Abandons : Luke Durbridge (ORS). TdF_2017__profil_2e_etape.jpg

Thomas Boudat (DEN), Taylor Phinney (CDT), Yoann Offredo (WGG) et Laurent Pichon (TFO), tous néophytes sur le Tour de France, ont attaqué dès les rues de Düsseldorf devant un public très nombreux. L’entente était excellente hormis au passage de la Côte de Grafenberg (4e C.) placée dès les premiers kilomètres du parcours. Il s’agissait d’une des 2 seules difficultés de la journée. Phinney a surpris les Français en profitant du marquage à la culotte qu’ils s’imposaient suite à une attaque trop précoce d’Offredo. Pour s’assurer le port du maillot à pois, il lui fallait désormais soit prendre le 2nd point octroyé lors de cette étape, soit finir la journée mieux classé au général que le coureur passé en tête à la Côte d’Olne (4e C.).

S’agissant d’une étape promise aux sprinteurs, les équipes constituées autour de ces spécialistes de l’effort violent ont rapidement pris le contrôle de la poursuite pour stabiliser l’écart sous les 3’30. Ils avaient tout intérêt à voir un petit groupe s’échapper rapidement pour ensuite passer une journée tranquille à suivre à distance sans forcer avant de réellement chasser au bon moment. Ce scénario se répète depuis des lustres dans les courses destinées à se conclure par un sprint massif. Plusieurs formations (Dimenson Data, Quick Step et Lotto-Soudal) ont envoyé un homme pour bosser à l’avant du peloton. C’est alors que l’intérêt réel de diffuser toutes les étapes du Tour en intégralité a pu être remis en cause pour la première fois. Cette réflexion sera récurrente au fil des 3 semaines car des épreuves de plusieurs heures intéressantes de la première à la dernière minute, même en cherchant bien, vous aurez du mal à en trouver. Dans une étape comme celle-ci, entre la formation de l’échappée et le moment où la véritable bataille entre la bataille commence entre les chasseurs et la proie, il ne se passe quasiment rien d’intéressant. On a toutefois pu apprécier la popularité du Tour outre-Rhin. Le public était extrêmement nombreux, c’en était impressionnant. Pendant un bon moment, le temps était frais mais sec, il s’en ensuite mis à pleuvoir, par moments très fort, sans pourtant doucher l’enthousiasme de la foule.

L’écart est descendu un peu trop rapidement avec la venue à l’avant du peloton d’équipes supplémentaires – notamment des Katusha et FDJ – pour prêter main forte à Thomas De Gendt (LTS), l’homme le plus actif dans ce travail de régulation du peloton. Le peloton s’est un peu calmé avant puis a accéléré pour le sprint intermédiaire de Mönchengladbach où Boudat s’est logiquement imposé malgré la volonté de Phinney de récolter tous les points et toutes les primes disponibles. Plusieurs équipes ont voulu disputer le sprint du peloton même si la domination de Peter Sagan (BOH) au classement du maillot vert depuis plusieurs éditions a de quoi en décourager plus d’un. Alexander Kristoff (KAT) a doublé Sonny Colbrelli (TMB) et la plupart des gros sprinteurs, néanmoins on n’a pas senti un engagement total de la part de ces garçons. Ils avaient déjà tous à l’esprit la victoire d’étape. Risquer de se foutre en l’air pour quelques points n’avait pas grand sens.

Par moments, on a troqué la pluie par un fort vent latéral sans toutefois générer de mouvement tactique. Le peloton a fait son entrée en Belgique sous une pluie battante alors que le rythme du groupe échappé s’était accéléré en réponse à la fonte de l’écart constatée à 65 bornes de l’arrivée (plus qu’1’20).

L’avance du quatuor a de nouveau fondu assez rapidement (sous la minute à environ 40km de l’arrivée). Ça allait trop vite pour Pichon, initiateur de l’offensive mais déjà dans le rouge, il a plusieurs fois dû s’employer pour réintégrer le groupe. A l’arrière du peloton on apercevait de plus en plus de garçons en difficultés ou prêts à lâcher l’affaire pour finir tranquillement, à l’image par exemple de Thibaut Pinot (FDJ). Le grimpeur venu sur le Tour en tant qu’électron libre a passé une grande partie de la journée à l’arrière, on ne le sentait pas prêt à tout donner pour s’accrocher au peloton (son intérêt est de perdre du temps avant les étapes qui l’intéressent afin de pouvoir s’offrir des bons de sortie). Ceci dit, il a fini 154e mais dans le peloton de 161 coureurs.

Il restait environ 30km quand est survenue une énorme chute à l’avant du peloton à la sortie d’un rond-point assez mal foutu. On a assisté à un gros empilement. On a vu un énorme paquet de coureurs s’encastrer les uns dans les autres notamment des Katusha (celui en 3e position du peloton a glissé, tout le monde s’est empalé sur cet obstacle imprévu, à commencer par Tony Martin, qui rêvait de marquer de son emprunte ce retour du Tour en Allemagne), des Sky (dont Chris Froome et le maillot jaune, Geraint Thomas), des AG2R (dont Romain Bardet), des Cofidis ou encore des Emirats Arabes Unis ou encore des BMC (dont Richie Porte). Certains sont tombés assez violemment, d’autres ont pu éviter de finir au sol. Evidemment, le peloton a ralenti pour attendre les attardés. Il a fallu un certain temps pour récupérer tout le monde, certains dont Froome ayant dû de nouveau s’arrêter pour changer de vélo.

