• 5ème étape : Vittel à La Planche des Belles Filles (1ère C.), 160,5 km.

Non-partant : Cavendish (DDD), omoplate fracturée.

TdF 2017 - profil 5e étape Après la pluie, le beau temps. Normal. Passer en quelques jours du déluge, du froid et du vent de face à des fortes chaleurs (avec un peu de vent dans le dos), même pour des cyclistes professionnels habitués à s’adapter à ces changements climatiques, ça n’a rien de facile et de joyeux. Surtout si ça s’accompagne d’un changement de terrain et de type de tracé. La veille, c’était encore long, assez lent et très plat, le lendemain, vous passez à une étape nettement plus courte, rapide et ponctuée de pentes raides, en particulier dans les derniers kilomètres avec une montée sèche particulièrement violente.

Thomas Voeckler (DEN) aura été le premier coureur à se porter à l’avant. On pouvait s’attendre à trouver beaucoup de candidats en cette première journée permettant réellement de croire au succès d’une échappée compte tenu du parcours. On pouvait même imaginer que Sky laisserait faire afin de volontairement perdre le maillot jaune histoire de laisser à d’autres la charge de réguler la course quelques temps.

Etrangement, le coup du jour n’a pas mis longtemps à se former. Un groupe de 8 s’est formé lors des premiers kilomètres, ceux qui ont réagi à retardement n’ont jamais pu les rejoindre. Tsgabu Grmay (TBM) s’est ainsi fait avoir en sortant à contretemps. Son directeur sportif l’a ramené à la raison.

Parmi ces 8, on trouvait des garçons très bien classés au général, à savoir le 4e, Edvald Boasson Hagen (DDD), ainsi que le 6e, Philippe Gilbert (QST), déjà vainqueurs d’étapes du Tour, tout comme Jan Bakelants (ALM), Thomas De Gendt (LTS), et bien évidemment Thomas Voeckler. Pierre-Luc Périchon (TFO), Dylan Van Baarle (CDT) et Mickaël Delage (FDJ) complétaient ce groupe.

Si sur le papier il était possible pour une échappée de prendre le large et de gagner, encore fallait-il que les leaders visant le général soient d’accord. Avec seulement 3 arrivées au sommet lors de cette édition, les occasions dont ils disposent pour créer des écarts et s’imposer ne sont pas nombreuses, ils doivent en profiter. C’est pourquoi la BMC n’a pas hésité à rapidement afficher la couleur en prenant la tête du peloton pour limiter l’écart. Les patrons de Sky n’osaient sans doute pas imaginer tel cadeau ! L’avance de l’octette s’est stabilisée à environ 3’30, puis a progressivement décru.

Le sprint intermédiaire a donné lieu à une belle bataille, Boasson Hagen a battu De Gendt qui a sans doute lancé de trop loin. Au sein du peloton, les gros sprinteurs n’avaient que ça à jouer aujourd’hui. On a compris que Michael Matthews (SUN) est un réel candidat au gain du maillot vert, il a réglé le peloton. Arnaud Démare (FDJ) était un peu enfermé, il n’a fini que 5e de cette bataille dont l’accélération a réduit l’avance des échappés à 1’30. Pour le fun, le groupe de sprinteurs a formé une petite échappée pendant quelques centaines de mètres. Ils ont été repris progressivement sur les premières pentes du jour, car peu après le sprint débutait la Côte d’Esmoulières (3e C.).

Delage a rapidement lâché l’affaire, ils n’étaient donc plus que 7 à l’avant. Très sollicité ces derniers jours, De Gendt a fait de même. Plus que 6. Bakelants a alors attaqué pour repartir seul. Il y a pris les 2 points distribués au sommet devant Périchon.

