• 6ème étape : de Vesoul à Troyes, 216km.

TdF 2017 - profil 6e étape

Après une parenthèse à la Planche des Belles Filles, le Tour a retrouvé son schéma classique des journées précédentes, à savoir celui d’une longue étape plate avec une arrivée pour sprinteurs. Dans ce genre d’étapes, vous savez qu’entre le départ et les derniers kilomètres, ce sera très calme. Vous avez le droit de vaquer à d’autres occupations sans craindre de louper quelque chose de très intéressant qui ne sera pas compris un résumé de 3’30.

C’est fou, même s’ils savent n’avoir aucune chance de réussite, des coureurs attaquent tous les jours dès le kilomètre zéro. Perrig Quéméneur (DEN) a lancé le coup, suivi par Vegard Stake Laengen (UAD). On a vu 2 Wanty-Groupe Gobert sortir mais se parler pour décider qui allait se dévouer, finalement Frederik Backaert a eu droit à un nouveau séjour à l’avant (on l’a déjà vu dans une échappée), l’autre a donc pu rester tranquille dans le peloton. Quéméneur s’est même retourné pour inciter ce 3e homme – et éventuellement d’autres – à les rejoindre. Le trio a donc pu se former en quelques instants et prendre le large. Dans le peloton, ça arrangeait tout le monde.

Contrôlés par les équipes de sprinteurs sur ces routes plongées dans une terrible chaleur, les échappés ont au mieux bénéficié d’une marge de 4 minutes. Il ne se passait strictement rien d’intéressant, la Côte de Langres (4e C.) a été passée sans bataille, Quéméneur y a pris le point.

Je vous résumerais bien l’étape en un mot qui serait «ennui», mais ce serait abusif. En effet, comment ne pas signaler la scène marquante et trépidante du jour, celle du parasol emporté par le vent en plein milieu de la route au moment du passage du peloton ? Un parasol tueur… que tout le monde a pu éviter. J’aurais essayé. Non, sincèrement, c’était le néant. Il n’y avait rien à faire si ce n’est la sieste. Même le sprint intermédiaire de Colombey-les-Deux-Eglises – où évidemment un hommage a été rendu au Général par une délégation de représentants du Tour – ne revêtait pas un intérêt fou… Néanmoins Backaert a surpris ses compagnons d’échappée pour aller chercher la prime. Il n’a pas de petit profit. La tête du peloton a disputé le sprint à fond, Sonny Colbrelli (UAD) est parti de trop loin, Arnaud Démare (FDJ) a pu s’imposer en force devant Michael Matthews (SUN), André Greipel (LTS) et l’Italien. Marcel Kittel (QST) a laissé faire, le Français a donc renforcé son avance au classement du maillot vert. Sur un faux-plat montant, il n’y a pas eu photo.

Au passage de la ligne à Colombey, le peloton comptait environ 1’20 de retard sur les échappés, d’où un léger ralentissement histoire de ne pas revenir trop tôt. Etrangement, Laurent Pichon (TFO) s’est lancé dans un coup un peu fou à environ 63km de l’arrivée. Parti en chasse-patate, il voulait rejoindre le trio, soit 1’40 à combler… Quel intérêt ? Le peloton allait forcément faire le nécessaire pour provoquer le sprint massif escompté. Je le soupçonnais de vouloir se faire remarquer dans le but d’être élu combatif du jour. Il me semble avoir attaqué dans la 2nde difficulté du jour, la Côte de colline Sainte-Germaine (4e C.), où Quéméneur est de nouveau passé en tête.

Pichon plafonnait, il ne parvenait pas à revenir seul sur le trio pas prêt à le laisser revenir… et qui de toute façon ne pouvait se le permettre faute de marge de manœuvre suffisante par rapport au peloton. Du coup, il s’est relevé au bout d’une grosse douzaine de bornes passées à traverser seul les immenses champs de céréales fraichement moissonnés.

Les hommes de tête ont progressivement augmenté l’intensité. Forcément, le peloton s’est calqué sur ce rythme. On traversait désormais la forêt. On annonçait alors quelques gouttes de pluie très anecdotiques. A la sortie de la forêt, on a retrouvé des routes exposées au vent. Pas un vent de nature à provoquer des bordures.

Sur des routes sèches, droites et relativement larges, le peloton a pu s’organiser en 4 colonnes (FDJ, Katusha, Lotto-Soudal et Sunweb). Il restait moins de 20 secondes d’avance aux hommes de tête à 5km de l’arrivée. Quick Step a alors pris les choses en main. L’écart a fondu encore plus vite. Les échappés ont ainsi été avalés et digérés sous la banderole des 3km, moment où les Dimension Data pourtant privés de Cavendish ont décidé de se porter en tête. Les FDJ restaient idéalement placés, tout comme les Cofidis et les Katusha.

Les derniers virages ont étiré le peloton, Démare était un peu loin mais a pu remonter avant de se faire enfermer contre les barrières. S’il a pu se faufiler en passant dans un trou de souris à la corde (on tournait vers la droite), il n’a pu envoyer toute la puissance. Dans ces conditions, impossible de résister à Kittel, passé de l’autre côté sans jamais être gêné. Sur un sprint totalement plat, l’Allemand est le plus puissant. Il s’agit de sa 11e victoire sur le Tour. 2e, Démare peut déjà être content d’avoir évité la chute, l’histoire aurait pu se terminer comme pour Cavendish. De surcroît, il a tout de même récolté pas mal de points pour le classement du maillot vert, mais avec leur nouveau mode de distribution qui favorise énormément les victoires d’étape, l’Allemand en a repris 20 d’un coup, il n’y en a donc plus que 27 d’écart. On peut s’attendre à une belle baston pour décrocher la timbale à Paris.

André Greipel a fini 3e, Alexander Kristoff (KAT) 4e, Nacer Bouhanni (COF) 5e. La différence s’est faite au moins autant à la puissance qu’au placement. Bien choisir sa ligne aura été la clé pour le vainqueur, mal choisir la leur a plombé les Français. A la corde, on peut trop facilement se faire enfermer. Je passe l’accrochage par médias et réseaux sociaux interposés entre Bouhanni et Giacopo Guarnieri (FDJ) après l’étape. L'Italien a balancé des "gros mots" à la télé... Ça chauffe, ça joue des coudes, l’un et l’autre s’accusent de comportements dangereux… On peut s’attendre à des suites, ça pourrait se frictionner lors des prochains sprints !

Evidemment, le classement général n’a pas bougé, aucun maillot n’a changé d’épaules.

Laengen a hérité du prix de la combativité, peut-être parce qu’il donnait l’impression d’être le plus actif de l’échappée, peut-être parce que son équipe n’avait pas encore été récompensée sur le Tour contrairement aux 2 autres.

Vendredi, on remet ça. Encore une étape de plus de 200 bornes a priori sans aucun intérêt avant le sprint final auquel on n’échappera qu’en cas d’anomalie spatio-temporelle ou de gros accident collectif dans les 10 ou 20 derniers kilomètres.