• 3e étape : de Verviers à Longwy, 212,5km entre la Belgique et la France en passant par le Luxembourg.

TdF_2017__profil_3e_etape.jpg Le profil de l’étape ne trompait pas, il s’agissait d’une étape pour puncheurs. Le parcours était en effet constellé de 5 difficultés répertoriées en 4e et 3e catégorie, dont deux en fin de journée, l’arrivée étant jugée au sommet de la Côte des Religieuses (3e C.). En plus de ces 5 côtes comptant pour le classement du meilleur grimpeur, on en trouvait des dizaines d’autres. On avait affaire à un tracé extrêmement vallonnés, long, et par conséquent très usant.

On sentait une certaine nervosité avant même le départ réel, les candidats à l’inévitable échappée du jour se pressant déjà en tête du peloton pour attaquer dès que possible. Un membre de la formation belge Wanty-Groupe Gobert a attaqué le premier, incitant Thomas De Gendt (LTS) – lui aussi belge – à accélérer à son tour. Un premier petit groupe s’est rapidement détaché, on y trouvait notamment Thomas Voeckler (DEN), mais comme beaucoup de coureurs voulaient en être, on se pressait toujours à l’avant du peloton. La jonction s’est faite, suivie de multiples relances sur ces premières routes en faux-plat montant. Il allait falloir se battre pour décrocher une place dans l’échappée du jour. On a vu Sylvain Chavanel (DEN), des Fortuneo, et encore bien d’autres, essentiellement des baroudeurs professionnels à l’image de Thomas De Gendt, toujours très présent. Compte tenu du profil de l’étape pas favorable aux sprinteurs purs, certains espéraient que les équipes les mieux armées rechignent à mener la chasse. Aujourd’hui, il y avait a priori une petite chance pour que les plans des échappés fonctionnent.

Adam Hansen (LTS), Nils Politt (KAT) et Romain Hardy (FTO) ont finalement réussi à s’échapper. Romain Sicard (DEN) a réagi relativement vite sans pourtant parvenir à les rejoindre malgré un gros effort. Le peloton semblait soudain s’être décidé à laisser partir, mais non. En réalité ce ralentissement a provoqué l’attaque d’un nouveau groupe assez et de plus en plus important, de nouveaux coureurs s’y joignant en permanence… jusqu’à provoquer le retour du peloton. Repris par 2 nouveaux contre-attaquants, Nathan Brown (CDT) et Frederik Backaert (WGG), Sicard gardait espoir de rejoindre le trio de tête, ce qui n’a pas tardé à se produire une fois la bonne nouvelle annoncée aux fuyards : le peloton avait enfin décidé de calmer le jeu, il s’est mis à occuper toute la largeur de la route à plus de 200km de l’arrivée. On tenait donc enfin notre échappée du jour. Logiquement intéressée par le gain de l’étape car comptant dans ses rangs 3 puncheurs (Philippe Gilbert, Zdenek Stybar et Dan Martin) déjà vainqueurs sur le Tour et à leur aise sur des finaux de ce type, la Quick Step a fait en sorte de ne pas laisser filer, elle a maintenu l’écart autour des 2’. Les Bora de Peter Sagan (grand favori du jour) ainsi que les Sunweb de Michael Matthews ont aussi fait participer un homme. Même Sky a participé.

Au sein de l’échappée, la Côte de Sart (4e C.) a permis d’annoncer la couleur : coéquipier du porteur du maillot à pois (Taylor Phinney), Brown a attaqué de loin pour aller chercher le premier des 7 points distribués au cours de la journée. Hardy a réagi trop tard et a dû le laisser faire. Au moins, on savait ce que l’Américain faisait à l’avant.

Le peloton a fait un tour sur le Circuit de Spa-Francorchamps, je le relève car il ne se passait RIEN. A un moment, à l’approche du sprint intermédiaire, les hommes de tête ont ralenti, peut-être à cause du vent défavorable, si bien que le peloton s’est rapproché à seulement 1’20 à un peu moins de 130km de l’arrivée, c’était beaucoup trop tôt pour tuer l’échappée. Il a fallu ralentir, presque faire du sur-place. L’échappée a alors pu reprendre 1’ de marge supplémentaire (ça ne faisait que 2’20^^). Politt a remporté ce sprint en attaquant par surprise. Les gros sprinteurs ont bataillé pour les points encore disponibles, Cavendish (DDD) en a pris 9 en réglant le peloton devant Colbrelli (TBM). Démare (FDJ) s’est malheureusement fait bloquer le long des barrières, il n’a pas réellement pu jouer pour se rapprocher de Kittel (QST), pas très impliqué sur le coup.

