l’a fait aux JO)… Au moindre début de faux-pas, tout ceci pourrait vite se retourner contre lui par ses détracteurs (qui seront forcément nombreux car en France une tradition séculaire veux que nos champions servent de défouloir aux frustrés dès que se présente la moindre opportunité de leur chi*r dessus). Mieux vaudrait donc pour le moment faire profil bas pendant la phase de construction de sa carrière.

Je change maintenant de continent pour évoquer une réunion organisée samedi soir au Centre Bell de Montréal. Elle était organisée avec Showtime et malheureusement la diffusion du combat qui m’intéressait en premier lieu ne s’est faire que sur une chaîne canadienne. Impossible de trouver plus qu’un extrait difficile à récupérer. Ce combat est la transition parfaite entre le propos de tout le début cet article et les événements principaux de cette soirée québécoise.

En effet, Christian Mbilli (3-0, 3KO), membre de la Team Solide, y a disputé son 4e combat pro, prévu en 4 reprises car il n’a pas obtenu le droit de plus en ayant un autre combat au programme le 15 juin. Il affrontait cette fois un Mexicain dénommé César Ugarte (4-1-0)… et l’a terminé dès le 2e round. Mbilli est fait pour la boxe pro, il est hyper spectaculaire, c’est une machine à multiplier les pains !

Cette soirée était montée autour de 2 affiches des poids mi-lourds sanctionnées par la WBC, un championnat du monde et une sorte de demi-finale mondiale (ceinture Silver).

Le Colombien Eleider Alvarez (22-0-0, 11KO), vainqueur du Roumain Lucien Bute en février, affrontait Jean Pascal (31-4-1, 18KO pour, 2 contre), ancien champion du monde battu lors de ses 3 derniers combats pour des titres[4] (le précédant étant un nul sur décision majoritaire). Pour info, les 3 boxeurs cités dans cette phrase sont tous installés au Québec, seul Jean Pascal – venu d’Haïti – étant canadien… ce qui n’est semble-t-il pas suffisant pour obtenir le soutien du public, apparemment plus enclin à soutenir Alvarez.

Alvarez et Pascal se connaissent très bien, ils ont travaillé avec le même entraîneur. Peut-être se connaissaient-ils trop bien. On a assisté à de très longues périodes d’observation – ou phases pendant lesquelles aucun n’osait réellement y aller – pour en arriver à une fin de round très engagée et animée. Le Colombien a souvent pris le centre, son adversaire se déplaçant latéralement. Lors de la 2e reprise, une très grosse accélération après 1’ a sonné Pascal, lequel a su s’accrocher – à l’expérience – pour récupérer. Bizarrement, Alvarez a finalement peu très insisté, peut-être par volonté de ne pas se précipiter, peut-être par peur de se faire contrer. Utilisant son bras avant pour maintenir la distance, le Canadien n’a pas eu de mal à retrouver l’intégralité de ses capacités. Il n’était que très rarement agressé. On a encore eu droit à cette observation molle – Pascal se jetait parfois, tout était facilement esquivé, Alvarez tentait de réduire la distance de façon plus progressive mais se faisait accrocher dès qu’il tentait d’enchaîner plusieurs frappes – pendant la majorité de la 3e reprise… pour encore finir par une séquence à haute intensité constituée de coups balancés dans tous les sens.

Le Colombien a dominé un 4e round de nouveau composé d’accélérations assez intenses et de phases de presque néant. Alvarez a imposé son rythme et contrôlé les débats en utilisant plus son jab tantôt doublé, tantôt suivi du bras arrière. Hormis un contre (avec coup de tête mutuel en prime), Pascal n’a rien fait. Même chose lors de la 5e reprise, le jab du Sud-Américain est bien passé, le Canadien se l’est souvent mangé en plein visage, il n’essayait que rarement de casser la distance et ne paraissait pouvoir toucher qu’en contre. Par conséquent il subissait. Le scénario s’est globalement répété lors des 3 minutes suivantes, néanmoins si le jab d’Alvarez lui permettait toujours d’imposer sa domination, un bon enchaînement de l’ancien champion a touché, il a même pu trouver des ressources pour bien finir le round au point de me donner envie de le lui accorder (il l’a semblé un peu plus efficace dans une certaine mesure).

On a alors débuté la seconde moitié du combat avec une reprise contrôlée pendant 2’30 par Alvarez avant le réveil de Pascal sur les 30 dernières secondes au cours desquelles il a bourriné, se montrant si agressif que son adversaire peinait à répondre. On se demande toujours ce que vont retenir les juges d’un round comme celui-ci. Le coin du Colombien a demandé à son boxeur de faire reculer son rival, par conséquent il a mis la marche avant en utilisant encore et toujours son bras avant, se permettant même quelques enchaînements intéressants mais toujours limités à 2 ou 3 frappes. D’abord statique, le Canadien a voulu répondre en accélérant à son tour sans se montrer bien convaincant. Il a essayé, notamment au corps, puis en tentant de nouveau finir fort, seulement il a cette fois rencontré plus que de la résistance : Alavrez l’a fait reculer, l’a attaqué au corps, et pour être clair, il l’a bien calmé ! La solution pour s’assurer une victoire nette était probablement là, il fallait refroidir les ardeurs de Pascal dès qu’il mettait le moteur en marche pour terminer à fond. Sa stratégie pour impressionner les juges allait ainsi complètement tomber à l’eau. Autre possibilité, le désossage. Le Colombien s’y est essayé dès l’entame de la 9e reprise. Vraiment supérieur, il a bloqué son adversaire dans le coin, lui a infligé des séries, s’est lâché et déchaîné après l’avoir touché d’un bon uppercut… Pascal a bien tenté de s’accrocher et de réagir, il s’est montré inefficace. Ce coup-ci, il n’y a vraiment pas eu photo !

