Abandons : aucun.
Hors-course : Peter Sagan (BOH). TdF 2017 - profil 4e étape

Encore une étape de plus de 200km… La 3e en 3 jours. Heureusement pour les coureurs déjà en souffrance, celle-ci s’annonçait moins fatigante car assez plate, disputée par beau temps. On s’attendait à un scénario classique : échappée au départ, le peloton contrôle, revient et les sprinteurs se disputent la victoire.

Quand Christian Prudhomme a abaissé le drapeau pour donner le départ réel, un homme a immédiatement attaqué sans même attendre le passage de la frontière. Guillaume Van Keirsbulck (WGG) s’est retourné, il avait creusé un bel écart… mais PERSONNE ne souhaitait le suivre. La blague belge du jour. Que faire ? Se relever ? Attendre un renfort qui n’arriverait jamais ? Continuer seul ? Il a continué… en sachant pertinemment n’avoir aucune chance de gagner. L’équipe Wanty-Groupe Gobert veut être présente à l’avant, elle l’est tous les jours, malheureusement pour elle quand tout le monde a bien compris que ça ne sert strictement à rien, les candidats à la fuite peuvent manquer. Pour partir seul au kilomètre zéro et passer la journée seul devant en se farcissant de très longues lignes droites, il faut un sacré courage. Ou avoir perdu beaucoup de neurones.

La Sky lui a laissé prendre environ 14’ d’avance, puis l’inévitable Thomas De Gendt (LTS) a été délégué par son équipe pour mener le peloton et limiter l’écart. Comme d’habitude. Progressivement, d’autres équipes sont venues se joindre à l’affaire.

On n’aura rien vu d’aussi inutile que cette échappée depuis l’invention du préservatif percé de trous pour permettre à la peau de la biiiiiiiip de respirer… Allez, je suis sévère, en plus d’une invitation pour un prochain dîner de cons, il a eu droit au prix de la combativité ainsi qu’aux primes et points – points qui ne lui serviront à rien – du sprint intermédiaire et de la seule difficulté répertoriée du jour, le Col des Trois Fontaines (4e C.). Notons qu’Arnaud Démare (FDJ) a réglé le peloton au sprint intermédiaire, il a battu Peter Sagan et André Greipel (LTS). Passé 5e, Marcel Kittel (QST) n’a pas franchement cherché à défendre son maillot, contrairement à beaucoup de ses rivaux il n’a pas disputé à fond ce sprint intermédiaire, préférant sans doute s’économiser en vue du sprint le plus important du jour prévu moins de 50 kilomètres plus loin. L’Allemand ne possédait alors plus que 3 unités d’avance par rapport au champion de France.

Le fou du jour a été repris à 15 km de l’arrivée. Il n’en pouvait plus. Tout était donc en place pour un gros sprint. Je m’attendais à passer 10 minutes maximum sur mon résumé de la journée. J’étais trop optimiste.

Cette fois, être bien emmené par un train efficace allait probablement être très important car l’arrivée se trouvait sur un faux-plat montant après des virages à angle droit obligeant à être très bien placé relativement tôt. Les 3 derniers kilomètres ont été mouvementés, les moins à l’aise quand ça frotte n’avaient aucune chance de rester à l’avant. Compte tenu de la vitesse et nervosité logique à ce moment de la course, on pouvait s’y attendre à des chutes. La première s’est produite un peu avant la flamme rouge, un gros carton violent sur la gauche de la route mais sans conséquence directe au classement général (les victimes allaient être classées dans le temps du vainqueur, le règlement est pensé pour). Au ralenti on se rend compte qu’une vague a provoqué un coup d’épaule dont a été victime un coureur de la FDJ, Jacopo Guarnieri. Le lieutenant de Démare a perdu l’équilibre et touché son leader qui, heureusement, a pu rester sur son vélo. Il s’en est fallu de peu !