Suite à cet épisode, on a retrouvé un écart inférieur aux 2 minutes sur des routes balayées par un fort vent défavorable. Il a fallu attendre la Côte de Wiltz (4e C.) pour assister à un peu d’animation. Politt a réussi à battre Backaert au sommet en ayant pourtant été tassé par ce dernier. Ayant suivi le mouvement contrairement aux 3 autres, Brown a poursuivi son effort avec l’Allemand. Le Belge a préféré se relever pour attendre les autres. Résultat, le duo a pris le large en se mettant déjà à fond, chassé par le quatuor de poursuivants. Si l’écart par rapport au peloton s’est accru, il n’atteignait même pas les 3’ par rapport au peloton au pied de la Côte d’Eschdorf (3e C.), soit à 94km de l’arrivée. S’isoler si tôt n’avait pas grand sens. D’autant que Brown a attaqué dans la montée. Manifestement son but était de prendre le maillot à pois. Dès lors, cette initiative prenait enfin du sens. Meilleur grimpeur que le poids lourd teuton, l’Américain est parvenu à ses fins. On assiste rarement à une telle bataille pour… 2 points. Brown les a pris puis s’est relevé. Le groupe a fini par se reformer avec… 4 minutes d’avance sur le peloton. Marge très rapidement réduite aux standards habituels de la journée, 2’30, puis de moins en moins.

Pendant ce "temps fort", Thomas Boudat (DEN) a été victime d’une chute à l’arrière du peloton. Touché au poignet, il a pu repartir, néanmoins il peinait. D’autres trainaient aussi à cause des gamelles et de la météo du week-end. Les Olivier Le Gac (FDJ), malade, et autres Tony Gallopin (LTS), blessé, auraient certainement aimé un scénario plus favorable. Les pauvres, ils espéraient une journée tranquille, ils ont eu droit à un départ très rapide puis il leur a fallu s’accrocher pendant près de 200 kilomètres. Sans être à fond d’un bout à l’autre, les équipes intéressées par la victoire à Longwy n’ont jamais vraiment laissé de répit à leurs collègues en imprimant presque en permanence un train assez soutenu.

A 60 bornes de l’arrivée, l’écart atteignait à peine la minute. Lilian Calmejane (DEN), Pierre-Luc Périchon (TFO) et l’inévitable Thomas De Gendt ont alors contre-attaqué dans le but d’aller retrouver leurs coéquipiers à l’avant. C’est alors qu’un accrochage au sein du peloton a envoyé quelques coureurs à terre, a priori sans grande conséquence, sauf peut-être pour Alexis Vuillermoz (ALM), retardé par un problème mécanique. Il a dû bosser tout seul pour recoller au peloton, une situation pas idéale le jour où l’arrivée semble vous convenir.

Avec l’aide de ces 3 hommes frais, le groupe disposait de meilleures armes pour résister au peloton et au vent. Les chances de l’emporter restaient néanmoins très ténues. L’entente n’étant plus très bonne, le groupe de tête a donc explosé à un peu moins de 50km de l’arrivée. Les 3 plus frais sont repartis ensemble, rejoints ensuite par Hardy. Le rythme était désormais très souvenu à tous les échelons de la course. Le moment n’était vraiment pas idéal pour subir un problème mécanique. Décidément pas en réussite, Romain Bardet (ALM) a dû changer de vélo, il a perdu beaucoup de temps à cause de ce souci mécanique. Il a fallu 3 équipiers et l’aspiration de sa voiture pour le ramener.

