En admettant que la longueur de l’étape était exactement celle annoncée, les coureurs auraient parcouru 213 500 000 millimètres. On pouvait se passer de regarder les 213 499 994 premiers, les 6 derniers seront éternellement figés sur une photo sans que personne ne puisse réellement les voir.

TdF 2017 - profil 7e étape

Ils sont partis à 4 de Troyes au kilomètre zéro, donc dès l’Aube. Enfin, presque. Pour être précis, Maxime Bouet (TFO) n’a même pas attendu le kilomètre zéro pour attaquer ! Il s’est porté à l’avant avec Yohann Gène (DEN), Manuele Mori (UAD) et Dylan Van Baarle (CDT), déjà membre de l’échappée il y a 2 jours sur la route de La Planche des Belles Filles. Ceux qui voulaient partir sont partis, le peloton n’en avait strictement rien à br*nler. On a donc assisté au même scénario que la veille avec quatre hommes au lieu de 3. Déprimant ! Surtout qu’on connaissait à l’avance le déroulement des événements.

On annonçait un éventuel risque de bordures mais le vent, bien que changeant régulièrement d’orientation (souvent de ¾ face ou de travers mais aussi parfois de dos), ne soufflait pas assez fort sur des portions assez longues pour vraiment causer des dégâts. Néanmoins les principaux leaders ont fait en sorte toute la journée de rester bien placés pour éviter tout problème. Sous l’impulsion des équipes de sprinteurs (les 3 principaux), l’écart n’a semble-t-il pas atteint les 4’. Il a ensuite décru pour se stabiliser à un peu plus de 2’, puis a varié jusqu’à la fin, tantôt un peu plus, tantôt presque plus rien. A vrai dire on s’en carrait dans la mesure où de toute façon le sort du quatuor ne faisait aucun doute pour personne avant même sa formation !

Mori a fait le sprint intermédiaire à fond, il était le seul à réagir à la petite attaque de Bouet qui visait aussi la prime. Piégé par le vent, Marcel Kittel a dû lâcher l’affaire, malheureusement Arnaud Démare (FDJ) n’en a pas profité, il s’est fait complètement enfermer le long des barrières mais il avait la place pour accélérer… ce qu’il n’a jamais fait, restant sur sa scelle sans se donner à fond. Il aurait probablement pu prendre quelques points supplémentaires en s’employant, il y en avait 11 à récolter, ils ont été engrangés par Sonny Colbrelli (TBM). Le Français en a pris seulement 6, soit 2 de plus que Kittel. Selon sa voiture, il ne se sentait pas en grande forme après avoir passé une mauvaise nuit. Pas très encourageant en vue du sprint final.

Au niveau du sprint intermédiaire le vent était un peu plus fort, il y a eu une toute petite cassure à l’arrière, mais non, rien de méchant, ça a duré 2 minutes. Pendant tout le reste de l’étape on nous a fait miroiter l’imminence de coups de bordure. On les attend toujours.

Pour trouver de l’action, il fallait compter sur le Slovène Primoz Roglic (TLJ), victime d’une chute en se prenant une musette dans les roues à la sortie de la zone de ravitaillement. Quelques minutes plus tard, seconde chute de la journée. Il était encore dans le coup ! Cette fois Romain Sicard (DEN) et Daniel Navarro (COF) ont été emportés avec lui. Heureusement, pas de blessure prêtant à conséquence à signaler.

La seule difficulté du jour, la Côte d’Urcy (4e C.), montée grand plateau, aura surtout permis d’en savoir plus sur la personnalité de Mori. Ce type n’est pas partageur, il a tenté d’accélérer pour encore passer en tête. N’ayant surpris personne, il a été battu par Bouet. Il aura fallu sprinter, l’Italien a failli griller le Français sur la ligne.

Le peloton a fortement accéléré à près de 60km de l’arrivée, c’était très nerveux pour les raisons déjà évoquées, c’est pourquoi les leaders et leurs gardes du corps sont remonté à l’avant à l’aune des 40 dernières bornes. On s’est alors mis à rêver assister à de grandes manœuvres. Mais en réalité, au lieu de mettre le feu, les grosses équipes ont fait en sorte que personne ne puisse former d’éventail. Il ne s’agissait que de défense, personne n’a songé à passer à l’offensive. Triste cyclisme piloté par oreillettes…

Ça allait très vite, trop vite, l’écart est beaucoup trop rapidement tombé à ne petite quarantaine de secondes, si bien que le peloton a retrouvé son calme en occupant toute la largeur de la route. On a temporisé avant de se remettre en ordre de marche pour préparer le sprint. A force, on s’est retrouvé avec un écart proche de la minute à 13km de l’arrivée… Les Quick Step ont alors commencé à s’activer. On alternait les sections avec vent de face, vent latéral et on annonçait du vent dans le dos sur les 5 derniers kilomètres. L’effort fourni par Philippe Gilbert (QST) a payé, la Katusha s’est alliée à la formation belge pour faire le job, si bien que l’objectif a été atteint comme prévu, on a eu ce sprint attendu.

Le quatuor s’est cette fois fait avaler à 6km de la ligne d’arrivée malgré des relances désespérées à commencer par celle de Bouet. Mori en a mis une dernière à son tour, Bouet est allé le chercher mais pas pour poursuivre l’aventure un peu plus longtemps, plutôt pour éviter qu’un homme ne finisse seul, ce qui aurait éventuellement pu décider le jury du combatif du jour à lui décerner ce prix. Ils ont fait un peu de marquage et se sont serré la main avant de disparaître. Finalement, Van Baarle a été récompensé, peut-être parce qu’il était déjà parti dans une échappée 2 jours auparavant. Dans ce genre de coups publicitaires, il est toujours très difficile d’en désigner un plutôt que les autres, ils méritent tous autant ce prix… Si quelqu’un mérite réellement d’être récompensé, ce dont ou pourrait discuter longuement.