Si un paquet de coureurs est tombé, beaucoup ont été ralentis. Parmi les hommes distances, Kittel, sans doute mal placé au moment de l’accident. Il ne faisait donc pas partie du petit groupe encore en lice pour la victoire…

A moins de 200m de l’arrivée Mark Cavendish (DDD) a percuté les barrières sur la droite de la route, tassé par Peter Sagan qui a joué des coudes et des épaules. Nous y reviendrons évidemment. Forcément, le Britannique s’est transformé en obstacle inévitable pour John Degenkolb (TFS) et Ben Swift (UAD), envoyés violemment au sol en effectuant un soleil, le premier en roulant sur le ventre du Cav’, le second en percutant le vélo couché sur la route.

On a aussi vu André Greipel tasser Nacer Bouhanni (COF) vers la droite, obligeant Arnaud Démare à se déporter, puis ce dernier a pu s’infiltrer entre son ex-partenaire/toujours grand rival et Alexander Kristoff (KAT) qui avait pris quelques mètres d’avance. En passant – et en changeant de ligne pour le doubler – il a légèrement touché la roue de Bouhanni qui a dû freiner. La manœuvre pourrait prêter à discussion s’il avait cherché à forcer la porte, mais de mon point de vue il était le plus rapide (notamment grâce au phénomène d’aspiration), il a vu le trou et l’a utilisé. Comment doubler le Norvégien sans se décaler ? A peu près tout le monde s’est fait gêner par un autre à un moment ou l’autre de ce sprint fou.

Finalement, une attente de 11 ans a pris fin : pour la première fois depuis l’étape de Strasbourg en 2006, un Français a remporté un sprint massif sur le Tour de France. Le plus fort a gagné. Arnaud Démare s’est imposé en force. Son équipe a fait un super travail, il a lui-même su très bien se placer et finir le travail en évitant tous les obstacles.

Sagan est finalement parvenu à prendre la 2e place devant Kristoff. Suivent Griepel, Bouhanni et un autre Français, Adrien Petit (DEN). Grâce aux bonifications, cette 2e place faisait remonter Sagan à la 2e place du général à 7 secondes de Geraint Thomas (SKY). Mais on ne pouvait en rester là, ce sprint était beaucoup trop trouble. Le jury des commissaires avait beaucoup de travail devant lui…

En direct, difficile de dire exactement pourquoi Cavendish était tombé. Au ralenti de face, on pouvait suspecter une faute de Sagan, mais au ralenti vu d’au-dessus, la faute est terrible, il y a réellement coup de coude, un geste d’une extrême dangerosité qui a fait 3 victimes. Swift s’est relevé le premier, Degenkolb a mis beaucoup plus de temps, le Britannique a fini par passer la ligne après avoir été traité par l’assistance médicale du Tour et reçu l’aide de ses coéquipiers, mais pour être ensuite évacué à l’hôpital avec le bras droit en écharpe (la main et l’épaule ont morflé). Sagan est rapidement allé au car des Dimension Data pour s’excuser. Sans doute espérait-il ainsi éviter une trop lourde sanction. Le champion du monde, grande star du Tour, allait-il avoir droit à un traitement de faveur ? Pour un coureur lambda, cette faute valait clairement la mise hors-course. On a fini par le déclasser pour le reclasser dernier du peloton, tout en lui infligeant 30 secondes de pénalité. Autrement dit, une blague. Le classement général, il s’en fout, le seul souci pour lui concernait les points perdus – on a aussi évoqué une pénalité de 80 points – pour le classement du maillot vert. Dans l’immédiat, ça ne changeait pas énormément la donne car Démare était déjà certain de s’en emparer avec une belle marge (124pts contre 81 pour Kittel et 66 pour Matthews) grâce au retard pris par Kittel suite à la chute. En revanche, pour la suite, que Sagan soit présent ou non modifiait totalement la donne, même si on lui avait infligé 80 points de pénalité, car ça l’aurait seulement obligé à aller en chercher plus dans les sprints intermédiaires des étapes de montagne.

L’équipe Dimension Data, dont le directeur sportif était très en colère contre le Slovaque, aurait porté réclamation. Qu’il s’agisse d’une information ou d’une simple rumeur ne change rien[1]. Les commissaires étaient forcés d’examiner les faits de façon plus fouillée afin d’un tirer une décision claire, nette et définitive. Cavendish n’est pas un enfant de chœur, lui et ses lieutenants ont plusieurs fois eu des comportements scandaleux lors de sprints (Renshaw a même été jeté dehors il y a quelques années pour un coup de casque), mais peu importe qui sont les protagonistes, quand un geste aussi grave se produit, il faut le sanctionner de façon juste et sans fioriture.