Le Belge a augmenté son avance de façon assez nette, il a compté un peu moins de 3’ de marge par rapport au peloton à 50km de l’arrivée. Comprenant qu’il n’avait aucune chance en solo, il a choisi de rentrer dans le rang. Cette fois, on n’amusait plus la galerie, tout le monde se donnait sans retenue, les chasseurs de la BMC comme les proies. L’écart s’est stabilisé un moment à 2’30 puis le peloton a enfin commencé à se rapprocher aussi lentement que sûrement. A 15km du sommet, alors que de nouvelles équipes se plaçaient à l’avant, notamment les Astana, il restait 1’45 à combler.

Gilbert – qui fêtait ses 35 ans aujourd’hui – a tenté d’attaquer en anticipant l’ascension principale de la journée. Bakelants a réagi pour aller rattraper son compatriote, il y est parvenu, contrairement à Voeckler, incapable de combler le trou, y compris une fois rejoint par Boasson Hagen et Périchon. De toute façon, compte tenu de la nouvelle accélération de BMC, tous les échappés étaient condamnés à moyen terme.

La Planche des Belles Filles est une ascension de 6km, ce qui n’est pas bien long, seulement elle est pentue – la dernière section est à 20% - et irrégulière. En outre cette première réelle difficulté du Tour intervenait à l’issue d’un parcours n’ayant pas réellement permis aux coureurs de se préparer à un effort si violent. Il s’agissait d’une montée sèche. La première ascension du Tour peut provoquer des surprises, on y voit régulièrement des cadors coincer à cause d’un retard à l’allumage ou parce qu’ils ont un moteur diesel. On sait aussi certains grimpeurs plus à l’aise dans les enchaînements de cols, d’autre coureurs se montrant au contraires incapables de répéter ces efforts mais capables de rester avec les meilleurs sur une unique ascension.

Au pied, le duo de tête conservait à peine 45’ d’avance sur le peloton. Lilian Calmejane (DEN) aura été le premier à se lancer en contre-attaque mais le rythme imposé par la Sky, enfin aux affaires après avoir laissé bosser la BMC toute la journée, était trop élevé pour permettre la moindre offensive. Du moins pendant un temps. Sans surprise, les échappés ont été repris un à un, le peloton perdait des éléments par grappes. Warren Barguil (SUN) a coincé dès le bas mais on l’attend en chasseur d’étapes pour plus tard. Thibaut Pinot (FDJ), ici chez lui – sa famille habite à quelques kilomètres – et 2e de l’étape en 2014, a connu le même sort. Il lui faudra encore quelques jours pour retrouver ses jambes après un Giro épuisant où il a brillé en gagnant la veille de l’arrivée et pris la 4e place finale. Pierre Rolland (CDT) a tenu un peu plus longtemps qu’eux. Lui aussi vainqueur d’une belle étape sur le Giro. Lui aussi visera les étapes, donc rien d’anormal.

On pouvait craindre assister à un scénario ultra-classique et ultra-déprimant, celui de la montagne qui accouche d’une souris à cause d’une équipe qui cadenasse la course avec son train étouffant. Des Sky ont fini par s’écarter une fois leur mission accomplie. Des coureurs comme Bauke Mollema (TFS) et malheureusement Pierre Latour (ALM) ont craqué dans les 3 derniers kilomètres. Soudain, à environ 2,4km de l’arrivée, Fabio Aru a osé passer à l’attaque. Une belle attaque de pur grimpeur, violente, le genre qui permet de créer un écart d’une vingtaine de secondes en quelques centaines de mètres.