Le quatuor de tête a profité de la situation pour faire de la résistance. Phinney a pu reprendre Pichon juste avant le sommet de la seconde côte du jour alors que le Français avait attaqué de loin pour le surprendre. Ayant consolidé son maillot à pois, l’Américain s’est attaqué au dossard rouge du combatif du jour en continuant son effort en solitaire, un exercice dont il est spécialiste. Offredo a fait l’effort dans la descente pour le rejoindre, misant sur un éventuel problème dans le peloton pour éventuellement jouer la victoire. Le duo possédait 45 secondes de marge à 15km de la ligne d’arrivée. Son avance s’est maintenue et même légèrement accrue alors qu’à l’arrière du peloton les hommes sans objectif de classement ou touchés dans l’accident collectif se relevaient plus ou moins.

Donnée importante, toute la fin d’étape se déroulait sur des routes sèches parfois larges mais régulièrement rendues un peu plus dangereuses par des aménagements urbains. Avec encore 35 secondes à combler en 6km, le peloton n’avait pas course gagnée, il fallait sérieusement se mettre au travail et s’organiser. Il restait 4 gros kilomètres quand les Quick Step ont pris les choses en main, mais 30 secondes, quand les 2 hommes de tête sont de gros rouleurs qui s’entendent très bien, ça peut être très juste. Heureusement pour les sprinteurs, les 200 bornes d’échappée que Phinney et Offredo avaient dans les jambes ont pesé, l’écart s’est alors soudain mis à fondre comme neige au four à micro-ondes. Le duo a été repris peu avant la flamme rouge (à environ 1,3km de la ligne).

Si la chute a éliminé beaucoup d’équipiers de sprinteurs, foutant en l’air les plans des équipes les mieux préparées, il restait du monde pour emmener le peloton. Prendre la bonne roue allait être décisif, il fallait se montre malin, opportuniste… et très puissant. Les Lotto-Soudal menaient, puis on n’a plus rien vu de très organisé. Nacer Bouhanni (COF) semblait bien parti avant de se faire enfermer le long des barrières, et comme souvent lors d’arrivées au terme de ce genre de lignes droites où la puissance prime, Marcel Kittel (QST) s’est imposé pour la 10e fois sur le Tour – son équipier fêtait sa victoire bien avant la ligné malgré la faible marge – devant toutes les autres "grosses cuisses". Passé sur la droite sans être gêné par personne, il a gagné en puissance devant Arnaud Démare (FDJ), André Greipel (LTS) et Mark Cavendish (DDD). Bouhanni a fini 8e. Kristoff (15e) et Sagan (10e) n’ont pas existé. A la décharge du Norvégien, l’accident lui a coûté ses meilleurs hommes.

Si la journée a été marquée par un gros strike, l’abandon du jour n’en a pas été la conséquence. Tombé lors du clm de la veille, Luke Durbridge (ORS) aura tenu seulement quelques kilomètres avant d’abandonner. Lui aussi victime d’une chute à Düsseldorf dans ce virage maudit, Tony Gallopin (LTS) a pu finir, néanmoins il s’est fait lâcher plusieurs fois quand le peloton s’est réellement mis en route. On l’a vu finir à un peu moins de 3’ de la tête du peloton. Il y a eu bien pire, puisque 9 concurrents ont terminé à environ 10’ et 3 encore derrière. Parmi ces 12 hommes vraisemblablement tous victimes de la gamelle du rond-point, 4 Katusha (Tony Martin, Marco Haller[1], Maurits Lammertink et Reto Hollenstein), 2 Cofidis (Cyril Lemoine et Dimitri Claeys), mais aussi des équipiers important pour Démare[2] (Michaël Delage), Bardet (Axel Domont) ou encore Quintana (Andrey Amador est le 2nd Movistar à se casser la gueule)… et un Sky (Luke Rowe) qui contrairement à ses partenaires n’a pas été capable de se raccrocher aux branches pour finir au chaud. Ceci dit, étant membre de la troublante équipe britannique, je ne serais pas étonné de le voir virevolter très bientôt en montagne.(^^) Le dernier des largués est Tom Leezer (TLJ), mais ce n’est pas un coureur majeur Leezer. Désolé.

Malgré ces péripéties on ne notre pas de changement très conséquent au général même si les bonifications ont rapproché Marcel Kittel de la première place (il est désormais 3e à 6 secondes), Geraint Thomas a conservé son maillot jaune, Stefan Küng (BMC) son maillot blanc. TdF 2017 - classement après la 2e étape En revanche Kittel s’est emparé du maillot vert et Taylor Phinney de celui à pois. Le prix de combatif du jour a été attribué à Yoann Offredo.

Si cette étape aurait pu ne rester qu’une banale étape de plat pour sprinteurs, l’énorme chute collective pourrait laisser beaucoup de traces chez certaines leaders et/ou équipiers importants. Ce début de Tour fait déjà beaucoup de dégâts, il fait aussi naître des débats (concernant la tenue aérodynamique des Sky lors du clm)… Courage les gars, plus que… 3 semaines !

Notes

[1] Il serait le premier à être tombé.

[2] Qui a aussi perdu un de ses lieutenants sur crevaison, en tout 4 FDJ ont fini avec du retard.