L’annonce des commissaires est tombée juste avant 19h (il leur a fallu plus d’1h40 pour se tâter l’entrejambe afin de vérifier s’ils avaient des c*uilles) : Sagan a été mis hors-course.

Evidemment, se passer de Sagan sur le Tour est mauvais pour la popularité du cyclisme, mauvais pour l’épreuve, ils ne l’ont pas fait de gaité de cœur. Seulement, la faute et ses conséquences – on risque de perdre 2 ou 3 gars dont une autre star – imposaient d’agir. Et comme le Tour est sa propre star, il s’en remettra très bien. Sans Sagan, le classement par points va de nouveau être très disputé, ce qui n’arrivait plus depuis quelques temps, personne ne se pensant en mesure de priver du maillot vert l’homme qui l’a remporté 5 fois de suite à Paris.

Le candidat le plus sérieux à sa succession pourrait bien être Démare. Il a beaucoup gagné depuis le déclic, son succès à Milan-San Remo en 2016. Il comptait déjà 8 victoires cette saison mais sa première sur le Tour de France (et même sur un grand tour en général) lui permet d’entrer encore dans un autre monde. En très grande forme comme il l’a montré au Championnat de France, puis à Liège et de nouveau à Longwy, sa victoire n’a surpris personne. Il peut récidiver dès jeudi.

TdF_2017__classement_apres_la_4e_etape.jpg Avec tout ça, on en a complètement oublié la première chute. Geraint Thomas s’est retrouvé au sol au milieu d’un enchevêtrement de vélos. Il n’a pas perdu son maillot grâce à la règle des 3 derniers kilomètres. Les images d’une caméra embarquée sur un vélo montrent notamment Michael Matthews (SUN) éviter par miracle l’accident, le vélo d’Andrea Pasqualon (WGG) lui ayant frôlé le dos alors que l’Italien effectuait bien involontairement une figure de vélo cross (en position pour pédaler… si le ciel était la route). Plusieurs Quick Step ont suivi le mouvement, des Bora, des Lotto-Jumbo, c’était un joli petit carnage. J’ai bien regardé les images aériennes, les seules disponibles sauf si des gens ont filmé depuis le trottoir. 2 hommes de Dimension Data (Boasson Hagen et Renshaw) censés mener pour Cavendish étaient détachés devant le peloton (ils faisaient mal leur travail, personnes n’étaient dans les roues). A la sortie du dernier virage à angle droit – adouci par un rond-point – avant la flamme rouge, la tête de peloton était un peu désorganisée et surtout étirée, il fallait donc absolument se replacer pour espérer remporter l’étape. Un poisson-pilote de Démare, en l’occurrence Jacopo Guarnieri, se trouvait en 9e position du peloton, il avait son patron juste derrière lui alors qu’un autre FDJ (Davide Cimolai) restait tout près, mais de l’autre côté du trio de Lotto-Soudal qui remontait Greipel dans un long virage à gauche. Quand l’Allemand a dépassé Guarnieri, il s’est rabattu devant le FDJ en provoquant une vague. Obligé de mettre un coup de guidon et de ralentir, ce dernier a alors pris une charge à l’épaule épaule… infligée par Sagan (je suis à peu près sûr que c’est lui), pris en sandwich entre les 2 FDJ, qui a forcé la porte. C’est alors que Guarnieri a valsé en manquant de faire tomber son leader. Ceux qui suivaient n’ont pu éviter le carton. Ce n’est pas un strike mais un spare car il n’a emporté que les malchanceux se trouvant sur le côté gauche de la route. Faire une liste des victimes de cette chute demanderait du temps et des moyens d’investigation hors de ma portée.

Espérons revoir Démare l’emporter sur ce Tour, mais plus avec son maillot de champion de France. Il change de maillot distinctif en endossant le vert, s’il pouvait gagner sur les Champs en le portant toujours, il entrerait à coup sûr et durablement auprès du public ses galons de héros du cyclisme français.

Note

[1] Updade : il y a bien en réclamation, y compris de la part de Degenkolb.