Les Sky n’ont pas réagi, ils ont continué à imprimer leur train… sans pouvoir réduire l’écart et encore moins rattraper le fuyard. C’est chose très inhabituelle avec les Sky, normalement dans ces situations ils ne s’affolent pas mais vous obligent à rentrer dans le rang pour vous décourager de réessayer plus tard. Cette fois, personne n’a eu cette impression de domination implacable, sauf bien sûr les gars déjà pendus à l’image d’Esteban Chaves (ORS). Son entraîneur vient tout juste de décéder dans un accident de la circulation, il ne doit pas être au mieux psychologiquement. Son équipier et probablement nouveau leader – en imaginant que les rôles s’inversent suite à cette étape – a relancé. Simon Yates (ORS) a ainsi fait exploser un Sergio Henao (SKY) très décevant dans son rôle d’avant-dernier lieutenant de Chris Froome en montagne. Geraint Thomas a donc dû se mettre à la barre malgré son statut de maillot jaune. Seulement, il a vite dû s’écarter pour laisser son leader – qui est bien son leader malgré les doutes nés par-ci par-là de leurs performances respectives ces dernier temps – prendre ses responsabilités seul. Le Britannique a accéléré en plusieurs temps. Alberto Contador (TFS) puis Nairo Quintana (MOV) et Simon Yates ont lâché, contrairement à Richie Porte, Dan Martin (QST) et Romain Bardet (ALM), encore en mesure de le suivre. L’Irlandais s’est mis à rouler en tête du quatuor alors que, quelques mètres derrière eux, Contador faisait de son mieux pour ramener un groupe de leaders. Après la jonction, Porte a tenté une nouvelle contre-attaque.

Pendant que tout ce petit monde peinait, Aru volait. Il a toutefois senti passer les dernières pentes très violentes (20%) dans lesquelles son côté très aérien s’est évaporé, ce qui ne l’a pas empêché de l’emporter assez nettement (en bénéficiant en prime des bonifications octroyées aux 3 premiers de chaque étape en ligne). Il s'agit de son premier succès sur le Tour de France, pas de son premier sur un grand tour car il s'est déjà imposé sur la Vuelta et le Giro. Reparti seul dans les pentes les plus rudes, Martin a fini 2e à 16" repris quelques secondes à Froome et Porte (3 et 4e à 20"), un peu décroché (5e à 24"), Bardet est resté devant les autres leaders. A savoir Yates, Uran (CDT) et Contador (à 26" d’Aru) et Quintana (9e à 34"). Thomas est arrivé encore un peu plus tard (10e à 40" avec Louis Mentjes d’UEA et Rafal Majka de Bora), il a dû laisser son maillot jaune à son patron mais reste 2e à 12", suivi d’Aru, 3e à 14". Suivent Martin, Porte, Yates, Bardet (7e à 47"), Contador, Quintana…

TdF_2017__classement_apres_la_5e_etape.jpg Beaucoup d’éventuels leaders de rechange ont terminé au-delà de la minute. Je pense aux Fuglsang, Talansky, Ten Dam… Chaves a lâché 2’, comme Mollema, Kreuziger un peu plus, Betancur près de 3’…

En finissant devant Latour (17e de l’étape à 1’10 d’Aru), Yates lui a pris le maillot blanc. Le jeune Français est 12e du général à 1’07 et désormais 2e du classement du meilleur jeune à 24" de la tête.

Ce maillot n’est pas le seul à avoir changé d’épaules. Avec 10 points attribués au vainqueur dans la mesure où il passait en tête la seule difficulté de 1ère catégorie au programme de ce début de Tour, Aru est le nouveau titulaire du maillot à pois. Il va donc changer de maillot distinctif à partir de jeudi, troquant sa tunique de champion d’Italie pour les pois, à l’image de ce qu’a fait Démare suite à son succès à Vittel (du bleu-blanc-rouge de champion de France au vert de leader du classement par points). J’ai d’ailleurs 2 remarques à ce propos :
-Aru a gagné des pois mais a perdu énormément de poids, sa maigreur est inquiétante, elle est presque cadavérique (ça se dit ?) ;
-les 3 derniers vainqueurs d’étapes portaient un maillot distinctif (sans l’ordre ceux de champion du monde, de France et d’Italie).

Enfin, félicitons Philippe Gilbert d’avoir obtenu le cadeau d’anniversaire sur lequel il lorgnait, le pris de combatif du jour.

En bonus, je vous propose en intégralité les 15 derniers kilomètres de l’étape.

Le Tour reprend la route jeudi avec une nouvelle étape taillée pour les sprinteurs. Je verrais bien le champion de France récidiver, mais méfions-nous de Sagan… Je parle du frère ainé de Peter, Juraj, il est champion de Slovaquie ! Sur un malentendu…