A 3 rounds de la fin, ça sentait le pâté pour Pascal. Pouvait-il encore espérer renverser la vapeur ? Je n’y croyais pas du tout, même si je lui ai accordé la 10e reprise où il a durement contré Alvarez lors des 25 dernières secondes (les 2 hommes se livraient peu auparavant). Si ce crochet gauche n’a pas fait hyper mal, il a donné à mes yeux un avantage au Canadien. Seulement, le 11e round a de nouveau été dominé par le Colombien, plus souvent à l’initiative, auteur de quelques coups de grande qualité. Concernant les 3 dernières minutes, j’ai à peine plus hésité. On a fini sur quelques séquences de bonne baston, Pascal a été touché sans vaciller, il n’a pas assez tenté.

Au minimum 7 reprises pour Eleider Alvarez, plusieurs assez incertaines, 3 que j’attribuerais plutôt à Jean Pascal, les 2 autres seraient plutôt pour le Colombien mais pourraient avoir tourné en faveur du Canadien lors des dernières secondes… Allez, disons 8 ou 9 reprises à 4 ou 3, donc 117-111 ou 116-112. Ces scores sont ceux de Rodolfo Ramirez (juge mexicain) et de Jack Woodburn (juge… canadien). J’aimerais que Richard DeCarufel (autre juge canadien) m’explique son 114-114 ! Comment a-t-il pu voir un match nul ? Alors bien sûr, s’il ne s’agit que d’une victoire sur décision majoritaire, il s’agit tout de même d’une victoire méritée, néanmoins le jugement interroge.

Le Colombien n’a pas volé son statut de challenger n°1. Reste à savoir quand il pourra disputer son combat pour le titre car il attend depuis un moment et c’est à se demander si Adonis Stevenson est réellement prêt à l’affronter. La question d’un prochain combat pour une ceinture ne se pose pas pour Jean Pascal, car à l’évidence ça sent la fin malgré un âge pas si avancé (34 ans). Il compte désormais 5 défaites, dont 3 lors de ses 5 derniers combats (2 par KO).

Nous en arrivons au main event de cette soirée québécoise. Adonis "Superman" Stevenson (28-1-0, 23KO pour, 1 contre), champion canadien de 39 ans lui aussi venu d’Haïti, est détenteur de la ceinture WBC depuis 4 ans (à quelques jours près). Andrzej Fonfara (29-4-0, 17KO pour, 2 contre), Polonais installé aux Etats-Unis (coaché par Virgil Hunter), a eu du mal à faire le poids. Beaucoup plus jeune (10 ans de moins), beaucoup plus grand (mais doté d’une allonge assez semblable), il souhaitait prendre sa revanche : Stevenson avait été déclaré vainqueur par décision unanime (5, 5 et 7pts d’écart) lors de leur affrontement il y a à peine plus de 3 ans. Le Polonais était allé au sol dès la première reprise puis lors de la 5e. Il s’en était suffisamment bien remis pour que le public assiste à un gros combat, un qui donne envie de voir une revanche (ou une réédition). Stevenson avait même été compté au 9e round. Fonfara pouvait y croire car Stevenson a très peu boxé depuis 2 ans, se contentant d’un combat en septembre 2015 puis d’une sortie relativement vite expédiée fin juillet 2016. Rien depuis.

Offensif d’entrée, Fonfara s’est fait contrer – un terrible direct du gauche plongeant façon coup de marteau – en milieu de première reprise et a dû mettre genou à terre. Ce combat parti sur de très bonnes bases au niveau de l’intensité a donc vite tourné avec ce knock-down précoce… comme lors de leur premier affrontement. Stevenson a insisté, il faisait grosse impression avec sa puissance, en revanche le Polonais n’allait pas bien du tout. Au bord du KO, il a été sauvé par le gong alors qu’il se faisait détruire dans le coin. J’ai même cru à un arrêt de l’arbitre.

L’échéance n’aura été que retardée de 28 secondes. Le champion a démonté son challenger en lui envoyant CINQ FOIS son gauche qui passait systématiquement. L’arbitre a dû intervenir, une décision justifiée – demandée par Hunter – car on se dirigeait très sûrement vers une boucherie. Bien préparé, très concentré, Stevenson a su faire parler sa puissance. Au lieu d’une revanche, on a assisté à une confirmation éclatante. Du coup il nous a sorti sa couronne pour fanfaronner. Ou «fonfaronner» (^^) ?

Yvon Michel (le promoteur) prévoit le ChM entre Stevenson et Alvarez pour octobre. A moins qu’un accord ne soit trouvé pour unifier tous les titres avec le vainqueur de Ward vs Kovalev II.

D’ici là, de nombreuses soirées palpitantes s’annoncent, 2017 pourrait être la plus grande année pour la boxe professionnelle depuis bien longtemps.

Notes

[1] Depuis il aurait signé avec SFR Sport.

[2] Lui aussi a été volé à Londres contre le futur champion, à Pékin il avait été sorti en 8e là aussi par le futur champion… un Chinois… à la décision alors qu’il y avait 3-3, ce qui a toutes les apparences d’une escroquerie.

[3] Pas celui prévu au départ.

[4] Dont 2 contre Kovalev.