L’étape se terminait par 5,5km en ligne droite hormis dans les 200 derniers mètres où on tournait vers la droite, ce qui rendait la ligne d’arrivée invisible avant d’avoir le nez dessus. Cette configuration a eu un impact important. La longue ligne droite était idéale pour remonter ses sprinteurs. On a même vu Arnaud Démare et Nacer Bouhanni (COF) frotter à plus de 3 bornes de la fin (Démare a mis un petit coup d’épaule à son meilleur ennemi qui voulait lui voler la roue de son équipier, le jury a décidé de leur coller à chacun une amende… la sévérité est de mise après l’exclusion de Peter Sagan). Puis les FDJ ont mis en route, de même que les Sunweb. Les Dimension Datta, les Quick Step, tout le monde semblait bien présent. A la flamme rouge, les hommes de Kittel étaient 4 en tête, Démare était très mal placé, il n’a pu disputer le sprint, ses jambes du jour ne lui permettaient pas de jouer les premiers rôles… Et à la surprise générale, Edvald Boasson Hagen a gagné. On l’a cru, lui aussi. Une chose est sûre, il était encore en tête à 5cm de l’arrivée… avant de se faire rattraper par Marcel Kittel. Il a fallu la photo-finish pour les départager… ou pas. IMPOSSIBLE à dire en regardant la photo !! Beaucoup dont l’Allemand ont été trompés par le virage, ils ont fourni leur effort trop tôt ou trop tard. Bien emmené, le Norvégien qu’on n’attendait pas ou plus (il est devenu sprinteur n°1 de son équipe suite à l’abandon de Cavendish dont il était le poisson-pilote). Le jury a décidé qu’il était battu. 6 millimètres d’écart quand on est à 70km/h... Bref, j’y vois une arnaque, on aurait dû les déclarer co-vainqueur. Je le dis d’autant plus sereinement que je suis totalement neutre dans cette histoire, je ne suis supporter ni de l’un, ni de l’autre, et désigner 2 vainqueurs n’aurait rien changé pour Démare au classement du maillot vert dont Kittel est de nouveau leader avec 15 unités d’avance sur le Français (le 3e est très loin malgré la 3e place de Michael Matthews, pour qui Sunweb a bien travaillé sans succès).

Boasson Hagen peut réellement s’en vouloir pour plusieurs raisons. Lui aussi a dû être surpris par le virage car il n’a pas fermé la corde, ouvrant ainsi la porte à Kittel. En outre, il a mal jeté son vélo à l’image de Coquard l’an dernier que Kittel – déjà lui ! – avait là aussi battu d’un cheveu (la photo-finish semblait déjà folle à l’époque, mais rien à voir avec celle du jour, il y avait 28 millimètres).

Sincèrement, on se fout bien de notre gueule. Les chronométreurs lui ont profondément enfoncé dans le postérieur une carotte de 213,499994 km. Il aura beaucoup de mal à rouler après ça. J’en en effet effectué quelques calculs – qui m’ont donné mal à la tête – pour savoir ce que cet écart annoncé de 6mm représente en temps.

La vitesse des 2 hommes selon les mesures en instantané des nouveaux systèmes dont bénéficie la réalisation télé du Tour était de 70km/h (c’est arrondi au km/h près).
70km=70 000m=70 000 000mm
1h=60min=3600s
Donc 70km/h=70 000 000mm/3600s≈19444.44mm/s
Sachant qu’il y a environ 3240.7 fois 6mm dans 19444.44mm, en temps, l’écart correspond approximativement à un 3240e de seconde. Soit 0,308 millièmes de seconde.%% Dans quel sport départage-t-on en-dessous du millième de seconde ? Là, on en est même loin[1] !

Toujours est-il qu’avec 3 victoires dans ce Tour (12 sur le Tour depuis le début de sa carrière), Kittel s’affirme comme étant le patron du sprint. Il sera difficile d’aller lui prendre le maillot vert s’il s’en sort en montagne. Ceci dit, le Tour est encore long, on vient seulement d’en atteindre la fin du premier tiers.

Pour l’anecdote, Bouhanni était dans la roue de Kittel au meilleur moment… s’il avait eu les jambes pour le suivre. Il a terminé 8e bien loin de premiers, loin de Matthews 3e, Kristoff 4e, Degenkolb 5e… mais bien devant Démare seulement 11e et jamais dans le coup. On va passer 2 jours en montagne puis un lundi de repos, espérons que le champion de France retrouve des couleurs pour repasser au vert un peu plus tard.

Est-il nécessaire d’évoquer le classement général ? Il n’a pas évolué.

Les choses sérieuses pourraient débuter samedi et se poursuivre dimanche si tout se passe comme les organisateurs du Tour l’espèrent. Ils ont conçu le programme pour avoir de l’animation ce week-end, puissent les couleurs leur donner satisfaction. La sieste, c’est bien, mais une overdose de sieste peut vous tuer un homme !

Note

[1] Le même calcul en prenant pour base 65km/h nous donne un petit tiers de millième de seconde. Pour avoir un demi-millième de seconde, il faudrait qu’ils aient décéléré pour atteindre un peu plus de 43km/h.