30km pour reprendre 1’30… 22 pour reprendre 1’… C’était plié pour les fuyards. De Gendt a étonnamment craqué dans une ascension où Calmejane a relancé tout en puissance. Périchon a tenu pendant un temps avant que le coureur de Direct Energie ne parte seul dans un long faux-plat montant. La relève de Direct Energie impressionnait sur ces routes jamais plates et souvent exposées au vent. Ceci dit, les chances de succès étaient déjà bien faibles à 4, alors en solo… S’il aura pu passer en tête à la Côte de Villiers-la-Montagne (4e C.), son avance ne lui permettait pas d’espérer aller beaucoup plus loin.

En train de se préparer pour la bagarre finale, le peloton devenait nerveux. Une nouvelle chute s’est alors produite dans le peloton, emportant Borut Bozic (TBM), Michael Gogl (TFS) et Vasil Kiryienka (SKY). Rien de dramatique à première vue.

Calmejane a été repris juste après la banderole des 10 derniers kilomètres, ses efforts ont été récompensés par le prix de la combativité. On monte sur le podium, on prend un petit trophée, on porte un dossard rouge le lendemain et on garnit la cagnotte de l’équipe. Ça vaut donc le coup !

Les équipes déjà au travail pendant toute la journée en ont remis une couche, rejointes par les BMC de Greg Van Avermaet. On voyait Arnaud Démare (FDJ) bien placé car il espérait pouvoir passer la partie la plus pentue de la Côte des Religieuses pour disputer le sprint avec les puncheurs sur les derniers hectomètres nettement plus faciles. Le peloton s’est cassé en plusieurs morceaux dès le pied, pourtant ça n’allait pas si vite, personne n’attaquait. Les BMC en ont remis une couche avant la flamme rouge afin de préparer l’attaque de Richie Porte (BMC). Le leader australien a lui-même décidé d’accélérer, suivi par Alberto Contador (TFS). Il a pu prendre quelques mètres d’avance, malheureusement pour lui Peter Sagan (BOH) est réapparu dans sa roue. Le Slovaque ne voulait pas lancer son sprint trop tôt, il a donc temporisé un moment avant d’accélérer. Coup de théâtre, il a déchaussé au moment de lancer son sprint ! Trop de puissance ! Un autre coureur aurait lâché l’affaire, dépité. Pas Sagan. Son adresse n’est un secret pour personne… Lui, quand il déchausse, il arrive à reclipser la pédale, à se remettre en position, à remettre une accélération foudroyante pour larguer tout le monde, puis il résiste au retour de ses adversaires, en l’occurrence un vrai sprinteur Michael Matthews, un costaud plutôt grimpeur, Dan Martin, et le champion olympique, grand spécialiste des classiques, Greg Van Avermaet. Le champion du monde est vraiment au-dessus du lot. Si en plus il se met à courir de façon intelligente en gardant ses nerfs, en résistant à la tentation d’attaquer trop tôt… Il n’y avait vraiment rien à faire pour le battre ! Il loupé énormément de victoires sur le Tour ces dernières années en se trompant tactiquement, pourtant il en est déjà à 8 succès d'étapes et 5 victoires au classement par points. Décroché comme tout le monde, Démare a pris une belle place d’honneur, on n’aurait pas forcément imaginé le retrouver 6e sur une arrivée de ce type. En grande forme, il peut espérer gagner mardi.

Les clients pour le général étaient vigilants, ils sont restés devant (dans le groupe de 25 classés à 2 secondes de Sagan). Il y a néanmoins eu du ménage au classement général. Arrivés dans le top 10 de l’étape, Geraint Thomas et Chris Froome (SKY) occupent désormais les 2 premières places, Matthews est 3e, Sagan 4e, Boasson-Hagen 5e et, bonne surprise, en se hissant au 6e rang, Pierre Latour s’empare du maillot blanc du meilleur jeune. TdF 2017 - classement après la_3e étape Quelques concurrents qui auraient éventuellement pu jouer le général si tel avait été leur objectif ont concédé quelques secondes ou… volontairement lâché du temps. Thibaut Pinot (FDJ) et Pierre Rolland (CDT) voulaient perdre du temps, ils n’ont pas fait semblant (3’07 et 3’53)

Nathan Brown est le nouveau porteur du maillot à pois, Kittel reste maillot vert mais Démare et Sagan ne sont plus respectivement à 9 et 16 points.

Au programme, une étape pour sprinteurs mardi, de la montagne dès mercredi... Je vous l’annonce, le premier succès français de cette édition est pour très bientôt.